La notation financière externe ou notation de la dette ou rating (dans le monde anglo-saxon) est l'appréciation, par une agence de notation financière, du risque de solvabilité financière : d’une entreprise, d’un État (« notation souveraine ») ou d’une autre collectivité publique, nationale ou locale, d’une opération (emprunt, emprunt obligataire, opération de financement structurée, titrisation, etc.).

Cela s'accompagne de l'attribution d'une note correspondant aux perspectives de remboursement de ses engagements envers ses créanciers — fournisseurs, banques, détenteurs d’obligations, etc.

Fonctionnement

Rôle de la notation La notation financière constitue, pour les investisseurs, un critère clé dans l’estimation du risque qu’un investissement comporte, particulièrement dans le cadre de marchés financiers de plus en plus globaux qui rendent difficile la maîtrise de l’information et donc de tous les paramètres de risque. C'est même un des critères obligatoires pour les emprunteurs institutionnels (fonds de pension, collectivités territoriales, etc.) dont les statuts précisent un niveau de notation minimal pour leurs investissements.

Notation vs évaluation des risques-clients Il est essentiel de faire la distinction entre la notation financière et l’évaluation des risques-clients, qui peuvent avoir les mêmes objectifs (faire face au risque de contrepartie) mais n'utilise pas les mêmes ressources (le premier fait appel à un véritable audit comptable et financier et l'autre fait appel à un système expert – automatique). Surtout, la notation est sollicitée et externalisée (souvent par les grandes entreprises cotées) alors que l’évaluation est systématique et réalisée intrinsèquement sur l'ensemble des entreprises.

Agences de notation L’analyse financière nécessaire et l'attribution de notes sont confiées à des agences de notation financière. Mais on reproche à ces attributions par les plus grosses agences de notation financière de refléter l'équilibre des pouvoirs économiques et politiques dans le monde. Les trois agences principales (Moody's, Standard and Poor's, Fitch Ratings) sont américaines, couvrant 95 % de la demande, à laquelle vient s'ajouter depuis 1994 la principale agence chinoise, Dagong Global Credit Rating, ainsi que d'autres agences syndiquées.

Notation interne À côté de ces notations externes, il existe aussi des systèmes de notation interne, réalisés par les banques pour leur propre usage, et s'appuyant sur les données statistiques en leur possession.

Notation des États du monde

Les agences de notation financière et leurs méthodes

vignette|upright=2|Notation financière des États du monde selon Standard & Poor's en 2011

Les notations des instruments de financement à moyen (plus d’un an) ou long terme (10 ans ou plus) vont de AAA (triple A), qualité de crédit la plus élevée, à D, défaut de paiement constaté ou imminent.

La notation à court terme juge de la capacité du débiteur à remplir ses engagements à un an au plus. La notation à long terme estime la capacité du débiteur à remplir ses obligations à plus d’un an.

Plus la note est bonne, moins l’émetteur de l’emprunt paiera cher.

Le tableau ci-contre détaille les grilles de notations à long terme et à court terme que les trois principales agences de notation donnent.

Comme on le voit, la notation à long terme est plus détaillée que la notation à court terme. Par exemple, les entreprises ayant reçu une notation long terme Fitch de "AAA" à "AA-" recevront la même notation court terme "F1+". On conçoit en effet même intuitivement que deux entreprises qui ont un risque de défaut à long terme légèrement différent (plus important pour la société "AA-" que pour la société "AAA") auront, à court terme, un risque quasiment identique.

Il faut noter que pendant très longtemps, les notations financières sur le Credit Ratings fournies par les trois plus grandes agences internationales de notation n’ont évalué que le seul risque d’insolvabilité (à long ou court terme) sur les opérations financées, mais pas l’évolution de la rentabilité ou la profitabilité des institutions financières ou sociétés qui ont été notées, ce qui aurait permis de connaître plus longtemps à l’avance l’éventuelle dégradation de leur solvabilité et de leurs autres besoins en financements ; ces notations ne permettent pas non plus de prédire de futurs versements de dividendes sur des opérations financières d’investissement à risque (autres que le crédit et les obligations, ou les emprunts d’État et bons du Trésor) : ces opérations, à partir du moment où elles garantissent seulement un remboursement (au moins partiel) du capital investi, par le biais d’assurances de couverture de risques, bénéficient encore d’une notation financière avantageuse, quelle que soit la rentabilité effective des sociétés et institutions ayant fait l’objet d’une telle notation, ce qui ne permet pas d’évaluer correctement le risque pris par les fournisseurs d’assurances de couverture et les réassureurs, ni d’éviter l’effet boule de neige sur l’ensemble de la chaîne de financement et de couverture de risques en cas de dégradation imprévue (car non évaluée).

De ce fait, les sociétés de notation sont aujourd’hui très critiquées pour leur imprévoyance à souligner les problèmes systémiques et à mesurer la résistance des sociétés et institutions notées en cas de dégradation nationale ou internationale des conditions de marché. De nouveaux systèmes d’évaluation des risques (tels que les « tests de résistance ») sont donc à l’étude, encore en compétition, et de nouvelles agences apparaissent qui proposent leur propre système de notation prenant en compte non seulement la solvabilité des emprunteurs, mais aussi la rentabilité à terme des opérations financées, l’évolution des besoins futurs en financement (évolution de la liquidité) et la capacité future des marchés à répondre aux demandes (souvent prévisibles) de financement (y compris en période de croissance).

