Tristan Bernard, nom de plume de Paul Bernard, né à Besançon le et mort à Paris le , est un romancier et auteur dramatique français. Il est célèbre pour ses mots d'esprit.

Biographie vignette|Sépulture de Tristan Bernard au cimetière de Passy. thumb|Tristan Bernardpar Henri de Toulouse-Lautrec. Tristan Bernard naît le , à Besançon dans le Doubs, du mariage de Myrthil Bernard (1838-1916), négociant puis entrepreneur de travaux publics, et Emma Ancel (1842-1909)., tous les deux de religion juive.

Il quitte Besançon pour Paris à l'âge de quatorze ans et fait ses études au lycée Condorcet., puis à la faculté de droit de Paris.

Il fait son service militaire dans les dragons, auxquels le général Boulanger, alors ministre de la Guerre, a autorisé le port de la barbe. Après son service, Tristan Bernard décide de la conserver. Il se destine à une carrière d'avocat, Dictionnaire des littératures policières, volume 1, ., préférant se tourner vers les affaires et prendre la direction d'une usine d'aluminium à Creil. à Neuilly-sur-Seine (Toulouse-Lautrec l'y a peint en 1895) et du vélodrome de la Seine.). Plus tard, il dirige Le Journal des vélocipédistes.

En 1891, alors qu'il commence à collaborer à La Revue blanche, il prend pour pseudonyme « Tristan », le nom d'un cheval sur lequel il avait misé avec succès aux courses.

En 1894, il publie en collaboration avec Pierre Veber et, l'année suivante, sa première pièce, Les Pieds nickelés, un triomphe qui détermine une longue carrière de dramaturge à succès. Plusieurs de ses pièces seront d'ailleurs adaptées au cinéma.

En 1904, il fait partie de la première rédaction de L'Humanité, le journal de Jean Jaurès. Par quelques articles, il contribue en 1917 aux débuts du Canard enchaîné. Il préside les banquets pour les numéros-anniversaires du journal en 1931 et 1934. Il aurait, par ailleurs, inventé le jeu des petits chevaux., ce qui est hautement invraisemblable, puisque ce jeu, venu d’Inde (où il se nomme chaupar ou pachisi), adopté par les éditeurs britanniques sous le nom de Ludo dès la fin du , était déjà au catalogue des grands éditeurs français, tels Watilliaux et Mauclair-Dacier, sous divers noms, dont celui de « petits chevaux » (à ne pas confondre avec le jeu de casino, sorte de roulette déguisée, portant le même nom).

Proche de Léon Blum, Jules Renard, Lucien Guitry, Paul Gordeaux, Marcel Pagnol, et de bien d'autres artistes, Tristan Bernard se fait connaître pour ses jeux de mots, ses romans et ses pièces, ainsi que pour ses mots croisés. Il contribue aussi largement au genre policier par son recueil Amants et Voleurs (1905), mais aussi avec plusieurs romans : L'Affaire Larcier (1907), Secrets d'État (1908), récit d'un complot contre le souverain de l'État imaginaire de Bergensland. Mathilde et ses mitaines (1912) met en scène la farfelue Mathilde Gourgeot qui préfigure le type de femme détective amateur qu'on retrouve beaucoup plus tard chez Erle Stanley Gardner, Maurice-Bernard Endrèbe et quelques autres. Le Taxi fantôme (1919) oppose un historien et un politicien véreux, qui briguent tous deux un poste d'académicien. Son avant-dernière contribution, Aux abois (1933), écrite sous forme d'un journal intime, est sous-titrée Journal d'un meurtrier. Il publie un dernier roman policier avec Visites nocturnes (1934).

Il séjourne dans les années 1930, en famille, dans sa villa au Touquet-Paris-Plage..

Humoriste facétieux, il ajoute une strophe aux Stances à Marquise. de Pierre Corneille, reprise en chanson par Georges Brassens : « Sans doute que je serai vieille, Dit la marquise, cependant J'ai vingt-six ans, mon vieux Corneille, Et je t'emmerde en attendant. »

