Scott Joplin, né le au Texas (probablement à Texarkana) et mort le à New York, est un pianiste et compositeur afro-américain. Bien qu'ayant écrit des œuvres dans plusieurs styles, y compris le classique et l'opéra, sa notoriété tient principalement à ses compositions de musique ragtime. Sa musicalité, son talent et son importance dans l’histoire du ragtime et de la musique américaine sont exceptionnels. Encore aujourd’hui, Scott Joplin demeure le plus connu des compositeurs ayant écrit des ragtimes. Ses morceaux les plus célèbres dans ce style sont le Maple Leaf Rag, publié en 1899, et The Entertainer, publié en 1902.
Biographie Jeunesse et formation On ne connaît pas précisément le lieu de naissance de Scott Joplin. Sur sa tombe, en revanche, il est indiqué qu'il est né le . On sait qu’il vient au monde dans le comté de Bowie au Texas. Selon le recensement américain du , il est alors âgé de deux ans et réside dans le comté de Davis. Dix ans plus tard, la famille emménage à Texarkana, toujours au Texas, comme l'atteste le recensement de 1880Edward A. Berlin, King of Ragtime: Scott Joplin and His Era New York, Oxford University Press, 1994, p. 4.
Scott est le deuxième enfant d'une famille de six : Monroe (né en 1861), lui-même, Robert (né en ), Josie (née en 1870), William (né en 1875) et Johnny (né en ). Leurs parents sont Florence Givins, du Kentucky, née vers 1841, et Giles Joplin, de la Caroline du Nord, né vers 1842 et qui a grandi dans la condition d'esclave.
Le père de la famille Joplin est cheminot et la mère travaille comme lavandière et femme de ménage. Comme ils pratiquent tous deux la musique (Giles est violoniste et Florence banjoïste et chanteuse), leurs enfants grandissent dans un environnement musical : les frères et sœurs de Scott jouent de la guitare, de la trompette ou chantent dans des chorales.vignette|200px|Maple Leaf Rag, publié en 1899
Le premier contact du jeune Scott avec le piano a probablement lieu lorsque sa mère travaille comme femme de ménage dans la maison d'une famille blanche. On rapporte aussi que Scott était fasciné par le piano de l'un de ses voisins, et qu'il commença à jouer de cet instrument dès l'âge de huit ans. Selon certaines anecdotes, il apprend les rudiments du piano par lui-même, en autodidacte, quand il va jouer chez les voisins où sa mère travaille. Joplin fera d’ailleurs allusion à cette histoire dans son opéra Treemonisha (1911), dont l'action se situe près de Texarkana : Ibid. p.6 : « In the preface, Joplin states that the heroine Treemonisha, at the age of seven, received her education from a nerby white woman in exchange for her mother’s housework. ». » On peut voir là une sorte d'hommage rendu par Scott à sa mère pour sa formation musicale. Quant à son père, bien qu'il soit pauvre, il lui offre un piano ainsi que des leçons du professeur de musique . Ce dernier, conscient du talent de Scott, l'initie très jeune à la musique. Il lui apprend les techniques de l’harmonie et celles de la composition, ainsi que les genres musicaux européens, comme l’opéra.
Dans les années 1880, Scott fait un voyage à Saint-Louis, dans le Missouri, une ville qui deviendra un centre important du ragtime. C’est aussi à cette époque que sa carrière musicale débute.
Début de sa carrière musicale et succès Au début des années 1890, après avoir voyagé à travers le Midwest, Joplin commence sa carrière musicale comme cornettiste avec le Queen City Concert Band.
En 1894, il déménage à Sedalia, dans le Missouri, où il travaille comme pianiste dans des clubs comme le Maple Leaf et le Black 400. Parallèlement, il donne des cours de musique à plusieurs jeunes musiciens comme Arthur Marshall, Scott Hayden et Brun Campbell qui deviendront des compositeurs de ragtime.
C'est en 1895, à Syracuse, qu'il publie sa première œuvre, la chanson Please Say You WillEdwards, "Perfessor" Bill. "Rags & Pieces by Scott Joplin, 1895-1905", consulté le 11 avril 2008., bientôt suivie d'une autre, A Picture of Her Face.
