Paul Bourget, né le à Amiens. et mort le à Paris, est un écrivain et essayiste français, membre de l'Académie française.
Ayant donné le signal d’une réaction contre le naturalisme en littérature, Bourget est tenté par le roman d’analyse expérimentalSelon lEnquête sur l'évolution littéraire menée en 1891 par Jean Huret : .. En cela, il se positionne à la fois comme un innovateur et comme un continuateur : s'inscrivant dans la tradition du roman d'analyse français il en renouvelle les codes et contribue à la création du roman psychologique moderne.. La finesse de ses études de mœurs et de caractères séduit le public mondain qu’il fréquente dans les salons parisiens de la Troisième République. Ses premiers romans ont ainsi un grand retentissement auprès d’une jeune génération notamment féminine en quête de rêve de modernité21 et 22..
Sans renoncer à l'analyse des caractères, le romancier évolue progressivement vers un roman moraliste où la psychologie est mise au service des idées sociales et politiques.. C'est le cas du roman Le Disciple (1889), considéré comme son œuvre majeure, que l'on peut lire comme un « roman à thèse », ou, selon Bourget lui-même, comme un roman d'idées. Il ne se contente plus de l’analyse des mœurs mais en dévoile les origines et les causes, soumises à des lois inéluctables et dont la transgression amène tous les désordres individuels et sociaux. Cette nouvelle voie conduit Paul Bourget à écrire des romans davantage moralistes : L’Étape (1902), Un divorce (1904) et Le Démon de midi (1914). Il est alors influencé dans son engagement littéraire et dans son orientation romanesque par sa conversion au catholicisme et tente une synthèse entre la science et la foi. L’écrivain est amené à appliquer son talent de romancier psychologue et moraliste aux problèmes sociaux, politiques et religieux de son temps. de ce début de .
Auteur polygraphe, son œuvre multiple comprend aussi des poèmes de jeunesse, des essais et quelques pièces de théâtre. L’engagement politique de Paul Bourget, même s’il reste souvent cantonné à l’expression littéraire, s’est cependant manifesté au sein de mouvements militants ; les nombreuses prises de position du romancier traditionaliste, catholique et antidreyfusard en faveur de la monarchie brouillent la lecture de son œuvre, aujourd’hui incomprise voire méprisée et tombée dans l’oubli.
Biographie Premières années vignette|upright=0.7|gauche|alt=Extrait d'acte de naissance ancien écrit à l'encre.|Extrait d'acte de naissance, 1852.
Né à Amiens, Paul Bourget passe cependant son enfance et son adolescence à Clermont-Ferrand, de 1854 à 1867, où son père, Justin BourgetJustin Bourget est un mathématicien né à Savas (Ardèche) en 1822 et mort à Clermont-Ferrand le 10 octobre 1887. Il est reçu docteur ès sciences en 1852 et devient successivement professeur à la Faculté des sciences de Clermont, directeur des études au collège Sainte-Barbe et recteur des Académies d'Aix (1878-1882) et de Clermont (1882 - 1887)., tient la chaire de mathématiques près la faculté de Clermont. Il est notamment inscrit dans cette ville au lycée Blaise-Pascal. Sa famille est originaire d’Ardèche (plus précisément de Savas, Robert Bombrun est le descendant de l’écrivain par une branche collatérale. et de Peaugres.). Son grand-père, Claude Bourget, travaille sous les ordres du célèbre inventeur Marc Seguin.. Paul Bourget, qui a un jeune frère, Félix, né en 1856, perd sa mère, Anne Adélaïde Valentin, à l’âge de . Son père se remarie après cinq mois de veuvageSon père se remarie avec Marie Nicard, dont il a quatre enfants : Camille, né en 1866, demi-frère de Paul Bourget, peintre qui vit longtemps près de Paul puis se fixe à Florence ; Claire, née en 1859, demi-sœur de Paul, qui épouse le docteur Gautrez et qui a elle-même une fille, Germaine (épouse Daille), nièce et future héritière de Paul Bourget, , note 52 ; Henry Bourget, astronome ; Louise, qui épouse Francis Laurent et dont la fille, Simone Laurent épouse Louis David, frère de Minnie Bourget.. vignette|upright=0.7|gauche|alt=trois jeunes lycéens posent pour une photographie.