André Breton, né le à Tinchebray (Orne) et mort le à , est un poète et écrivain français.

Il est le principal animateur et théoricien du surréalisme.

Auteur des livres Nadja, L'Amour fou et des différents Manifestes du surréalisme, son rôle de chef de file du mouvement surréaliste, et son œuvre critique et théorique pour l'écriture et les arts plastiques, font d'André Breton une figure majeure de l'art et de la littérature française du .

Considéré comme un avant-gardiste, il a travaillé avec de nombreux artistes pionniers tels que Louis Aragon, Paul Eluard ou encore Salvador Dali.

Biographie Origines et enfance André Breton est né le à Tinchebray dans l'Orne en Normandie, où il passe ses quatre premières années. Fils unique de Louis-Justin Breton, gendarme né dans les Vosges, et de son épouse Marguerite-Marie-Eugénie Le Gouges, il est issu de la petite bourgeoisie catholique et sa mère lui impose une éducation rigide.

Il passe une enfance sans histoire aux portes de Paris : à Pantin (alors dans le département de la Seine) où il arrive à l’âge de ; en 1902, l’année de ses , la famille s’installe à l’angle de la rue Montgolfier et de la rue Étienne-Marcel de la ville de proche banlieue, puis déménage en 1913 avenue Édouard-Vaillant pour y rester jusqu’en 1918, année où elle part vivre à Paris..

De la tentative d’un coup d’État poétique au Premier manifeste (1924)

Premières rencontres décisives : Paul Valéry, Guillaume Apollinaire, Jacques Vaché vignette|gauche|André Breton (en haut à droite) aux côtés de Théodore Fraenkel, détail d'une photo de classe au lycée Chaptal en 1912.

Au lycée Chaptal, il suit une scolarité « moderne » (sans latin ni grec), se fait remarquer par son professeur de rhétorique qui lui fait découvrir Charles Baudelaire et Joris-Karl Huysmans, et par son professeur de philosophie qui oppose le positivisme (« ordre et progrès ») aux pensées hégéliennes (« liberté de la conscience de soi ») qu’affectionne le jeune hommeBiro & Passeron, .. Il se lie d’amitié avec Théodore Fraenkel et René Hilsum, qui publie ses premiers poèmes dans la revue littéraire du collège. Au dépit de ses parents qui le voyaient ingénieur, Breton obtient son PCN, certificat préparatoire aux études en médecine, avec Fraenkel.

Au début de 1914, il adresse quelques poèmes à la manière de Stéphane Mallarmé dans la revue La Phalange, que dirige le poète symboliste Jean Royère. Ce dernier les publie et met Breton en relation avec Paul Valéry.

À la déclaration de guerre, le , il est avec ses parents à Lorient. Il a pour seul livre un recueil de poèmes d’Arthur Rimbaud, qu’il connaît mal. Jugeant sa poésie si « accordée aux circonstances », il reproche à son ami Fraenkel sa tiédeur devant « une œuvre aussi considérable ». Pour sa part, il proclame « l’infériorité artistique profonde de l’œuvre réaliste sur l’autre »Bonnet, OC 1, .. Déclaré « bon pour le service » le , Breton est mobilisé au d'artillerie et envoyé à Pontivy (en Bretagne) dans l’artillerie, pour faire ses classes dans ce qu'il devrait plus tard décrire comme « un cloaque de sang, de sottise et de boue »Cf. , entretien avec André Parinaud (1952). La lecture d'articles d'intellectuels renommés, comme Maurice Barrès et Henri Bergson, le conforte dans son dégoût du nationalisme ambiant. Début , il est versé dans le service de santé comme infirmier et affecté à l'hôpital bénévole de Nantes. À la fin de l'année, il écrit sa première lettre à Guillaume Apollinaire à laquelle il joint le poème Décembre. En , il rencontre à l'ambulance municipale ( de Nantes) un soldat en convalescence : Jacques VachéChristophe Mercier, « Jacques Vaché, le dandy au browning », Les lettres françaises, 24 février 2019... C’est le « coup de foudre » intellectuel. Aux tentations littéraires de Breton, Vaché lui oppose Alfred Jarry, la « désertion à l’intérieur de soi-même » et n’obéit qu’à une loi, l’« Umour (sans h) ».