Pendant l'Occupation allemande, il habitait rue Villaret-de-Joyeuse, menacé comme Juif, il se réfugie à Cannes, où il vit à l'hôtel Windsor. À son ami, le scénariste Carlo Rim, qui le presse de venir se cacher chez lui la nuit, il répond : « À mon âge, on ne découche plus ! » et d'ajouter : « Savez-vous que je figure dans le Petit Larousse ? On n'arrête pas quelqu'un qui figure dans le Petit Larousse ». ou « Comment vouez-vous que l'on fasse du mal à un français qui figure dans le dictionnaire », la suite lui donnera presque raison. Son ami Roland Dorgelès le presse aussi de venir se cacher chez lui à la campagne. Il est arrêté avec sa femme par les Allemands le Henri Jadoux, Sacha Guitry, Perrin, 1982, : "Le 9 octobre 1943, a lieu l'arrestation à Nice de Tristan Bernard et de sa femme.". alors qu'il vient d'acheter les billets de train pour le rejoindreTémoignage de Dominique Nohain dans Télé 7 Jours , semaine du 8 au 14 novembre 1975, page 74, article de Paulette Durieux : "Dominique Nohain a rendu son nom au Théâtre Tristan-Bernard".. Lors de son envoi à Paris dans un car de la Gestapo, il dira à son épouse : Françoise Giroud, Le Nouvel Observateur, , 14 janvier 1999..

Alors qu'il a été transféré par les Allemands à l'hôpital RothschildHenri Jadoux, Sacha Guitry, Perrin, 1982, : " Choisel m'apprit qu'il était allé à l'hôpital Rothschild, où Tristan Bernard et sa femme venaient d'être transférés. Il les revit au même endroit le 16, et le 18, Sacha fut averti, par une communication de la secrétaire de Fernand de Brinon, qu'ils seraient libérés dans le cours de la journée : la promesse fut tenue."., il est libéré le Journal 1939-1945 de Maurice Garçon, éditions Les Belles Lettres/Fayard, 2015, à la date du 22 octobre 1943 : « Je sors de rendre visite à Tristan Bernard. Il est libéré depuis hier ainsi que sa femme. Ils se sont réfugiés chez Jean-Jacques Bernard, rue Eugène Flachat ». grâce à l'intervention de Sacha Guitry, prévenu de son arrestation dans la nuit du 12 au par René Fauchois – qui, lui-même, avait été prévenu par Reynaldo Hahn., cité par Dominique Desanti, dans Sacha Guitry, 50 ans de spectacle, Grasset, 1982, . –, et d'Arletty, qui demande à , ministre plénipotentiaire de l'ambassade d'Allemagne à Paris, sa libérationPierre Monnier, Arletty, biographie, Éditions du Rocher, 1998, : "En 1948, elle reçoit une lettre de Rudolf Schleier qui avait été en poste à Paris pendant l'occupation. Schleier faisait l'objet d'un procès en dénazification. Il rappelait à Arlette qu'au cours d'une réception, en octobre 1943, elle lui avait demandé d'intervenir en faveur de Tristan Bernard et de sa femme, tous deux arrêtés par la Gestapo. Schleier avait très vite obtenu la mise en liberté.".. Il avait refusé une première fois sa libération, ne voulant pas laisser sa femme, Mamita. Il confie à l'avocat Maurice Garçon : « Je n'ai jamais aimé apprendre l'histoire mais cet embêtement n'est rien auprès de l'obligation de la vivreJournal 1939-1945 de Maurice Garçon, éditions Les Belles Lettres/Fayard, 2015, à la date du 22 octobre 1943.. »

Son petit-fils François-René, l'un des fils de Jean-Jacques, est arrêté comme résistant dans le maquis du Tarn et déporté à Mauthausen, où il est assassiné ; Tristan Bernard ne se remet jamais de cette mort.

Mort à Paris le au 43, rue Charles Floquet (une plaque lui rend hommage) dans le Acte de décès (avec date et lieu de naissance) à Paris , , vue 14/24.., Tristan Bernard est inhumé au cimetière de Passy ()Jacques Hillairet, Dictionnaire historique des rues de Paris, Les Éditions de minuit, septième édition, 1963, (« L-Z »), « Rue des Réservoirs », ., dans la division.

Suzanne Rebecca Bomsel , sa première épouse, meurt à Paris en 1928. et Agathe Marcelle Reiss, sa seconde épouse, qui repose avec lui, en 1952.

Son fils Jean-Jacques Bernard dédie à son père un livre intitulé Mon père Tristan Bernard, en 1955.

