La révolution belge désigne la révolte du peuple belge, habitant majoritairement les huit provinces méridionales du royaume uni des Pays-Bas (Anvers, Brabant, Flandre-Occidentale, Flandre-Orientale, Hainaut, Liège, Limbourg, et province de Namur ; le grand-duché de Luxembourg étant alors propriété privée du roi des Pays-Bas, ), contre l'autorité néerlandaise de La Haye.

Elle débute lors des émeutes du à Bruxelles et s'achève le par la déclaration d'indépendance de la Belgique par le gouvernement provisoire de Belgique.

Elle marque le début de la guerre belgo-néerlandaise et mène à la scission du royaume entre celui de Belgique et celui des Pays-Bas, qui sera officiellement entérinée par le traité des XXIV articles signé à Londres le .

Contexte À la fin du Premier Empire, d'aucuns pensent que la perte par la France de sa conquête belge de 1793 pourrait amener une nouvelle possibilité d'indépendance après celle des États belgiques unis (1789-1790). C'est l'opinion du duc de Saxe-Weimar qui lance un manifeste le proclamant que « l'indépendance de la Belgique » n'est pas douteuse. Un commissaire prussien, le baron de Horst, commis à gérer le pays après le départ de l'administration française, dit la même chose. Malgré l'opposition de la bourgeoisie et de la noblesse, les puissances pensent plutôt à un amalgame de la Belgique avec les Pays-Bas..

vignette|redresse=1.5|Caricature anglaise représentant le mariage de la Belgique et des Pays-Bas du Nord (ancienne République des Provinces-Unies) pour ressusciter les anciennes 17 provinces des Pays-Bas.La légende dit : « Troisièmement le mariage. L'Autriche la conduit à l'autel ; Metternich, l'archiprêtre de la Sainte-Alliance la marie ; le sacristain Castlereagh crie « amen » ; le Russe danse à son mariage et John Bull paie les frais. – Fin de l'acte premier. »

Mais, au congrès de Vienne (1815), le Royaume-Uni, soucieux d'assurer sa propre sécurité par un équilibre européen, tout en assurant la neutralisation de la Manche, a convaincu les autres puissances (l'Autriche, la Prusse et la Russie) de réunir les Pays-Bas méridionaux et les anciennes Provinces-Unies dans un même royaume (Royaume Uni des Pays-Bas), qui serait confié à la maison d'Orange-Nassau. Cet État tampon devrait faire obstacle à toute nouvelle tentative hégémonique de la France. L'empereur d'Autriche, qui jugeait ces provinces, sur lesquelles il avait régné avant l'invasion française, trop éloignées et cherchait à les échanger, souscrivit immédiatement à cette proposition et reçut la Vénétie en compensation. Sur le plan des principes, la Belgique est donnée au royaume des Pays-Bas comme compensation de la perte de la colonie du Cap et de comptoirs indiens définitivement accordés, eux, au Royaume-Uni. De même, le nouveau roi, des Pays-Bas, reçut à titre personnel l'ancien duché de Luxembourg (comprenant l'actuelle province de Luxembourg belge et le grand-duché actuel) en compensation de la perte de domaines familiaux en Allemagne cédés à la Prusse. Ces territoires, bien que dévolus à , faisaient formellement partie de la Confédération germanique.

Ce transfert de territoire se fit sans tenir compte de l'avis de la population. Selon Catherine Denys et Isabelle Paresys:

D'après Jacques Logie et Jean Stengers, les Belges considéraient les Habsbourg comme leurs souverains légitimes. Hervé Hasquin affirme que seule l’aristocratie belge et liégeoise se montrait généralement favorable au retour aux anciens Pays-Bas autrichiens ou au rétablissement de la principauté de Liège.

