vignette|upright=.7|Le Nautilus vu par Neuville et Riou|alt=Sous-marin immergé dans la mer, nombreux poissons.
Le Nautilus est le sous-marin de fiction imaginé par Jules Verne pour son roman Vingt Mille Lieues sous les mers (1869). Le capitaine Nemo est son commandant.
Il s'agit, selon les critères techniques de l'époque de publication du roman, d'un sous-marin très avancé ; car l'électricité, qu'il utilise quotidiennement, n'en est alors qu'à ses balbutiements. Durant une période de sept mois, il couvre la distance de lieues (environ ), soit plus de deux fois la circonférence terrestre. Il est tout à la fois un laboratoire de recherche, un musée et un instrument de vengeance. Selon la description de Nemo au professeur Aronnax, « c'est un cylindre très allongé, à bouts coniques... la longueur de ce cylindre, de tête en tête, est exactement de soixante-dix mètres, et son bau, à sa plus grande largeur, est de huit mètres ». En effet, quoiqu'il permette la redécouverte de l'Atlantide, et l'atteinte du pôle Sud (supposé entouré d'une mer libre), il est aussi responsable de l'endommagement de plusieurs navires notamment le Scotia et lAbraham Lincoln. À la fin du roman, il disparaît au large des îles Lofoten (Norvège) dans un puissant tourbillon marin : le maelström. On le retrouve plus tard dans un autre roman de Jules Verne, L'Île mystérieuse (1875).
Le Nautilus est aujourd'hui un symbole de progrès technique, et son nom est aujourd'hui encore très populaire parmi les sous-marins.
L'idée du Nautilus vignette|upright=.8|LAlligator|alt=Navire à vapeur au-dessus de l'eau, sou-marin immergé, phare.
La première idée de Jules Verne n'est pas d'inventer un grand sous-marin. L'apparition du Nautilus dans l'imagination de l'écrivain est due, avant tout, à l'isolement voulu de son capitaine, Nemo. En 1867, Jules Verne écrit d'ailleurs à son éditeur, Hetzel :
L'écrivain décide donc de placer son héros dans les profondeurs de l'océan, et pour cela, il lui faut un bateau submersible. Ainsi commencent à se former dans son esprit les images du futur Nautilus.
Dans les années 1860, les sous-marins existent déjà. Plusieurs pays en construisent, et l'écrivain est bien conscient de leur existence. Ainsi, en 1862, il visite le chantier de construction du Plongeur, considéré à l'époque comme un géant parmi les sous-marins alors existants. En 1867, lors d'un voyage aux États-Unis, Verne visite l'Exposition universelle de Campus Martius où sont présentés la « Fée Électricité », un projet pour le canal de Suez, ainsi que des sous-marins de première technologie et des combinaisons de plongée. Toutes ces innovations auront une influence sur le Nautilus et on les retrouvera pour la plupart dans Vingt Mille Lieues sous les mers et les romans ultérieurs.
Il est difficile de déterminer exactement quel type de sous-marin est le prototype du Nautilus. Il ressemble beaucoup à l', submersible américain lancé en 1862. Cependant, ses équipements internes sont plus proches de ceux du Plongeur avec un réservoir d'air comprimé à l'avant, une vis d'entraînement mécanique, des citernes de ballast purgeables grâce à de l'air comprimé, ainsi que d'énormes compartiments.
vignette|upright=1.6|Une maquette du Plongeur au musée national de la marine de Paris|alt=maquette de sous-marin.
Le Nautilus aurait été nommé ainsi en l'honneur du sous-marin de Fulton, dont une démonstration du fonctionnement est faite devant les Parisiens sur la Seine en Ow. Gakov. Le capitaine du Nautilus. Toutefois, Verne, né en 1828, n'avait aucune raison de nommer son navire de fiction en l'honneur de Robert Fulton, dont il ne mentionne jamais le nomShapiro, L. S. Nautilus, et d'autres. Flotte de sous-marin russe. Il présente par ailleurs un épisode dans lequel les passagers du Nautilus décrivent de nombreux coquillages dont le nautilus (qui dans le roman est appelé « argonaute » par les personnages), les mollusques et leur coquille pouvant figurer le capitaine Nemo et son navire. Ce même épisode révèle ainsi la signification de la devise du Nautilus : Mobilis in mobile (« Mobile dans l'élément mobile »).
