Les Francs (vieux-francique : Frank, littéralement « homme libre ») sont à l'origine les membres d'une confédération de tribus germaniques aux marges de l'Empire romain à l'époque du limes germanicus, avant de devenir un peuple à part entière.
Au , une partie des Francs s'installe au nord de la Gaule romaine comme fédérés en accord avec l'Empire romain et s'y sédentarise dans la région de Tournai.
Après la fin de l'Empire d'Occident en 476, les Francs conquièrent la Gaule de 486 à 534, sous Clovis (royaume de Syagrius et royaume wisigoth de Toulouse) et ses fils (royaume des Burgondes). Le baptême de Clovis par l'évêque de Reims en 496 est le fondement d'une alliance entre l'aristocratie militaire franque et les évêques, généralement issus de l'aristocratie gallo-romaine. Par la suite, sous les Mérovingiens, puis les Carolingiens, le royaume des Francs est étendu à la Germanie jusqu'à l'embouchure de l'Elbe et à l'Italie jusqu'à Rome, où Charlemagne est couronné empereur en 800.
Le partage de l'empire en 843 au traité de Verdun entre les trois royaumes de Francie (en latin : Francia) occidentale, médiane et orientale est à l'origine au du royaume de France (Francia) et du Saint-Empire romain germanique (962-1806).
Le rôle important des Francs dans l'histoire de l'Europe apparaît dans le fait qu'ils ont donné leur nom à la France, mais ce nom se retrouve également dans plusieurs toponymes d'Allemagne, notamment le nom de la ville de Francfort-sur-le-Main (en allemand Frankfurt am Main) et celui de la Franconie (Franken), région du nord de la Bavière.
Historique Origines L'origine des Francs est mal connue. Dès les , les Francs se donnent une origine prestigieuse, affirmant descendre des Sicambres qui seraient venus du royaume mythique de Sycambria situé dans les marais de Pannonie, sur les bords du Danube, pour s'installer dans les marais de Toxandrie, au nord de la Gaule romaine, à l'ouest de la Meuse. Plus tard, d'autres récits en font les descendants d'un groupe de Troyens, menés en Occident, sur les bords du Rhin, par un parent du roi Priam nommé Francion, leur ancêtre éponyme. Cette quête des origines est, en elle-même, un objet d'histoire. Elle témoigne d'une maturité politique précoce puisque, dès le , elle confirme la légitimité et le prestige de la dynastie des rois mérovingiens, face aux prétentions de l'aristocratie franque et à celles des autres rois germaniques rivaux du roi des Francs.
Légendes et théories sur les origines des Francs thumb|Un collier du en perles de verre et céramique avec une perle centrale en améthyste. Des colliers similaires ont été trouvés dans les tombes de femmes franques en Rhénanie. Plusieurs légendes et théories ont été proposées pour expliquer l'origine des Francs.
Vers 580, le chroniqueur Grégoire de Tours parle des Sicambres de Pannonie qui auraient remonté le Danube pour rallier les bords du Rhin, et pour ensuite envahir la GauleGrégoire de Tours, Histoire des Francs, livre II, 9..
Vers 660, La chronique de Frédégaire, suivie par le Liber historiae Francorum vers 725, affirme que les Francs sont issus de rescapés de la ville de Troie, prise par les Grecs. Contestée dès le , cette légende est progressivement abandonnée.
En 1714, l'historien Nicolas Fréret est le premier à énoncer la thèse selon laquelle les Francs sont issus d'une ligue de peuples germaniques, mais cette thèse jugée vaut à son auteur six mois d'emprisonnement à la Bastille. L'enjeu historique se cristallise non sur l'origine des Francs mais sur les débuts de la monarchie capétienne et l'origine de la noblesse, avec notamment lHistoire de l'ancien gouvernement de la France et lEssai sur la noblesse d'Henri de Boulainvilliers en 1727 et 1732, réfutés dès 1734 par lHistoire critique de l'établissement de la monarchie française dans les Gaules de l'abbé Dubos..
