Vincenzo Bellini, né le à Catane (royaume de Sicile), et mort le à Puteaux (France), est un compositeur italien.
Figure majeure du bel canto et de l'opéra romantique, il a laissé malgré sa courte carrière des opéras parmi les plus joués du répertoire lyrique, dont Les Capulet et les Montaigu (1830) , La sonnambula (1831), Norma (1831) et Les Puritains (1835). Contemporain de Donizetti et de Rossini, il précède Verdi par une composition caractérisée par la priorité donnée à l'expression des sentiments. Il est particulièrement salué pour son grand sens de la mélodie.
Né dans une famille de musiciens en Sicile, il se distingue très tôt et obtient une bourse pour étudier auprès de plusieurs musiciens renommés au conservatoire de Naples. Il s'imprègne alors du style de l'école napolitaine, mais est aussi inspiré dans un style plus moderne par des représentations d'opéras de Donizetti et de Rossini. Il compose son premier opéra, Adelson e Salvini (1825), pour le conservatoire, et le suivant, Bianca e Fernando (1826), sur une commande du Teatro San Carlo destinée à des étudiants prometteurs.
Bellini se rend ensuite à Milan afin de composer pour La Scala, où le succès dIl pirata (1827), sa première collaboration avec son librettiste fétiche Felice Romani, lance sa carrière. Il compose plusieurs opéras célèbres sur des livrets de Romani, atteignant son apogée avec Les Capulet et les Montaigu (1830), La sonnambula (1831) et surtout Norma (1831), malgré l'échec initial de cette dernière œuvre. Après s'être brouillé avec Romani, il voyage à l'étranger et, après un séjour à Londres, compose à Paris Les Puritains, couronné de succès en 1835 au Théâtre-Italien. Bellini meurt peu après, sans doute d'une amœbose, à l'âge de 33 ans.
Biographie Jeunesse à Catane vignette|Plaque commémorative sur la maison natale de Bellini.
Le grand-père de Vincenzo Bellini, Vincenzo Tobia Bellini (1744-1829), fait des études musicales au conservatoire Sant'Onofrio de Naples et s'installe à Catane, qui fait alors partie du royaume de Sicile, vers 1767. Il y devient organiste, professeur de musique et maître de chapelle au Palais Biscari. Rosario (1776-1840), son fils aîné, devient lui aussi musicien professionnel et se marie en 1801 avec Agata Ferlito (1778-1846). Vincenzo Salvatore Carmelo Francesco, aîné d'une famille de sept enfants, quatre fils et trois filles, naît dans les premières heures du au Palazzo Gravina-Cruyllas, où demeure la famille.
Les légendes répandues après la mort du compositeur affirment qu'il chante un air de Valentino Fioravanti à dix-huit mois, qu'il commence à étudier le solfège à deux ans et le piano à trois ans. À cinq ans, il joue apparemment . Ces histoires sont à considérer avec une grande précaution mais il est généralement admis qu'il compose son premier air de musique religieuse, désormais perdu, à six ans.
vignette|Le Palazzo Gravina-Cruyllas, lieu de naissance de Bellini, vers 1800.
En 1816, Bellini s'installe chez son grand-père, qui lui donne des leçons de musique. Peu après, le jeune compositeur écrit les neuf ariettes , dont huit sont basés sur des textes de Pietro Metastasio. En 1818, il compose plusieurs morceaux vocaux et instrumentaux ainsi qu'une symphonie en ré majeur pour petit orchestre qui le font connaître dans les milieux aisés de Catane.
Le nouveau gouverneur de province, Stefano Notabartolo, duc de Santomartino, et son épouse Eleonora prennent l'adolescent sous leur protection. Bellini, ayant appris tout ce qu'il pouvait à Catane, demande une aide financière aux autorités régionales, le Decurionato, pour partir étudier à Naples. Une bourse d'études lui permettant d'étudier au de Naples pour une durée de quatre ans, plus tard prolongée de trois années supplémentaires, lui est accordée en . Ayant dépassé l'âge limite d'admission, Bellini soumet dix œuvres musicales à l'examen d'un jury, qui l'admet dans un cours préparatoire d'harmonie et de contrepoint. Il arrive à Naples le .