Le Nautilus dans les œuvres littéraires de Jules Verne Création Après l'écrasement de la mutinerie des Cipayes en Inde et le retour du régime britannique, le prince Dakkar, ayant perdu sa femme et ses deux enfants, se retire sur une île lointaine de l'océan Pacifique avec une poignée de personnes qui lui sont restées fidèles. C'est là qu'il conçoit les plans de son futur sous-marin. Afin de conserver l'anonymat, il commande alors à diverses entreprises, dans le monde entier, des pièces différentes de son futur submersible, chaque entreprise ayant reçu les plans sous des noms différents et devant envoyer les pièces en question à des destinataires déguisés. Il les assemblera toutes après coup. Par exemple, la quille du Nautilus est forgée au Creusot, son arbre d'hélice chez Pen et Compagnie à Londres, les plaques de tôle de sa coque chez Leard à Liverpool, son hélice chez Scott, de Glasgow, ses réservoirs par Cail et compagnie à Paris, sa machine par Krupp, en Prusse, son éperon dans les ateliers de Motala en Suède, ses instruments de précision chez Harth frères de New York, etc. Après cela, le prince Dakkar, qui s'appelle désormais lui-même le capitaine Nemo, crée sur l'île un quai en bois, où sont assemblées les pièces du navire, lequel est baptisé Nautilus. Après le montage du sous-marin, Nemo détruit toute trace d'occupation humaine sur l'île, et son navire commence un voyage dans la mer profonde.
Construction vignette|upright=0.75|Le capitaine Nemo et le professeur Aronnax regardent les plans du Nautilus|alt=Deux hommes regardant des plans de sous-marin.
Le Nautilus a l'aspect d'un cylindre très allongé à bouts coniques. Il adopte en fait sensiblement la forme d'un cigare. La longueur de ce cylindre, de bout en bout, est exactement de soixante-dix mètres, et son bau, à sa plus grande largeur, est de huit mètres. Il n'est donc pas construit au dixième comme les steamers de grande marche, mais ses lignes sont suffisamment longues et sa coulée assez prolongée, pour que l'eau déplacée s'échappe aisément et n'oppose aucun obstacle à sa marche. Ces deux dimensions permettent d'obtenir, par un simple calcul, la surface et le volume du Nautilus. Sa surface comprend mille onze mètres carrés et quarante-cinq centièmes ; son volume, quinze cents mètres cubes et deux dixièmes . Lorsque Nemo dessinait les plans du Nautilus, il voulait qu'en équilibre dans l'eau, il plongeât des neuf dixièmes et qu'il émergeât d'un dixième seulement. Par conséquent, il ne devait déplacer dans ces conditions que les neuf dixièmes de son volume, soit mille trois cent cinquante-six mètres cubes et quarante-huit centièmes, c'est-à-dire de ne peser que le même nombre de tonneaux. Il a donc dû ne pas dépasser ce poids en le construisant suivant les dimensions susdites.
Le Nautilus se compose de deux coques, l'une intérieure, l'autre extérieure, réunies entre elles par des fers en T qui lui donnent une rigidité extrême. En effet, grâce à cette disposition cellulaire, il résiste comme un bloc, comme s'il était plein. Son bordé ne peut céder ; il adhère par lui-même et non par le serrage des rivets, et l'homogénéité de sa construction, due au parfait assemblage des matériaux, lui permet de défier les mers les plus violentes. Ces deux coques sont fabriquées en tôle d'acier dont la densité par rapport à l'eau est de sept, huit dixièmes. La première n'a pas moins de cinq centimètres d'épaisseur et pèse trois cent quatre-vingt-quatorze tonneaux quatre-vingt-seize centièmes. La seconde enveloppe, la quille, haute de cinquante centimètres et large de vingt-cinq pesant, à elle seule, soixante-deux tonneaux. La machine, le lest, les divers accessoires et aménagements, les cloisons et les étrésillons intérieurs ont un poids de neuf cent soixante et un tonneau soixante-deux centièmes, qui s'ajoutent aux trois cent quatre-vingt-quatorze tonneaux et quarante-huit centièmes. C'est pourquoi, pour permettre au Nautilus d'émerger d'un dixième, le capitaine Nemo a disposé des réservoirs d'une capacité égale à ce dixième, soit d'une contenance de cent cinquante tonneaux et soixante douze centièmes, et, s'ils sont remplis d'eau, le Nautilus déplaçant alors quinze cent sept tonneaux, ou les pesant, sera complètement immergé.
