Le Pélican est un navire de guerre français de 3 rang de la fin du . Construit à Bayonne, par le charpentier Félix Arnaud, le Pélican est lancé en 1693. Le navire de est équipé de 50 (puis 44) canons et sert pendant la guerre de la Ligue d'Augsbourg. Le Pélican a une vie courte mais glorieuse : il est perdu en 1697 dans la baie d'Hudson après un combat héroïque sous les ordres de Pierre Le Moyne d'Iberville contre trois vaisseaux anglais et une tempête.

Historique La place du Pélican dans la flotte de Louis XIV Le Pélican est un vaisseau de la deuxième flotte de Louis XIVLa première était celle des débuts du règne, construite par Colbert entre 1661 et 1771. ., c'est-à-dire celle qui a été profondément renouvelée pour tirer les leçons de la guerre de Hollande (1672-1678). Dans le détail, il fait partie du « boom » de construction des années 1689-1693 qui voit sortir des arsenaux français quatre-vingt-six vaisseaux et frégates, soit une moyenne de dix-sept lancements par an, .. Son armement se répartit de la façon suivanteThree Decks (d'après ), Les vaisseaux français de 3ème rang, Ronald Deschênes sur le site agh, Tableau de la flotte française en 1696 (d'après ). :

le premier pont, percé à 11 sabords porte vingt-deux pièces de 12 livres ; le second, percé à 10 sabords porte vingt pièces de 8 livres ; les gaillards portent huit canons de 4 livres.

Ses 50 canons le classe dans la catégorie des vaisseaux de 3ème rangTableau de la flotte française en 1696 (d'après ).. En 1693, le Pélican fait partie des quatre-vingt-dix-huit ou quatre-vingt-dix-neuf vaisseaux que Louis XIV peut engager en guerre (cent-trente-neuf avec les frégates). Un rapport de 1696 dit qu’il peut filer à la vitesse élevée de 6 nœuds mais le qualifie aussi de « médiocre voilier », peut-être à cause d’un manque de stabilitéTableau de la flotte française en 1696 (d'après ). Jusqu’au milieu du , la vitesse moyenne d’un vaisseau de guerre dépasse rarement les 5 nœuds. .. Il fait partie des quelques vaisseaux de guerre français construits à Bayonne, qui est un port et un chantier civil. Après son lancement, il est affecté au port militaire de Rochefort.

La carrière du vaisseau dans la guerre de la Ligue d'Augsbourg Le service du Pélican dans les eaux européennes (1693-1695) thumb|Chasse à la baleine dans les mers septentrionales. Pour sa première mission, en 1693, le Pélican est chargé de s'en prendre aux baleiniers hollandais dans le Spitzberg. thumb|La capture de plusieurs navires anglais dans la Manche en 1695 à laquelle participe le Pélican. Le Pélican entre en service en , alors que la guerre avec l’Angleterre et la Hollande fait rage depuis déjà depuis plus de trois ans. Il est confié à un jeune officier : Antoine d'Arcy de la Varenne, qui reçoit pour mission d’aller attaquer les flottes baleinières hollandaises au Spitzberg. Voir aussi Philippe Henrat, French Naval Operations in Spitsbergen During Louis XIV’s Reign sur ucalgary.ca.. Cette mission entre dans le cadre de la stratégie de guerre au commerce vers laquelle s’oriente Versailles avec l’abandon progressif de la guerre d’escadre (trop coûteuse et mobilisant trop de marins)La guerre d'escadre devient inutile à partir de 1693-1694 avec le renoncement aux tentatives de débarquement en Angleterre qui nécessitaient forcément des effectifs considérables. .. Avec ses 50 canons, le Pélican est bien adapté à la guerre au commerce. Il est accompagné des deux petits vaisseaux de 5ème rang proche de la frégate : l’Aigle et le Favori, de 300 tonneaux et 36 canons. Les équipages sont pour l’essentiel composés de marins basques qui connaissent bien le Spitzberg où ils pratiquent comme les Hollandais la chasse à la baleine depuis des décennies. S'ajoute aux trois navires de guerre un gros corsaire malouin de 500 tonneaux et 44 canons, le Prudent. À son premier appareillage le Pélican s’échoue sans gravité puis rejoint les trois autres navires de l’expédition à Saint-Jean-de-Luz.

Le , la division quitte les côtes de France. Retardée par des vents contraires, elle atteint le Spitzberg le . Les premiers baleiniers hollandais croisés réussissent à s’enfuir en empruntant des chenaux trop peu profonds pour que le Pélican puisse s’y aventurer, mais l’Aigle et le Favori, plus petits, se lancent à leur poursuite à travers les glaces alors que le Prudent est perdu de vue. Le Pélican ne participe donc pas au combat de la baie aux Ours, le , qui voit les deux navires français mettre en déroute les quarante-cinq baleiniers hollandais armés qui s’y étaient mis à l’abri (1 500 hommes, 300 canons) et à capturer nombre d’entre eux. Le , le Pélican est rejoint dans la baie du SudIl s’agit de la partie méridionale de Smeerendburgfjord, compris entre le Spitzberg proprement dit et les îles d’Amsterdam et des Danois. . par l’Aigle et le Favori accompagnés de leurs prises. Les deux navires partent ensuite pour Saint-Jean-de-Luz avec leurs captures, mais le Pélican, qui a été rejoint par le Prudent, poursuit sa campagne en allant croiser au large des côtes anglaises.

