L'abbaye Saint-Pierre de Moissac est une ancienne abbaye bénédictine des s qui se trouve dans la commune de Moissac, dans le département de Tarn-et-Garonne en région Occitanie.

Elle fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques par la liste de 1840.. D'autres arrêtés de protection suivent en 1923, 1930, 1942, 1946, 1960 et 1998. Depuis 1998, elle est inscrite par l'UNESCO au patrimoine mondial de l'humanité au titre des chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle en France.

Présentation L'abbaye, fondée au , fut rattachée en 1047 à la puissante abbaye de Cluny et devint, au , le de la France.

L'abbaye et le cloître offrent un exemple remarquable d'association des styles roman et gothique, mais c'est le tympan du portail sud qui constitue le chef-d'œuvre de Moissac. Exécuté dans la première moitié du , il illustre la vision de saint Jean dans le livre de l'Apocalypse de la parousie du Christ.

Le cloître est le second monument remarquable de l'ensemble abbatial, avec ses 76 chapiteaux de 1100, dont 46 sont historiés, et de l'harmonie du mélange des chapiteaux et colonnettes datés avec certitude de 1100, dans une architecture gothique de la fin du .

Histoire

Moyen Âge Selon les bénédictins de Moissac, soucieux du prestige de leur abbaye, celle-ci aurait été fondée par Clovis en personne . Le roi franc, ayant fait le vœu d'ériger un monastère s'il triomphait, lança du haut de la colline son javelot (selon les variantes c'est parfois une flèche) pour marquer l'endroit précis où s'élèverait « l'abbaye aux mille moines », en mémoire de mille de ses guerriers morts au combat. Or le javelot vint se planter au milieu d'un marais, ce qui nécessita des constructions sur pilotis. Une autre tradition populaire veut que Clovis ait agi sous l'impulsion d'une vision lors d'un rêve d'inspiration divine dans lequel saint Pierre vint à sa rencontre — d'où le nom de l'abbaye.

En réalité, à Moissac, on a pu trouver des traces d'occupation romaine : colonnes classiques, pièces de monnaieDumège, Antiquité de la ville de Moissac copie manuscrite de l'hôtel de ville de Moissac, 1823, pp. 1sqq., 127sqq., 140sqq., tessons et fragments de maçonnerieLa présence de vestiges romains avait été observée par l'abbé Aymeric de Peyrac dans sa chronique écrite (~1400), Paris Bibliothèque nationale, ms. latin 4991-A, f.154 R, col. 1 « Denique in multislocis harum parcium in agris et viis publicis apparent antiqua pavimenta que faciunt inter signavillarum antiquarum et penitus destructarum… » ; mais le couvent peut être considéré comme l'un des nombreux monastères établis dans l'Aquitaine du avec l'appui de souverains mérovingiens comme Dagobert, et sous l'impulsion sans doute de l'évêque de Cahors, saint Didier (630-655), appelé aussi Desiderius (ancienne forme de Didier), connu pour ses goûts de l'art et de la vie austèreLa Vie de saint Didier, évêque de Cahors (630-655), édité par Poupardin, Picard, Paris, 1900, sqq..

L'abbaye remonterait au milieu du A. Lagrèze-Fossat, Études historiques sur Moissac, Dumoulin, Paris, III, 1874, ; et , pour les légendes et les dates de fondation concernant l'abbaye. et les possessions de l'abbaye se seraient accrues amplement en l'an 680 par la donation d'un noble, Nizezius, de ses terres, serfs et églisesNizezius et son épouse Ermentrude donnent à l'abbaye de Moissac de nombreux domaines et églises situés dans le Toulousain et le pays d'Eauze. .. Comme la charte de donation de Nizezius est un faux du , voire du début du Jean-Luc Boudartchouk, « La "charte de Nizezius" : encore un faux de l’abbaye clunisienne de Moissac ? » in Annales du Midi, Année 2007, 119-259, (lire en ligne sur Persée) , il est désormais admis que l'abbaye date plus vraisemblablement de la fin du (sous Didier de Cahors) ou bien seulement sous Louis le Pieux au début du . Le privilège de la protection royale fut renouvelé ou affirmé au début du par Louis le Pieux, alors roi d'Aquitaine, protection remplacée bientôt par celle des comtes de Toulouse.

