L'abbaye de Remiremont dite Insigne église collégiale et séculière de Saint-Pierre est une ancienne abbaye bénédictine devenue chapitre impérial de chanoinesses-comtesses séculières dites Dames nobles, établi à Remiremont dans les Vosges (–).

Le pays de Remiremont fut une principauté ecclésiastique du Saint-Empire romain germanique, donc l'un de ces micro-États caractéristiques du Saint-Empire avec droit de haute, moyenne et basse justice. Avant de devenir principauté impériale, l'abbaye de femmes et celle des hommes et leurs territoires étaient sous la tutelle de l’évêché de Toul et du métropolite, l’archevêque de Trèves.

La principauté comprenait la ville de Remiremont (Rümersberg en allemand) et les vallées de la Haute Moselle et de la Cleurie dans ce qui deviendra territoire français en , puis en le département des Vosges, ainsi que de nombreuses possessions dans les départements actuels de la Haute-Saône et de l'Alsace, devenus français quelque temps auparavant, respectivement en et .

Quant à ce qu'il en reste aujourd'hui, l'église abbatiale, crypte comprise, fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis le . et il reste d'imposantes architectures de l'ancienne abbaye comme l'église Notre-Dame de Remiremont, l'ancien palais abbatial, devenu l'hôtel de ville, et environ quatorze maisons particulières de chanoinesses.

Origine vignette|left|Crypte de l'ancienne abbatiale de Remiremont.

L'abbaye est fondée vers par saint Amé, initialement moine de l'abbaye territoriale de Saint-Maurice d'Agaune à Saint-Maurice dans le Valais en Suisse. et son compagnon de route saint Romary, seigneur vassal de , roi des Francs, et fils du comte palatin Romulf sur un ancien site romain surplombant la voie travexaine allant de Bâle à Metz : le mont Habend plus tard appelé le Saint-Mont. Saint Romary. et fait don de ses biens du comté d'Habend à la future abbaye. Les deux missionnaires sont rejoints en par le évêque de Metz et fondateur de la dynastie carolingienne, saint Arnoul qui, à la fin de sa vie, érige une cellule monastique sur un mont voisin du mont Habend, le Morthomme ou Hoerenberg.. Les reliques de saint Arnoul sont ramenées à Metz après sa mort au Saint-Mont en et la dépouille de saint Amé est vénérée dans une chapelle qu'on lui construit près du village de Saint-Amé. C'est saint Adelphe qui prend la succession de saint Amé à la tête des deux couvents. Une partie de ses reliques est transférée dans l'église romane qui fera le succès du pèlerinage de l'abbatiale Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Neuwiller-lès-Saverne. L'abbaye du Saint-Mont devient un haut lieu spirituel pour toute l'Austrasie, reliée aux missions des moines irlandais.

Saint Romary établit de fait d'emblée deux communautés monastiques sur sa terre du comté d'Habend : une de moines dans la vallée, et une de moniales dans le palais du mont Habend, l'actuel Saint-Mont, qui domine la ville de Remiremont. Il dédie ce monastère double à saint PierreOn retrouve les clés de saint Pierre sur les armes de la ville de Remiremont. Amé puis Romary en sont les premiers abbés, sous l'austère règle de saint Colomban.

En , les moniales descendent dans la vallée pour bâtir un couvent fortifié au confluent de la Moselle et de la Moselotte. Entre et , les religieuses, menacées par les invasions des Hongrois remontent au Saint-Mont en emportant avec elles les reliques de saint Romary, saint Amé et saint Adelphe.. Une fois le danger passé, elles retrouvent leur refuge dans leur abbaye de Remiremont, qui se développe autour d'une villa des rois francs, et au et s'y installent définitivement, en adoptant la règle de saint Benoît, moins rigoureuse.

Un violent incendie détruit le monastère des hommes en . Au cours du même siècle, l'abbaye des femmes reçoit du pape le privilège de l'exemption, - c'est-à-dire qu'elle relève désormais directement de la juridiction spirituelle du Saint-Siège, tandis que l'empereur du Saint-Empire romain germanique lui accorde celui de l'immédiateté qui la fait dépendre au temporel directement de l'empereur germanique. C'est ainsi que l'abbaye acquit le prestigieux titre d'abbaye impériale et royale du Saint-Empire romain germanique.

