L'ésotérisme occidental et certaines traditions religieuses orientales évoquent l'existence de corps subtils ou corps psychiques, « enveloppes suprasensibles » non perceptibles par les organes sensoriels humains. Certaines personnes prétendument dotées de capacités de perceptions extra-sensorielles disent « voir » ces corps subtils et décrypter les informations qu'ils contiennent.
Il existerait un certain nombre de « corps subtils » : corps éthérique, corps astral, corps causal, enveloppes-écho, etc., leur nombre et leurs dénominations variant d'une école à l'autre et n'ayant pas toujours la même signification. Certains corps subtils seraient également le siège de « centres subtils » comme les chakras, le centre Hara, la kundalinî, et parcourus par des courants d' « énergie » correspondant à leur nature, comme les nâdî du yoga ou les méridiens en acupuncture. Ces corps sont parfois considérés comme les éléments d'un septénaire quand on y inclut le corps matériel.
La médecine traditionnelle chinoise et particulièrement l'acupuncture sont fondées sur l'hypothèse de leur existence. Le parapsychologue Rupert Sheldrake postule l'existence de champs morphiques ou morphogéniques qui se rapprochent de la définition des corps subtilsRupert Sheldrake, L'âme de la nature, Éditions Albin Michel, Espaces libres n°110, Paris 2001.
Historique de la notion de corps subtil
Égypte Selon l'auteur Valéry Sanfo, il serait possible de superposer la notion de corps subtils avec la composition de l'être dans l'Égypte antique : "Nous pouvons considérer :
Le ka comme correspondant au corps doublé éthéré ; Le ba corps astral ; Le chu au corps mental supérieur ou corps causal."Valéry Sanfo, Les corps subtils, trad., Paris, De Vecchi, 2008, p. 106.
Inde
Dans l'hindouisme, en particulier dans certaines Upanishad, dans le Yoga et dans le Védânta, mention est faite de plusieurs "fourreaux", "gaines", "enveloppes" (koshas) dans divers "corps" (sharîra), avec pour noyau le soi personnel (Jivatman).
On compte dans trois corps de base (I grossier, II subtil, III causal), cinq enveloppes (1 grossier, 2 vital, 3 mental, 4 intellectif, 5 de béatitude) et le soi.
[I] Le corps grossier (sthûla-sharîra), c'est-à-dire l'organisme physique, ne contient qu'une enveloppe : l'enveloppe de nutriment (annamaya-kosha), autrement dit le corps physique, grossier ; [II] le corps fin ou subtil (sûkshma-sharîra) contient trois enveloppes : l'enveloppe d'énergie vitale (prânamaya-kosha), l'enveloppe mentale (manomaya-kosha), l'enveloppe de l'intellect (vijñânamaya-kosha) ; [III] le corps causal (kârana-sharîra) contient l'enveloppe de béatitude ou de la félicité (ânandamaya-kosha). Au centre : le Soi (âtman).
Dans la Taittiriya UpanishadTaittirîya-Upanishad (VII s. av. J.-C.), trad. du sanskrit E. Lesimple, Paris, Adrien Maisonneuve, 1948, 55 p. [VII s. av. J.-C.] on trouve la description des cinq kosha qui enveloppent l' âtman.
La première enveloppe en partant de l'extérieur est appelée annamaya-kosha, l'enveloppe grossière ou nourricière. La seconde, prânamaya-kosha, est l'enveloppe vitale ou subtile ; c'est elle qui anime et unit le corps et l'esprit ; la manifestation la plus grossière en est la respiration. La troisième, celle de la pensée, manomaya-kosha, reçoit toutes les impressions enregistrées par les sens. La quatrième, vijñânamaya-kosha, l'enveloppe de l'intelligence, comporte les facultés de discrimination et la volition. La cinquième s'appelle ânandamaya-kosha, l'enveloppe de la félicité, car c'est en elle que l'homme est le plus proche de l' âtman. (...)
Sûkshma-sharîra [corps fin, subtil] ou linga-sharîra [corps-signe] correspond à la synthèse de prânamaya-kosha, manomaya-kosha et vijñâna-kosha "Dictionnaire de la sagesse orientale, Robert Laffont, coll. "Bouquins", 1989, p. 294, 278, 542.. Kârana-sharîra [corps causal], également appelé "enveloppe de la cause", s'identifie à ânandamaya-kosha, l'enveloppe de la félicité. (...)
