Juan Manuel Fangio, né le à Balcarce et mort le à Buenos Aires, est un pilote automobile argentin.

Cinq fois champion du monde de Formule 1 (en 1951, 1954, 1955, 1956 et 1957), il domina la discipline reine du sport automobile dans les années 1950, étant jusqu'à ce jour le seul pilote à être sacré champion du monde dans différentes. Grâce à ses exploits et à son pourcentage unique de victoires par Grand Prix disputé ( sur , pour un record absolu de 47,06 %), nombreux sont ceux qui le considèrent comme le plus grand pilote de l'Histoire.

Son record de cinq titres mondiaux a tenu jusqu'au début des années 2000, où il fut dépassé par Michael Schumacher puis par Lewis Hamilton (7 titres chacun). Une expression courante a existé au pour les automobilistes qui roulaient trop vite ou tentaient de conduire de manière sportive : ..

Biographie Enfance thumb|left|upright|alt=Photo de portrait en pied de Juan Manuel Fangio, en 1920, à .|Fangio en 1920. Juan Manuel Fangio naît dans une modeste famille d'immigrés italiens originaires des Abruzzes, son père était ouvrier maçon décorateur. Il est le cinquième enfant d’une fratrie de six. Pas très doué pour l'école, il se passionne pour le football mais aussi pour la mécanique puisqu'il fréquente un atelier de réparation mécanique automobile durant ses loisirs.

En 1922, à , il devient, parallèlement à l'école, apprenti mécanicien dans un atelier de Balcarce qui prépare notamment des voitures de courses. Quelques années plus tard, il abandonne l'école et est engagé par le concessionnaire Ford puis par le concessionnaire Studebaker de sa ville natale. Mécanicien compétent, on lui confie également parfois le soin d'essayer les nouvelles voitures, ce qui lui permet à seulement de s'initier aux joies de la conduite.

En 1929, à , il effectue même des débuts en compétition, en qualité de copilote, aux côtés d'un riche client du garage pour lequel il travaille.

1936-1938 : premières courses En 1933, après son service militaire d'un an dans le sixième régiment d'artillerie de Campo de Mayo où il est chauffeur personnel d'officier supérieur, il ouvre son garage avec l'aide de son père et de ses frères.

En 1936, alors qu'il est âgé de , il dispute sa première course, au volant de la Ford A d'un ami préparée dans l'atelier familial. Dans les mois suivants, il renouvelle l'expérience à plusieurs reprises, avec la Ford A puis avec une Buick V8 et enfin avec une Ford V8 de qu'il engage en 1938 dans le . Troisième de sa manche qualificative, puis septième de la finale, Fangio prend peu à peu conscience de ses qualités de pilote.

1939-1942 : le temps des thumb|alt=Photo de Juan Manuel Fangio accoudé, debout, à côté d'une vieille voiture.|Fangio et son coupé Chevrolet à l'époque des Turismo Carretera (années 1940).

À partir de 1939, Fangio abandonne les épreuves sur circuit pour se lancer dans les courses routières (appelées en Argentine Tourisme de Route ou ), alors extrêmement populaires en Argentine. Il s'agit d'épreuves de plusieurs centaines de kilomètres disputées sur des routes sinueuses et caillouteuses, aussi éprouvantes pour les machines que pour les organismes.

Grâce à une souscription lancée à Balcarce, Fangio s'offre une Chevrolet 6-cylindres qui lui permet rapidement de concurrencer les frères Galvez, alors les deux grands pilotes argentins de la spécialité. En 1940, il remporte sa première grande épreuve, le , une longue course harassante de deux semaines et de entre Lima au Pérou et Buenos Aires en Argentine via la traversée de la cordillère des Andes par des cols qui culminent à plus de . En fin d'année, il obtient son premier titre de champion d'Argentine de , titre qu'il conserve en 1941.

En 1942, la guerre qui fait rage en Europe et qui s'étend au reste du monde commence à éprouver l'économie argentine. Pour cause de rationnement, les courses automobiles sont mises en sommeil et Fangio se consacre exclusivement à la bonne marche de son garage.

