Léon Bloy, né le à Périgueux et mort le à Bourg-la-Reine, est un écrivain, romancier, essayiste et polémiste français.
Il est connu pour son roman Le Désespéré largement inspiré de sa relation avec Anne-Marie Roulé.
Biographie vignette|redresse|left|Plaque commémorative à Périgueux, au 6, rue Séguier.. Fils de Jean-Baptiste Bloy, fonctionnaire aux Ponts et Chaussées et franc-maçon, et d'Anne-Marie Carreau, une ardente catholique, fille d'un soldat français qui rencontra une Espagnole, en 1811, pendant les guerres napoléoniennesGabriel Bounoure, « Actualité de Léon Bloy » dans Michel Aubry, Léon Bloy : Dossier H, L'Âge d'Homme, 1990, ., Bloy est né dans une propriété rurale du faubourg Saint-Georges, dite « le Fenestreau ». à Périgueux, le . Il est le deuxième d'une fratrie de sept garçons : Paul, Georges, Marc, Henri, Albert, Jules.
vignette|gauche|Autoportrait au crayon de Bloy à 19 ans.
Ses études au lycée de Périgueux sont médiocres : retiré de l'établissement en classe de quatrième, il continue sa formation sous la direction de son père., qui l'oriente vers l'architecture. Il commence à rédiger un journal intime, s'essaie à la littérature en composant une tragédie, Lucrèce, ce que désapprouve son père, et s'éloigne de la religion. En 1864, son père lui trouve un emploi de commis au bureau de l'architecte principal de la Compagnie ferroviaire d'Orléans à Paris. Médiocre employé, Bloy rêve de devenir peintre et s'inscrit à l'École des beaux-arts, dans l’atelier de Pils. Il écrit ses premiers articles, sans parvenir à les faire publier, et fréquente les milieux du socialisme révolutionnaire et de l'anticléricalisme. vignette|Portrait par Georges Rouault.
Rencontre avec Barbey d'Aurevilly En , il fait la connaissance de Jules Barbey d'Aurevilly, domicilié en face de chez lui, rue Rousselet (Léon Bloy habite au numéro 24). Barbey lui fait lire Maistre, Bonald et divers théologiens. C'est l'occasion pour lui d'une profonde conversion intellectuelle, qui ramène le jeune anarchiste à la religion catholique, et le rapproche des courants traditionalistes. C'est Barbey qui le familiarise avec la pensée du philosophe réactionnaire Antoine Blanc de Saint-Bonnet, tombé aujourd’hui dans l'oubli. Par la suite, Ernest Hello a également eu une très forte influence sur lui ; il semble même que ce soit lui qui l'ait incité à écrire.
Quand éclate la guerre franco-allemande de 1870, il est incorporé dans le régiment des « Mobiles de la Dordogne », prend part aux opérations de l'Armée de la Loire et se fait remarquer pour sa bravoure au combat de Vibraye. Démobilisé, il rentre à Périgueux en . Sa participation à la guerre lui inspirera, en 1893, Sueur de sang.
Il retourne à Paris en 1873 où, sur la recommandation de Barbey d'Aurevilly, il entre à L'Univers, le grand quotidien catholique dirigé par Louis Veuillot. Très vite, en raison de son intransigeance religieuse et de sa violence, il se brouille avec Veuillot, et quitte le journal dès . Il est alors engagé comme copiste à la direction de l'enregistrement, tout en assurant bénévolement le secrétariat de Barbey d'Aurevilly.
En 1875, il tente sans succès de faire publier son premier texte, La Méduse Astruc, en hommage à son protecteur, puis, sans plus de réussite, La Chevalière de la mort, étude poético-mystique sur Marie-Antoinette. Il se lie avec Paul Bourget et Jean Richepin, qu'il s'échinera sans succès à convertir, et obtient un emploi stable à la Compagnie des chemins de fer du Nord.
De la passion à l'aventure mystique : Anne-Marie Roulé Sa vie bascule à nouveau en 1877. Il perd ses parents, effectue une retraite à la Grande Trappe de Soligny (première d'une série de vaines tentatives de vie monastique), et rencontre Anne-Marie Roulé, prostituée occasionnelle, qu'il recueille, et convertit, en 1878. Rapidement, la passion que vivent Bloy et la jeune femme se meut en une aventure mystique, accompagnée de visions, de pressentiments apocalyptiques et d'une misère absolue puisque Bloy a démissionné de son poste à la Compagnie des chemins de fer du Nord.
