Sargon II (assyrien Šarru-kīn ou Šarru-kēn) fut roi d'Assyrie de 722 jusqu'en (on trouve aussi 721-705), année de sa mort. Il est généralement considéré comme le frère et successeur de , qu'il a probablement renversé pour prendre le pouvoir. Il est souvent présenté comme le fondateur de la dynastie des Sargonides.
Son règne est documenté par de nombreuses inscriptions royales, des centaines de tablettes de sa correspondance avec les représentants du pouvoir assyrien dans les provinces, ainsi que les monuments et objets d'art mis au jour dans la capitale qu'il a fondé, Dur-Sharrukin (l'actuel site de Khorsabad). Il poursuit l’œuvre de son père en consolidant et étendant l'emprise assyrienne sur le Moyen-Orient, ses victoires militaires s'accompagnant à plusieurs reprises de l'annexion des pays vaincus, convertis en provinces assyriennes. Il remporte des succès majeurs contre l'Élam, l'Urartu et en Babylonie, confirmant ainsi la supériorité des armées assyriennes sur ses principaux rivaux. Il semble avoir cherché à concentrer le pouvoir autour de sa personne et d'une élite restreinte qui a sa confiance. La création d'une nouvelle capitale semble participer de cet ensemble de changements qui renforcent le caractère « impérial » de l'Assyrie.
Il trouve la mort en 705 lors d'une campagne contre le royaume de Tabal, en Anatolie. Son fils Sennachérib lui succède.
Sources thumb|Prisme à neuf côtés comportant une inscription commémorative de la construction de Dur-Sharrukin par Sargon II. Musée de l'Oriental Institute de Chicago.
Le règne de Sargon II est documenté par les inscriptions officielles de ce roi qui ont été mises au jour sur des sites assyriens (Khorsabad, Nimroud, Ninive) et d'autres sites provinciaux, qui documentent avant tout ses victoires militaires et ses constructions. Il n'y a pas de source unique permettant de reconstituer l'histoire événementielle de son règne, mais la diversité des textes, dont certains couvrent les mêmes événements, permet d'avoir une couverture satisfaisante de son règne.
La documentation de son règne se singularise surtout par les centaines de tablettes et fragments de correspondance royale de l'époque, réparties entre environ 200 tablettes provenant du Palais nord-ouest de Nimroud et datées des règnes de et de Sargon IIMikko Luukko, 'The archive from Kalhu: the "Nimrud Letters"', Assyrian empire builders, University College London, 2012 ., et surtout du règne de Sargon II mises au jour à NiniveMikko Luukko & Karen Radner, 'Sargon's Nineveh letters', Assyrian empire builders, University College London, 2012 ..
Le règne de Sargon est également documenté par les fouilles de monuments érigés ou restaurés sous son règne, principalement ceux de la capitale qu'il a fait construire, Dur-Sharrukin, l'actuel site de Khorsabad.. Les images et objets d'art de son règne proviennent également pour la plupart de ce site, en particulier les bas-reliefs du palais royal qui sont une documentation majeure sur l'idéologie royale assyrienne..
Origines et accession au pouvoir
Nom
En assyrien, le nom du roi est Šarru-kēn(u) ou Šarru-kīn(u). Ce nom a déjà été porté auparavant par un souverain assyrien d'importance secondaire qui a régné vers 1900 av. J.-C. (), et surtout par Sargon d'Akkad qui a régné autour de 2300 av. J.-C., l'une des principales figures de l'histoire mésopotamienne. Il est souvent proposé que le nom de Sargon II d'Assyrie fasse référence à cet illustre personnage, mais cela n'est pas assuré.
La traduction de ce nom fait débat. Le premier terme signifie « roi », le second peut avoir une pluralité de sens, parmi lesquels est traditionnellement retenu « légitime ». Le tout se traduirait par « roi légitime » ou « le roi est légitime », ce qui serait une manière de conforter le droit au trône d'un personnage qui a usurpé le pouvoir. Ce serait donc un nom de trône, pris par ce personnage après qu'il soit devenu roi. Mais il est possible que ce soit un nom de naissance, le « roi » évoqué étant alors celui qui règne quand il est né. Parmi les autres possibilités de traduction envisagées se trouvent « roi juste », « roi véridique », « le roi a établi le droit » ou encore « Il (le dieu) a légitimé/raffermi le roi ».
Le nom moderne du roi dérive de la Bible hébraïque, qui rend son nom par sargōn dans Isaïe 20:1.
Famille
Sargon a souvent été présenté comme un roi illégitime, qui n'aurait pas été fils de Tiglath-Phalasar III, ou alors qu'un fils de rang secondaire sans droit au trône. Il n'est de toute manière pas dans l'habitude des rois néo-assyriens de mentionner leur père, et seules quelques inscriptions provenant d'Assur présentent Sargon comme le fils de Tiglath-Phalasar. En l'état actuel de la recherche, il est généralement considéré qu'il est bien son fils.
Deux de ses frères (ou demi-frères) sont connus. Le premier est , qui règne avant lui et qu'il renverse lorsqu'il prend le pouvoir. L'autre est Sin-ahu-usur, qui est très proche de lui et occupe une place importante dans l'appareil politique et militaire assyrien durant son règne.
Comme les autres rois assyriens, Sargon était polygame et avait de nombreuses concubines. La seule reine de Sargon assurément identifiée est Ataliya, dont le tombeau a été mis au jour à Nimroud, qui était son épouse principale. Un texte pourrait faire référence à une autre épouse ou concubine du roi, nommée Ra'ima, qui pourrait être la mère de Sennachérib.
