Marianne est un magazine d'actualité hebdomadaire français, créé en 1997 par Jean-François Kahn et Maurice Szafran.

Perçu à sa création comme plutôt de gauche, le magazine s'engage au cours des vers une ligne éditoriale souverainiste.

Alors que le magazine était détenu en majorité par Yves de Chaisemartin, 91 % du capital du journal sont cédés au milliardaire tchèque Daniel Křetínský en 2018, et Natacha Polony prend alors la direction de la rédaction. Son remplacement par Frédéric Taddeï à partir du est annoncé en .

Le , Ève Szeftel, journaliste à Libération, est nommée directrice de la rédaction par Denis Olivennes. Frédéric Taddeï reste directeur. La ligne éditoriale qu'elle souhaite adopter, plus à droite, est dénoncée au sein de la rédaction.

Historique et ligne éditoriale Création avec une ligne républicaine de gauche en 1997 Marianne est fondé en 1997 par Jean-François Kahn et Maurice Szafran. Son titre reprend celui de Marianne, un ancien journal politique et littéraire orienté à gauche qui est publié à Paris dans les années 1930. À sa création, la ligne éditoriale du magazine est perçue comme étant plutôt de gauche..

En 1997, dans son premier numéro, le magazine consacre un dossier à l'affaire Agusta-Dassault. Serge Dassault tente alors de faire interdire la publication et obtient la saisie, après trois jours de vente, du premier numéro du magazine. Celui-ci le présentait comme « l'empereur tricolore de la corruption » ..

En 2004, Marianne publie un rapport sur la sécurité défaillante des aéroports et révèle que le rapporteur spécial du budget des transports a fait réaliser un test de sûreté aux mauvais résultats.

Marianne se définit en 2007 comme un journal républicain, qui combat à la fois ce qu'il nomme le « gauchisme soixante-huitard » et la mondialisation capitaliste.

En , le magazine lance l'« appel du » pour une vigilance républicaine, signé par politiques de tous bords réaffirmant leur attachement aux principes républicains, à la laïcité, à l'indépendance de la presse, et leur attachement aux grandes options ayant guidé la politique étrangère de la France depuis cinquante ans. Parmi ces personnalités, se trouvent notamment Nicolas Dupont-Aignan, Dominique de Villepin, Ségolène Royal et François Bayrou« L'Appel républicain de Marianne » , dans Marianne , ..

En 2009, les ventes de Marianne reculent de 18,7 %. Selon Le Monde, la rédaction est divisée en deux tendances : les nationaux-républicains plutôt dans la lignée de Jean-François Kahn, fondateur du magazine qu’il a quitté en 2007, et les sociaux-démocrates. Ce clivage empêcherait Marianne de prendre position sur certains sujets de société comme les sans-papiers ou les bavures policières.

Développement de l'investigation et année électorale (2010-2012) En 2010 et 2011, l’hebdomadaire Marianne augmente ses ventes grâce à ses publications autour de l’affaire Bettencourt, dans laquelle il rivalise avec Mediapart. Marianne publie notamment une investigation comprenant un nouveau fac-similé de l'agenda de l'ex-trésorière de Liliane Bettencourt.

En 2010, une investigation de Marianne révèle que Robert Barcia, fondateur et animateur du parti trotskiste Lutte ouvrière, était décédé depuis plus d'un an.

En 2011, lors d'un séminaire du magazine, l'investigation est définie comme l'un des grands axes du journal pour l'année électorale 2012.

une version web intitulée Marianne 2, conçue et dirigée par Philippe Cohen jusqu'à 2012, puis renommée Marianne. Philippe Cohen est poussé à la démission en 2012 par Maurice Szafran à la suite de la publication d'une biographie de Jean-Marie Le Pen (coécrite avec Pierre Péan) jugée trop complaisante.

En 2012, des documents révélés par Marianne montrent un délit de trafic d'influence de la part de la Lyonnaise des Eaux, qui a travaillé avec le cabinet Vae Solis pour « discréditer » l’action locale de la communauté d'agglomération Les lacs de l'Essonne..