Selon Jacques Logie, les Belges se réjouirent de la fin du régime napoléonien, qui s'était traduit en Belgique par les guerres dont celle dite des paysans, la conscription, de lourds impôts et des troubles religieux. Jean Stengers note qu'une minorité souhaitait néanmoins le rattachement à la France et qu'elle se fit quelque peu entendre, au contraire de la majorité de la population, qui resta résignée et apathique. Hervé Hasquin affirme au contraire que la bourgeoisie était nettement francophile, mais que, compte tenu de la situation politique qui prévoyait le démembrement de la France par la Sainte-Alliance, cette option semblait irréalisable. Il affirme également que la majorité de la population, plongée dans la crise économique et le chômage depuis sa séparation de la France, devait regretter le régime précédent.

Jacques Logie affirme que les Belges n'étaient pas favorables à la réunion avec les provinces du nord, car elles étaient protestantes et lourdement endettées. Hervé Hasquin défend la thèse suivante : comme la réunion à la France était impossible, de nombreux bourgeois se tournèrent vers l’orangisme, qui avait l'avantage de compenser les effets de la grave crise économique qui résultait de la perte du marché intérieur français, par le commerce avec les colonies hollandaises.

L'idée d'une Belgique indépendante était absente selon Logie. Jean Stengers affirme que la majorité des Belges souhaitaient obtenir un régime d'autonomie nationale (similaire à celui qu'ils connaissaient sous la maison d'Autriche), mais il insiste sur le peu d'effort entrepris par la population pour atteindre cet objectif. La population resta en effet résignée et apathique. Pour Hasquin, s’il y eut des partisans de l’indépendance nationale, ils restèrent extrêmement silencieux, très peu nombreux et isolés.

Selon Stengers, dans l'ancienne principauté de Liège, le souhait général était d'être réuni à la Belgique. José Olcina affirme au contraire que le pays liégeois se sentait nettement plus proche du reste de la France que des autres territoires formant aujourd’hui la BelgiqueJosé Olcina, « L’opinion publique de la retraite de Russie à Waterloo », dans .. Il est cependant notoire de voir participer des légions liégeoises aux mouvements indépendantistes belges.

Selon Els Witte, la vision défendue par Maurice Bologne, d'une insurrection prolétarienne, est influencée par une volonté d'une lecture marxiste de la révolution sociale, suivant la ligne du parti ouvrier belge.

La Loi fondamentale vignette| en 1819.

était pénétré par les conceptions politiques allemandes, telles qu'elles s'exprimaient dans la plupart des États de la Confédération germanique et en particulier en Prusse. Sa mère, Wilhelmine, sœur du roi de Prusse Frédéric-Guillaume II, eut jusqu'à sa mort une grande influence sur lui. D'autre part, il fut en grande partie éduqué par un militaire prussien, le baron De Stamford, et eut ses premières expériences politiques en tant que prince de Fulda (1802-1806) et en tant que propriétaire terrien en Prusse-Orientale. Logiquement, entendait se comporter en tant que roi comme un despote éclairé.

La Loi fondamentale qu'il proposa en 1815 aux provinces du Sud fut rejetée par un collège de mille six cent trois notables belges, mais le roi appliqua au résultat du scrutin l'« arithmétique hollandaise » : il supposa que les abstentionnistes soutenaient le projet et exclut du décompte ceux qui avaient voté contre pour des raisons religieuses.. La Loi fondamentale fut donc imposée au Sud.

C'était une des constitutions les plus libérales de l'époque, bien qu'elle paraisse aujourd'hui très conservatrice : Le principe de la séparation des pouvoirs n'était pas reconnu : le roi et ses ministres détenaient le pouvoir législatif comme le pouvoir exécutif ; Les ministres n'étaient pas responsables devant les États généraux et n'étaient que les instruments du souverain ; Le roi avait des pouvoirs très étendus. Il se réservait notamment le droit de décider seul des politiques étrangère et monétaire ; Les États généraux détenaient le pouvoir législatif conjointement avec le souverain et avaient la compétence de voter le budget ; Les membres des États généraux étaient désignés comme suit : la première chambre, sur le modèle de la Chambre des lords britannique, était composée de nobles nommés par le roi ; la seconde chambre était élue par les États provinciaux, eux-mêmes élus par un suffrage censitaire très complexe.

