La Cenerentola est le dernier opéra bouffe composé par Gioachino Rossini pour le public italien. Il s'agit d'un dramma giocoso en deux actes dont le livret est de Jacopo Ferretti, d’après le conte Cendrillon de Charles Perrault. Cet opéra a été créé le au Teatro Valle de Rome.
Le livret s’inspire librement du conte de Charles Perrault : la belle-mère devient un beau-père, la fée est remplacée par un adjuvant masculin, le prince cherche à apparier un bracelet et non un soulier de vair, et il n’y a pas de citrouille transformée en carrosse.
Historique Création Rossini doit fournir un opéra au Teatro Valle de Rome pour la saison de carnaval de 1817. La censure ecclésiastique exercée sur le livret initialement choisi en , d'après une comédie libertine française, pousse Rossini et Jacop Ferretti à l'abandonner pour se tourner vers l'histoire de Cendrillon. Plus que du conte de Perrault, Ferretti s'inspire notamment du texte de Charles-Guillaume Étienne pour Cendrillon, œuvre lyrique de Nicolas Isouard créé à l'Opéra-Comique en 1810Opéra de paris, La Cenerentola, 2017, .
Le lendemain de Noël 1816, La Cenerentola est presque achevé ; le dramaturge témoignant avoir écrit ses vers en vingt-deux jours et Rossini la musique en vingt-quatre.
La première est un fiasco, bien que les musiciens et chanteurs aient travaillé sans relâche jusqu'à l'épuisement pour être prêts. Quelques représentations plus tard, l'exécution de l'œuvre est à la hauteur du projet de Rossini. Le Teatro Valle est un théâtre relativement modeste, essentiellement consacré à l'opera buffa pour cette raison. L'orchestre y est petit, le chœur pratiquement inexistant, ce qui oblige la compositeur à miser sur le talent des chanteurs, en éliminant tout élément superflu.
Postérité La création française a lieu en 1822 au Théâtre italien de ParisOpéra de paris, La Cenerentola, 2017, .
Composé entre 1894 et 1895, l'opéra de Jules Massenet Cendrillon est créé à l'Opéra-Comique en 1899.
La Cenerentola entre au répertoire de l'Opéra de Paris sous la direction de Jesús López Cobos, dans une mise en scène de Jacques Rosner, en 1977
Distribution et créateurs
RôlesTessituresPremière, Don Magnifico, Baron de Montefiascone, père de Clorinda et TisbebasseAndrea VerniAngelina, dite Cenerentola, belle-fille de Don MagnificocontraltoGeltrude Righetti-GiorgiTisbe, fille de Don Magnificomezzo-sopranoTeresa MarianiClorinda, fille de Don MagnificosopranoCaterina RossiDon Ramiro, prince de SalerneténorGiacomo GuglielmiDandini, écuyer du princebarytonGiuseppe De BegnisAlidoro, philosophe, précepteur de Don RamirobasseZenobio Vitarelli
Autres personnages : courtisans, pages, gens de maison et invités au bal.
Argument
Sources Au , l'historien et orateur Claude Élien retranscrit la légende de Rhodope, l'hétaïre aux pieds nus, avec le motif du soulier comme signe de reconnaissance, qui remonte à l'Égypte antique : celle-ci, une esclave d'origine grecque, se fit voler aux bains une pantoufle par un aigle qui la déposa au pharaon Psammétique II ; ému par la délicatesse de la sandale, fit chercher sa propriétaire afin de l'épouserOpéra de paris, La Cenerentola, 2017, .
En 1634-1636, Giambattista Basile publie un recueil de quarante-neuf contes populaires, Il Pentamerone, dans lequel apparaît La Chatte des cendres, une version occidentale de Cendrillon qui inspirera les variantes de Charles Perrault et des Frères Grimm: Aschenputtel, publiée en 1812.
Le conte Cendrillon ou la Petite Pantoufle de vair de Charles Perrault est publiée en 1697.
