Philippe LiewerPrononcer Lié-vert, pas Liou-air. (Paris, - Casablanca, ) fut, pendant la Seconde Guerre mondiale, un agent français du . Identités

État civil : Philippe Liewer Comme agent du SOE : Nom : Charles Geoffrey MarkSource : Maloubier. Staunton Nom de guerre (field name) : « Clément » puis « Hamlet » Nom de code opérationnel : SALESMAN (en français VENDEUR) Autres pseudos : Marcel Lejeune (en ) ; Parcours militaire : SOE, section F ; grade : major.

Biographie Premières années Philippe Liewer naît le 1901, selon Special Forces Roll of Honour, à Paris. Il est le fils de Jacques et de Mathilde Léon.

Avant la guerre, il est journaliste à l'Agence Havas. En 1938, lors de la conférence de Munich, il est expulsé par Hitler parce qu'il est Juif. En 1940, il participe à la campagne de Norvège (Narvik)Bob Maloubier, Plonge..., p. 27..

Première mission en France (1941-1942)

[Le texte qui suit est celui de la police, tel que retranscrit dans le livre de Nicault. Dans ce récit : Touche est un pseudo de George Langelaan, Georges désigne Georges Bégué, l’opérateur radio, Marcel Lejeune est un pseudo utilisé par Philippe Liewer dans ses contacts avec George Langelaan]

Le , alors sans emploi et sans argent, il est présenté par Lambert, demeurant à Nice, à un certain Touche (en réalité George Langelaan). Il a appris que Touche est un officier anglais et il a même pensé que celui-ci appartenait à l’Intelligence Service.

Il accepte de travailler pour Touche, en sondant l’état d’esprit de la population, d’abord sur la côte d’Azur, puis dans la région d’Avignon, d’Arles et de Nîmes.

Touche lui a demandé de le rejoindre à Pau le . De là, il l’a envoyé à Châteauroux pour y apporter une lettre destinée à Georges et pour en ramener les instructions que celui-ci pourrait lui donner. Il est revenu à Pau le et a aussitôt rendu compte de sa mission à Touche.

Celui-ci lui avait déjà remis 2000 francs en deux fois, lui a versé, à son retour de Châteauroux, une somme de 5000 francs à titre de frais et d’appointements jusqu’au . Le , Liewer a quitté Pau pour retourner à Antibes et il se considérait comme lié envers Touche, bien que celui-ci ne lui ait pas donné d’instruction particulière.

Il a remis à Touche, en même temps que l’adresse, la photographie d’un de ses amis, M. Rouart, éditeur de musique, rue d’Astorg à Paris, le nommé Touche lui ayant demandé l’adresse d’une personne pouvant lui être utile dans la capitale.

Liewer devait utiliser le pseudonyme de Marcel Lejeune pour toucher Langelaan lors de leur prochaine rencontre à Pau.

Pour envoyer éventuellement des nouvelles de Touche en Angleterre, Liewer devait utiliser l’adresse suivante : Donald Langlon, à Londres.

Le , George Langelaan est arrêté au café Le Faisan, à Châteauroux. Il reconnaît être chargé d’accomplir en France une mission de renseignement et de propagande, d’avoir pressenti Philippe Liewer et d’avoir utilisé ses services. Le , Liewer est arrêté à son domicile, à Antibes, par la police française.

Philippe Liewer fait partie du groupe d’agents du SOE emprisonnés successivement à Marseille, à Périgueux, puis à partir du au camp de Mauzac.

Selon un plan mûrement élaboré, les onze agents du SOE parviennent à s’échapper dans la nuit du 15 au (voir l'article évasion de Mauzac) et vont rentrer à Londres (voir l'article évasion de Mauzac). Le , Philippe Liewer, alias Staunton, arrive à Londres. Il suit l’entraînement, il est « commissionné », puis se déclare volontaire pour repartir en mission en France.

Deuxième mission (1943) Définition de la mission : établir un réseau dans le secteur de Rouen et du Havre. Son nom de guerre est « Clément ».

