Le Likoud (en hébreu : , soit littéralement « la consolidation ») est un parti politique israélien généralement classé à droite, voire à l’extrême droite.

Le Likoud s'inspire très largement de l'idéologie du Parti révisionniste (créé en 1925 par Vladimir Jabotinsky) puis du Herout (créé en 1948 par Menahem Begin), dont il apparaît comme le successeur. Il est créé en 1973, sous la direction de Menahem Begin, jusqu'alors responsable du Herout. Il remporte les élections en 1977 et met ainsi fin à un demi-siècle de domination du Mapaï sur le Yichouv puis sur l'État d'Israël.

Il participe à tous les gouvernements israéliens de 1977 à la fin 2005, sauf entre 1992 et 1996, puis entre 1999 et 2001. Le Premier ministre de ces gouvernements a toujours appartenu au Likoud (sauf entre 1984 et 1986, où il participe au gouvernement de Shimon Peres). Ariel Sharon est la figure emblématique du Likoud jusqu'à ce qu'il fonde Kadima, fin 2005. À la suite de cette scission, le Likoud ne fait plus partie des trois partis politiques dominants en Israël, mais il revient sur le devant de la scène en 2009, avec la nomination de son chef, Benyamin Netanyahou, au poste de Premier ministre, fonction qu'il occupe jusqu'en 2021.

Lors du retour au pouvoir de Benyamin Netanyahou à la fin de l'année 2022, la coalition qu'il forme est qualifiée par de nombreux observateurs de , en raison de l'alliance conclue avec plusieurs partis d'extrême droite israéliens.

Histoire Origines

Vladimir Jabotinsky a créé en 1925 le Parti révisionniste, pour « réviser » le sionisme dans un sens plus nationaliste. Le parti Révisionniste a pour idéologie : Un État juif s'étendant sur les deux rives du fleuve Jourdain : Palestine mandataire et Jordanie. La défense du libéralisme économique face aux idées socialistes qui dominent à l'époque le Yichouv (communauté juive en Palestine). La défense du libéralisme politique (démocratie). On note cependant que des courants d'extrême droite minoritaires opèrent à la droite du parti. Voir le chapitre sionisme révisionniste : La tentation fasciste et les Birionim (1928-1933).

Le mouvement révisionniste s'organise dans les années 1930 en plusieurs organisations : Le Parti révisionniste lui-même, dirigé par Vladimir Jabotinsky. Le Betar, mouvement de jeunesse indépendant du parti, mais qui se réclame aussi de Jabotinsky. L'Irgoun Zvaï Leumi (Organisation militaire nationale), organisation militaire clandestine, considérée comme une organisation terroriste par le Royaume-Uni et l'Agence juive (exécutif sioniste en Palestine mandataire). De 1937 à 1948, l'Irgoun a mené trois campagnes : de 1937 à 1939 contre la population civile arabe, de 1944 à 1947 contre les Britanniques et de la fin 1947 au milieu de 1948 contre la population civile arabe et les groupes armés arabes. Jabotinsky est son chef politique jusqu'en 1940 (fonction assez théorique). Le Lehi, organisation dissidente radicale de l'Irgoun, apparue en 1940. Le Lehi se réclame d'une version radicale du courant révisionniste jusqu'en 42-43, avant de s'en éloigner. Mais certains courants du Lehi restent proches des révisionnistes.

Après la mort de Jabotinsky, en 1940, les trois premières organisations, qui reconnaissaient son autorité, n'ont plus de chef commun.

En 1943, Menahem Begin, ancien responsable du Betar de Pologne, considéré comme un peu plus « dur » que Jabotinsky, a pris la direction de l'Irgoun, et a relancé en 1944 la lutte armée contre les Britanniques.

En 1948, l’Irgoun est dissoute sous la pression du nouveau gouvernement israélien (affaire de l'Altalena). Menahem Begin crée alors le Herout, pour regrouper le mouvement révisionniste. Le nouveau parti absorbe le parti Révisionniste et les anciens de l'Irgoun. Ceux-ci obtiennent la majorité des postes de commandes, quand les « politiques » du Parti révisionniste, considérés comme plus modérés (ils ont parfois critiqué les attentats de l'Irgoun), sont mis à l'écart des instances dirigeantes.