Sur la partie supérieure de la coque, un pont fermé de barrières est accessible. Ce pont se situe entre la timonerie, qui dépasse de la coque, et un projecteur, dépassant lui aussi. Le projecteur éclaire ainsi en direction de l'avant du Nautilus et de la timonerie pour permettre une bonne vision des abysses au timonier. Le Nautilus possède aussi un canot qui lui est accroché par des boulons. En les dévissant, le canot remonte à la surface ; il peut communiquer avec le sous-marin par télégramme. Le Nautilus revient ensuite jusqu'au canot pour que celui-ci se raccroche au sous-marin. Sur les deux flancs du sous-marin, de grandes fenêtres circulaires permettent d'observer les fonds marins.
L'agencement interne vignette|upright=0.75|Le salon du NautilusL'artiste l'a dépeint en suivant une demande personnelle de l'écrivain, bien qu'elle soit en désaccord avec la description donnée dans le roman|alt=Deux hommes dans un grand salon, au fond, un piano, au centre une fontaine.
Le sous-marin est occupé à l'avant par un réservoir de stockage d'air, nécessaire pour les immersions. Le reste du Nautilus est agencé de telle manière qu'il est possible de le considérer en deux parties aux fonctions différentes.
La première partie, occupant l'avant et longue de trente mètres, consiste en un ensemble de pièces destinées au repos, à la lecture et au travail.
La première de ces pièces est une chambre de deux mètres cinquante. Le professeur Aronnax l'occupe dans Vingt Mille Lieues sous les mers.
Elle est suivie par la chambre du capitaine, deux fois plus longue, décrite comme une pièce austère, meublée seulement d'un lit de fer, d'un bureau, de quelques chaises et d'un lavabo. Cette pièce est équipée de nombreux instruments permettant au capitaine Nemo de surveiller à tout moment l'activité du Nautilus.
À la suite de cette chambre, séparée d'elle par des cloisons étanches, se trouve un salon. Il s'agit d'une salle spacieuse et richement décorée de dix mètres de long pour six de large et cinq de haut. Son plafond est orné de motifs dans l'esprit des voûtes mauresques, cachant une puissante ampoule. Le salon constitue un véritable musée d’œuvres d'art et de curiosités naturelles pour son capitaine. Ses murs sont couverts de papier-peint tissé. Environ une trentaine de toiles, dans des cadres identiques séparés les uns des autres par des boucliers et des armures, ornent les murs. Parmi les peintures, on peut trouver les œuvres de Raphaël, Léonard de Vinci, Troyon, Messonier et Daubigny mais aussi des œuvres de peintres plus contemporains tels Ingres ou Delacroix. Sur le mur de l'un des petits côtés, entre les portes, a été installé un grand harmonium. Dans les angles, sur de hauts socles en marbre, sont présentées plusieurs reproductions en bronze de sculptures antiques. À côté des œuvres d'art, on peut trouver des merveilles naturelles, algues, coquillages et autres spécimens de la flore et de la faune océaniques. Au centre du salon est installée une fontaine créée à partir d'un tridacne géant d'un diamètre de deux mètres environ, le jet étant éclairé électriquement par en dessous. Autour de cette fontaine, dans des vitrines encadrées de cuivre, sont exposées et étiquetées des raretés des eaux océaniques. Ce musée concilie ainsi des œuvres terrestres, parmi les seuls liens que le capitaine Nemo conserve encore avec la terre, et des produits marins.
vignette|gauche|upright=0.75|La bibliothèque du Nautilus|alt=Deux hommes discutant assis sur un divan dans une bibliothèque.