La montagne Pelée (ou la Pelée dans le langage courant) est un volcan gris actif situé dans le Nord de la Martinique, île française des petites Antilles dont elle est le point culminant.
La montagne, un stratovolcan gris calco-alcalin, est notamment connue pour son éruption de 1902 qui a entraîné la destruction de la ville de Saint-Pierre située à ses pieds et au cours de laquelle près de sont mortes. Plusieurs navires au mouillage sur la côte ont été naufragés. Cette éruption, la plus meurtrière du , a servi à caractériser le type éruptif péléen tirant son nom du volcan. Le volcan est surveillé et étudié par l'Observatoire volcanologique et sismologique de Martinique depuis 1903.
Le volcan fait partie du parc naturel régional de la Martinique créé en 1976, et est inscrit avec certains pitons du nord au patrimoine mondial de l'Unesco depuis 2023.
Toponymie
La montagne Pelée pourrait tirer son nom, plus précisément son qualificatif, de l'aspect dénudé que présentait son sommet au moment de la colonisation de la Martinique en 1636 .. L'absence de végétation à cette époque pourrait être due à une éruption volcanique quelques années auparavant.
Les Martiniquais la surnomment avec respect et crainte : « la Grande dame du Nord »Le nord de la Martinique, martinique.org, consulté le 21 décembre 2020 ou « la Pelée »« La Pelée est officiellement en vigilance jaune », France Télévisions La Martinique, 7 décembre 2020.
Géographie Localisation et topographie thumb|left|Baie de Saint-Pierre.
La montagne Pelée est située dans le Nord de la Martinique, sur le territoire de la commune de Saint-Pierre. Avec d'altitudeInès Tresident-Ranguin, L'altitude exacte du point culminant de la Montagne Pelée est dévoilée, Martinique La Première, 5 juin 2024., elle constitue le point culminant de cette île.
D'un diamètre de onze à quinze kilomètres, la montagne occupe une superficie de . Il s'agit d'un stratovolcan gris présentant un dôme de lave en son centre sommital.
Géologie et volcanologie vignette|gauche|Schéma d'une éruption peléenne.
Les activités volcaniques et sismiques importantes des Petites Antilles résultent de la subduction de la plaque sud-américaine sous la plaque caraïbe. Le dynamisme volcanique péléen se caractérise par des éruptions explosives, éruptions rares mais violentes : l'andésite contenue dans les profondeurs du volcan est une lave à forte teneur en silice, très visqueuse formant difficilement des coulées de lave.. Cette lave, presque solide, forme un dôme en couvercle ou plus rarement en une aiguille de lave dans la bouche éruptive (cratère volcanique) et lorsque la pression ne peut plus être contenue, l'éjection brutale des gaz détruit le couvercle et provoque des nuées ardentes : un nuage de gaz sous pression, de cendres brûlantes et de blocs de lave, déferle sur les pentes du volcan accompagné d'un panache volcanique pouvant s'élever à des dizaines de kilomètres en altitude.
Les flancs de la montagne Pelée, riches en roche pouzzolanique utilisée comme matériau de construction notamment par les cimentiers, sont exploités par des carriers depuis un siècle..
Climat
thumb|L'altitude et l'exposition aux vents favorisent une forte pluviométrie.
Située en Martinique, la montagne est avant tout sous l'action d'un climat tropical, caractérisé par des températures élevées () dont les variations annuelles sont modestes. La montagne Pelée prenant pied au niveau de la mer et culminant à d'altitude, on observe un étagement du climat. À sa base, le climat est comparable à celui régnant aux alentours. Dans sa partie supérieure, les températures peuvent descendre en dessous de , tandis que la pluviométrie peut avoisiner par an..
Faune et flore
En raison des différences importantes d'altitude, la végétation peléenne est étagée. Par ailleurs, elle prend racine sur un sol de nature volcanique.
En bordure de mer, la végétation est relativement sèche, clairsemée de prairies composées de hautes herbes en remontant les pentes douces côté Caraïbes. Se succèdent alors champs de bananiers et petites forêts isolées, toujours côté Caraïbes. Sur les autres versants plus sauvages, on observe une végétation plus riche composée de grands arbres. Une fois passée une certaine altitude, les grands arbres laissent la place aux fougères et autres plantes de haute montagne.