Famille vignette|Marcelle Aron (future seconde Madame Tristan Bernard) par E. Vuillard (1914) Tristan Bernard se marie une première fois le dans le , avec Suzanne Rebecca Bomsel (1869-1928), se déclarant à cette occasion avocat à la cour d'appel.. Il a trois fils de cette union. Le premier, Jean-Jacques (1888-1972), est un auteur dramatique, promoteur du « théâtre du silence» (Martine), qui témoigna également sur l'univers concentrationnaire (Le Camp de la mort lente, Le Pain rouge). Le deuxième, Raymond, est un réalisateur de cinéma, avec notamment en 1934, Les Misérables, la première version cinématographique sonore, en noir et blanc, une des plus fidèles adaptations en trois volets. Le cadet, Étienne (1893-1980), résistant, professeur de médecine, phtisiologue, contribue à la promotion de la vaccination et la diffusion du BCG.

Veuf, il se marie en secondes noces, le , dans le avec Agathe Marcelle Reiss dite « Mamita » (1876-1952), fraîchement divorcée de Samuel Aron..

Tristan Bernard est par ailleurs le beau-frère du dramaturge Pierre VeberOlivier Barrot, Pascal Ory, La Revue blanche : histoire, anthologie, portraits, Christian Bourgois, 1989, . et de Paul Strauss, sénateur de Paris.

Il est l'oncle du journaliste et scénariste Pierre-Gilles Veber et du scénariste Serge Veber, le grand-oncle du cinéaste Francis Veber et l'arrière-grand-oncle de l'écrivaine Sophie Audouin-Mamikonian.

Hommages vignette|Plaque 43 avenue Charles-Floquet ( arrondissement de Paris), où il vécut.Buste de Paul Bernard dit Tristan Bernard, œuvre de Josette Hébert-Coëffin (1907 - 1973), situé sur la place Tristan-Bernard ( de Paris), nommée en sa mémoire en 1953 sur des portions des rues d'Armaillé, Saint-Ferdinand, Pierre-Demours et Guersant, de chaque côté de l'avenue des Ternes.

Distinctions . Tristan Bernard est nommé chevalier de l'ordre national de la Légion d'honneur en 1903, officier en 1913, commandeur en 1928 et élevé à la dignité de ..

Mots d'esprit thumb|Caricature publiée dans Les Hommes du jour (1911). À propos de sa naissance dans la même ville que Victor Hugo :

À propos de l'invasion allemande pendant la Seconde Guerre mondiale :

« J’appartiens à ce peuple qu’on a souvent appelé élu… Élu ? Enfin, disons : en ballottageTristan Bernard, Propos, conférence à Nice (1942).. »

Après son arrestation par les Allemands :

À sa femme dans le car de la Gestapo qui emmène le couple à Paris après son arrestation par les Allemands : ..

« Un jour, on verra surgir à l’horizon des menaces de paix. Or nous ne sommes pas prêts. » (Le Poil civil, 1915). « Janvier, mars, mai, juillet, août, octobre, décembre... Des mois élégants : ils se mettent sur leur trente et unPierre Horay, Tristan Bernard en verve (ed. 1971)..» « La gloire de l'acteur, comme la beauté d'une femme, ne perd rien de sa grandeur du fait qu'elle est périssable.» « Je crois à la chance. C'est le seul moyen que j'ai trouvé pour justifier la réussite des gens que je n'aime pas.» « Il ne faut compter que sur soi-même. Et encore, pas beaucoup.» « Le caramel fréquente le palais et menace la couronne.» « Je veux bien changer d'opinion, mais avec qui ?» « J'ai revu un ami, l'autre jour. Il avait tellement changé qu'il ne m'a pas reconnu. » « Ah ! que les hommes sont méchants de ne pas m'aimer autant que je m'aime !Le fardeau de la preuve, , in Théâtre complet, 1 éd. Calmann-Lévy.» « L'honnêteté n'est pas un habit des dimanches, mais un vêtement de tous les jours.» Peut-être que je serai vieille dit Marquise, cependant, j'ai vingt-six ans mon vieux Corneille, et je t'emmerde en attendant! : réaction de Mademoiselle du Parc imaginée par l'humoriste en réponse aux propos de Pierre Corneille dans Stances à Marquise. Ce quatrain a été repris par Georges Brassens dans sa chanson Marquise.

Tristan Bernard est également connu pour ses grilles de mots croisés, pleines d'esprit et de malice. Contrairement à une idée reçue, ce n'est pas à lui que l'on doit cette définition en 8 lettres, (réponse : l'entracte), mais à Renée DavidArticle du 24 février 1937 paru dans Marianne.. En revanche, on lui doit bien celles-ci : (réponse : l'âge), (réponse : un taxi), (réponse : un diamantaire) et (réponse : un piano).