Mais la situation de la ville sur la grande voie de passage, routière et fluviale, reliant Bordeaux et Toulouse, la rendait particulièrement vulnérable aux invasions. Ainsi l'abbaye fut-elle saccagée lors de la campagne omeyyade de 719-721 marquée par la victoire des Francs à Toulouse en 721, puis lors de la campagne marquée par la défaite des Omeyyades à Poitiers en 732. Un siècle plus tard, de nouveaux pillages furent le fait des Vikings qui remontaient la Garonne puis, au , des Hongrois.

Reconstruite, elle fut de nouveau endommagée en 1030 par un écroulement du toit, en 1042 par l'incendie qui frappa toute la ville, mais aussi par l'attitude laxiste des moines qui l'occupaient : un repaire de voleursL'abbé Aymeric de Peyrac dans sa chronique écrite (~1400), Paris Bibliothèque Nationale, ms. latin 4991-A, f.154 R, col. 1..

Le rattachement à Cluny par saint Odilon En 1045, le comte Pons de Toulouse tranche son ongle et cet acte peut être considéré comme le signe du renoncement à la dotation des abbés chevaliers menant à la réforme de l'abbaye en 1048. En 1048, lors du passage d'Odilon de Mercœur, l'abbaye de Moissac devient clunisienne, probablement à la demande de l'évêque de Cahors, Aymeric de Peyrac et de l'abbé Gauzbert de Gourdon. Odilon confie la réforme de l'abbaye de Moissac à Durand de Bredon. Grâce aux manœuvres de la comtesse Almodis, l'abbé Hugues de Cluny reçoit l'abbatiat de Moissac en 1053 par Pons de Toulouse..

Pour l'abbé-évêque Durand, tout est à refaire, car théorie et pratique sont devenues très éloignées l'une de l'autre. Les moines bénédictins, en principe astreints aux travaux manuels et agricoles, se déchargent en fait de leurs corvées sur les frères convers et les serfs. Sous la direction de l'abbé Étienne, la discipline s'est considérablement relâchée. Ce personnage ne doit son siège abbatial qu'à la bienveillance de Gaubert de Gourdon, un seigneur local qui avait acheté l'abbaye fort cher. L'abbé Durand fait construire une nouvelle église, consacrée en Une inscription, maintenant relevée dans le chœur de l'église le rappelle. et travaille aussi pour l'ensemble des biens de l'abbaye. L'une des premières réformes qu'entame Durand de Bredon est la prise du contrôle de l'abbatiat séculier pour éviter toute ingérence laïque dans la vie conventuelle. En effet, en , le premier abbé régulier de Moissac parvient à faire en sorte que Gaubert de Gourdon remette sa charge d'abbé séculier au comte Guillaume de Toulouse, en précisant que désormais aucune autorité laïque ne pourra intervenir dans l'élection du prochain abbé régulier de Moissac..

Étape précédente Lauzerte Pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle Via Podiensis Étape suivante Auvillar thumb|redresse|Consécration du cloître. Le choix de Moissac comme étape majeure sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle entraîne une brillante renaissance spirituelle et artistique. Avec le grand abbé d'origine auvergnate dom Durand de Bredon (1048-1072), en même temps évêque de Toulouse, débute l'âge d'or du monastère, qui étend ses possessions dans tout le Midi languedocien et jusqu'en Espagne. L'abbaye est gouvernée par de grands abbés : Dom Hunaud (1072-1085), qui fut vicomte de Brulhois, qui acquit de nombreuses terres mais se trouva en butte à d'incessantes controverses ecclésiastiques et conflits avec les seigneurs voisins. Dom AnsquitilProbablement originaire du duché de Normandie car son nom est d'origine scandinave (cf. ). (1085-1108) est nommé abbé après que dom Hunaud de Gavarret (parfois appelé de Béarn) se soit retiré au prieuré de Layrac. Il est contesté par un moine nommé Hunaud qui prend et incendie la ville. Le pape Urbain II intervient vers 1093 et exige de l'évêque de Cahors et du comte de Toulouse qu'ils rétablissent Ansquitil dans sa dignité d'abbé. Le pape s'est rendu à l'abbaye de Moissac en 1097 où il consacre le maître-autel de l'église. Par une bulle donné le , le pape exige la restitution d'une quarantaine d'églises à l'abbaye de Moissac et lui confirme la possession d'un très grand nombre d'abbayes. Il fait ériger le cloître, achevé en 1100V. Mortet, Recueil de textes relatifs à l'histoire de l'architecture en France au Moyen Âge, -, Picard, Paris, 1911, , mais aussi par une inscription sur l'un des piliers du cloitre. Le bienheureux Roger (1115-1131) fait construire une nouvelle église à coupole ; mais aussi Meyer Schapiro, sa thèse en 1929 dans le style de Cahors et Souillac, et c'est surement à lui que l'on doit la tour-porche et le portail avec son célèbre tympan (1135).

