Jean-Pierre Andrevon, né le à Bourgoin-Jallieu, est un écrivain, nouvelliste et historien de la science-fiction. Il est également critique littéraire et cinématographique, ainsi qu'illustrateur. Il passe pour le gauchiste et l'écolo de la science-fiction française dont il est une figure-phare.

Biographie Après une enfance à la campagne marquée par la guerre et l'Occupation, Jean-Pierre Andrevon effectue des études secondaires incomplètes au lycée Champollion à Grenoble. Il travaille ensuite aux Ponts et Chaussées de 16 à 20 ans. Il entre à l'École des arts décoratifs de Grenoble en 1957, puis enseigne le dessin au lycée Champollion et devient membre du bureau de l'UNEF. Il effectue en 1962-1963 son service militaire en Algérie, où il arrive quelques semaines avant la fin de la guerreHélène et Pierre-Jean Oswald, Un touche-à-tout piégé par l'écriture, Le Journal du Cabinet Noir , 1999.

De retour en France, il enseigne à nouveau jusqu'en 1969, puis devient écrivain à plein temps. Depuis la sortie des Arts Décos, et parallèlement à l'enseignement, Jean-Pierre Andrevon poursuit et développe de nombreuses activités : journaliste, peintre, auteur-compositeur-interprète, cinéaste. Mais c'est dans l'écriture de fiction qu'il obtient ses premiers succès. Après des publications dans divers fanzines, sa première nouvelle professionnelle est publiée en dans le magazine Fiction. Il devient un pilier de cette revue de référence dirigée alors par Alain Dorémieux, collabore à La Gueule ouverte dès sa création, puis à Charlie Hebdo.

« Véritable forçat de la machine à écrire », Andrevon publie chaque année en moyenne trois ou quatre ouvrages (romans, recueils de nouvelles, travaux en commun), au départ essentiellement chez Denoël et au Fleuve noir (sous le pseudonyme d'Alphonse Brutsche), puis chez de très nombreux autres éditeurs (J'ai lu, Le Livre de poche, Flammarion, Magnard, Nathan, Canaille, Baleine).

Auteur-phare des années 1970-1980, à la fois misanthrope et humaniste, militant écologiste de la première heure, il passe pour le gauchiste de la science-fiction, et critique l'idéologie parfois réactionnaire du genre, en particulier chez certains auteurs américains.

Il ne cesse de publier, même pendant le reflux des collections SF des années 1980, ou en dépit de l’abandon de projets tels que Utopies 85Qui devait prendre la suite d'Utopies 75.. Dans les années 1990, il est plus actif dans le polar, mais y injecte des touches de science-fiction ou d’étrangeté : polar scientifique avec Requiem pour dix cerveaux en fugue, polar fantastique avec Les Fantômes ne vieillissent jamais, polar dystopique avec L’Œil derrière l’épaule.

Jean-Pierre Andrevon est également anthologiste, avec la série des Retour à la terre ou l'Anthologie des dystopies, ainsi qu'encyclopédiste avec Un siècle de SF écrite et dessinée. Dans la deuxième moitié des années 1980, il participe à la création de deux collections de science-fiction, comme codirecteur à La Découverte, comme lecteur et illustrateur aux éditions de l’Aurore.

Entre 1983 et 1989, Andrevon participe à la direction et aux activités du Centre de création littéraire de Grenoble, maison d’édition associative, où il publie nouvelles, poèmes, posters et cartes postales.

À partir des années 1990 il exerce également son activité dans la peinture et le dessin. Il réalise notamment deux prestations picturales d'importance : une peinture murale, Le Mur des galaxies, à la Maison d’Ailleurs, musée international de la science-fiction à Yverdon-les-Bains, en Suisse, en 1990 et une exposition personnelle à l'Hôtel de ville de Grenoble en 1993.

Si par provocation il se décrit comme un « khmer vert », il est surtout « un pessimiste qui se marre » et un « catastrophiste actif » qui réclame « plus de science pour trouver des solutions adéquates et non destructrices. » En 2012, il soutient Jean-Luc Mélenchon, candidat du Front de gauche à l'élection présidentielle.

Œuvre Convictions La production d’Andrevon est foisonnante, mais elle reste d’une grande cohérence, tant elle est imprégnée de ses convictions : « Je pense être à gauche, anarchiste et écologiste » Pour lui, « L'idéologie, quoi qu'on fasse et qu'on pense, fait partie d'un texte, quel qu'il soit, dès l'instant où l'acte d'écrire en est à sa première majuscule. Il n'y a pas de récits politiques et de récits non politiques, de textes engagés et de textes d'évasionFictions, , mai 1992, cité par Denis Guiot, Jean-Pierre Andrevon, in Le Monde de la Science-Fiction, M.A. Éditions, 1987. » C'est la raison pour laquelle il milite pour une science-fiction engagée. Il déclenche par exemple de vives polémiques dans les pages de Fiction en y publiant Le Temps du grand sommeil, où divers intellectuels de gauche sont assassinés par le pouvoir en place : Jean-Edern Hallier, Jean-Luc Godard, Jean-Paul Sartre. Le narrateur Jean-Pierre A. n’a qu’à bien se tenir... Plus généralement, « ce n’était pas tant la liberté apparente qu’on mettait sous le boisseau […] c’était l’intelligenceFiction, 213, septembre 1971, texte repris dans Aujourd’hui, demain et après, et cité par »

Cependant, il assure que l'impact de la science-fiction sur la société « est nul ou quasi nul. »

Thèmes Les thèmes de prédilection d'Andrevon sont l’atome, les maladies de la civilisation, l’immensité du cosmos et l’aliénation de l’homme dans cet espace, l’impact des nouvelles technologies, les guerres et génocides, les idéologies néfastes (fascisme, communisme, racisme), les catastrophes écologiques causées par l’homme et leur conséquence directe, les changements climatiques, et la prédiction de la fin de la race humaine.