Acte I
L'histoire commence un matin en la demeure de Don Magnifico, qui n'est pas aussi riche qu'il le souhaiterait. Clorinda effectue quelques pas de danse tandis que Tisbe s'admire dans le miroir. Les deux sœurs sont en compétition quant à leur beauté et leur charme, mais de façon ridicule, aucune n'étant réellement attirante. Angelina, surnommée Cenerentola, est employée par Magnifico et ses filles comme souillon, et vit un véritable enfer. Elle n'a de cesse de chanter une chanson populaire relatant l'histoire d'un roi cherchant une épouse pour son humanité et non pour son rang et sa beauté, s'attirant les remontrances de ses belles-sœurs.
Le Prince Don Ramiro devant trouver femme, son tuteur Alidoro, l'aide à son insu. Il se fait passer pour un mendiant afin d'estimer l'accueil réservé par les prétendantes au trône. Il se présente chez Don Magnifico et se fait rejeter brutalement par ses filles. Seule Angelina lui offre compassion et assistance, bravant la haine que cela génère chez Clorinda et Tisbe.
Se présentent alors des gens de cour expliquant que Don Ramiro viendra en ces lieux inviter les filles de Don Magnifico à un grand bal destiné à lui permettre de choisir son épouse. Clorinda et Tisbe y voient leur avenir tandis qu'elles continuent de s'en prendre à Cenerentola. Remarquant le mendiant resté là, elles le chassent. Angelina lui dit regretter amèrement de ne pouvoir lui donner d'argent, car il est pauvre et malheureux. Alidoro croit remarquer une personne digne du Prince, et lui répond laconiquement que demain, peut-être, il en sera autrement.
Tout ceci réveille Don Magnifico, qui apparaît dans la pièce en habits de nuit. Il réprimande ses filles, leur expliquant qu'elles ont interrompu un rêve magnifique. Un âne (somaro, dans le texte italien) ailé qui se mettait à voler. Il interprète ce rêve comme une prémonition de bonne fortune. Il est ainsi convaincu que ses filles vont faire un mariage royal et qu'il sera grand-père de rois. Clorinda et Tisbe lui font alors part de la visite des gens de cour, du mariage du Prince et de l'invitation au bal.
Don Magnifico ne se sent plus de joie et tous trois se préparent à l'arrivée du Prince.
Entre alors le valet du Prince. Il s'agit en réalité de Don Ramiro lui-même, mais déguisé en son domestique. Alidoro lui a en effet confié que l'épouse qu'il recherche pourrait vivre ici. Il est seul dans la pièce lorsqu'entre Angelina. Chacun succombe instantanément au charme de l'autre, mais tâche de n'en rien montrer. Angelina en laisse tomber la vaisselle qu'elle tient dans les mains. Mais le faux valet dit vouloir rencontrer les filles de Don Magnifico, et demande à Angelina qui elle est. Bouleversée, elle lui répond qu'elle n'est personne, une simple servante.
Pendant son récit, le Prince en tombe irrésistiblement amoureux. C'est alors que l'on entend les belles-sœurs de Cenerentola lui donner durement des ordres. Elle quitte la pièce et le Prince remarque que même en haillons, elle dégage une réelle beauté.
Puis Dandini, le valet de Don Ramiro, entre en grande pompe. Il est déguisé de façon à se faire passer pour le Prince. Il aide ainsi ce dernier, à sa demande, à trouver l'épouse qu'il recherche. Dandini explique avoir rencontré bon nombre de prétendantes, mais ne pas avoir encore trouvé sa future épouse. Entrent Don Magnifico, Clorinda et Tisbe, agités par cette visite. Le faux Prince courtise les deux sœurs, si bien qu'elles et leur père sont certains de parvenir à le séduire. Dandini en fait un peu trop, si bien que le véritable Prince doit le tempérer discrètement. Ce faisant, Don Ramiro profite de son rôle pour chercher désespérément Angelina du regard, et celle-ci le remarque bien. Le faux Prince explique encore que selon le vœu de son père, il doit se marier ou bien perdre son héritage. Il fait alors accompagner les deux sœurs au bal. Seul Don Ramiro demeure, toujours déguisé en valet.
Angelina supplie son beau-père de la laisser aller à ce bal, ne serait-ce qu'une heure, mais celui-ci refuse de façon brutale, en présence de Don Ramiro et Dandini et en s'attirant ainsi, sans le savoir, leur mépris. Ils interviennent même afin d'éviter à Angelina d'être battue. Don Magnifico leur explique qu'elle n'est qu'une servante et une moins que rien. Don Ramiro est en rage et parvient difficilement à se contenir. L'ambiance est très tendue.