En chemin, le Pélican est rejoint par deux frégates malouines, le Phelypeaux de 44 canons et le Grénédan de 33 canons. . Le , au large du cap Clear, les trois navires tombent sur un convoi anglais de douze voiles arrivant des Antilles avec deux escorteurs : le HMS Diamond de 48-50 canons50 canons selon , 48 canons selon . et un brûlot, le Cygnet de 8 canons. Les Français attaquent aussitôt, forçant les Anglais à la reddition et enlevant tout le convoi qui est mené sur Saint-Malo. De grande valeur, il est chargé de poudre d’or, de piastres, se sucre, de cacao et autres produits coloniaux pour le commerce britannique. L’affaire provoque la fureur des autorités anglaises qui font passer en cour martiale les deux commandants des bâtiments de guerre capturés pour les faire condamner à de lourdes peines de forteresse et à être honteusement chassés de la Royal Navy.

La Varenne quitte le commandement du Pélican à la fin de 1693 pour rejoindre une autre affectation. On retrouve le vaisseau en 1695 sous les ordres du chevalier Des Augiers dans la division du lieutenant général André de Nesmond qui croise à l’entrée de la Manche, toujours pour faire la guerre au commerce.. Elle compte cinq bâtimentsLes autres vaisseaux sont l’Excellent de 62 canons, commandé par Nesmond, le Fortuné, 56 canons, Beaubriand-L’Evesque ; le Saint-Antoine, 56 canons, La Villestreux ; le François, 48 canons, Du Guay-Trouin. .. Le , près des Sorlingues, elle intercepte trois navires de guerre anglais. Deux réussissent à s’enfuir, mais le plus gros, le Hope de 70 canons est capturé. Le , ce sont deux gros bâtiments de la Compagnie des Indes, chargés de porcelaine de laque et de diamants qui sont capturés.

Le service du Pélican dans les eaux canadiennes (1696-1697) Terre-Neuve thumb|L’offensive contre les postes anglais de Terre-Neuve à laquelle participe le Pélican en 1696. En 1696, le Pélican change de théâtre d’opération et passe en Amérique du Nord.. Dans les eaux de Terre-Neuve et de la baie d’Hudson, les Français et les Anglais se livrent à des combats acharnés pour le contrôle de la pêche à la morue et du commerce des fourrures, activités très lucratives. Louis envoie des petites escadres composées de vaisseaux de ligne et de corsaires pour y guerroyer. Le Pélican les rejoint au printemps de cette année, embarquant celui qui est déjà considéré comme le meilleur défenseur du Canada français : Pierre Le Moyne d'Iberville..

Le Pélican accoste à Plaisance (au sud de Terre-Neuve), où se regroupent les bâtiments français. D’Iberville parti en opération en Acadie sur un autre navire, le gouverneur de Plaisance, Monbeton de Brouillan appareille le sur le Pélican accompagné de huit navires malouins pour attaquer Saint-Jean, le principal établissement anglais à Terre-Neuve.. Contrariée par des vents contraires et des querelles internes, l’expédition est un échec, malgré la destruction de quelques postes anglais et la capture d’une trentaine de navires marchands. Monbeton de Brouillan revient à Plaisance le , où il retrouve d’Iberville entre-temps rentré des côtes américaines. Le Pélican hiverne à Plaisance. Baie d'Hudson thumb|droite|Le Hampshire, le Dehring et l’Hudson Bay, que le Pélican défait seul devant Fort Nelson. Le , le frère de d’Iberville, Le Moyne de Sérigny arrive de France avec un renfort de cinq petits navires et les ordres du roi qui sont d’aller reprendre les forts de la baie d’Hudson que les Anglais ont enlevé à l’automne précédent.. Le 8 ou le , le Pélican appareille sous les ordres de d’Iberville accompagné de quatre autres bâtiments. C’est le plus puissant navire de l’expédition, même s’il n’embarque que 44 canons au lieu des 50 réglementairesInformation donnée par une lettre du 18 septembre 1697 écrite par un officier du bord, Le Roy de la Potherie. D’Iberville a peut-être voulu alléger son vaisseau ou lui faire gagner en stabilité en ne montant pas les pièces situées dans les parties hautes, à moins qu'il n'ait voulu renforcer l'armement des autres navires. .. Il est suivi par le Palmier, le Profond, le Wesph et le ViolentLe Palmier porte 40 canons et il est commandé par Le Moyne de Sérigny. Le Profond de 32 canons est commandé par DuGué. Le Wesph de 32 canons est un vaisseau hollandais capturé en 1694. Il est commandé par Monsieur de Chartrier. Le Violent est semble-t-il un brigantin. Son armement et son commandant ne sont pas cités par les auteurs. , . .

Le , l’escadre franchit le détroit qui donne accès à la baie d’Hudson, mais se retrouve face aux glaces du grand Nord. Elle y reste bloquée pendant trois semaines et les navires se perdent de vue. L'équipage du Pélican chasse le pingouin sur la banquise et des contacts amicaux sont noués avec les EsquimauxPlusieurs d'entre-eux montent à bord. On fume le calumet de la paix et un festin de viande crue est organisé. . .. Le bâtiment se dégage le premier et se retrouve le en vue de fort Nelson. D’Iberville jette l’ancre à quelques lieues pour attendre les autres navires, mais au matin du , ce sont trois vaisseaux anglais qui se présentent à l’horizon : les HMS de 56 canons, Dehring, de 36 canons et Hudson Bay de 32 canons, soit un total de 124 pièces face aux 44 de d’Iberville. Autre handicap pour le chef français : il n’a que cent-cinquante hommes valides. Les quatre-vingt-dix autres sont minés par le scorbut, incapables de combattre. Un autre auteur ne donne que quarante scorbutiques, mais vingt-sept hommes seraient passés sur le Profond avant le départ de Plaisance et vingt-six autres, partis en reconnaissance terrestre la veille au soir, ne sont pas encore de retour au moment de la bataille. ..