En 1896, il prend des cours de musique au à Sedalia. Toutefois, en raison d’un incendie survenu en 1925, qui détruisit tous les documents de cette institution, on ignore le niveau de scolarité atteint par Joplin. Sa carrière de compositeur se poursuit avec la composition de deux marches et d'une valse.
L'année 1899 est celle d'une de ses compositions les plus célèbres : le Maple Leaf Rag. Cette pièce devient un véritable phénomène dans l'environnement musical américain, et la partition se vendra à au moins un million d'exemplaires dans les années qui suivent. C'est d'ailleurs la première composition dont la partition atteint ces ventes. Cependant, le compositeur touche une part infime sur chaque vente de ses morceaux (un cent par vente). La publication du Maple Leaf Rag fait de Joplin l'une des grandes figures de ce nouveau courant musical, et son nom devient bientôt synonyme de ragtime. Cette même année, il publie aussi Original Rags, mais son succès est moindre que pour le Maple Leaf Rag. Joplin compose ensuite The Ragtime Dance (publiée en 1902), une pièce dramatique pour danseurs et narrateur chantant. La pièce est présentée au Wood’s Opera House de Sedalia le .
En 1900, toujours à Sedalia, il compose un dernier rag, , avec Arthur Marshall, puis il déménage à Saint-Louis avec Bella, qu'il vient d'épouser. C’est dans cette ville, entre 1900 et 1903, qu'il écrit plusieurs pièces importantes : The Entertainer, Elite Syncopations, March Majestic, Ragtime Dance et The Strenuous Life, un hommage au président Theodore Roosevelt. Son nom est déjà très connu à cette époque.
Son mariage avec Bella s'étant terminé par un divorce, Joplin épouse Freddie Alexander à Little Rock en 1904. Après le mariage, ils se rendent en train à Sedalia, en s'arrêtant au passage dans différentes villes pour y donner des concerts. Deux mois seulement après le mariage survient un événement tragique : Freddie meurt le , à l’âge de 20 ans, d’une pneumonie consécutive à une grippe. Le Ragtime Waltz Bethena, qu'écrit Joplin en 1905, évoque sa relation avec Freddie Alexander ; c'est un morceau très triste et difficile à jouer. Joplin ne retournera plus à Sedalia après les funérailles de sa bien-aimée. C'est justement à partir de ce moment-là que Scott Joplin voit sa carrière décliner et sa situation financière devenir de plus en plus difficile, du fait qu'il est très mal payé comparativement au succès que rencontrent ses œuvres. Il reste à Saint-Louis, où il occupe quelques petits emplois ici et là afin de mettre un peu d'argent de côté.
vignette|200px|The Entertainer, publié en 1902.
Sa vie à New York En 1907, à Chicago, il travaille avec Louis Chauvin, un jeune pianiste exceptionnel qu’il a rencontré à Saint-Louis, avec qui il compose Heliotrope Bouquet, un slow drag très mélodique. Durant l’été de la même année, Scott se rend à New York afin de trouver du financement pour son opéra Treemonisha. C’est là qu'il rencontre Joseph Lamb, lui aussi compositeur de ragtime. Ils deviennent amis et établissent une solide relation sur le plan musical. Joplin recommande à son éditeur, John Stillwell Stark, de publier certaines œuvres de Lamb, notamment Sensation, un ragtime composé par eux deux. Joseph Lamb deviendra l'un des trois plus importants compositeurs de ragtime de tous les temps, avec Scott Joplin et James Scott.
Jusque-là, Joplin publiait toutes ses œuvres chez Stark, mais il décide en 1908 de trouver de nouveaux éditeurs. L'un des plus importants est Seminary Music au Tin Pan Alley, qui embauchera plus tard Irving Berlin, qui deviendra l'un des plus grands compositeurs américains. Cette même année, il fait publier School of Ragtime, qui est une sorte de méthode d'apprentissage du piano ragtime avec des exercices faciles. En 1910, Joplin publie un seul ragtime, intitulé Stoptime Rag, puis en 1911, son deuxième opéra (le premier a été perdu) Treemonisha et Felicity Rag (publié avec Scott Hayden).
