vignette|La barbe de Moïse, sculptée par Michel Ange. vignette|Deux barbus lors d'un championnat de barbes entières entretenues, avec Jack Passion à droite, gagnant de plusieurs compétitions mondiales. La barbe (du latin barba, issu d'un mot indo-européen reconstitué *bharda) est l’ensemble des poils recouvrant le menton, les joues, la mâchoire ainsi que l'extérieur des lèvres (supérieure et inférieure) chez le mâle post-pubère de l'espèce humaine.
Généralement, la barbe apparaît progressivement à partir de la puberté, comme la plupart des autres poils du corps humain. Toutefois, s'agissant d'un caractère sexuel secondaire, elle varie en fonction de la génétique ainsi que du taux de testostérone que produit naturellement le corps. Il existe de très grandes variations dans l'acquisition finale de ce caractère. La pilosité est variable selon les divers groupes humains : les populations asiatiques en ont par exemple très peu, et l'aspect des conquistadors espagnols barbus surpritSur les traces des conquistadors en terres incas — lexpress.fr autant que leurs chevaux à leur arrivée. Tout comme l'est la vitesse de pousse, la vitesse d'apparition des poils, en particulier ceux des joues, est également très variable d'un individu à l'autre. Certaines personnes mettent plusieurs années avant d'obtenir une barbe dure, d'autres n'y parvenant jamais. Dans quelques rares cas, il arrive que des bébés naissent avec une fine barbe qui s'estompe au fil des premiers mois. Les femmes atteintes d'hypertrichose peuvent aussi être pourvues d'une barbe.
De tout temps, les hommes barbus se sont vu attribuer des vertus diverses comme la sagesse, la virilité ou un statut social élevé. Cependant, la barbe peut être aussi perçue comme un manque de propreté et est synonyme de contact piquant lorsqu'elle est taillée, mais peut être appréciée lorsqu'elle est longue et douce.
Peu d'études semblent exister sur le sujet de l'histoire de la barbe (pogonologieDulaure J.A (1786) Pogonologie, ou histoire philosophique de la barbe, par MJ-A. D***[Dulaure]. Le Jay.) ou de la manière de l'entretenir (pogonotomiePerret, J. J. (1769). La pogonotomie, ou L'art d'apprendre à se raser soimême, avec la maniere de connoître toutes sortes de pierres propres à affiler tous les outils ou instruments... suivi d'une observation importante sur la saignée. Dufour.).
Fonction
La barbe est considérée comme un caractère sexuel secondaire et l'un des éléments du dimorphisme sexuel propre à l'espèce humaine, c'est-à-dire l'un des traits qui différencient le sexe mâle vis-à-vis du sexe femelle chez une espèce sans jouer de rôle direct dans la reproduction (contrairement aux caractères sexuels primaires, qui sont nécessaires à la reproduction). Elle n'a donc pas de fonction biologique évidente en dehors du rôle qu'elle a pu jouer dans la sélection sexuelle en tant que parure à certains moments de l'histoire de l'évolution humaine. On peut la comparer aux crinières ou pilosités différentiées entre mâles et femelles chez d'autres mammifères, ou aux plumages complexes et colorés de certains oiseaux.
Éventuellement, comme pour les cheveux, si elles sont denses et assez épaisses, la barbe et la moustache peuvent jouer un certain rôle protecteur de la peau (contre le froid et les coups de soleil ou pathologies induits par les ultraviolets solaires). Ce rôle reste cependant modeste, notamment contre le froid (par rapport aux vêtements)Parisi A.V., Turnbull D.J., Downs N., Smith D () Dosimetric investigation of the solar erythemal UV radiation protection provided by beards and moustaches Radiat Prot Dosimetry 2012 ; 150 : 278-282.