Formation musicale à Naples vignette|Le compositeur Niccolò Antonio Zingarelli.
Le Conservatoire de San Sebastiano, situé près de l'église du Gesù Novo, est dirigé par le duc Carafa de Noja, alors que la direction artistique est assurée par le compositeur d'opéra Niccolò Antonio Zingarelli.. Les élèves, vêtus d'un uniforme semi-militaire, y suivent un emploi du temps quotidien rigoureux, rythmé six jours par semaine par des cours de théorie musicale, de chant, de pratique instrumentale et d'instruction générale. Leurs journées sont longues, commençant par la messe matinale à 5h30 et se terminant vers 22h.
L'enseignement porte principalement sur les maîtres de l'école napolitaine et les œuvres orchestrales de Haydn et Mozart, l'accent étant mis sur les compositeurs italiens de l'époque classique tels que Pergolèse et Giovanni Paisiello, plutôt que sur les approches modernes de compositeurs comme Gioachino Rossini. Le premier professeur du jeune élève est Giovanni Furno, avec lequel il étudie des exercices d'harmonie et d'accompagnement.. Un autre, auprès duquel il apprend le contrepoint, est Giacomo Tritto, compositeur de plus de 50 opéras, qu'il juge cependant .
En 1820, Bellini réussit avec brio ses examens de fin de première année, ce qui lui donne droit à une place gratuite au conservatoire et lui permet d'utiliser l'allocation de Catane pour aider financièrement sa famille. Il se lie d'amitié avec , qui deviendra conservateur des Archives de Naples et avec lequel il entretient une correspondance tout au long de sa vie. Tous deux s'affilient brièvement au carbonarisme pendant les troubles politiques de 1820.
En 1822, après avoir entendu l'opéra La zingara, de Gaetano Donizetti, qui est donné au Teatro San Carlo, Bellini, impressionné, se procure la partition, et se fait présenter Donizetti. En 1823, Bellini intègre la classe où Zingarelli enseigne. Ce dernier semble avoir reconnu le potentiel de Bellini et traite son élève comme un fils, lui donnant de fermes conseils : .
En , après avoir brillamment réussi ses examens, il obtient le titre de (« premier maître »), ce qui l'oblige à donner des cours particuliers aux élèves plus jeunes et lui permet de disposer d'une chambre individuelle ainsi que de se rendre au Teatro San Carlo deux soirs par semaine. Il assiste à son premier opéra de Rossini, Semiramide, qui lui fait une forte impression. Bellini devient professeur de chant de la jeune Maddalena Fumaroli, fille d'un magistrat, et les deux jeunes gens tombent amoureux. Leur liaison est découverte par ses parents, et il leur est interdit de se voir, la demande en mariage de Bellini étant rejetée.
La production des années d'études de Bellini à Naples comprend trois mises en musique de la messe, deux mises en musique du Salve Regina, six symphonies, et un concerto pour hautbois en mi bémol majeur.
Adelson et Salvini vignette|Extrait de la partition dAdelson e Salvini.
Le premier opéra de Bellini est composé pour la fin de ses études au conservatoire afin d'être représenté au théâtre de l'institut. Adelson e Salvini est un opera semiseria en trois actes sur un livret d'Andrea Leone Tottola, auteur également du livret de La zingara de Donizetti. Il est probablement donné pour la première fois entre le 10 et le et met en scène une distribution exclusivement masculine, composée d'étudiants. L'œuvre connaît un tel succès qu'elle est jouée tous les dimanches pendant un an.