Le jeune Breton découvre dans un manuel des docteurs Emmanuel Régis et Angelo Hesnard ce que l’on nomme alors la « psychoanalyse » de Sigmund Freud. Lors de l'été 1916, il est affecté à sa demande au centre de neuro-psychiatrie à Saint-Dizier, que dirige Raoul Leroy, un ancien assistant du docteur Jean-Martin CharcotJean-Bertrand Pontalis « Les Vases non communicants. Le malentendu André Breton - Freud », in Sigmund Freud House Bulletin, vol. 2, , Vienne, 1978 (texte déjà paru dans Nouvelle Revue française après une conférence du 24 novembre 1977 « Les vases non communicants »... En contact direct avec des malades atteints de psychopathologies, il refuse de voir dans la folie seulement un déficit mental, mais plutôt une capacité à la créationBonnet, OC 1, p. ?.. Le , Breton est envoyé au front comme brancardier.

De retour à Paris en 1917, il rencontre Pierre Reverdy avec qui il collabore à sa revue Nord-Sud et Philippe Soupault que lui présente Apollinaire : « Il faut que vous deveniez amis. » Soupault lui fait découvrir Les Chants de Maldoror de Lautréamont, qui provoquent chez lui une grande émotionChronologie des années 1914-1931 de Philippe Soupault établie par Lydie Lachenal, in « Philippe Soupault. Littérature et le reste », Gallimard, Paris, 2006, p. 322.. Avec Louis Aragon dont il fait la connaissance à l’hôpital du Val-de-Grâce, ils passent leurs nuits de garde à se réciter des passages de Maldoror au milieu des « hurlements et des sanglots de terreur déclenchés par les alertes aériennes chez les malades » (Aragon).

Dans une lettre de à Fraenkel, Breton évoque le projet en commun avec Aragon et Soupault, d’un livre sur quelques peintres comme Giorgio De Chirico, André Derain, Juan Gris, Henri Matisse, Picasso, Henri Rousseau... dans lesquels serait « contée à la manière anglaise » la vie de l’artiste, par Soupault, l’analyse des œuvres, par Aragon, et quelques réflexions sur l’art, par Breton lui-même. Il y aurait également des poèmes de chacun en regard de quelques tableaux.

Malgré la guerre, la censure et l’esprit antigermanique, parviennent de Zurich, Berlin ou Cologne, les échos des manifestations « dada » ainsi que quelques-unes de leurs publications comme le Manifeste Dada 3. Au mois de , profondément affecté par la mort de Jacques Vaché, Breton croit voir en Tristan Tzara la réincarnation de l’esprit de révolte de son ami : « Je ne savais plus de qui attendre le courage que vous montrez. C’est vers vous que se tournent aujourd’hui tous mes regards. »Lettre à Tristan Tzara du 22 janvier.

La revue Littérature, Les Champs magnétiques, le mouvement dada à Paris vignette|Plaque 35 rue Delambre (14 arrondissement de Paris) devant l'hôtel Delambre, où André Breton vit en 1921. Projetée depuis l’été précédent par Aragon, Breton et Soupault (les « trois mousquetaires » comme les appelait Paul Valéry), la revue Littérature est crééeConsultable sur . dont le premier numéro paraît en . Rencontré le mois suivant, Paul Éluard est immédiatement intégré dans le groupeUne première fois, l’année précédente, à l’occasion d’une représentation de « Couleurs du temps » d’Apollinaire, Éluard aborda Breton, mais, à cause de sa timidité, il avait prétexté une confusion de personne..

Après la parution de Mont de piété, qui regroupe ses premiers poèmes écrits depuis 1913, Breton expérimente avec Soupault l'« écriture automatique » : textes écrits sans aucune réflexion, à différentes vitesses, sans retouche ni repentir. Les Champs magnétiques, écrit en mai et , n’est publié qu’un an plus tard. Le succès critique en fait un ouvrage précurseur du surréalismeAndré Malraux dans Action : « Ce livre crée un poncif au point que c’est lui que citeront les critiques de 1970 lorsqu’il sera question de l’état d’esprit des artistes de 1920. », même si sa nature « automatique » a été remise en question par la découverte dans les manuscrits de ratures et de variantes..