Caractéristiques du poil de barbe D'importantes différences génétiques (ethniques et individuelles) existent, et les poils de barbe n'apparaissent simplement jamais chez certaines populations naturellement imberbes. vignette|Poils de barbe (x 20). Quand ils existent, les poils diffèrent physiologiquement des autres poils du corps et des cheveux : ils présentent chacun plus de couches de cuticule, ils sont chez l'adulte plus épais, plus variable et plus omnidirectionnels que les cheveux et autres poils poussant sur la peau. Chez l'adulte sectionner un poil de barbe exige en moyenne trois fois plus de force que pour un cheveu ou un poil de jambe.
La densité de poils de la barbe est plus ou moins élevée selon l'âge et selon les individus (de à ).
Croissance Le poil de barbe grandit de par jour en moyenne pour atteindre une longueur moyenne de si non coupés ou non arraché. Mais cela varie beaucoup selon les individus. Cette vitesse de croissance augmente de l'adolescence à l'âge de 35–40 ans, puis se stabilise et décroit à partir de 70 ansHamilton J.B. Age, sex and genetic factors in the regultation of hair growth in man: a comparison of Caucasian and Japanese population | The biology of hair growth New York: Academic Press (1958). 399-433, en lien avec le taux plasmatique de 5 alpha-dihydrotestostérone (DHT) alors que la densité de poils par cm2 de peau semble, elle, corrélée aux taux de testostérone de la peauFarthing M.J., Mattei A.M., Edwards C.R., Dawson A.M (1982) Relationship between plasma testosterone and dihydrotestosterone concentrations and male facial hair growth Br J Dermatol ; 107 : 559-564 (hormone qui pilote aussi la pilosité des aisselles et du pubis chez l'homme comme chez la femme)Randall V.A (2008). Androgens and hair growth | Dermatol Ther 2008 ; 21 : 314-328. La barbe pousse plus vite en été quand le corps produit plus d'hormones androgéniquesRandall V.A., Ebling F.J (1991) Seasonal changes in human hair growth | Br J Dermatol ; 124 : 146-151.
La section du poil varie aussi selon les individus (ronde, ovalisée ou ovale-aplatie), ce qui modifie l'apparence de la barbe qui est par ailleurs plus ou moins bouclée ou crépue. La barbe est statistiquement moins dense dans les populations asiatiques par rapport aux Européens à peau claire ou à certaines populations moyen-orientales.
La croissance de la barbe est plus faible en janvier et février puis augmente graduellement jusqu'en juillet et août pour atteindre un taux de croissance de ..
Couleur Bien qu'elles correspondent souvent, la couleur naturelle de la barbe d'un homme est parfois très différente de celle de ses cheveux, tout comme les poils corporels. Cette pilosité polychrome se rencontre essentiellement chez les populations d'origine européenne. Ainsi les barbes rousses naturelles, claires à foncées, sont beaucoup plus fréquentes que les cheveux roux, et elles peuvent être associées à n'importe quelle couleur de cheveux, du blond clair au brun foncé. Au Moyen-Orient, les barbes rousses naturelles sont moins fréquentes mais elles y sont souvent imitées par des teintures au henné.
Rasage ou entretien de la barbe vignette|Boutique d'un métier d'autrefois : barbier. Le rasage de la barbe est parfois encouragé, notamment pour des raisons sanitaires. Selon cette approche sanitaire, la barbe présente un risque de présence de virus ainsi qu'une gêne à l'efficacité du masque respiratoire..
Contrairement à une idée reçue, le rasage du poil ne le rend ni plus dur, ni plus foncé. Cette impression viendrait du fait que, le plus souvent, lorsque la barbe est rasée à l'aide d'une lame, le poil est coupé en biseau, ce qui le rend plus piquant. Cette impression vient aussi du fait que la plupart du temps, les jeunes hommes commencent à se raser à l'adolescence, période à laquelle le duvet se transforme en barbe. Ce n'est donc pas le fait de se raser qui rend le poil plus dur et le transforme en barbe mais l'évolution hormonale qui caractérise la puberté.