1947-1948 : les thumb|upright|alt=Couverture de magasine représentant Juan Manuel Fangio en tenue de mécanicien.|Fangio en 1947.

En 1946, au sortir de la guerre, les courses automobiles reprennent en Argentine. Cette reprise est facilitée par l'arrivée au pouvoir du Général Juan Perón, grand amateur de sport automobile, qui souhaite en faire un outil de prestige pour l'Argentine. Il lance ainsi l'idée d'organiser en Argentine une saison de courses sur circuit (une ) lors de l'été austral (l'hiver en Europe) au cours de laquelle les meilleurs pilotes mondiaux, alors essentiellement les Italiens et les Français, viendraient se frotter aux gloires locales.

Fangio participe à la première lors de l'été austral 1947 mais, faute d'un matériel compétitif (une Ford T à moteur Chevrolet), n'est guère en mesure de se mettre en valeur. Dans les mois qui suivent, de nombreux succès au volant d'une Volpi-Chevrolet préparée par ses soins lui permettent de convaincre l'Automobile Club d'Argentine de lui confier une voiture compétitive pour la 1948. Il remporte ainsi le championnat argentin à quatre reprises entre 1947 et 1950.

En parvenant à rivaliser avec les meilleurs, Fangio ne tarde pas à justifier les espoirs placés en lui tout en gagnant la sympathie et le respect de pilotes de renom tels que Achille Varzi, Luigi Villoresi et Jean-Pierre Wimille.

1948-1949 : premiers pas en Europe Après avoir su attirer certains des meilleurs pilotes mondiaux en Argentine, l'Automobile Club d'Argentine, toujours fortement encouragé par Perón, enclenche la deuxième phase de son programme de développement du sport automobile argentin, en envoyant certains de ses plus talentueux pilotes, dont Fangio, en Europe, pour qu'ils se familiarisent avec l'environnement des courses du vieux continent.

À l'occasion de ce voyage, Fangio effectue, de manière totalement improvisée, ses débuts en lors du Grand Prix de l'ACF disputé le , sur le circuit de Reims. Il est appelé par Amédée Gordini pour remplacer au pied levé le pilote français Maurice Trintignant, victime d'un grave accident quelques jours plus tôt lors d'une course en lever du rideau du Grand Prix de Suisse à Bremgarten. Malgré une résistance héroïque, Fangio est impuissant face aux redoutables Alfetta et abandonne à la suite de la casse du moteur de sa Gordini.

En 1949, l'Automobile Club d'Argentine passe à la vitesse supérieure en constituant une véritable équipe d'Argentine, à laquelle est incorporé Fangio, pour courir en Europe ; Benedicto Campos faisant alors partie du lot. Au volant de la Maserati 4CLT de l'ACA, Fangio remporte la dernière course de la 1949, avant de repartir pour l'Europe y disputer sa première véritable saison internationale.

Rapidement, l'épopée européenne de l'équipe d'Argentine vire au triomphe puisque Fangio enchaîne les succès, avec une insolente supériorité, dans des épreuves il est vrai d'importances inégales : Grand Prix de San Remo, Grand Prix de Pau, Grand Prix du Roussillon, Grand Prix de Marseille (sur une Gordini), Grand Prix de l'Autodrome à Monza (sur une Ferrari louée in extremis à la Scuderia) puis Grand Prix d'Albi.

En fin d'année, Fangio retourne en Argentine en héros national mais, surtout, a la satisfaction d'avoir obtenu un volant de pilote officiel au sein de l'écurie Alfa Romeo pour la saison 1950, le premier championnat du monde de Formule 1.

1950-1951 : premier titre avec Alfa Romeo thumb|alt=Photo d'un pilote au volant d'une Alfa Romeo 158/159, monoplace utilisée jusqu'en 1951.|L'Alfetta des saisons 1950 et 1951. Meurtrie par les accidents mortels d'Achille Varzi et de Jean-Pierre Wimille, l'équipe Alfa Corse a fait l'impasse sur la saison 1949 mais cela ne l'empêche pas de se présenter en favorite du championnat du monde 1950, tant la supériorité technique de la surpuissante Alfetta 158 est grande et tant l'équipe de pilotes constituée par Fangio, Giuseppe Farina et Luigi Fagioli (les « 3 FA ») impressionne.