Treemonisha et déclin de sa santé Treemonisha est un opéra écrit par Scott Joplin et publié en . L’histoire a pour cadre un village rural de l’Arkansas, non loin de l'endroit où Scott a grandi à Texarkana. Cet opéra rend hommage non seulement à sa mère, quand il montre comment Treemonisha fut éduquée dans une famille blanche, mais aussi à Freddie, sa deuxième femme, en situant l’action en , le mois et l'année de sa naissance.
L'histoire montre Treemonisha, la seule afro-américaine instruite du village, qui affranchit les villageois de l’ignorance. La morale véhiculée par Joplin, qui voyait les problèmes des communautés afro-américaines, c'est que l’égalité raciale viendrait avec l’éducationBiography & History of Scott Joplin. La partition de cet opéra, publiée en 1911 dans l'American Musician and Art Journal, était accompagnée d'une critique assez approfondie.
Vie privée En 1901, il épouse Belle Hayden, le couple divorce en 1904.
Le , il épouse Freddie Alexander qui décède prématurément des suites d'une pneumonie le .
En 1909, il épouse Lottie Stokes (1877-1954).
Fin de vie En 1913, avec sa troisième et dernière épouse, Lottie, il fonde une maison d’édition où il publie l'année suivante. Ses dernières compositions (des rags, une scène de vaudeville, une pièce musicale, une symphonie et un concerto pour piano) ont toutes été perdues et n'ont jamais été publiées.
On a dit que Scott Joplin ne comptait pas parmi les meilleurs pianistes de son temps, mais cela était probablement dû aux premiers symptômes de la syphilis, qui provoque un manque de coordination des doigts. Nous ne savons pas vraiment quel était le niveau professionnel de sa prestation au piano ; certains affirment qu’il était l'un des meilleurs pianistes au monde, se basant en particulier sur des enregistrements d'époque par la remarquable « méthode pianola » qui reproduit fidèlement le style des interprètes, d’autres qu’il « jouait lentement, mais avec beaucoup de précision ».
En 1916, sa santé commence à se détériorer, car la syphilis (dont il souffrait probablement depuis une vingtaine d'années déjà) a atteint la phase tertiaire au point de le rendre schizophrène. Il est hospitalisé vers la mi-, puis transféré au de New York, un hôpital psychiatrique, où il s’éteint le à l'âge de 48 ans.
Scott Joplin repose au cimetière Saint-Michel (Saint Michael's Cemetery) d'East Elmhurst, dans l'état de New York.
Prix, distinction, hommages La musique de Joplin et le ragtime ont fini par perdre de leur popularité, se diluant dans le jazz en évoluant vers d'autres styles musicaux comme le stride. Néanmoins, le ragtime demeure un genre musical important dans l'histoire de la musique en général, afro-américaine en particulier. Quant à la filiation directe entre le ragtime et le jazz, il est remarquable qu'un musicien de jazz aussi incontestable que Sidney Bechet (1897-1959) ne parlait pas lui-même de « jazz » à propos de sa propre musique, mais, encore à la fin des années 1950, de « ragtime »Sidney Bechet, Treat in Gentle, Twayne publishers Inc. and Cassell & Co Ltd., 1960 ; traduction française sous le titre La musique c'est ma vie, éditions La Table Ronde - Opera mundi, 1977.. Mais à partir des années 1970, il connait un regain de reconnaissance.
1970 : entrée de Scott Joplin au Songwriters Hall of Fame de la . 1972 : première de l’opéra Treemonisha, donnée au Morehouse College d'Atlanta. 1974 : un de ses morceaux les plus célèbres, The Entertainer, atteint la troisième place du Billboard Hot 100, après avoir été popularisé par la bande son du film The Sting (L'Arnaque), lauréat de plusieurs Oscars 1976 : lauréat à titre posthume, du prix Pulitzer, mention "prix spécial", pour sa contribution à la musique américaine. 1976 : la maison que Scott Joplin habita de 1901 à 1903 à Saint Louis dans le Missouri est inscrite au Registre national des lieux historiques (National Register of Historic Places), elle est considérée comme un site historique du Missouri.