C'est dans ce contexte passablement exalté que Bloy rencontre l'abbé Tardif de Moidrey, qui l'initie à l'exégèse symbolique durant un séjour à La Salette, avant de mourir brusquement. L'écrivain dira plus tard de ce prêtre qu'il tenait de lui « le meilleur » de ce qu'il possédait intellectuellement, c'est-à-dire l'idée d'un « symbolisme universel », que Bloy allait appliquer à l'histoire, aux évènements contemporains et à sa propre vie. Dès cette époque, il écrit Le Symbolisme de l'Apparition (posthume, 1925). Bloy sera associé à certaines influences qui s'exprimeront dans les mouvements les plus extrêmes du traditionalisme catholique, fortement imprégnés d'une eschatologie étroitement liée à l'apparition de la Vierge Marie à la Salette (1846) – influences que l'on retrouvera, entre autres, dans Le Salut par les Juifs –, signée par une ambivalence constante entre le Christ et l'Antéchrist.
Début 1882, Anne-Marie commence à donner des signes de folie ; elle est finalement internée en juin à l'hôpital Sainte-Anne de Paris. Bloy est atteint au plus profond de lui-même : , écrira-t-il plus tard.
Sur les conseils de son ami Charles Buet, Léon Bloy va faire une retraite à la Grande Chartreuse, en novembre , dans l'espoir que le Général des Chartreux lui donnerait un secours lui permettant d'écrire le livre qu'il projetait sur Christophe Colomb. Le R.P. Anselme-Marie Bruniaux lui accorde ce qu'il souhaite.Joseph Bollery, Catalogue de l'exposition Léon Bloy à la Galerie Jean Loize, Paris, 15/03-15/04/1952, La Rochelle, impr. Masson & Renaud, 1952 ...
De fait, c'est en qu'il publie son premier ouvrage, Le Révélateur du Globe. L'ouvrage est consacré à Christophe Colomb, et Barbey d'Aurevilly signe sa préface. Suit, en mai, un recueil d'articles : Propos d'un entrepreneur de démolitions. Aucun des deux livres n'a le moindre succès. Parallèlement, Bloy se lie avec Huysmans puis avec Villiers de l'Isle-Adam, se brouille avec l'équipe de la revue Le Chat noir, à laquelle il collaborait depuis 1882, et entreprend la publication d'un pamphlet hebdomadaire, Le Pal, qui aura cinq numéros. En 1886, il s'installe pour six années à Vaugirard. Résumé d'un article de Jacques Couvreur in Bull. Soc. hist. & arch. du arrondt de Paris – ..
Le Désespéré C'est à cette époque également qu'il entame la rédaction d'un premier roman largement autobiographique, Le Désespéré. Le drame vécu par les deux protagonistes, Caïn Marchenoir et Véronique Cheminot, est de fait la transposition de celui que vit Bloy avec Anne-Marie, une relation où la sensualité est peu à peu effacée par le mysticisme. L'œuvre est achevée en 1886 et l'éditeur A. Soirat craignant d'éventuels procès, sa publication n'a lieu qu'en , et sans grand écho.
Bloy commence néanmoins un nouveau roman, La Désespérée, première ébauche de La Femme pauvre. Il doit s'interrompre et se consacrer, pour vivre, à une série d'articles pour les revues Gil Blas (-) et La Plume.
La mort de Barbey d'Aurevilly, en , puis celle de Villiers de l'Isle-Adam, en août, l'affectent profondément, tandis que son amitié avec Huysmans se fissure. Elle ne survivra pas à la publication de Là-Bas (1891), où Bloy se trouve caricaturé. Les circonstances de la mort de Barbey d'Aurevilly lui vaudront de violentes attaques, en , de la part du journal La France sous la plume du « Sâr » Joséphin Peladan et un procès de ce dernier à son encontre et à celle de Léon Deschamps, rédacteur en chef de la revue La Plume. La quasi-totalité de la presse d'alors salue la condamnation du « Sâr » en ..