La montagne Pelée et ses abords abritent des espèces menacées telles que l'allobate de la martinique, une espèce très rare de grenouille, ainsi que la couleuvre couresse et l'oriole de Martinique.
Histoire Histoire éruptive La première éruption dont les archéologues ont retrouvé la trace se situe vers 60 La seconde éruption confirmée a lieu au .
La montagne Pelée connaît son éruption suivante vers 1300, entraînant une interruption dans le peuplement précolombien de la Martinique. En 1635, quand les colons français s’implantent, le volcan vient de connaître une éruption ; la végétation est détruite sur une bonne partie des flancs du volcan et dans toute la zone sommitale, d'où une origine possible du nom de montagne « pelée » que les premiers colons donnent à ce volcan. Deux autres éruptions se produisent en 1792 (explosions au sommet) puis en 1851 (retombées de cendres sur les villes du Prêcheur, du Morne-Rouge et de Saint-Pierre), avant l’apparition en 1889 des premiers signes de réactivation du volcan (fumerolles au sommet).
vignette|gauche|Illustration du National geographic du 27 mai 1902. thumb|Carte des zones touchées par l'éruption de 1902 : en gris foncé le 8 mai, en gris clair le 30 août. vignette|Saint-Pierre en ruine après la nuée ardente.
Le volcan donne des signes inquiétants des semaines auparavant ; mais, comme des élections sont prévues, les autorités décident de ne pas évacuer la ville de Saint-PierreAbdelkader Mostefa-Chebra, « Volcans d'Auvergne: Vont-ils se réveiller ? », , RMC Story, 25 octobre 2021. et, le , a lieu une éruption. Une nuée ardente partie du sommet du volcan détruit complètement la ville de Saint-Pierre, faisant environ morts. Louis-Auguste Cyparis, un prisonnier, est sauvé par l'épaisseur des murs de son cachot, ainsi que Léon Compère-Léandre, un cordonnier, qui vit à la périphérie de la ville, et Havivra Da Ifrile, une petite fille qui aurait échappé à l'éruption sur la barque de son frère Christian Flaugh, Operation Freak: Narrative, Identity, and the Spectrum of Bodily Abilities, McGill-Queen's Press - MQUP, 2012, page 239. Florin Diacu, Megadisasters: The Science of Predicting the Next Catastrophe, Princeton University Press, 2010, page 45. Michael Woods, Mary B. Woods, Volcanoes, Lerner Publications, 2006, page 29.. Plusieurs bateaux amarrés dans la rade de Saint-Pierre au moment de l'éruption ont été détruits. Aujourd'hui reconstruite, Saint-Pierre est une petite cité de habitants. Avant l'éruption, la ville était la capitale économique et culturelle de la Martinique.
Après cette éruption, le volcan conserve une activité soutenue. L'activité volcanologique du site est étudiée par de nombreux scientifiques tant d'Europe que des États-Unis. L'observatoire volcanologique et sismologique de Martinique est créé en 1903.
La dernière éruption en date est celle de 1929-1932. Elle n'a pas fait de victimes grâce aux évacuations de populations. C'est à la suite de cette éruption que la montagne Pelée a acquis sa forme actuelle avec une caldeira bien dessinée. Les dernières fumerolles, localisées entre les deux dômes, disparaissent en 1970.
Depuis , l'activité sismique interne au volcan s'intensifie, atteignant 51 secousses (non ressenties par la population) en un mois, en . Des remontées de gaz ont aussi été enregistrées (8 et 9 novembre 2020)., ainsi que des séismes sous-marins et des fumerolles, mais selon l’Institut de physique du globe de Paris (IPGP), ..