Le est le plus prospère pour l'abbaye, qui possède alors des terres et des prieurés jusque dans le Périgord, le Roussillon, la Catalogne, reproduit une carte qui montre l'étendue des possessions de l'abbaye.. Dans la hiérarchie de Cluny, l'abbé de Moissac vient en second, juste après l'abbé de ClunyMillénaire de Cluny, Mâcon, 1910, II, ; mais aussi Pignot, Histoire de l'ordre de Cluny, II, .. Les moines de Moissac sont connus aux s pour leur scriptorium et leur grande bibliothèque de , l'une des plus grandes d'Europe à l'époque. Les manuscrits ont été vendus en 1678 à Colbert, puis au entrent dans la bibliothèque du roi en 1732 avec son acquisition de celle de Colbert. La dite bibli onothèque est aujourd'hui à la Bibliothèque Nationale de France qui conserve encore aujourd'hui 125 manuscrits de Moissac dont certains ont été numérisés dans le cadre du programme France-Angleterre 700-1200 de Gallicavoir Léopold Delisle, Le cabinet des manuscrits, I, Le cabinet des manuscrits de la Bibliothèque impériale; page 456, 518-524 Le cabinet des manuscrits de la Bibliothèque impériale; page 518..

En 1188, la ville est ravagée par un incendie, puis peu après assiégée par les Anglais, qui finissent par la prendre. Lors de la croisade des Albigeois (1208-1229) Moissac se retrouve assiégée par Simon de Montfort en 1212. La ville souffrira cependant peu car les Moissagais préféreront se rendre et livrer à Simon de Montfort les soldats du comte de Toulouse présents dans la ville..

À la fin du , les grands abbés bâtisseurs Raymond de Montpezat, puis Bertrand de Montaigu (1260-1293) peuvent relever les ruines, ce qui explique des arcs en briques qui sont typiques de l'époque, mais leur œuvre est anéantie par la guerre de Cent Ans. Les exactions des Grandes Compagnies s'ajoutent à une épidémie de peste dans cette ville frontière, aux portes de l'Aquitaine anglaise, âprement disputée par les deux camps. À la fin du et au commencement du , la tourmente passée, Aimery de Roquemaurel (1431-1449). puis Pierre de Carmaing (1449-1483) doivent reconstruire presque entièrement leur abbatiale ruinée ; ils réalisent de grands travaux, en particulier la partie gothique de l'abbatiale, le haut de nombreux murs, les voûtes.

Temps Moderne En 1625, l'abbaye est sécularisée, ce qui marque en grande partie son abandon.

Époque contemporaine

Révolution française En 1790, elle est supprimée, vendue à un citoyen patriote, qui l'offre à la ville. En octobre 1793, le cloître et l'église avec son mobilier de l'église, ses vitraux, ses ornements et les pièces d'orfèvrerie du Trésor sont saccagés et livrés au pillage au cours d'une émeute.

Premier Empire Une garnison y stationne sous le Premier Empire, ce qui ruine les pavements et les sculptures ; elle sert aussi de fabrique de salpêtre.

Seconde Empire