Rapidement, le championnat se réduit, comme prévu, à un duel entre Farina et Fangio. Victime d'une casse mécanique lors de la manche inaugurale à Silverstone, Fangio remporte son premier Grand Prix du championnat du monde, au volant de son Alfa Romeo 158, réalisant par la même occasion un hat trick (pole position, meilleur tour en course et victoire), lors du Grand Prix de Monaco, le . Il s'impose également en Belgique et au Grand Prix de l'ACF mais plusieurs abandons lui coûtent le titre ; il termine vice-champion à trois points de Farina.

En 1951, Fangio, toujours chez Alfa Romeo qui engage la Tipo 159, semble parti pour prendre sa revanche comme l'atteste sa victoire au premier Grand Prix de la saison en Suisse, au terme d'une démonstration de pilotage sous la pluie. Mais après une deuxième victoire acquise en France sur le circuit de Reims (partagée avec son coéquipier Fagioli qui lui avait cédé sa voiture), Fangio subit la domination de la Scuderia Ferrari, emmenée par son compatriote José Froilán González mais surtout par Alberto Ascari. Un abandon en Italie combiné à une victoire d'Ascari semble le condamner à un nouvel échec au championnat. Le 28 octobre, pour la dernière manche de la saison, sur le circuit de Pedralbes, tracé non permanent dans la ville de Barcelone, Ferrari se fourvoie dans ses choix de pneumatiques et offre la victoire et le titre mondial à Fangio. Après sa victoire, lors du Grand Prix d'Espagne, Juan Manuel Fangio remporte le Championnat du monde de Formule 1 — le premier de ses cinq titres de champion du monde — au volant de son Alfa Romeo.

1952-1953 : deux saisons à oublier thumb|upright|alt=Photo en noir et blanc de trois quarts profil droit de Juan Manuel Fangio, portant un casque|Juan Manuel Fangio remporte son premier titre en 1951.

Les retraits combinés d'Alfa Romeo et de Talbot-Lago, la dissolution de l'association Simca-Gordini et l'échec du projet British Racing Motors laissant Ferrari seule écurie en lice à l'orée de la saison 1952, la FIA décide d'organiser les championnats du monde 1952 et 1953 sous l'égide de la Formule 2, la nouvelle réglementation Formule 1 () devant entrer en vigueur en 1954.

Fangio trouve refuge chez Maserati ; sa première course avec la nouvelle A6GCM est prévue le à Monza, au Grand Prix de l'Autodrome, une épreuve hors-championnat. La veille, Fangio était engagé au volant d'une Formule 1 BRM V16 dans une épreuve de Formule Libre en Ulster et il prévoyait de rallier Monza en avion mais en raison de problèmes météorologiques, l'avion ne put aller plus loin que Paris et le pilote argentin dut effectuer le trajet Paris-Monza en voiture. Ce n'est que d'extrême justesse après une nuit blanche passée sur la route, qu'il se présente au départ de la course, sans avoir participé aux essais. Dès le deuxième tour, dans le virage de Lesmo, il commet une erreur de pilotage et sa Maserati part dans une effroyable cabriole. Relevé avec de graves blessures aux vertèbres cervicales, Fangio échappe à la paralysie mais doit observer une longue convalescence et passe plusieurs mois plâtré.

Il retrouve la compétition en 1953. Une impressionnante série de deuxièmes places lui permet de faire, un temps, illusion au championnat mais il est systématiquement dominé par les Ferrari, notamment celle d'Alberto Ascari qui remporte le titre. Fangio doit attendre l'ultime manche de la saison, à Monza, pour renouer avec la victoire, au terme d'un dernier tour à suspense, évitant de justesse le leader Alberto Ascari en perdition à la sortie du dernier virage avant l'arrivée.

1954-1955 : la domination Mercedes thumb|alt=Photo de Juan Manuel Fangio pilotant en 1986 la Mercedes-Benz W196 des saisons 1954 et 1955.|Juan Manuel Fangio en 1986 au volant de la Mercedes-Benz W196 double championne du monde en 1954 et 1955.