Dans la nuit du 14 au , Philippe Liewer et Gabriel Chartrand « Dieudonné » sont déposés par Lysander sur le terrain BRONCHITE, près d’Amboise, et réceptionnés par Henri Déricourt. À la fin du mois mai, après de nombreux faux départs, le contact est établi avec Rouen grâce à Micheline, propriétaire d’un magasin de vêtements à Paris, qui possède une succursale à Rouen. Le , le réseau SALESMAN s’établit, principalement par l’intermédiaire de chef local, Jean Sueur. Philippe Liewer est logé par la famille Francheterre, jusqu’à la fin de cette deuxième mission. Le , Isidore Newman arrive par Lysander comme opérateur radio du réseauIl reçoit de l’aide de Desvaux, une couturière, qui lui offre comme couverture un emploi d’assistant. Il s’installe dans plusieurs maisons, d’où il émet ses messages radio, allant jusqu’à s’éloigner de soixante kilomètres de Rouen, à bicyclette. Il enverra 54 messages jusqu’à son arrestation en mars 1944.. Le , Bob Maloubier « Paco » remplace Gabriel Chartrand, qui est transféré au réseau BUTLER dans la Sarthe et retournera en Angleterre début décembre. Il vient comme instructeur en armement pour le réseau de Rouen.

Rappel à Londres (février - mars 1944) Philippe Liewer est rappelé à Londres. Dans la nuit du 4 au , un avion Hudson le ramèneOpération KNACKER organisée par Henri Déricourt ; terrain : NE d'Angers, 1 km SE de Soucelles (49) ; appareil : Hudson ; pilotes : sqn Ldr L. F. Ratcliff, Flg Offs Woolridge et Johns, Plt Off Hall ; passager amené (1) : Gerry Morel (qui a instruction de ramener Henri Déricourt à Londres, mais qui rentrera sans lui) ; passagers ramenés (9) : Philippe Liewer, Bob Maloubier, Robert Benoist, H. Borosch, Madeleine Lavigne, Limousin, Le Barbu, l'aubergiste à Tiercé et son mari. [Source : Verity, p. 292]. Il emmène avec lui Bob Maloubier qui a été blessé par une balle allemande. Ils apportent des renseignements cruciaux sur les armes V. Il rend un rapport complet sur la situation de la Seine-inférieure.

Immédiatement après son départ, commence une série d’arrestations : le , un groupe des environs de Dieppe est arrêté, l'un des membres fournit le mode de passe et l'adresse de la boîte aux lettres principale du réseau, le magasin « Micheline » tenu par les époux Sueur à Rouen, 74 rue des Carmes. Une souricière est tendueSources : Un agent secret de Churchill de Bob Maloubier ed.Tallandier ; témoignage de Jean Sueur à son retour de déportation le 29 avril 1945. Le , Claude Malraux, le second de Philippe Liewer à Rouen, est arrêté. Dans la nuit du 8 au 9, le et son épouse sont arrêtés à Deville Les Rouen. Le 9, Isidore Newman est arrêté, ainsi que qui l’avait épaulé pendant huit moisElle est relâchée peu après.. D'autres arrestations ont lieu à Rouen et dans les communes avoisinantes. Le 10, Jean et Florentine Sueur, gérants du « Magasin Micheline » et membres actifs du réseau sont arrêtés à leur tour, ainsi qu’Émile Savoye, chef du groupe de Louviers gérant les parachutages. Le 11, Roger Mayer « Jean-Pierre », le chef du groupe du Havre est arrêté et torturé par la GestapoRoger Mayer avait été recruté sur place alors qu'il était le chef du mouvement résistant "l'heure H" du Havre. Il était à la tête de 200 hommes répartis en cellules. Il prit aussi une part importante dans le sabotage dans les ateliers de réparation des composants de sous-marins allemands. Il fut impliqué dans l’incendie des stocks allemands de lin et d’avoine. En juin 1945, il revint d’Allemagne en très mauvaise santé. Il reçut la Military Cross. Le , les frères Raoul et Henri Boulanger, chefs du maquis des Diables Noirs à Saint-Denis-le-Thiboult et spécialisés dans les réceptions de parachutages d'armes sont arrêtés avec d'autres membres de leur groupe ; les épouses Boulanger seront arrêtées le 31 du même mois.

En tout, des organisations de Rouen et du Havre sont pris et déportés en Allemagne, via Compiègne pour les hommes, et après internement à Romainville pour les femmes. La moitié mourra en déportation. Le réseau est pratiquement réduit à néant, à l’exception des groupes spécialement créés pour agir au , qui n’ont pas été touchés.