Enfin, s'appuyant sur la navigation maritime des premiers Francs et sur leurs pratiques guerrières et économiques différentes de leurs voisins les autres Germains, l'historien Roger Grand propose en 1965 de voir dans les Francs des émigrés scandinaves qui seraient venus sur les bords du Rhin au cours du . Cette thèse n'a cependant pas résisté à la critique.
La fondation des ligues Durant les premiers siècles de notre ère, les peuples germaniques sont en constante migration, sous la pression d'autres peuples migrants. Les peuples situés entre le Rhin et la Weser, ne pouvant franchir le limes rhénan, migrent vers la Hesse et la Thuringe, mais se heurtent à d'autres peuples.
Pour résister à cette pression, une première ligue de peuples germaniques se constitue au début du . Ses membres la nomment la ligue de tous les hommes (alle man en langue germanique). Cette ligue, qui apparaît pour la première fois en 213 dans les textes romains sous la forme Allamannicus qui a donné Alamans, avait pour but de résister aux peuples germains voisins et de conquérir de nouveaux territoires, d'abord sur d'autres peuples germains, puis en tentant de franchir le limes germanique.
À la même époque, une autre ligue, non plus assujettie à l'Empire, se forme plus au nord, le long du Rhin et en Germanie inférieure. Il s'agit de la Ligue franque, d'abord constituée des peuples Chamaves, Hattuaires, Bructères et Saliens ; la ligue comprend aussi les Tongres déjà installés en Belgique, auxquels contribuent les Sicambres. Ils sont rejoints par la suite par les Ampsivariens, les Tenctères, les Tubantes et les Usipètes.
Des monnaies d'or de l'empereur Constantin émises en 306 après des victoires contre les Francs et les Alamans portent à l'exergue Francia et Alamannia, ce qui semble démontrer à cette époque l'existence d'un pays des Francs que les Romains appellent Francie, et qu'ils distinguent nettement du pays voisin des Alamans. Francia n’a alors pas une connotation politique, mais plutôt géographique ou sociologique, comme Maghreb ou Balkans au . Aux , Franci désignait alors une ligue ou confédération de peuples germaniques installés sur la rive inférieure droite du Rhin (c'est-à-dire au nord-est du Rhin), au-delà des frontières de l'Empire romain.
Étymologie Franc (latinisé en francus) désigne plus tard l'homme libre (fin du ), mais ce n'est, par un glissement de sens postérieur, qu'un adjectif tiré du nom propre. Ce nom peut remonter au germanique commun *frankō « javelot, lance », attesté dans le vieil anglais franca et le vieux norrois frakka, ce qui supposerait que la ligue franque aurait tiré son nom d'une arme totémique à l'instar des Saxons et leur saxe « épée courte » M. Philippa et al, Etymologisch Woordenboek van het Nederlands, art. frank, 2003-2009.. D'autres y voient un allomorphe nasalisé de l'adjectif *frakaz « audacieux, effronté, hardi », continué par le m. néerl. vrak, le v. angl. frǣc, le frison occ. frak, le vx. norvégien frakkr et le suédois régional fräk Duden, Das Herkunftswörterbuch : Etymologie der deutschen Sprache, Band 7, Duden Verlag 1989. p. 202 - 203. l. frank / frech.. Une série à -e- (cf. néerl. vrek, all. frech, vx. norr. frekkr) s'explique par l'apophonie.
Le peuple franc est avant tout un peuple de guerriers qui élisaient un chef de guerre, nommé rex francorum, « roi des Francs », qui exerçait son pouvoir dans son « unité clanique », le *gawi (cf. néerl. gouw, all. Gau), ou pagus en latin. Ils se plaçaient librement pour les affaires militaires sous l'autorité de ce chef.