|Paul Bourget (centre), lycéen à Clermont-Ferrand en 1866. Enfant, Paul Bourget entretient des relations difficiles avec sa belle-mère. L’écrivain reviendra ensuite fréquemment à Clermont, en particulier le lors des obsèques de son père, devenu dans ses dernières années d’existence recteur de l’académie en 1882. Il garde de l’Auvergne des souvenirs de lieux qui serviront, plus tard, de cadre à certains de ses romans, le château de Cordès, par exemple, dans Le Démon de midi. Il garde aussi un souvenir enthousiaste du château de son ami Eugène-Melchior de Vogüé, le château de Gourdan, situé à Saint-Clair, près de Peaugres et de Savas ; les terres des Bourget voisinant celles des Vogüé. Certains de ses ouvrages sont imprégnés par l’atmosphère morale de l’Auvergne comme Le Disciple, Un drame dans le monde et plus particulièrement dans Le Démon de midi, écrit pour partie à Clermont en 1912.
Au collège Sainte-Barbe où il est pensionnaire, le jeune Paul Bourget fait la connaissance de son condisciple, Georges Hérelle, avec lequel il entretient une vaste correspondance conservée à la Bibliothèque municipale de Troyes, et qui devient son grand amiLa correspondance de Paul Bourget et Georges Hérelle entre 1869 et 1873 est intégralement publiée dans : Maurice Bouchor, Félix Bourget, Paul Bourget, Georges Hérelle et Adrien Juvigny, , Michael Rosenfeld et Clive Thomson (éds.), Classiques Garnier, 2024 (908 p.).. Il y fréquente aussi Auguste Gérard. Excellent élève, comme en témoignent les différents livres de prix reçus et conservés dans sa bibliothèque, Bourget est admis au lycée Louis-le-Grand en qualité d’externe34 à 38.. Cette double appartenance lui permet d’entrer en contact avec de nombreux autres camarades : Saint-René Taillandier, Henri Becquerel, Denys Cochin ou Ferdinand Brunetière. Une profonde amitié le lie surtout à Adrien Juvigny, avec qui il engage une correspondance suivieLa correspondance intégrale de Paul Bourget et Adrien Juvigny a été publiée dans : Maurice Bouchor, Félix Bourget, Paul Bourget, Georges Hérelle et Adrien Juvigny, , Michael Rosenfeld et Clive Thomson (éds.), Classiques Garnier, 2024. Elle est majoritairement conservée dans la Médiathèque Jacques Chirac Troyes Champagne Métropole Fonds Hérelle, MS 3141, tome I, II et III, six lettres sont conservées à la Bibliothèque nationale de France, Fonds Robert de Montesquiou, NAF 15203 et 15204 et dans la collection de la Maison Bourget, Plantier de Costebelle.
On lira pour de détails sur les lieux de conservation de ces documents .
.. En 1867, il rencontre pour la première fois Albert Cahen, jeune musicien et élève de César Franck, grâce à qui il pourra avoir accès, plus tard, aux salons littéraires de la haute société juive56 et 57., nouer des relations qui compteront dans son parcours d’homme de lettres (avec Louise de Morpurgo, les Ephrussi, les Bischoffsheim ou encore les Stern), croiser le chemin de jeunes femmes aussi séduisantes qu’intelligentes (Marie Kann et Loulia Warchawsky notamment) ou d’une grande piété (Minnie David, sa future épouse).