À ce moment entre Alidoro, cette fois non déguisé en mendiant. Il demande à Don Magnifico de lui présenter sa troisième fille, la liste des demoiselles éligibles à la qualité de prétendantes au trône faisant mention du fait que Don Magnifico a trois filles et non deux. Don Magnifico répond que sa troisième fille est morte. Choquée, Angelina sursaute. Don Magnifico lui dit en aparté de se taire, sans quoi, lui saura la faire taire. Il feint alors la tristesse. Don Ramiro, Alidoro et Dandini acceptent cette explication avec une difficulté non exprimée et s'en vont au bal avec Don Magnifico, laissant Angelina seule.
Peu après, Alidoro, de nouveau grimé en mendiant, rend visite à Angelina et l'invite au bal. Se méprenant sur le sens de ses paroles, Angelina lui répond, humiliée, qu'elle l'a aidé tandis que lui se moque d'elle. Alidoro lui révèle alors sa véritable identité et lui explique que pour elle, plus rien ne sera désormais comme avant. C'est ainsi qu'il l'invite à changer ses haillons pour une tenue d'apparat, tout en lui donnant deux bracelets de cristal, symboles de sa bonté pure et véritable. Arrive le carrosse qui doit la conduire au bal.
Au bal, Dandini et Don Ramiro échangent toujours leurs rôles. Le faux Prince est courtisé par Clorinda et Tisbe et son comportement suggère à chacune qu'elle a sa préférence. Quant à Don Magnifico, on propose à celui-ci de devenir sommelier du Prince, à condition de pouvoir goûter trente vins de la cave tout en demeurant capable de tenir sur ses jambes. Il accepte l'épreuve et la commence sur le champ.
Dandini s'isole un instant avec le Prince. Don Ramiro s'enquiert de l'opinion de son valet quant aux deux sœurs, et ce dernier lui fait part de son opinion très négative, les trouvant vaniteuses et leur reprochant leurs mauvaises manières ainsi que leur esprit méchant. Mais Don Ramiro ignore toujours qu'Angelina est la fille adoptive de Don Magnifico, si bien qu'il ne comprend pas comment Alidoro a pu suggérer d'inviter ses filles au bal.
Tous deux retournent auprès des invités. Le faux Prince prend alors sa décision : ne pouvant les épouser toutes deux, il propose son valet (le réel Prince donc) « en second choix ». Offensées par l'idée d'épouser un serviteur, Clorinda et Tisbe rejettent cette proposition, taxant le faux valet de « très quelconque », de « mal éduqué » et de « vulgaire », ce qui permet à Don Ramiro de conforter son opinion.
Don Magnifico, quant à lui, est parvenu à goûter trente barriques sans être saoul. Il est promu sommelier, et quelques minutes plus tard, s'isolant avec ses filles, s'imagine déjà se levant tard, son lit entouré de gens de cour faisant différentes requêtes. Cela lui fait tourner la tête et divaguer.
Entre Alidoro, qui annonce l'arrivée d'une invitée mystérieuse. Il s'agit d'Angelina, magnifiquement vêtue et voilée de façon à ne pas être reconnue. Clorinda et Tisbe sont vertes de jalousie tant l'arrivée d'Angelina fait sensation parmi le public. Dès qu'elle parle, Don Ramiro est persuadé de connaître cette voix. Dandini lui retire alors son voile, et tous sont en état de choc. Les invités, Dandini, pour sa grâce. Don Ramiro également, mais aussi car il pense la reconnaître, Don Magnifico, ses filles, pour les mêmes raisons. Ces derniers essaient de se convaincre que ce n'est pas elle, qu'il ne s'agit que d'une ressemblance, que Cenerentola est gauche tandis que l'invitée est gracieuse. De plus Clorinda et Tisbe se disent que cette invitée est belle, mais pas autant qu'elles.
Dandini invite alors tous les convives à prendre place au banquet et promet de choisir une épouse durant le bal après souper.
Acte II