Seul le Lehi reste au départ à l'extérieur du Hérout, et crée un éphémère « parti des combattants », dont beaucoup de membres entreront ensuite (mais pas tous), au Hérout, comme Yitzhak Shamir.

Le Herout sous la direction de Menahem Begin reste un parti relativement marginal (en dessous de 15 %) des élections de 1948 à celles de 1961. Il apparaît à beaucoup comme trop nationaliste. Ses revendications d'annexion de la Jordanie sont souvent ressenties comme trop aventuristes.

En 1965, le Herout s'allie au sein de la coalition Gahal avec les sionistes généraux du parti libéral, le mouvement historique du centrisme sioniste. En 1967, lors de la guerre des Six Jours, le gouvernement travailliste invite le Gahal à participer au gouvernement. Il y restera jusqu'en 1970, le quittant par opposition au plan de paix américain dit « plan Rogers ».

L'alliance avec les centristes et la participation au gouvernement, mais aussi l'abandon progressif de la revendication sur la Jordanie, donne à la droite sioniste une image plus modérée.

Création (1973) Le Likoud est créé en 1973, quand le Gahal (Hérout + parti libéral) et le La'am décident de se rassembler pour les élections législatives. Le La'am regroupe 3 petits groupes relativement marginaux : le « Centre libre » (dissidents du Hérout), la « Liste d'État » (dissidents travaillistes) et le « mouvements pour le grand Israël » (dissidents travaillistes). le Likoud correspond donc surtout à l'ancien Gahal.

Ariel Sharon a joué un rôle important dans la création du nouveau parti, mais le quitte rapidement. Il le rejoindra en 1977.

Dès 1973, le nouveau responsable du parti est Menahem Begin, ancien chef de l'Irgoun et du Hérout. Le programme est celui des révisionnistes depuis 1925. Le grand Israël est toujours revendiqué, mais redéfini : la Jordanie n'est plus revendiquée. Ce sont les zones occupées par Israël après la guerre des Six Jours qui sont maintenant au cœur des revendications territoriales du Likoud.

Du fait des nombreuses factions que comportaient déjà les partis fondateurs, il faudra attendre 1988 pour que le Likoud devienne un véritable parti unitaire.

Dès 1973, le nouveau parti confirme sa percée, avec 30,2 % des suffrages.

Victoire de 1977

Menahem Begin devient Premier ministre d'Israël en 1977, mettant fin à la domination des travaillistes qui datait de la période du Yichouv. Le Likoud a obtenu 33,4 % des suffrages et (sur 120). Il est immédiatement renforcé par la fusion avec le petit parti Shlomzion (deux sièges) de Ariel Sharon.

La victoire a été rendue possible par plusieurs phénomènes : l'image de parti de gouvernement crédible obtenue par la participation au gouvernement travailliste de 1967-1970 ; la crédibilité nouvelle du vieux projet de Grand Israël : après la guerre des Six Jours de 1967, il n'est plus question de conquérir des territoires jordaniens ou égyptiens, il suffit de conserver les terres déjà conquises ; le ralliement des sionistes religieux du PNR : traditionnellement, ceux-ci étaient des alliés des travaillistes. Après 1967, on voit apparaître une « faction des jeunes », qui considère que le « grand Israël » est un devoir religieux. En 1977, cette faction l'emporte : le PNR inverse les alliances et rallie le Likoud ; le ralliement des religieux non-sionistes : le parti des ultra-orthodoxes juifs est le parti Agoudat Israel. Il était dans l'opposition depuis 1952, mais avait toujours refusé de se lier à la droite nationaliste, entre autres par réticence face au sionisme et à son « culte » de l'État (perçu comme de l'idolâtrie). Menahem Begin va créer une alliance forte en acceptant de nombreuses lois de coercitions religieuses (sur le respect du Shabbat, par exemple), et en augmentant fortement les transferts de fonds étatiques vers les institutions religieuses Agoudat ; le ralliement de l'électorat séfarade : les juifs des pays arabes ont immigré en masse dans les années 1950 (voir les articles Alya et Réfugiés juifs des pays arabes). Ils ont mal vécu leur statut social défavorisé (lié à un niveau d'éducation « moderne » assez faible), mais aussi la dévalorisation de leurs traditions culturelles par l’establishment travailliste d'origine européenne et ashkénaze. Le danger d'« orientalisation » d'Israël a parfois été dénoncé en des termes particulièrement brutaux, et perçus comme humiliants par les intéressés. Dans les années 1970, le rejet des travaillistes devient très fort dans cette communauté ; Les conséquences de la guerre du Kippour de 1973 : l'armée israélienne a été prise par surprise par les armées égyptiennes et syriennes. La situation a été finalement rétablie, mais la responsabilité du gouvernement travailliste a été mise en cause ; l'usure du pouvoir : la gauche sioniste domine le Yichouv puis Israël depuis le début des années 1930. Un certain besoin de nouveauté se fait jour dans l'électorat. C'est ainsi qu'un parti recrutant plutôt à gauche, comme le Dash a choisi l'alliance avec le Likoud.