Fasciné par cet « autre côté », parfois nébuleux, souvent pessimiste dont il veut se faire l’explorateur, et sous prétexte d’explorer des lendemains dont il a vite compris qu’ils ne chanteraient guère, Andrevon révèle ses véritables fantasmes qui s’appellent la mort, les monstres, les fantômes des vies.

Nucléaire Pour Andrevon, dans les années 1970, le grand fléau à combattre, c’est l’électronucléaire. Dans Neutron, il regroupe neuf nouvelles traitant de la guerre atomique, entrecoupées de déclarations et de coupures de presse qui donnent un caractère plus authentique et prophétique à son texte, citant un député, le général Beaufre, ou encore Charles Hernu, ministre de la Défense de l’époque. Neutron propose un véritable catalogue des menaces, des peurs et des catastrophes liées au nucléaire, militaire ou civil : la focalisation sur des sites symboles comme Super Phénix, le surgénérateur de Creys-Malville, la constitution de stocks de vivres, le fol espoir de survivre dans un abri antiatomique, la destruction des villes, la mort lente, les mutations monstrueuses, la régression physique et morale des survivants, la contamination millénaire, les paysages post-nucléaires, la question de la survie de l’espèce, si tant est qu’elle soit souhaitable.

Écologie Parmi les précurseurs en matière d’écologie en littérature, le monde pacifique et sylvestre de Gandahar est le reflet de l’idéal utopique d’Andrevon, un monde où les journées « semblaient n’être qu’une fête champêtre jamais achevée, où les plaisirs du sport, du jeu, de la table et de l’amour emplissaient à ras bord chaque minute, chaque seconde de la coupe de la vie. » Végétarien, l’homme vit en harmonie avec la flore et la faune, utilisant des énergies douces. Gandahar était à l’origine une bande dessinée. Refusée, elle est remaniée en roman, mais Andrevon n’imaginait pas être publié par Denoël, « pensant que le roman était trop simpliste pour la collection qui publiait Bradbury. »

Dans La Fée et le géomètre se retrouve la même opposition entre homme vert et homme de fer que dans Gandahar. Les hommes de fer ne sont plus seulement des guerriers : aux militaires s’ajoutent des industriels et des hommes d’affaires, dont la capacité de nuisance s’avère aussi grande. Nouvelle aurore dépeint une nouvelle ère glaciaire, à la suite des bouleversements liés à l’effet de serre et à l’épuisement des ressources naturelles. Marée descendante et Dernière pluie étudient les conséquences du changement climatique sur ce qui reste de la société.

Surpopulation et totalitarisme Dans Le Travail du furet à l'intérieur du poulailler, le Furet est un assassin professionnel, employé par l’État. Au milieu du , la planète est totalement urbanisée, envahie par les marques et la publicité, les quartiers pauvres sont glauques et surpeuplés. C’est pour faire face à cette surpopulation qu’un tirage au sort décide des individus qui devront être éliminés pour que les autres puissent continuer à vivre. L’État prétend s'appuyer uniquement sur des statistiques, mais n’hésite pas à manipuler le hasard.

Fin de l'humanité Deux constantes se dégagent : non content de polluer le sol qui le nourrit, d’épuiser l’écosystème, de détruire la vie animale, l’homme s’évertue aussi à créer des moyens d’autodestruction toujours plus efficaces. Sur le principe du « pollueur/ payeur » et dans une logique jusqu’au-boutiste, Andrevon décrit « cette vision à la fois mortifère et paradisiaque d’une Terre débarrassée de l’homme, qui peut reverdir à son aise et où les animaux peuvent à nouveau s’ébattre en toute liberté. »

Cette vision se manifeste particulièrement dans la saga du Monde enfin, longue nouvelle parue dans l’anthologie Utopies 75, reprise en roman en 2006, qui lui-même recycle des récits publiés en 1983 dans II faudra bien se résoudre à mourir seul. Une épidémie vide à grande vitesse la Terre de ses habitants. Les ruines et la déliquescence finale d'un monde sont vues par les yeux d'un vieil homme fatigué, archétype de l'anti-héros. Prennent la relève animaux et insectes, dont l'existence n'est plus menacée par le prédateur humain. Mais afin de résoudre le problème d’un humanisme sans homme, l’auteur recourt à une personnification des animaux, une sorte d’anthropomorphisme à la manière des fables.

Philippe Curval résume :

Fiction Romans Cycle de Gandahar (1969-2024) Critique sur NooSFère Critique sur NooSFère Critique sur NooSFère Critique sur NooSFère Critique sur NooSFère Critique sur NooSFère Édition intégrale : , avec un inédit : La Reine de Gandahar Adaptation cinématographique de René Laloux, Gandahar, 1987

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Prix Bob Morane 2020

Articles Une bibliographie des nombreux articles critiques de Jean-Pierre Andrevon figure sur NooSFère.

BD Édouard, suivi de La Réserve, scénario Jean-Pierre Andrevon, dessin Georges Pichard, Éditions du Square, 1978