Les religieuses de Remiremont abandonnent l'observance de la règle de saint Benoît vers la fin du , et obtiennent du pape leur sécularisation sous la règle canoniale, devenant ainsi chanoinesses d'un chapitre de Dames nobles.

Pendant la guerre de Trente Ans, l'abbesse Catherine de Lorraine, tante du duc , défend hardiment ses terres et en fait un havre de paix au milieu des conflits.

Le , les secousses d'un tremblement de terre font s'écrouler les voûtes du transept de l'abbatiale. Le roi , dont les armées occupent alors le duché de Lorraine, fait un don de pour la reconstruction de l'abbatialeLe tremblement de terre de 1682 et les dégâts sur l'église Saint Pierre.

Preuves de noblesse et prébendes des chanoinesses

Que ce soit pour la princesse-abbesse ou pour les chanoinesses-comtesses, il faut prouver quatre lignes de noblesse de chaque côté pour pouvoir entrer au chapitre de Remiremont. Comblé de biens par les ducs de Lorraine, les empereurs germaniques et les rois de France, le chapitre des Dames de Remiremont acquiert une grande puissance.

Les 50 chanoinesses doivent prouver 64 quartiers de noblesse : 16 quartiers de noblesse de chacun de leur grands-parents (ascendance noble à quatre lignes de noblesse maternelles et quatre lignes de noblesse paternelles comme dit plus haut). Pour la noblesse franc-comtoise, bourguignonne et lorraine, c'est ainsi un honneur d'avoir une fille reçue chanoinesse-comtesse de Remiremont.

L'acte de prébendementConférer une prébende selon Centre national de ressources textuelles et lexicales, nancy, 2012. de Claude Angélique de Fleurigny le détaille l’examen scrupuleux qui est fait pour vérifier les lignages des postulantes et sert d'exemple pour les autres chanoinesses. La réception des preuves de la Demoiselle Claude Angélique de Fleurigny a eu lieu six mois plus tôt, le à Remiremont.. Les lignes que Claude Angélique de Fleurigny indique.L’orthographe et la forme sont celles du révérend père Menestrier en 1683 sont les suivantes :

L'ordonnance capitulaire qui légalise les titres de noblesse produits par la candidate évoque des lignages qui n’ont pas encore été jurés au chapitre et dont les noms ne sont objectivement pas les plus connus en terre lorraine. Les Fleurigny ne sont pas locaux. Leur lignage est implanté dans le Nivernais et la Champagne. En lisant l'acte capitulaire accordant les prébendes à Mademoiselle de Fleurigny, les vérifications des origines nobles sont apparentes:

Si l'ordonnance capitulaire n’évoque que six lignes d’ascendance à confirmer et valider, c’est parce que les maisons Fleurigny et Lenoncourt sont déjà jurées dans l’église de Saint-Pierre. La sœur de la candidate est déjà dans l’institution et les Lenoncourt sont de toute façon très réputés dans le secteur puisqu’ils font partie des Chevaux de Lorraine et des Assises de Lorraine en tant que maison noble lorraine de très vieille extraction. Le père Menestrier écrit que .

Par cet acte capitulaire, on apprend également que la postulante n'entre pas dans le chapitre directement comme dame chanoinesse mais comme « nièce ». Elle est logée chez sa « tante », ici Madame Charlotte de Cleron de Saffres, qui est la dame de prébende et qui est chargée d'initier la « nièce » à tous ses devoirs.. Quand le jour de l'apprébendement arrive, donc que la « nièce » accède au rang de dame chanoinesse avec droit de vote et revenus, les dames se rendent à la nouvelle maison de la nouvelle « dame ». La « tante » et la « nièce » se présentent à l'abbesse dans l'église abbatiale et la « tante » demande : .. Si l'abbesse est d'accord, elle accroche un petit cordon noir, le « mari », sur sa tête et lui pose le manteau d'église sur les épaules. L'abbesse prend la nouvelle dame chanoinesse par la main et la conduit dans les rangées inférieure et supérieure des sièges du chœur pendant que les autres chantent le et le .