La même année, après le départ des journalistes Nicolas Beau et Stéphanie Marteau, le quotidien Le Monde interprète cet événement comme la clôture de la cellule Investigation du magazine. Le directeur adjoint de l’hebdomadaire s'en défend et lui répond qu'au contraire Marianne évolue dans le sens du renforcement de l'investigation.

En , la rédaction de Marianne publie les chiffres des intentions de vote des journalistes de l'hebdomadaire en vue de l'élection présidentielle française : François Hollande obtient 40 % des suffrages devant Jean-Luc Mélenchon (31,7 %), François Bayrou et Nicolas Dupont-Aignan arrivent ex æquo avec 8,3 %. Trois candidats n'obtiennent aucun suffrage : Nicolas Sarkozy, Marine Le Pen et Nathalie Arthaud. 74 % du lectorat de Marianne a voté pour un candidat de gauche au premier tour..

Refonte du magazine en 2013 À compter du , le magazine est totalement refondu et prend pour nom Le Nouveau Marianne. Il reste sous la direction de Maurice Szafran qui déclare vouloir faire un magazine avec une maquette « pédagogue » et un contenu entre « papiers courts et articles longs, sans papiers de taille moyenne ». Yves de Chaisemartin écarte Maurice Szafran et Laurent Neumann et devient l’actionnaire ultra-majoritaire, avec 86 % du capital. Joseph Macé-Scaron et Frederick Cassegrain, passés par Le Figaro, sont nommés rédacteur de la rédaction et directeur général. Selon Laurent Mauduit de Mediapart, la direction devient alors et la situation financière du magazine préoccupante.

En 2013, le magazine apporte des éléments exclusifs dans l'affaire des sondages de l'Élysée, dans laquelle Nicolas Sarkozy est soupçonné d’avoir commandé, pour sa propre campagne, des enquêtes payées avec l'argent public..

En , le magazine est condamné pour « diffamation publique » envers Robert Ménard, qui avait été accusé d'antisémitisme dans ses colonnes. La même année, dans l’affaire Bygmalion, l'hebdomadaire parvint à obtenir le rapport interne de l'UMP compilant notamment la liste des conventions fictives facturées à la demande du parti..

En , Marianne publie des enregistrements de menaces envers une élue adjointe dans un des bureaux de la mairie UDI de Bobigny, où figure notamment le directeur de cabinet de Jean-Christophe Lagarde.

En 2015, Marianne soulève une polémique en révélant que des responsables de l’UMP et des personnalités du FN avaient passé le réveillon de la Saint-Sylvestre ensemble.

En , quelques mois après l'attentat de janvier contre Charlie-Hebdo, Marianne dénonce en une les en France. Ce positionnement est alors interprété par l'historien Emmanuel Todd, auteur de Qui est Charlie ?, comme et par le journaliste Nicolas Domenach, directeur adjoint de la rédaction jusqu'en 2014, comme ..

En 2016, Renaud Dély devient directeur de la rédaction et recrute Caroline Fourest, qualifiée par Mediapart de . Le journal s'associe au Comité Laïcité République pour combattre ce qu'il appelle l'islamo-gauchisme.

En 2017, des extraits de documents publiés par Marianne et Mediapart montrent que l'Office européen de lutte antifraude soupçonnait un au Parlement européen en faveur du garde du corps de Marine Le Pen.

Plan de redressement et crise d'identité éditoriale en 2017 Fin 2017, le tribunal de commerce de Paris approuve le redressement judiciaire (engagé depuis 2016) de Marianne, qui prévoit notamment le recentrage des activités du magazine, ainsi qu’une réduction de ses effectifs... En interne, le magazine vit une crise de son identité concernant sa ligne éditoriale. Une partie de la rédaction appelle à une clarification et dénonce des choix éditoriaux.

Rachat de Daniel Křetínský et adoption d'une ligne souverainiste en 2018

Après son rachat en , pour d'euros, par le milliardaire tchèque Daniel Křetínský, francophone depuis des études à Dijon en 1995 et marié à Anna Kellner, fille de la première fortune de Tchéquie, l'hebdomadaire prend un nouveau virage sous la direction de Natacha Polony. Daniel Křetínský simplifie la structure de Marianne et l’incorpore dans sa société mère, CMI France., également propriétaire de Elle, Franc-Tireur et Télé 7 jours.