Entre Empire romain et Germanie thumb|Une fibule du trouvée dans le nord-est de la France et en Rhénanie. Les femmes nobles franques les portaient par paires à l'épaule ou comme ornements de ceinture. C'est en 254 que les Alamans attaquent une nouvelle fois le limes, qu'ils franchissent et ravagent la Gaule belgique et au même moment les Francs débutent leurs incursions sur le sol romain. Ils commencent par le pillage de la Germanie inférieure avant d'être repoussés par Gallien en 257. Profitant du départ de Gallien vers la Pannonie, ils reprennent leurs incursions, mais sont provisoirement battus par Postumus. Celui-ci se proclame empereur des Gaules et doit lutter contre Gallien, ce qui laisse le champ libre aux incursions terrestres des Francs, qui se lancent également dans des expéditions maritimes, ravageant la baie de Somme, le Cotentin, le Morbihan, les basses vallées de la Seine et de la Loire et même les côtes de la Lusitanie. Ce n'est qu'en 264 que Postumus réussit à mettre fin à ces raids, tant terrestres que maritimes.
La mort de Postumus et les luttes de ses successeurs contre les empereurs légitimes laissent le champ libre aux Francs et aux Alamans qui reprennent leurs pillages en 269. Probus soumet les Alamans en 277, mais ne parvient pas à réduire ni les Francs occidentaux qui occupent la Batavie, ni les Francs transrhénans qui occupent la Toxandrie et les environs de Trèves. En 286, Carausius, un général romain envoyé en Bretagne par l'empereur Maximien et craignant une disgrâce, se proclame empereur. Afin d'empêcher Maximien de réagir, il s'empare de Portus Itius, s'allie aux Francs et les installe sur les embouchures du Rhin afin de contrôler les deux points qui pourraient permettre à Maximien d'envahir la Bretagne. En 287 ou en 288, Maximien écrase le roi salien Gennobaud qui choisit de se soumettre sans combat, avec tout son peuple. Maximien accepte sa reddition et installe les Saliens en Toxandrie, à l'embouchure du Rhin derrière le limes en Gaule belgique, d'abord sous le statut de Lètes (soumis à l’autorité impériale), mais ce succès ne lui permet pas de reconquérir la Bretagne, la flotte romaine ayant probablement été malmenée par une tempête. Constance Chlore termine la reconquête de la Bretagne et, ayant eu des problèmes avec quelques Francs, déporte des Chamaves et des Frisons en Gaule dans les pays des Ambiens et des Bellovaques.
En 306, Ascaric et Mérogaise, deux rois francs, probablement bructères envahissent la Gaule, mais Constantin les vainc, les capture et les fait jeter aux fauves à Trèves. Sans doute à la suite de cette victoire, l'empereur romain émet des aurei frappés à Trèves montrant au revers une allégorie de la Francie, effondrée au pied d'un trophée d'armes, avec la légende Francia à l'exergue.
Durant le , les invasions continuent mais sont toutes repoussées par l'armée romaine. Un nouveau phénomène apparaît au sein de cette dernière. En effet, les citoyens romains rechignent à s'engager dans l'armée ou simplement à faire leur service militaire, et pour compenser la baisse des effectifs, les empereurs romains engagent des soldats germains qui intègrent l'armée romaine. Nombreux sont les Francs qui s'engagent et certains parviennent aux plus hautes fonctions militaires et politiques : Bonitus, chef franc transrhénan, maître de la milice en 324 qui rendit plusieurs services à Constantin le Grand contre Licinius. Silvanus, fils du précédent, ce qui montre une intégration dans l'empire, est un général qui, accusé de trahison par une faction de la cour, prend peur et se proclame empereur en 355. Deux autres officiers francs, Mallobaud, tribun des Scholes, et Malaric, avaient pris sa défense. Charietto, chef salien installé à Trèves en 355, organise la défense de la Germanie supérieure contre les incursions des Chamaves, autre peuplade franque. Mérobaud, général franc de 363 à 383, fidèle de l'empereur Julien, puis de Valentinien , consul en 377 et en 383, mort la même année et enterré à Trêves, notice « Méraubaude (Flavius) ».. Teutomer, officier franc de Julien vers 363 Mallobaud, comte des domestiques, puis roi des Francs en 373 et en 378, notice « Mallobaude ».. Richomer, comte des domestiques, maître de la milice, consul en 384, mort en 393, notice « Richomer ».. Bauto, d'origine rhénane, maître de la milice et consul en 385.