Colonisation de la Palestine Menahem Begin souhaite l'annexion de la Palestine. Il est un fidèle soutien de Goush Emounim (« le bloc de la foi »), l'organisation sioniste religieuse qui a pour but de développer la colonisation en Cisjordanie.

Accords avec l'Égypte (1977-1982) En 1977, Begin accepte les ouvertures de paix de l'Égypte, et négocie la restitution de la péninsule du Sinaï. Bien que la droite israélienne ait revendiqué l'annexion de tout ou partie du Sinaï après 1967, la péninsule n'est pas annexée. Contre l'avis d'une partie des membres de son parti, Menahem Begin accepte en 1977 les accords de Camp David, puis, en 1979, accepte de renoncer à toute revendication sur le Sinaï. Celui-ci sera restitué par étape à l'Égypte entre 1979 et 1982, en échange d'un accord de paix.

Guerre du Liban (1982-1985) En 1978, le gouvernement israélien décide d'occuper le sud du Liban pour servir de zone tampon entre Israël et les zones dont l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) s'était emparée au Liban à la suite de la guerre civile commencée en 1975.

En 1982, une invasion de grande envergure est décidée au-delà de la zone contrôlée par Israël, et ce afin de détruire l'infrastructure de l'OLP dans la région, qui menait des attaques en Israël et contre l'armée israélienne. Menahem Begin souhaitait une opération relativement limitée. Mais Ariel Sharon, ministre de la Défense et membre du Likoud a un projet plus vaste : porter au pouvoir Bachir Gemayel et les phalanges chrétiennes, et faire du Liban un allié d'Israël.

jusqu'à Beyrouth. L'OLP, l'armée libanaise et l'armée syrienne, qui tentent de s'y opposer, sont balayés.

Bechir Gemayel devient effectivement président, mais est assassiné presque tout de suite. Israël se retrouve à occuper un vaste territoire avec une forte opposition de certaines populations locales, sans perspective politique. Ariel Sharon démissionne en 1982, après les massacres des camps palestiniens de Sabra et Chatila opérés par les phalanges chrétiennes avec la complicité de l'armée israélienne. En 1983, Menahem Begin, fatigué et malade, se retire.

La guerre du Liban n'a pas permis de bâtir une alliance avec le Liban. Elle a éliminé l'infrastructure militaire de l'OLP, mais celle-ci est remplacée par un mouvement armé plus actif encore : le Hezbollah chiite, proche de l'Iran et de la Syrie. Enfin, une partie de l'opinion publique israélienne se déclare contre la « sale guerre », qui fait plusieurs centaines de tués entre 1982 et 1985 au sein de Tsahal.

Gouvernement d'Union nationale (1984-1990)

Après sa démission, Menahem Begin est remplacé par Yitzhak Shamir, autre membre du Likoud. Lors des élections législatives de 1984, les travaillistes et le Likoud font jeu égal, avec une très légère avance aux travaillistes. La crise économique et la guerre du Liban expliquent cette remontée travailliste, même si le Likoud a bien résisté, avec 31,9 % des voix.