Notation des États européens

Processus de notation externe Critères

Les critères sur lesquels les agences se basent, même si chacune a ses propres méthodes, dépendent de l'entité qui est évaluée : Entreprises: critères comptables, de gestion, d’examen des risques, de perspectives économiques, etc. État : situation économique, stabilité, politique monétaire et budgétaire, etc. Opération : modélisation de l’opération et de ses flux financiers permettant une évaluation du risque de défaut et de la perte possible.

Méthodologie

En pratique, l’agence mandatée a accès à l’ensemble des documents et des responsables de son client. Le processus initial dure plusieurs semaines de contacts et d’analyses intensives, au terme desquels l’agence donne une notation à son client.

À ce stade, le client mécontent peut simplement refuser celle-ci, auquel cas la note ne sera pas publiée (et le contrat avec l’agence vraisemblablement rompu…après paiement de la commission convenue).

Si le contrat avec l’agence est maintenu (et la notation en principe rendue publique), l’agence peut revoir la notation à tout moment, que ce soit à la suite de la survenance d’un événement particulier (évolution économique, perte de clientèle soudaine, …) ou à la suite d'une des visites régulières chez le client (en général au moins une fois par an).

La révision peut aboutir à un changement dans la notation (augmentation ou baisse de notation) ou à la mise sous surveillance. Une mise sous surveillance est avec implication positive ou négative et ouvre une période limitée dans le temps au cours de laquelle l’agence finalise sa position (généralement pas plus d’un mois). L’agence est totalement libre dans ce processus. Le client n’a pas la moindre possibilité d’empêcher l’agence de publier, sans même l’en avertir, une révision de la note. Ainsi, en 1995, le gouvernement canadien apprit, en même temps que le marché, que Moody’s plaçait la note du pays sous surveillance négative.

Il n’est pas rare de trouver dans la presse professionnelle des échos de clients non satisfaits de la notation financière qui leur est donnée, ou de l’évolution de celle-ci, ce qui est, en quelque sorte, un gage de l’indépendance de celles-ci.

Mise à disposition d’information Les notations sont publiques et peuvent être consultées sur une multitude de sources telles que Bloomberg ou SIX Telekurs ou les sites internet des agences.

Les agences de notation mettent généralement à disposition, moyennant paiement, des outils complémentaires tels que : analyses statistiques par secteur, outils de collecte des notations par portefeuille, étude de problèmes particuliers tenant au financement des entreprises, rapports détaillés par entreprise, analyse historique (défauts des entreprises, matrice de migration des notations, etc.) etc.

Quelques catégories applicables en notation financière Notation financière – Score de crédit

A strictement parler, la notation financière telle que décrite ici est un concept qui concerne la finance de marché et donc les acteurs des marchés financiers : entreprises, États, etc.

Il existe cependant un équivalent dans deux domaines :

le domaine des entreprises non cotées PME/TPE (c'est l’évaluation des risques-clients - dans le cadre du risque de contrepartie à la différence de la notation financière, l’évaluation est une notation automatique réalisée sur la base d'information financières et légales.) des particuliers, qu’on désignera plutôt sous le vocable de score de crédit et qui est une mesure grossière de la capacité de remboursement.

Si en Europe, ce type de score est établi par chaque banque selon sa propre politique de crédit et d’évaluation des risques, il existe des pays, dont les États-Unis, où il existe des agences de notation spécifiques à ce type de risque. Les critères utilisés sont, dans ce cas, les revenus, les crédits existants et l’historique de crédit.

Notation de débiteur – Notation d’opérations La notation financière d’un débiteur s’intéresse à la capacité générale de ce débiteur à remplir ses engagements.

Une telle notation ne donne cependant d’informations que sur la situation « actuelle » du débiteur, c’est pourquoi on peut également noter une opération individuelle.

Une opération individuelle (telle qu’un emprunt ou une émission obligataire) sera par exemple notée : lors de la conclusion d’un nouvel emprunt (un nouvel emprunt change la structure bilantielle de l’emprunteur et, dès lors, peut affecter sa capacité de remboursement), lorsque l’opération présente une particularité qui fait que ses chances de remboursement sont améliorées ou moins bonnes : l’emprunt est garanti par exemple par un gage, une hypothèque ou une autre forme de garantie ou de sûreté (réduction de la perte sur défaut), l’emprunt est une opération structurée (réduction de la probabilité de défaut et de la perte sur défaut), l’emprunt est une opération subordonnée (augmentation de la probabilité de défaut et de la perte sur défaut).

Notation – Notation en devise étrangère La notation sans autre précision mesure la capacité de remboursement en général, tandis que la notation en devise mesure la capacité de remboursement en devise étrangère.

Cette distinction n’est pas nécessairement toujours faite, mais apparaîtra indirectement par exemple du fait de la notation d’un emprunt en devises.

Ainsi, la notation d’un emprunt en dollars US d’une société européenne dépendra de l’accès de cette entreprise à une source de dollars US.

La notation en devise est particulièrement souvent présente lorsqu’il s’agit de la notation d’un État. Dans ce cas, la différence de notation reflète le fait qu’un État aura tendance à privilégier le remboursement des dettes exprimées en devise nationale, ce qui implique en principe une notation inférieure pour les emprunts en devise étrangère.

Notation souveraine – plafond et notion de « risque pays »