Chronologie des éruptions Peu avant 1635 : éruption magmatique. 1792 : éruption phréatique 1851-1852 avec un pic d'activité le : éruption phréatique 1889 : reprise de l'activité sismique avec fumerolles 1902-1905 avec l'éruption majeure du 8 mai 1902 : éruption péléenne 1929-1932 avec un pic d'activité le : éruption phréato-magmatique
Évaluation des risques Effondrement des flancs Les éruptions des années 1902-1932, ont fait place aux événements d’effondrement des flancs. Ces événements ont été reconnus comme étant un mécanisme efficace en termes de destruction des volcans. Par conséquent, l'avalanche de débris qui pourrait résulter d'un futur effondrement des flancs pourrait avoir un impact néfaste et donc catastrophique sur les terres et générer un tsunami dévastateur. En effet, toutes les zones côtières de la Martinique ainsi que celle des îles voisines seraient menacées par un tel tsunami.
Sur la montagne Pelée, comme sur d'autres volcans de l'arc sud des Petites Antilles, des effondrements répétitifs des flancs se sont produits dans la même direction sud-ouest, les avalanches de débris se déversant dans la mer des Caraïbes. Plusieurs raisons locales de ces effondrements latéraux continus peuvent être présentées : charge accrue due à l'accumulation de produits volcaniques, affaiblissement d'un côté dû à de forts changements hydrothermaux et / ou injection de magma, par rapport aux grandes coulées de lave, il y a eu de forte fragmentation et donc du dépôt pyroclastique. De plus, les effondrements de flanc dépendent du cadre structurel et régional. Tous ces éléments nous montrent donc l’origine de ces effondrements de flancs.
Les événements reconnus d'effondrement des flancs semblent diminuer en volume, tandis que l'intervalle de temps entre deux événements successifs devient plus court. Si tel est le cas, les événements suivants seraient plus petits mais plus fréquents. Une autre éventualité serait que des événements plus petits pourraient être cachés entre les grands effondrements de flanc identifiés..
Lahars Les instabilités des flancs sont aussi à l’origine de coulées de boue appelées lahars. En mai et juin 2010, une série de lahars dévalent la vallée de la rivière du Prêcheur à la suite de l'éboulement de la falaise Samperre dite piton Marcel, détruisant partiellement le pont du PrêcheurCoulées de boue de la rivière du Prêcheur, Institut de physique du globe de Paris, consulté le 20 décembre 2020. En 2020, la ville du Prêcheur est de nouveau touchée par un lahar, phénomène devenu habituel ces dernières annéesNouvelle coulée boueuse (lahar) dans la rivière du Prêcheur, France Télévisions La Martinique, 15 avril 2020Les "lahars" du Prêcheur : un phénomène "complexe et impressionnant", France Télévisions La Martinique, 6 avril 2018.
Surveillance Trois types de surveillance sont mis en œuvre afin d’enregistrer la sismicité, les accélérations des séismes forts, et suivre les déformations lentesLa sismicité régionale, Observatoire volcanologique et sismologique de Martinique (OVSM), consulté le 20 décembre 2020.
Le , la préfecture a remonté la vigilance au niveau jaune (3/5 en termes de niveaux d'alerte) à la suite de la demande de l'observatoire volcanologique et sismologique de Martinique, le volcan ayant montré des signes de reprise d'activité depuis 2019L'augmentation des activités du volcan de la Pelée relance l'intérêt pour la culture du risque volcanique, France Télévisions La Martinique, 12 décembre 2020.
Plan Orsec Volcan En cas d'éruption de la montagne Pelée, le plan Orsec Volcan de Martinique, qui serait déclenché par le préfet, prévoit l'évacuation de la population de 12 communes du nord de l'île (en fonction du scénario impliqué : Grand Rivière, Macouba, Le Prêcheur, Saint-Pierre, Basse-Pointe, Ajoupa-Bouillon, Morne Rouge, Le Lorrain, Fonds-Saint-Denis, Le Carbet, Morne-Vert et Marigot), vers 12 communes d'accueil du sudMontagne Pelée : « Il est temps de tester le plan Orsec Volcan », alerte Albéric Marcelin, rci.fm, 29 septembre 2025ORSEC DS Dispositif départemental ORSEC Dispositions Spécifiques, risquesnaturels972.com, décembre 2021.
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