Fort de ce succès, le jeune Bellini, qui a passé six ans loin de chez lui, se rend à Catane pour rendre visite à sa famille. Il est de retour à Naples durant l'été ou le début de l'automne 1825. Après la présentation dAdelson e Salvini, Bellini, sollicitant l'aide de Florimo, entreprend des révisions, raccourcissant l'opéra à deux actes dans l'espoir qu'il puisse être mis en scène par Domenico Barbaja, intendant du Teatro San Carlo. Cependant, on ignore la contribution exacte de Bellini et de Florimo à ces révisions, et aucune représentation n'a lieu après 1825.
Bianca et Gernando À son retour à Naples, Bellini commence à travailler sur ce qui va devenir son premier opéra produit professionnellement. Un contrat entre le Conservatoire et les théâtres royaux permet à un étudiant suffisamment talentueux d'écrire une cantate ou un opéra en un acte destiné à être présenté lors d'une soirée de gala dans l'un des théâtres de Naples en échange de 300 ducats. Grâce à Zingarelli et au duc Carafa, Bellini obtient l'autorisation d'écrire un opéra complet, en deux actes, et signe un contrat avec Barbaja, l'intendant du San Carlo.
Le jeune compositeur choisit comme librettiste Domenico Gilardoni, un jeune écrivain qui prépare alors son premier livret, qu'il nomme Bianca e Fernando, basé sur la pièce Bianca e Fernando alla tomba di Carlo IV, Duca d'Agrigento qui se déroule en Sicile. Cependant, le titre Bianca e Fernando doit être modifié, car Ferdinando est le nom de l'héritier du trône, et aucune forme de ce nom ne peut être utilisée sur une scène royale. Après quelques reports, l'opéra, prévu initialement pour le et désormais intitulé Bianca e Gernando, est créé au Teatro San Carlo le , jour de la fête du prince Ferdinando. La soprano Henriette Méric-Lalande, le ténor Giovanni Battista Rubini, et la basse Luigi Lablache en sont les interprètes principaux.
L'opéra connaît un grand succès public. Donizetti est présent et écrit avec enthousiasme à Simon Mayr : . La musique de Bellini est très appréciée, le du notant que . Cependant, le livret de Gilardoni suscite quelques réserves.
Le succès de Bianca e Gernando redonne espoir à Bellini quant à une éventuelle concession des parents de Maddalena Fumaroli, et une nouvelle demande en mariage est faite par l'intermédiaire d'un ami. Celle-ci est catégoriquement rejetée par le père de Maddalena, qui lui renvoie toutes les lettres reçues, accompagnées d'une lettre de sa part déclarant : .
Arrivée à Milan vignette|Portrait de Bellini vers 1830.
Neuf mois plus tard, en , Domenico Barbaja propose à Bellini de composer un opéra qui doit être présenté à l'automne 1827 à La Scala de Milan, dont Barbaja fait également partie de la direction. Bellini arrive à Milan le . Il va y passer la majeure partie des années 1827 à 1833. À son arrivée, il est accueilli par le compositeur Saverio Mercadante, qui était lui aussi étudiant à San Sebastiano, et dont le nouvel opéra, Il Montanaro, est alors représenté.
Mercadante le présente à Francesco et Marianna Pollini, un couple d'un certain âge, le mari étant un professeur de piano à la retraite et la femme une harpiste de talent, qui prennent immédiatement le jeune homme sous leur aile. Par ailleurs, il le présente aussi au librettiste Felice Romani, qui lui propose de mettre en musique Il pirata, d'après la pièce de Charles Robert Maturin. Le jeune homme y consent volontiers, d'autant plus qu'il comprend que l'histoire offre plusieurs situations passionnées et dramatiques et que de tels personnages romantiques constituent alors une innovation sur la scène lyrique.
Une étroite collaboration professionnelle entre les deux hommes s'instaure dès lors, Romani signant tous les livrets des opéras de la période italienne de Bellini. Comme un auteur l'a remarqué, , et Romani éprouve manifestement un grand respect pour Bellini. Pour sa part, Bellini admire la sonorité et l'élégance des vers du poète..
Il pirata et révision de Bianca e Fernando vignette|Le librettiste Felice Romani.