Les griefs des provinces du Sud Les griefs des provinces du Sud portaient sur plusieurs points. Bien que le Sud comptât (62 %) d'habitants et le Nord seulement , les Belges ne représentaient que 50 % des sièges aux États généraux. Notons cependant que le Nord, surtout la riche province de Hollande, payait plus d'impôts. La dette publique des anciens États avait été rassemblée et était maintenant supportée par l'ensemble du royaume. Or elle était au départ de de florins pour les Provinces-Unies et de seulement pour le Sud. L'action de dans le domaine de l'enseignement (construction d'écoles, contrôle des compétences des enseignants et des créations de nouveaux établissements, création de trois universités d'État) le plaça sous le contrôle total de l'État, ce qui mécontenta l'opinion catholique. Cependant, le , le Roi abrogea les dispositions les plus critiquées. La plupart des institutions ont leur siège dans le Nord et les charges publiques sont réparties inéquitablement. Seul un ministre sur sept est belge. Il y a dans l'administration quatre fois plus de Hollandais que de Belges. Certains catholiques refusent la Loi fondamentale, et donc un emploi public. Maurice de Broglie, évêque de Gand d'origine française, menace même d'excommunication ceux qui y prêtent serment. Le favoritisme dont bénéficient les Hollandais est néanmoins indéniable dans l’administration et insupportable pour la plupart des Belges. En voici quelques exemples : sur 27 diplomates, un seul est belge ; sur 75 généraux, 14 Belges ; sur 300 hauts fonctionnaires, seulement 17 Belges ; sur 2377 officiers, 400 Belges (dont 300 envoyés dans les colonies)..

Les forces armées du royaume uni des Pays-Bas furent fondées le lors de la chute du Premier Empire et se distinguèrent, dès leur création, à Waterloo, sous le nom de hollando-belges. Le contingent imposé à la Belgique par le recrutement de miliciens était proportionnellement élevé, alors que la proportion de Belges parmi les officiers était faible, le haut état-major étant surtout composé d'anciens officiers de l'armée française, comme les Chassé, Constant de Rebecque, Dumonceau ou de l'armée britannique comme Henri de Perponcher Sedlintsky etc. Seul un officier sur six serait originaire du SudÀ défaut d'étude statistique sérieuse, ce chiffre est mis sous toute réserve. et encore étaient-ils surtout représentés dans les grades subalternes, notamment dans la cavalerie et l'infanterieSemblant contredire cela, les membres de l'état major du Roi qui étaient le baron Fagel, le prince Fernand de Croÿ, le comte d'Argenteau, le baron de Perponcher, le baron de Roisin et le baron de Heeckeren, était composé à majorité d'officier des Pays-Bas du sud. De même pour les officiers de l'état-major général à la disposition du Département de la Guerre, qui étaient le prince Auguste d'Arenberg (Sud), lieutenant général, le comte de Limburg-Stirum (Sud), général-major, Akensloot van Houten (Nord), général major, le comte van der Burch (Sud), général-major, le duc J.B. de Looz-Corswarem (Sud), colonel.. Dans l'artillerie et le génie, où une formation spécialisée était nécessaire, le nombre de Belges était vraiment réduitParmi les officiers ingénieurs responsables de la fabrication des canons l'on peut citer, à Anvers, G.B.F. Paravicini di Capelli, lieutenant colonel d'origine suisse, et Descoville, la fabrique de Liège était composée du colonel Huguenin, de J. N. Nicolaï, de Bullot et de G.F. Huguenot.. La plupart des soldats belges étaient donc commandés par des officiers qui n'étaient pas originaires des Pays-Bas du Sud. De plus, la langue néerlandaise serait devenue l'unique langue de l'armée du royaume uni des Pays-Bas en 1823, ce qui constitue un grief supplémentaire de la part des francophones. L'application insatisfaisante de la liberté de la presse et de la liberté de réunion étaient considérée par les intellectuels belges comme un moyen de contrôle du Sud par le Nord.