Le rasage de la barbe est moins douloureux que son épilation par arrachage des poils, mais c'est néanmoins un traumatisme pour la peau ; la lame du rasoir est source d'irritation, de rougeur, picotements, sécheresse ou tiraillements, parfois exacerbés par des allergies aux produits chimiques ou naturels présents dans les mousses, crèmes et autres produits de rasage/après rasage. De plus, les poils incarnés et/ou coupures accidentelles sont favorisés par le rasage. Le rasage est néanmoins plus fréquent dans les années 2010 qu'au . Il a depuis longtemps une importance économique significative, avec autrefois le métier de barbier, et de nos jours, au sein de « l'industrie du poil », les achats massifs de rasoirs (manuels ou électriques), blaireaux et de produit de rasage qu'il nécessite avant, pendant et après l'opération de coupe du poilBeylot G (2013) Les produits de rasage. Actualités Pharmaceutiques, 52(529), 59-60 (résumé). Selon une évaluation récente (publication 2012), pour l'industrie des cosmétiques, le marché masculin des produits avant-rasage, après-rasage, parfums, crèmes de soins, épilation, etc., fortement poussé par la publicité, représentait près de 30 milliards de $ en 2010 (environ 29 milliards)Elsner P. Overview and trends in male grooming Br J Dermatol 2012 ; 166 : 2-5.
Il existe aussi des pathologies (et donc des soins ou cosmétiques associés) de la barbe (hypertrichose, hirsutisme, dermatoses, alopécies, poils incarnés, colorations du poil dues au tabac, etc.)Kluger, N., Jegou, M. H., & Assouly, P. (2014). Dermatoses et alopécie de la barbe et de la moustache. In Annales de Dermatologie et de Vénéréologie (Vol. 141, No. 10, Janvier, voir pp. 624-632).
Usage esthétique et culturel De tous temps, et comme les cheveux, la barbe s'est prêtée à de multiples mises en valeur, pouvant être purement esthétiques ou suivant des traditions culturelles et religieuses. Elle suit en partie des effets de mode qui varient fortement d'une époque à l'autre et d'une culture à l'autre. Elle peut être laissée complète au naturel, bien entretenue pour des raisons d’hygiène ou non (à l'exemple des ermites dans plusieurs religions). Elle se prête aussi facilement à de multiples coupes, plus ou moins courtes ou longues, moyennant des rasages totaux ou partiels. Fréquemment, seule une partie de la barbe est conservée, comme la moustache ou la barbiche. Une méthode répandue de nos jours en Occident est la barbe de trois jours (ce terme est générique, les rasages ayant souvent une fréquence plus espacée), qui permet d'avoir un visage découvert proche de celui obtenu par des rasages de près quotidiens sans trop en subir les désagréments, en diminuant leur fréquence, et peut éventuellement constituer une mise en avant de la barbe en la laissant visible. Cette « barbe de trois jours » donnait auparavant en Occident une impression de laisser-aller, alors que de nos jours elle est devenue une marque de décontraction, puis elle est aussi fréquemment devenue « faussement négligée » (entretenue mais avec un aspect naturel).
Records vignette|Le Norvégo-Américain Hans Langseth, titulaire du record du monde de la plus longue barbe ( en 1927) qui était rousse, photographié en 1912. Actuellement, le record de longueur de barbe est toujours détenu par Hans Langseth (1846-1927). En 1927, sa barbe mesurait . Ce Norvégien a légué sa barbe à la Smithsonian Institution de Washington.
Le record en France est détenu par le père Coulon (Vandenesse 1826 - Montluçon 1916), ou Louis Coulon de son vrai nom, qui était un ouvrier aux Usines Saint-Jacques à Montluçon. En 1889, selon la revue La Nature, il arborait déjà une barbe de Une barbe extraordinaire, La Nature, 1889.. Le , il figura sur la page de couverture du Journal Illustré : il portait alors une barbe de qu'il allait laver dans les eaux du Cher.
Histoire de la barbe