Ses premières acquisitions intellectuelles le portent à avoir un goût très vif pour Victor Hugo, grâce à son professeur Eugène Despois, mais ses classiques préférés ont pour nom Byron, Heine et BalzacSur la fascination de Bourget pour Balzac, on peut consulter : .. L’agitation politique de 1870 ne le laisse pas indifférent et il est acquis aux idées démocratiques contre le régime impérial. Durant la Semaine sanglante de la Commune, il assiste à quelques exécutions sommaires et réprouve fermement l’attitude des VersaillaisIl assiste avec grande inquiétude aux événements insurrectionnels menés par des chefs communards parfois issus du lycée Sainte-Barbe. Il écrit ainsi dans la revue Parlement un article du intitulé « Spectacle coupé ».Michel Mansuy insiste sur la sympathie de Bourget envers les émeutiers, 112.. Il est l'un des rares écrivains présents lors de la Commune. Pensionnaire à Sainte-Barbe, il est y confiné avec ses camarades, la barricade du Panthéon étant toute proche. Quand il sort de son collège, le sol est jonché de cadavres : est une image qui revient dans deux de ses nouvelles. Cette sympathie pour les Fédérés transparaît dans l’un de ses premiers poèmes écrit pour la tragédienne Marie Léonide Charvin, dite « Agar »L’affaire Agar défraye la chronique des années 1870. La tragédienne, admirée par le public, obéit aux injonctions du directeur de la Comédie-Française, Édouard Thierry, et prête son concours à une fête de charité donnée au profit des victimes de la Commune. Une fois le gouvernement régulier rétabli, les journaux prennent à partie l’actrice, accusée d’avoir aidé les insurgés. Paul Bourget écrit un poème pour défendre la jeune femme et le lui envoie avec une lettre enthousiaste, explique Albert Feuillerat, 24..
Premiers succès, poète, journaliste, essayiste vignette|upright=0.8|alt=Albert Cahen, cheveux roux, sourcils épais, moustache fournie et de même couleur, est peint de face, assis dans un fauteuil à accoudoirs garni d’une tapisserie à dessins bleus semblable à celle qui orne le mur de fond. Il est vêtu d’un costume bleu foncé qui laisse voir une chemise à col droit et de petits motifs bleus. Le bras gauche est appuyé sur l’accoudoir et la main dressée à hauteur de l’épaule tient entre l'index et le majeur un porte-cigarette muni d’une cigarette encore allumée. Le bras droit est posé sur une jambe.| Albert Cahen peint par Auguste Renoir en 1881. En 1872, les premiers dîners littéraires auxquels il participe permettent à Paul Bourget d’étoffer ses relations, avec Maurice Bouchor notamment, avec lequel il a entretenu une liaison épistolaire affectueuse, voire amoureuse, de à Leurs lettres entre novembre 1869 et juin 1870 montrent que Maurice Bouchor et Paul Bourget entretiennent une liaison affectueuse, voire amoureuse à cette époque. Ces lettres sont intégralement publiées dans : Maurice Bouchor, Félix Bourget, Paul Bourget, Georges Hérelle et Adrien Juvigny, Correspondance croisée 1869-1873, Michael Rosenfeld et Clive Thomson (éds.), Classiques Garnier, 2024, .. Il est en effet admis au dîner des « Vilains Bonshommes »172 et suivantes. où il retrouve Paul Verlaine, Théodore de Banville, Stéphane Mallarmé, Albert Mérat et le jeune Arthur Rimbaud qui se signale, lors de ces banquets, par sa grossièretéSur les rencontres supposées mais incertaines entre Bourget et Rimbaud, consulter : ..
vignette|upright=1.5|alt=Tableau de Béraud représentant Bourget dans la salle de rédaction du Journal des débats, parmi un groupe de médecins. Certains débattent alors que d'autres lisent le journal.|La Salle de rédaction du Journal des débats, peinture de Jean Béraud, 1889. Paul Bourget est le deuxième, assis, en partant de la droite, de face, bras droit replié sur le dossier de la chaise (musée d’Orsay).