En 2018, Marianne met au jour un conflit d'intérêts visant Françoise Nyssen, la ministre de la Culture dans l’attribution de subventions à une entreprise d'édition qu’elle détient..

En 2019, Le Monde qualifie la nouvelle ligne éditoriale de Marianne de et la directrice Natacha Polony de .. Le Monde estime que la une du , sur le voile, est comparable à des couvertures de Valeurs actuelles, et que depuis un an Marianne a multiplié les couvertures anti-Macron, anti-élites et pro-« gilets jaunes ». Pour Libération, la ligne éditoriale est devenue « souverainiste et anti-libérale » après l'arrivée de Natacha Polony, et cette dernière, « davantage critique du progressisme que réactionnaire », a, sur la ligne éditoriale du magazine, résumable par les formules qu'elle a écrites dans le magazine : « Ni Macron ni Orbán » ou « Ni Plenel ni Zemmour ».. D'après L'Obs, les médias classent habituellement Natacha Polony dans la catégorie voire ..

La spécialiste de sciences de l'information Aurélie Olivesi estime que, depuis 2018, Marianne est passé du centre-gauche vers la droite, devenant souverainiste. Et elle note que Marianne a partagé des rédacteurs avec Valeurs actuelles, qui est depuis 2012, et avec Le Figaro, qui a lancé en 2014 le « site polémique » FigaroVox.

Un an après l'arrivée de Natacha Polony, la moitié des quarante journalistes de la rédaction ont quitté l'entreprise. En , les journalistes de Marianne tentent de s'opposer à la fusion du magazine et de la Web télé Polony.tv.

En 2021, pour Hadrien Mathoux, qui couvre la politique pour le magazine, Marianne . Mais Pauline Bock d'Arrêt sur images estime que c'est en fait surtout la gauche inspirée des nouveaux militantismes antiraciste et féministe qui est continuellement visée, celle que le magazine regroupe dans les ; une ancienne journaliste explique par : . Selon Pauline Bock, la critique de la gauche est bien plus présente dans Marianne que la critique du RN, et les marqueurs de gauche du magazine, comme la critique du néolibéralisme, sont invisibilisés par la masse des articles sociétaux.

C'est finalement la ligne éditoriale suivie par Natacha Polony, notamment jugée trop négative par rapport au capitalisme ou à Emmanuel Macron, qui finit par déplaire à Daniel Křetínský, propriétaire.

Élection : Une en faveur d'Emmanuel Macron en 2022 En , dans l'entre-deux tours de l'élection présidentielle, la Société des rédacteurs de Marianne dénonce une « intervention directe » de l’actionnaire principal du journal, Daniel Křetínský, pour modifier la Une du numéro à paraître. Dans la continuité d'une série de Unes anti-Macron, la version originale de la couverture devrait montrer les yeux de deux candidats Emmanuel Macron et Marine Le Pen avec le titre « La colère ou le chaos ? », sans prendre parti. Mais le texte final, « Malgré la colère… …éviter le chaos », annonce clairement une préférence pour Emmanuel Macron. Pour la rédaction, cette intervention du propriétaire majoritaire, Daniel Křetínský, . Elle s'est produite alors que celui-ci avait promis à deux reprises aux journalistes qu'il respecterait ce principe de base. Pour Libération, l’accusation d’interventionnisme de Daniel Křetínský par la rédaction de Marianne nourrit les soupçons de collusion entre les propriétaires de médias et Emmanuel Macron.

Publication d'investigations et changement de format (2023-2024) En 2023, les journalistes de Marianne Gabriel Libert et Gérald Andrieu sont à l’origine de la révélation du scandale politico-financier du (homonyme au magazine) autour de la ministre Marlène Schiappa. L’enquête fait état d’une gestion opaque des subventions issues du fonds et aura pour conséquence l'écartement de la ministre pour mensonges, instrumentalisation de l’assassinat de Samuel Paty et orientation des subventions publiques à des fins politiques. Les subventions ont notamment servi à rémunérer l’essayiste Mohamed Sifaoui.