Mohamed Ould Abdel Aziz Ould Eleya (parfois Muhammad Ould Abd al-Aziz ou Ould Abdelaziz, en ), né le à Akjoujt, est un général mauritanien, chef de l'État du au , puis président de la République du au .
Il est l'un des meneurs du coup d'État d' qui dépose le président Maaouiya Ould Sid'Ahmed Taya, puis conduit le coup d'État d'août 2008 qui renverse le président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi et le Premier ministre Yahya Ould Ahmed El Waghef, à l'issue d'une crise politique. Il est désigné par la junte président du Haut Conseil d'ÉtatLe Haut Conseil d'État rend public un nouveau communiqué , AMI, 7 août 2008., l’organe de la transition, avant d’être élu président de la Mauritanie en 2009, et réélu en 2014. À l'issue de ses mandats, limités à deux par la constitution, il pèse de tout son poids pour faire élire comme successeur son dauphin désigné.
Il fait par la suite l'objet d'une enquête parlementaire sur sa gestion, et il est poursuivi en justice sur des soupçons d'enrichissement personnel et condamné à 5 ans de prison en première instance puis 15 ans en appel. Il est ainsi devenu .
Biographie Famille et vie privée Mohamed Ould Abdel Aziz naît le à Fort Repoux, une ancienne ville minière du centre-ouest de la Mauritanie. Il est issu de la tribu des Ouled Bou Sbaa, une tribu originaire du Maroc et présente en Mauritanie et au Sahara occidental. Son père Abdel Aziz, qui était commerçant, a longtemps vécu au Sénégal. Il est aussi le cousin de l’ancien président Ely Ould Mohamed Vall, décédé le . Longtemps proches, les deux hommes se sont brouillés politiquement en 2008 : Ely Ould Mohamed Vall avait condamné le renversement de Sidi Ould Cheikh Abdallahi par Mohamed Ould Abdel Aziz.
Mohamed Ould Abdel Aziz est marié à Tekber Mint Malaïnine Ould Ahmed. Discret sur sa vie personnelle, il est probablement père de sept enfants parmi lesquels deux fils régulièrement cités par la presse locale. Le premier, Ahmed Ould Mohamed Ould Abdelaziz est décédé en 2015 dans un accident de voiture après avoir été impliqué dans le rapport Sherpa et dans l’«affaire Sheikh Rada Al-Saidy», un célèbre scandale immobilier basé sur un schéma de Ponzi. Le deuxième, Badr Ould Abdelaziz, a quant à lui succédé à son frère en tant que président de la fondation Rahmaa et est plusieurs fois cité dans la presse dans le cadre d’affaires de tirs par arme à feu et d’intimidation de journalistes.
Carrière militaire et politique
1977-2005 Après des études secondaires, il rejoint l’armée nationale où il occupe plusieurs postes de commandement.
Entre 1977 et 1982, il suit deux formations militaires au Maroc, à l’Académie royale militaire de Meknès, et en Algérie. En 1984, au lendemain du putsch contre Mohamed Khouna Ould Haidalla, il devient aide de camp du colonel Maaouiya Ould Sid'Ahmed Taya, le nouveau président de la République mauritanienne. Il intègre ensuite le Bataillon de la sécurité présidentielle (BASEP) créé sous le régime de Ould Taya.
Promu en au grade de commandant, il occupe le poste de commandant-adjoint de la militaire jusqu’en 1998, où il obtient le grade de lieutenant-colonel et devient le commandant du BASEP. Il accède en 2004 au grade de colonel.
Le , le BASEP, commandé par Mohamed Ould Abdel Aziz, déjoue le putsch des Cavaliers du changement, et reprend le contrôle de Nouakchott après de violents combats, qui font officiellement une quinzaine de morts.
2005-2008 Mohamed Ould Abdel Aziz, qui en est probablement le cerveau., mène aux côtés de son cousin le colonel Ely Ould Mohamed Vall un coup d'État le qui aboutit au renversement du président Maaouiya Ould Sid'Ahmed Taya au pouvoir depuis 1984 Ethan Zuckerman Mauritanians report on today's coup 3 août 2005, Global Voices OnlineNews d'AlernetBiographie du nouveau président mauritanien, Taqadoumy - 6 août 2008. Ely Ould Mohamed Vall, qui était le directeur général de la Sûreté nationale, prend la tête du Conseil militaire pour la justice et la démocratie (CMJD) et promet l’organisation d’élections démocratiques dans un délai de deux ans. Ould Taya était en Arabie saoudite, aux obsèques du roi Fahd, lors de sa déposition, qui s’est déroulée sans violence.