L'arbre généalogique de Claude Angélique de FleurignyClaude Angélique Le Clerc de Fleurigny, née le à Fleurigny et décédée le , est issue de la branche aînée des Le Clerc de Fleurigny originaires du Nivernais au . La chanoinesse a six frères : Louis-Henri, Hugues François, Jacques, René Le Clerc, Edmée, dont l’aîné est présent à la cérémonie de prébendement, Charles Jean Baptiste Le Clerc de Fleurigny. Il est décédé en , chevalier, marquis de Fleurigny (titre accordé par le roi le et acte enregistré par Phélypeaux), seigneur de Sergines, commande la noblesse à l’arrière-ban en tant que baron de la Province de Sens (élu par ses pairs et agréé par le roi), commande un escadron levé par les bailliages de Sens, Meaux et Provins suivant l’ordonnance de M. de Luxembourg du . Il épouse Claude Catherine de Véclu-Passy (fille unique d’Antoine, seigneur de Passy, et de Claude de Culant). Le blason des Le Clerc de Fleurigny est de sable, à trois roses d’argent, au pal de gueules, brochant sur la rose en pointe. montre comment on remonte sur quatre générations où tous les membres sont d'extraction noble. Dans son cas, elle a eu de la chance car la quatrième génération ne permet pas de remonter facilement aux ascendants précédents. Seuls les Lenoncourt remonte à la très ancienne chevalerie du Moyen Âge.

Les princesses-abbesses De dame-chanoinesse à princesse-abbesse Les abbesses étaient élues par la communauté parmi les Dames chanoinesses, et recevaient la consécration des seules mains du pape.

Au temporel, le service () dû au roi par la princesse-abbesse de Remiremont en tant que détentrice d’un fief servant, c’est-à-dire les obligations et surtout les devoirs personnels auxquels un vassal est tenu envers son seigneur, détenteur du fief dominant. a été défini par la cour itinérante de Mantoue présidée par l’empereur du Saint-Empire le pour tous les cas où l’empereur ou le roi séjournerait à Metz ou à Toul Il existe une copie de la charte au cartulaire de Remiremont (1385) Ms. lat. 12866 f. 78', Bibliothèque Nationale Paris ; une copie notariée du 12 juin 1566, Archives Départementales de Meurthe-et-Moselle Nancy (D).. Le même document fait la répartition des revenus issus de l’économie de l’abbaye...

En , l’évêque Burchard de Strasbourg intervient aux côtés de la reine et d’autres prélats et princes laïcs pour confirmer les biens des sœurs (alors bénédictines) de Remiremont dans le diplôme du roi des Romains ..

Après les temps hagiographiques pendant lesquels la sainteté de la conduite primait, les abbesses furent toutes issues de la plus haute noblesse de la région et au-delà, et leur parenté fréquentait les cours si elle n'était pas sur les trônes. Ainsi, grâce à l'intervention de son frère, par le diplôme du , à Erfurt, l’empereur Rodolphe reconnaît l’abbesse Félicitée, dite Laure de Remiremont, comme princesse d’Empire, et de grâce particulière lui fait transmettre par son parent consanguin, le chanoine de Verdun, Ancelin de Perroye, les droits régaliens , et ordonne aux vassaux et aux manants du monastère d’obéir et de rendre à la susdite abbesse tous les honneurs comme à une princesse de l'Empire et à leur seigneur, et à lui obéir en tout, comme il est justeL’original est à la Bibliothèque Impériale. Fonds Latin : . Cartulaire de Remiremont de 4385, folio XIV, verso. — Archives des Vosges. Fonds do Remiremont. Cartnl. Villemin. Tome 1, page 154.

L'année suivante, un diplôme du même empereur à Francfort confirme le diplôme précédent en ces termes :

Une principauté impériale absente aux Diètes d'Empire