Dans Littérature paraissent successivement les Poésies de LautréamontDe ce recueil introuvable depuis sa première publication, Breton en a recopié intégralement l’exemplaire déposé à la Bibliothèque nationale de France., des fragments des Champs magnétiques et l’enquête Pourquoi écrivez-vous ?, mais Breton reste insatisfait de la revue. Après avoir rencontré Francis Picabia dont l’intelligence, l’humour, le charme et la vivacité le séduisent, Breton comprend qu’il n’a rien à attendre des « aînés », ni de l’héritage d’Apollinaire : l’Esprit nouveau paré du bon sens français et son horreur du chaosConférence d’Apollinaire de novembre 1917., ni du réveil de Paul ValéryPublication de La Jeune Parque après un silence de quinze ans. Breton : « Monsieur Teste était trahi », « Entretiens avec André Parinaud » 1952., pas plus que des « modernes » Jean Cocteau, Raymond Radiguet, Pierre Drieu la Rochelle perpétuant la tradition du roman qu’il rejette (et rejettera toujours).

Le , Tristan Tzara arrive enfin à Paris. La déception de Breton de voir apparaître un être est à la hauteur de ce qu’il en attendait. Il se voyait avec Tzara « tuer l’art », ce qui lui paraît le plus urgent à faire même si « la préparation du coup d’État peut demander des années. »Lettres à Tristan Tzara des 4 et 20 avril 1919, in, Daix . Avec Picabia et Tzara, ils organisent les manifestations Dada qui suscitent le plus souvent incompréhension, chahuts et scandales, buts recherchés. Mais dès le mois d’août, Breton prend ses distances avec Dada. Il refuse d’écrire une préface à l’ouvrage de Picabia Jésus-Christ rastaquouère : « Je ne suis même plus sûr que le dadaïsme ait gain de cause, à chaque instant je m’aperçois que je le réforme en moi. »Lettre à Simone Breton.

À la fin de l’année, Breton est engagé par le couturier, bibliophile, et amateur d’art moderne Jacques Doucet. Ce dernier, « personnalité éprise de rare et d’impossible, juste ce qu’il faut de déséquilibre », lui commande des lettres sur la littérature et la peinture ainsi que des conseils d’achat d’œuvres d’art. Entre autres, Breton lui fera acheter le tableau Les Demoiselles d'Avignon de Picasso.

Après le « procès Barrès »« Mise en accusation et jugement de Maurice Barrès pour crime contre la sûreté de l’esprit ». (), rejeté par Picabia et au cours duquel Tzara s’est complu dans une insolence potache, Breton considère le pessimisme absolu des dadaïstes comme de l'infantilisme. L’été suivant, il profite d’un séjour dans le Tyrol pour rendre visite à Sigmund Freud à Vienne, mais ce dernier garde ses distances avec le chef de file de ceux qu'il est tenté de considérer comme des « fous intégraux »François Migeot « Que diable allait-il faire dans cette galère? Breton et la psychanalyse », in Europe, mars 1991, à 129. Selon Migeot, Freud, qui escomptait la reconnaissance du milieu médical pour introduire la psychanalyse en France, « craignait le scandale » et désirait rien moins que de devenir le « saint patron » des surréalistes..

Rupture avec Dada - Naissance du surréalisme - Premier manifeste du surréalisme En , Breton tente d’organiser un « Congrès international pour la détermination des directives et la défense de l’esprit moderne ». L’opposition de Tzara en empêche la tenue. Une nouvelle série de Littérature avec Breton et Soupault pour directeurs, recrute de nouveaux collaborateurs comme René Crevel, Robert Desnos, Roger Vitrac mais, définitivement hostile à Picabia, Soupault prend ses distances avec les surréalistes. Avec Crevel, Breton expérimente les sommeils hypnotiques permettant de libérer le discours de l’inconscient. Ces états de sommeil forcé vont révéler les étonnantes facultés d’ « improvisation » de Benjamin Péret et de Desnos. À la fin , doutant de la sincérité des uns et craignant pour la santé mentale des autres, Breton décide d’arrêter l’expérience.