Fin 1889, chez François Coppée, il rencontre Johanne Charlotte Molbech, fille du poète danois Christian Frederik Molbech, née en 1859. La jeune femme se convertit au catholicisme en mars de l'année suivante, et Bloy l'épouse en mai. Toutefois, Johanne garde son nom de naissance francisé (Jeanne Charlotte Molbech). Le couple part pour le Danemark au début de 1891. Bloy se fait alors conférencier. Sa fille Véronique naît en avril à Copenhague (suivront André en 1894, Pierre en 1895 et Madeleine en 1897). En , la famille Bloy est de retour à Paris.
Le Salut par les Juifs Bloy se fâche alors avec la plupart de ses anciens amis, et commence à tenir son journal intime. En 1892, il publie Le Salut par les Juifs., écrit en réponse à La France juive de l'antisémite Édouard Drumont. Inspiré par la pensée de l'abbé Tardif de Moidrey., il y soutient des théories telles que : « L'histoire des Juifs barre l'histoire du genre humain comme une digue barre un fleuve, pour en élever le niveau. Ils sont immobiles à jamais, et tout ce qu'on peut faire, c'est de les franchir en bondissant avec plus ou moins de fracas, sans aucun espoir de les démolir. » En commentant cet ouvrage dans Le Figaro du , Remy de Gourmont écrit que Bloy . Bloy, tout en saluant le rôle particulier des Juifs, et reprenant à sa manière le thème du peuple élu, n'hésite pas à écrire en leur faveur des textes comme celui-ci : Le Vieux de la Montagne, cinquième volume des mémoires de Léon Bloy (couvrant les années 1907-1910) ; éditions du Mercure de France, 1911..
Le Désespéré, écrit six années auparavant, contient plusieurs passages foncièrement voire violemment antisémites : , . Si Bloy s'oppose à Drumont, antisémite notoire, sa valorisation d'un peuple élu, éternel, dans la confrontation avec lequel la communauté catholique serait amenée à se dépasser ou se surpasser, ou élément clef d'un dessein de Dieu, et dont on peut interroger le sens profond, ne donne pas en soi de garanties contre une forme d'antisémitisme d'une part, et reste à mettre en relation critique, d'autre part, avec les charges très agressives et même haineuses qu'il mena par avantLe désespéré, édition La Part commune, les précédentes citations figurent pages 328 et 330. D'autres passages vont dans ce sens, plus en amont, notamment page 230 : "Ce monsieur Nathan était une putridité judaïque, comme on en verra, paraît-il, jusqu'à l'abrogation de notre planète. Le Moyen Âge, au moins, avait le bon sens de les cantonner dans des chenils réservés et de leur imposer une défroque spéciale qui permît à chacun de les éviter. Quand on avait affaire à ces puants, on s'en cachait, comme d'une infamie, et on s'en purifiait ensuite comme on pouvait. La honte et le péril de leur contact était l'antidote chrétien de leur pestilence, puisque Dieu tenait à la perpétuité d'une telle vermine." Les pages 358 et 359, sur la popularité de Vaudoré (= Maupassant) chez la "juiverie parisienne", ou les pages 383, 384 sur un duel impliquant une personne juive, sont du même ordre..
Sa situation matérielle demeure précaire, et il doit déménager en banlieue parisienne, à Antony, d'abord place du Carrousel, puis 51 bis, avenue d'OrléansSituées sur l'itinéraire de l'ex-RN 20, les différentes sections de l'ancienne avenue d'Orléans traversant Antony du nord au sud ont, ultérieurement à l'époque de Léon Bloy, reçu d'autres toponymes ; la partie centrale, où se trouvait ce 51bis, est aujourd'hui nommée avenue Aristide-Briand. ; il y réside un peu plus d'une année. L'année suivant son départ, il écrit : « Antony n'a plus de mystère, après quatorze mois de séjour, et je quitte ce village de brigands, avec des rugissements de bonheur »Ville d'Antony, dépliant des services Archives, Culturel et InfoCom par Alexis Douchin : Le Patrimoine, gens de lettres et artistes, septembre 2012.. Il reprend alors sa collaboration avec le Gil Blas de Jules Guérin, d'abord pour une série de tableaux, anecdotes et récits militaires inspirés par son expérience de la guerre de 1870, puis pour une série de contes cruels. Les premiers formeront Sueur de Sang (1893) ; les seconds deviendront les Histoires désobligeantes (1894).