Le fils et successeur de Sargon II est Sennachérib, dont le nom se lit en assyrien Sin-ahhe-eriba, « Sîn a remplacé les frères », ce qui semble indiquer qu'il n'est pas le premier né du roi, mais qu'il a eu des frères aînés morts en bas âge. Il est l'héritier désigné au moins à partir de 710. Sargon a eu d'autres fils dont le nom n'est pas connu, ainsi que des filles également non nommées dans les textes, l'une étant connue parce qu'elle a été mariée au roi de Tabal.
Prise de pouvoir
Selon des estimations approximatives, Sargon serait né autour de 765 av. J.-C., et aurait donc pris le pouvoir autour de sa quarantième année, alors que son fils Sennachérib était déjà adulte ou presque. Il est possible qu'il ait des attaches avec la cité de Harran, une importante cité située à l'ouest de l'Assyrie. Cela expliquerait pourquoi plusieurs membres de sa famille proche, dont son fils, ont un nom les rattachant au grand dieu Sîn, divinité tutélaire de cette ville.
Sargon prend le pouvoir en 722, après la mort de son frère Salmanazar V. Les circonstances du changement de règne ne sont explicitées dans aucun textes antiques, mais plusieurs éléments semblent indiquer qu'il ne s'est pas produit de manière pacifique. En particulier, la « Charte d'Assur » promulguée par Sargon parle de son frère et prédécesseur en des termes durs, comme un oppresseur dont les méfaits doivent être effacés, ce qui est inhabituel. Sargon déporte également au début de son règne environ « criminels » à Hamath, ce qui pourrait être le résultat d'une purge liée à sa prise de pouvoir violente. Il semble également prendre plusieurs mesures diplomatiques qui vont dans le sens contraire de ce que faisait son frère.
Déroulement du règne
Dans les grandes lignes, le règne de Sargon se déroule suivant les étapes suivantes, selon A. Fuchs : 722-721 : raffermissement du pouvoir en Assyrie, mais affaiblissement à l'étranger qui se traduit par des soulèvements en Syrie et la perte de la domination sur Babylone où Marduk-apla-iddina (Merodach-baladan) prend le pouvoir ; 721-717 : reprise en main de l'empire grâce à une série de victoires, notamment en Syrie et contre l'Élam où le roi se déplace personnellement, malgré l'échec de la reconquête de la Babylonie ; cette phase s'achève par le début du chantier de Dur-Sharrukin ; 716-713 : reprise en main dans le nord-ouest de l'Iran, en pays mannéen, et en Anatolie orientale, culminant en la défaite de l'Urartu en 714, deuxième grande victoire à laquelle participe le roi ; parallèlement ses gouverneurs se chargent de conquérir le Tabal et de combattre Mita de Mushki (souvent identifié au roi phrygien Midas) ; 712-711 : années de stabilisation et de préparation des troupes en vue de reprendre la Babylonie ; 710-709 : campagne en Babylonie, qui se solde par l'éviction de Marduk-apla-iddina, la défaite de la confédération chaldéenne de Bit-Yakin, et la prise de Babylone qui permet à Sargon de se proclamer roi de Babylone ; au même moment, Mita de Mushki est vaincu ; 708-706 : période sans conflit notable, marquée par l'inauguration de Dur-Sharrukin ; 705 : conflit dans le Tabal resté insoumis, où Sargon trouve la mort.
Les guerres et les conquêtes thumb|Assaut d'une ville ennemie par les troupes assyriennes de Sargon II. Copie d'un bas-relief de Dur-Sharrukin par Eugène Flandin.
La « guerre sainte » en Assyrie
Comme les autres rois assyriens, Sargon se présente comme l'instrument des volontés du dieu Assur, pour le compte duquel il accomplit ses conquêtes et met en ordre l'empire : c'est donc une véritable « guerre sainte », et aussi une « guerre juste » dans laquelle le peuple assyrien guidé par son roi accomplit la volonté du dieu qui possède et incarne le royaume, sans pour autant chercher à imposer son culte aux autres.
Ses inscriptions mettent certes moins en avant que celles de ses prédécesseurs l'implication divine dans ses triomphes militaires, mais il ne manque pas de rendre compte de ses actes au dieu national, comme l'illustre la longue lettre qu'il lui adresse pour décrire sa huitième campagne, au cours de laquelle il défait l'Urartu et raffermit la domination assyrienne sur son nord-ouest. Il évoque également l'appui que lui apportent les dieux babyloniens Marduk et Nabû, en particulier pour la conquête de leur région d'origine. Comme le faisait son père avant lui, il installe les armes symbolisant les principales divinités dans les palais des villes qu'il conquis, pour célébrer l'appui qu'ils lui ont fourni. Inversement il s'empare à plusieurs reprises des statues des divinités protectrices des pays qu'il conquis, notamment Haldi et Bagbartu après la prise de Musasir.
L'armée de Sargon
thumb|left|Archers assyriens à l'assaut d'une ville. Bas-relief de Dur-Sharrukin, Musée national d'Irak.
Sargon se décrit dans ses inscriptions comme prenant activement part aux combats et triomphant de ses ennemis. Il s'agit manifestement d'exagérations, ne serait-ce que pour des raisons pratiques puisque l'armée assyrienne combat souvent sur plusieurs fronts en même temps. La majorité des campagnes conduites sous son règne sont dirigées par ses subordonnés sans qu'il n'y participe, même si les inscriptions officielles prétendent qu'il y était. Néanmoins il semble bien qu'il ait pris part aux campagnes militaires, sans doute plus que les autres rois néo-assyriens, et même aux combats. Il devait d'ailleurs trouver la mort lors d'une campagne militaire.