Alors que Vall est semi-retraité de l'armée après l'élection de 2007, Aziz, qui est le cousin Oulad Bousbaa de Madame Khattou Mint El Boukhary, l'épouse du président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, continue à diriger le BASEP et est élevé au grade de général par le président nouvellement élu Sidi Ould Cheikh Abdallahi en . Il devient ainsi le deuxième général de l’histoire de l’armée mauritanienne depuis l’indépendance du pays en 1960. Il est nommé chef d'état-major particulier du président.
La rumeur d'Aziz disait qu'il avait une influence considérable sur Abdallahi, une influence qu'Abdallahi recherchait et subissait à la fois.
Le général est au cœur des conspirations parlementaires qui bloquent le gouvernement Abdallahi et institutions mauritaniennes en 2008, aboutissant au coup d'État du .
Coup d'État de 2008 Le matin du , Mohamed Ould Abdel Aziz est limogé, avec trois hauts officiers de l’armée dont le général Mohamed Ould Ghazouani, par le président Sidi Ould Cheikh Abdallahi, qui les accusait de mettre la pression sur les parlementaires frondant contre lui. Mohamed Ould Abdel Aziz s’empare du pouvoir, annule la décision présidentielle, et prend la direction d’un Haut Conseil d’État. Il promet de rectifier la trajectoire du pays vers la démocratie et un retour rapide à l’ordre constitutionnel. Le président déchu, Sidi Ould Cheikh Abdallahi, est placé en résidence surveillée : il est libéré le .
Le coup d’État de Mohamed Ould Abdel Aziz intervient sur fond de crise politique et sociale et de recrudescence d’attaques terroristes visant notamment des touristes français. La Mauritanie avait connu, en , des émeutes du pain. En , l’entrée de personnalités islamistes du parti Tawassoul et de proches de l’ancien président Ould Taya dans le gouvernement d’union nationale de Yahya Ould Ahmed el Waghf avait provoqué des remous et déclenché le lancement d’une motion de censure à l’Assemblée. Pour éviter d’être renversé, le Premier ministre Yahya Ould Ahmed el Waghf avait présenté la démission de son gouvernement juste avant le vote du Parlement. Reconduit dans ses fonctions par le président Sidi Ould Cheikh Abdallahi, Yahya Ould Ahmed el Waghf avait constitué un nouveau gouvernement mi-juillet, sans les islamistes, et sans les figures de l’ancien régime Ould Taya, mais sans parvenir à restaurer la confiance.
Le , Mohamed Ould Abdel Aziz annonce sa démission de l'armée et de la présidence du Haut Conseil d'État avant le afin de pouvoir se présenter à l'élection présidentielle prévue le par ce conseilLe chef de la junte mauritanienne candidat à l'élection présidentielle du 6 juin. Le , l'intérim du pouvoir revient constitutionnellement au président du Sénat, Ba Mamadou M'BaréLa candidature du chef de la junte militaire, RFI, 16 avril 2009.Le président de la République par intérim arrive au palais présidentiel, AMI, 15 avril 2009. Pour sa part, Mohamed Ould Cheikh Mohamed Ahmed lui succède à la tête du Haut Conseil d'État, qui est alors maintenu..
De nombreuses pressions et menaces de la communauté internationale sont alors brandies contre les putschistes pour qu'ils négocient avec le président déchu Ould Cheikh Abdallahi. Le groupe de contact international sur la situation en Mauritanie (GCIM) créé pour coordonner les positions des partenaires internationaux de la Mauritanie sur cette crise, invite les protagonistes mauritaniens à un dialogue politique sous le patronage du dirigeant libyen Mouammar Kadhafi, président en exercice de l’UA. Un dialogue qui échoue vite à l'arrivée de ce dernier à Nouakchott. Le président Abdoulaye Wade propose sa médiation que l’UA appuie pour conduire à l’accord de Dakar du dont les points principaux sont : la signature d'un décret de formation du gouvernement transitoire d’union nationale par le président Ould Cheikh Abdallahi ; la formalisation de sa démission volontaire de son mandat de président de la République et de l'exercice de l'intérim par le président du Sénat ; la fixation de la date de l’élection présidentielle au .