Troisième mission (avril 1944) Définition de la mission : relancer le réseau SALESMAN, autour de Rouen, région stratégique à l'approche du débarquement. Il est assisté par Violette Szabo, son courrier.

On apprend par un message d'André Malraux que la presque totalité du réseau SALESMAN a été anéantie et que la Gestapo utilise depuis deux semaines la radio et les codes de l'opérateur Isidore Newman. L'avion de Liewer est stoppé in extremis en bout de piste : ce sont les Allemands qui l'auraient accueilli à l'arrivée. Le départ est reportéBob Maloubier, Plonge..., p. 29..

Le , Philippe Liewer est parachuté près de Cherbourg, avec Violette Szabo « Louise », dont c’est la première missionIls sont parachutés à partir d'un bombardier B-24 Liberator du 429 Bomb Group "The Carpetbaggers" de la base de l'USAAF d'Harrington (Northamptonshire), qui les avait pris en charge à Tempsford. Source : . Ils s’occupent des familles des personnes arrêtées. Violette Szabo voyage entre Paris et Rouen pour prendre contact avec les personnes qui sont supposées avoir réchappé et en ramener à Paris. Le 30, après cette mission de trois semaines de reconnaissance, qui est un plein succès, ils rentrent en Angleterre, lors d'un ramassage par doublé de Lysander, dans l'IndreCe ramassage a les caractéristiques suivantes :

Opération ORGANIST, agent Alexandre Schwatschko (alias « Alexander Shaw »). Doublé de Westland Lysander IIIa : Le V9490, codé JR-N4, piloté par le F/Lt Robert Large, amène deux agents et cinq paquets, et remmène un agent, Violette Szabo. Le V9748, codé JR-D3, piloté par le F/O John Perry Alcock, dont c'est la première mission opérationnelle, amène un seul agent, Robert Dupuis « Pharaon », sa valise et son poste émetteur, et remmène deux agents, dont Philippe Liewer. Noms des agents amenés : Robert Dupuis « Pharaon » et deux autres (selon Hugh Verity). Décollage du terrain de Tangmere le 30 avril à 22 h 30. Terrain d'atterrissage en France, dans l'Indre : Version 1 : selon Hugh Verity p. 299, le terrain est situé à 7,5 km S/SE d'Issoudun, maintenant aérodrome Le Fay. Version 2 : selon , le terrain, HERCULE, est situé à 13,5 km au S/SO de Châteauroux et à 4,250 km à l'ouest d'Arthon. Il était prévu un terrain alternatif, nom de code FORTUNE, situé à 15 km au S/SO de Châteauroux, et à 5,5 km à l'O. d'Arton. Lettres de reconnaissance : AD (de l'air au sol) et BN (du sol à l'air). Heure d'atterrissage en France, le mai : le F/Lt. Large atterrit à 1 h 35 et le F/O John Alcock à 1 h 45. Heure d'atterrissage, de retour à Tempsford, le mai : le F/L Robert Large atterrit à 5 h 05 (hélice trouée par la Flak), et le F/O Alcock à 5 h 10 (un pneu crevé par la Flak).. Ils rapportent à Londres des rapports sur les installations allemandes, qui se révéleront précieux pour cibler les bombardements : quartier général naval à Rouen, usines de fabrication de matériels de guerre, installations portuaires du Havre.

Quatrième mission (juin - septembre 1944) Définition de la mission : diriger le nouveau réseau SALESMAN (appelé ici SALESMAN ), pour coordonner les maquis de la région de LimogesCette zone de la Haute-Vienne était, dès avant le débarquement, sous le contrôle des unités du maquis. Implicitement, l’adversaire l’avait reconnu puisque le préfet, par arrêté du 24 mars 1944, l’avait déclarée zone interdite [Source : Guingouin]. dans les actions de sabotage des lignes de communication allemandes, après l’arrestation de Maurice Southgate. Son nom de guerre est « Hamlet ». Il est accompagné par Violette Szabo « Louise », radio et agent de liaison, dans sa deuxième mission ; le captain Bob Maloubier « Paco », saboteur, dans sa deuxième mission ; et le lieutenant Jean-Claude Guiet, opérateur-radio américain de l'Office of Strategic Services (OSS)Guiet rentrera en Angleterre en août 1944..