Le Védânta reprend cette distribution en "cinq enveloppes" (pañcha-kosha). Celles-ci sont par ordre du plus grossier au plus subtil: annamaya-kosha (enveloppe de nutrition) ou sthûla-sharîra (corps grossier) : le corps physique ; il est constitué de cinq substances (tanmâtra : son, contact, vision, goût, odeur), de cinq éléments (mahâbhûta : éther, air, feu, eau, terre), de trois humeurs (dosha : mucosité, air, bile), de six fluides (dhâtu : chyle, sang, chair, graisse, moelle, semen); prânamaya-kosha (enveloppe d'énergie vitale) : le corps imprégné du prâna ; il est constitué de cinq prâna (prâna pour la vie, vyâna pour la circulation sanguine, samâna sur l'assimilation de la nourriture, apâna pour l'élimination, udâna pour le développement spirituel), cinq prâna mineurs (nâga pour les vomissements, juma pour le sommeil, krikara pour la faim, devadatta pour le bâillement, dhananiaya pour la nutrition), de cinq organes d'activité (karmendriya : langue, mains, pieds, organes d'excrétion, organes de reproduction). Prâna est le souffle vital, le principe de vie. On pense au "corps éthérique" de la tradition occidentale. - Les deux premières enveloppes forment ensemble le "corps matériel", la "base grossière" (sthûlopâdhi); manomaya-kosha (enveloppe de pensée) : le corps pénétré de pensée (manas) ; il est constitué de cinq organes des sens (jñânindriya : ouïe, toucher, vue, goût, odorat); vijñânamaya-kosha (enveloppe d'intellect) : le corps porteur de la connaissance. Vijñâ est la connaissance discriminante; et ânandamaya-kosha (enveloppe de béatitude) ou kârana-sharîra (corps causal) : le corps susceptible de béatitude (ânanda). Ânanda est la béatitude parfaite, la félicité divine, la joie spirituelle ineffable.
Occident Aristote dans son traité De l'âme (vers 330 av. J.-C.), sections II et III, distingue trois ou quatre grandes fonctions ou facultés (dynameis) ou formes de l'âme (psyché), qui marquent les étapes d'un développement de l'âme. « L'âme est définie par les facultés motrice, sensitive, dianoétique, et par le mouvement » (De l'âme, II, 2) : âme nutritive (végétative), âme sensitive (perceptive), âme appétitive (motrice), âme pensante (cogitative). La faculté nutritive (to threptikon) est la capacité de nutrition et de croissance ; elle appartient à tous les vivants, plantes et animaux, qui croissent ; elle est groupée avec la faculté générative (génnêtikê), fonction de procréation. Ensemble, ces facultés forment la fonction végétative. La faculté sensitive (to aïsthétikon) et discriminative apparaît chez les seuls animaux, avec les sens (du plus bas au plus haut : le toucher, le goût, l'odorat, l'ouÏe, la vue), la perception du plaisir et de la douleur, le désir, puis - pour l'homme - l'imagination, la mémoire, les rêves et le bon sens (khoïnon aïsthétikon : l'homme sent qu'il sent et discrimine les diverses sensations) La faculté motrice (âme appétitive), intermédiaire entre le désir et l'intellect, fait que les animaux les plus parfaits peuvent se mouvoir pour satisfaire leurs besoins. Aristote la groupe avec la faculté sensitive. La faculté pensante, la raison, l'intellect (noûs), n'appartient qu'à des êtres « comme l'homme et tout être de cette sorte ou supérieur, s'il en existe » (De l'âme, II, 3, 414b18). Sa partie supérieure, l'intellect agent, est immortelle, séparée. Grégoire de Nysse en 379 (De l'âme et de la résurrection, III) introduira la notion d'âge : l'embryon a une âme végétative, le nouveau-né une âme animale, le jeune dès quatorze ans une âme raisonnableA.-J. Festugière, La révélation d'Hermès Trismégiste, t. III : Les doctrines de l'âme, p. 225..