Le , le scrutin présidentiel, initialement est reporté au . Le , après avoir formé la veille un gouvernement de transition et que la junte ait été placée sous tutelle de celui-ci, Abdallahi présente sa démission, permettant le début de la transition.
Le , Ould Abdel Aziz, désigné candidat de l'Union pour la République, est élu au suffrage universel président de la République avec 52,47 % des voix, dès le , pour un mandat de cinq ans. La transition est menée rapidement.
Depuis 2009
Le , alors qu'il regagne en voiture la capitale Nouakchott, Ould Abdel Aziz est blessé par balle. Il subit à l'hôpital militaire de Nouakchott une première opération destinée à extraire la balle de son corps. Il est ensuite évacué en France pour des soins complémentaires. Selon les autorités du pays, il s'agirait d'un tir par erreur de l’armée alors que le président roulait dans une voiture banalisée de nuit près d’un barrage.
Le , Mohamed Ould Abdel Aziz est réélu pour un second mandat avec plus de 80 % des voix, à l’issue d’une élection présidentielle boycottée par tous les principaux partis de l'opposition radicale, rassemblés au sein du Forum national pour la démocratie et l’unité (FNDU). Le résultat de cette élection est contesté par l’opposition et notamment par le candidat Biram Dah Abeid, qui affirme que le scrutin a été entaché de fraude massive. Néanmoins, les observateurs de la mission de l’Union africaine dirigée par l’ancien Premier ministre tunisien Béji Caïd Essebsi ont jugé que le scrutin s’était déroulé dans des conditions satisfaisantes.
Alors que la Mauritanie avait connu, depuis 2005 (attaque de Lemgheity) une multiplication des attaques et attentats terroristes, le pays, sous la conduite du président Mohamed Ould Abdel Aziz, a su endiguer la menace représentée par le groupe Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI). Dès 2010, l’armée mauritanienne mène, seule ou conjointement avec la France (raid de l'Akla) et le Mali, des raids préventifs pour détruire des bases maliennes d’AQMI qui menaçaient ses frontières nationales. Après le déclenchement de l’opération française Serval, destinée à reconquérir le Nord du Mali contrôlé par les djihadistes, la Mauritanie réussit à maintenir sa frontière, longue de , hermétique aux infiltrations des combattants islamistes. Les succès dans la lutte contre le terrorisme et la restauration de la sécurité constituent un progrès notable accompli par Mohamed Ould Abdel Aziz, . Le pays n’a plus connu d’attaques terroristes sur son sol depuis .
Action internationale et diplomatie Le président Mohamed Ould Abdel Aziz préside l’Union africaine entre le et le .
Il participe, comme médiateur, à la conclusion d’un cessez-le-feu entre la rébellion touarègue et l’armée malienne, après les affrontements de Kidal, en .
Mohamed Ould Abdel Aziz est à l’origine de la création du G5 Sahel, en 2014. Cette organisation régionale réunit cinq pays de la bande sahélo-saharienne, la Mauritanie, le Burkina Faso, le Mali, le Niger et le Tchad, et son secrétariat général siège à Nouakchott. Elle s’est dotée en 2017 d’une composante militaire, dont les effectifs seront portés, à terme, à . La force conjointe du G5 Sahel doit épauler la Minusma et les soldats de l’opération Barkhane pour lutter contre les djihadistes au Sahel.
Depuis l’élection du président Mohamed Ould Abdel Aziz, la Mauritanie s’est engagée activement dans le renforcement de la sécurité collective en Afrique. Des soldats mauritaniens ont participé aux opérations de maintien de la paix en Côte d’Ivoire (ONUCI) et au Darfour. Elle a déployé un contingent de 120 gendarmes et 750 casques bleus dans le cadre de la MINUSCA en République Centrafricaine.