Selon la philosophe néoplatonicienne, en particulier chez Jamblique (vers 320) et Proclos, l'être humain a trois constituants : le corps ; les (ou le) « véhicules » (okêmata), « enveloppes », « tuniques », de nature éthérée (l'éther du ciel), astrale (les « souffles » des « planètes », Soleil, Lune, etc.) ; ce « corps », un ou multiple, s'identifie à l'imagination, créatrice de symboles ; l'âme, qui est pur espritPorphyre de Tyr, Sentences, 29 ; Jamblique, De l'âme : trad. du grec André-Jean Festugière, La révélation d'Hermès Trismégiste, t. III : Les doctrines de l'âme, Les Belles Lettres, 1953, p. 177-248 ; Jamblique, Les Mystères d'Égypte (vers 320), IV, 13 ; Proclus, Commentaire du Timée, éd. Diehl t. III, p. 237 ; Commentaire de la République, t. II, p. 164 ; Damascius, Commentaire du Phèdre, I, § 168. Voir A.-J. Festugière, La révélation d'Hermès Trismégiste, t. III, p. 124, 218 ; Marinus, Proclus, Les Belles Lettres, p. 68-69. Platon admet un véhicule (okêma) pour l'âme : Phédon 113 d, Phèdre 247 b, Timée 41 e, 44 e, 69 c.. Macrobe, vers 400, reprend la notion de « corps éthéré », « véhicule astral », intermédiaire entre l'âme pure et le corps solide, et constitué en descendant du Ciel pour s'incarner sur Terre à travers les sphères des planètes : « L'âme parfaitement incorporelle ne se revêt pas tout de suite du limon grossier du corps, mais insensiblement, et par des altérations successives qu'elle éprouve à mesure qu'elle s'éloigne de la substance simple et pure qu'elle habitait, pour s'entourer de la substance des astres, dont elle se grossit. Car, dans chacune des sphères placées au-dessous du ciel des fixes, elle se revêt de plusieurs couches de matière éthérée qui, insensiblement, forment le lien intermédiaire par lequel elle s'unit au corps terrestre ; en sorte qu'elle éprouve autant de dégradations ou de morts qu'elle traverse de sphères » (Commentaire au Songe de Scipion, I, chap. 11).
Marsile Ficin, en 1469, en commentant PlatonMarsile Ficin, De Amore (De l'amour) ou Commentarium in Convivium Platonis (Commentaire sur le Banquet de Platon) (1469), traduit et annoté par Pierre Laurens, Commentaire sur le Banquet de Platon, De l'amour, Les Belles Lettres, 2002. , Les Belles Lettres - Paris, 2002. , entre l'âme et le corps, admet une troisième réalité, l'esprit (spiritus), véhicule de l'âme. Il a la substance d'une vapeur vitale. Il permet le transport céleste des âmes tel que Platon en parle dans le Phèdre.
Henri-Corneille Agrippa de Nettesheim, auteur de la fameuse Philosophie occulte (1510, 1533) semble distinguer le véhicule éthéré de l'âme (aethereum animae vehiculum), l'esprit et la raison (partie individuelle et personnelle de l'âme). Le véhicule n'est pas une partie de l'âme mais une chose aérienne et céleste qui porte l'âme ; par son intermédiaire Dieu diffuse l'âme à partir du milieu du cœur dans toutes les parties du corps. (On pense donc davantage au corps éthérique qu'au corps astral)H.C. Agrippa, De la philosophie occulte, III, chap. 37, 41 et 43. Charles Nauert, Agrippa et la crise de la pensée à la Renaissance, trad., Dervy, 2001, p. 264..
Paracelse, à la base, distingue le corps élémentaire (organisme fait de chair et de sang, visible et périssable), le corps sidéral (« corps spirituel » invisible mais périssable, fait de pensée et d'imagination, ayant son origine dans l' astrum, sorte d'Âme du monde, feu subtil), enfin le corps glorieux (esprit immortel, conforme au Saint-Esprit)Paracelse, La grande astronomie, ou la philosophie des vrais sages, Philosophia Sagax. Clé de tous les mystères du grand et du petit mondes (Astronomia magna oder die ganze Philosophia sagax der grossen und kleinen Welt), 1537, 1ère éd. 1571, Francfort-sur-le-Mein, trad. (incomplète) de l'all. P. Deghaye, Dervy, 2000..
Le philosophe platonicien Henry More, dans son traité The Immortality of the SoulHenry More, The Immortality of the Soul (1659), édi. A. Jacob, Dordrecht, M. Nijhoff, 1987. (1659) admet la notion de « corps subtil », surtout post mortem :