Sidonie Gabrielle Colette, dite Colette, née le à Saint-Sauveur-en-Puisaye (France) et morte le à Paris, est une femme de lettres, journaliste. et actrice française, considérée, à l’instar de Voltaire ou Victor Hugo, comme l'un des grands écrivains français, symbolisant son époque et la littérature..
Elle est l'une des plus célèbres romancières françaises, reconnue aussi bien en France qu'à l'étranger. Sa bisexualité, affirmée et revendiquée., occupe une large place dans sa vie comme dans son œuvre, au même titre que son amour profond de la nature ou sa description de la société française de la Belle Époque.
Deuxième femme élue membre de l'académie Goncourt (1945), elle en devient la présidente en 1949. Après sa mort, elle est la première femme en France à recevoir des obsèques nationales.
Biographie
Origines familiales vignette|gauche|Maison natale de Colette dans l'Yonne en Bourgogne, labellisée Maisons des Illustres. Sidonie Gabrielle Colette est le second enfant de Jules-Joseph Colette et de son épouse Sidonie Landoy.
Sidonie Landoy, dite « Sido » ( - ) issue d'une famille métisse de Martinique., a épousé en premières noces Jules Robineau-Duclos dont elle a eu deux enfants : Juliette (1860-1908, mariée au Roché) et Achille (1863-1913). Veuve, elle s'est remariée avec Jules-Joseph Colette, elle a deux autres enfants : Léopold (1866-1940) et Sidonie Gabrielle..
Jules-Joseph Colette ( - ), saint-cyrien, capitaine des zouaves, perd une jambe en Italie à la bataille de Melegnano (1859), est devenu percepteur.
Jeunesse et formation (1873-1893) vignette|redresse|gauche|Colette vers 1884. Sidonie Gabrielle passe une enfance heureuse dans sa maison natale de Saint-Sauveur-en-Puisaye, un gros village de Bourgogne.... Adorée par sa mère comme un « joyau tout en or » , elle reçoit une éducation laïque dans une famille de la petite bourgeoisie. Sido, féministe et athée convaincue, qui ne va à la messe que pour y imposer son chien, et y lit Corneille en place de missel, lui apprend l'art de l'observation, notamment dans le jardin attenant à la cour de la maison.
La jeune Gabrielle lit très tôt les grands classiques et prend des leçons de français et de style auprès de son père, grand lecteur de journaux.
Le capitaine Jules-Joseph Colette se révèle un piètre gestionnaire des biens familiaux ; en la famille ruinée doit vendre ses biens aux enchères et quitte Saint-Sauveur pour s'installer à Châtillon-sur-Loing.. (Loiret).
vignette|redresse|gauche|Colette vers 1890.
Encore adolescente, Gabrielle rencontre vers 1890 Henry Gauthier-Villars (« Willy ») alors qu'il met en nourrice à Châtillon-sur-Loing son fils (Jacques Henry, né en 1889). Séducteur compulsif, il a eu ce fils d'une liaison avec Marie-Louise Servat, épouse d'Émile Cohl.
Sous la tutelle de Willy (1893-1906) Colette et Willy se marient le à Châtillon-sur-Loing.
vignette|gauche|Plaque 28 rue Jacob ( de Paris), où elle vit de 1893 à 1896.
vignette|redresse|Portrait de Colette, vers 1896, par Ferdinand Humbert.
Willy est un critique musical influent et un auteur prolifique de romans populaires, écrits en tout ou partie par des prête-plumes. Il est aussi l'un des propriétaires de la maison d'édition Gauthier-Villars (55 quai des Grands-Augustins). Le couple s'installe au dernier étage de l'immeuble..
Il introduit sa jeune femme dans les cercles littéraires et musicaux de la capitale où Gabrielle fait sensation avec son accent bourguignon rocailleux.
Surpris par les dons d'écriture de son épouse, Willy l'utilise elle aussi comme prête-plume. Le premier manuscrit de Colette date de 1893Frédéric Maget, président de la Société des amis de Colette dans l'émission La Marche de l'Histoire, « Colette en ses demeures », 28 novembre 2011. et elle signera « Colette Willy » jusqu'en 1923..
Sous le nom de Colette Gauthier-Villars, elle publie aussi des chroniques musicales dans La Cocarde, publication dirigée par Maurice Barrès..
vignette|gauche|Caricature par Sem de Willy, Colette et Polaire, l'actrice incarnant le rôle-titre dans l'adaptation théâtrale de Claudine à Paris, vers 1902. En 1895, Willy l'incite à écrire ses souvenirs d'école, qui vont être publiés sous le pseudonyme « Willy », Claudine à l'école, bientôt suivi d'une série de Claudine : Claudine à Paris, Claudine en ménage, Claudine s'en va (après leur séparation en 1906, Colette écrira et signera de son nom la fin de la série des Claudine avec La Retraite sentimentale).
En 1902, elle est une des premières à suivre la mode garçonne, coupant ses cheveux nattés, au grand dam notamment de sa mère.À 20 ans, elle se plaisait à dire que ses cheveux mesuraient 1,58 m (pour une taille de 1,60 m) ..
vignette|Portrait de la romancière Colette - Jacques-Émile Blanche - Musée national d'Art de Catalogne, vers 1905 Colette se libère de plus en plus de la tutelle de son époux. En 1905, elle publie Dialogues de bêtes sous le nom de Colette Willy et fréquente Madeleine Deslandes Lettre de Colette à Robert d'Humières, in les Cahiers de Colette, , 1994, ..
Elle vit séparée de Willy en automne 1906. Le divorce est acté le après trois ans de séparation de corps..
De 1906 à 1912 : l'artiste de music-hall scandaleuse vignette|gauche|Colette dans la pantomime « Rêve d'Égypte » au Moulin-Rouge en 1907, photographiée par Léopold-Émile Reutlinger. Pour gagner sa vie, encouragée par le comédien et mime Georges Wague (1874-1965), elle mène de 1906 à 1912 une carrière au music-hall, où elle présente des pantomimes orientales (elle est , écrit-elle) dans des tenues légères (la préfecture de police interdit notamment son spectacle de pantomime où elle est nue sous une peau de panthère)Franck Ferrand, « Colette, un style », émission Au cœur de l'histoire sur Europe 1, 13 septembre 2012., puis se produit au théâtre Marigny, au Moulin-Rouge, au Bataclan ou en province (ces spectacles sont évoqués dans La Vagabonde ou L'Envers du music-hall).
Elle fréquente également le Palmyr's Bar, établissement pour homosexuels et lesbiennes tenu par Palmire Dumont..
vignette|redresse|Colette et son amante, Missy (Mathilde de Morny).|alt= Ce sont des années de scandale et de libération morale : séparée de Willy, elle vit plusieurs relations lesbiennes, notamment avec Mathilde de Morny (« Missy »), fille du duc de Morny et nièce de Napoléon III, sa partenaire sur scène, en 1911, chez qui elle vit le plus souvent et qui lui a offert la villa Rozven à Saint-Coulomb en Bretagne, ou avec Natalie Clifford Barney, dite « l'Amazone ».
Durant cette période, Colette continue de cultiver sa vocation d'écrivain. Elle publie des ouvrages évoquant ces années, comme Les Vrilles de la vigne et La VagabondeRoman porté plus tard à l'écran par la réalisatrice Musidora., L'Envers du music-hall ou En tournée. Elle est souvent invitée par le diplomate Philippe Berthelot et fera partie de ses protégés avec Paul Claudel, Jean Giraudoux, etc.Jean-Luc Barré, Le Seigneur-Chat Philippe Berthelot, Plon, Paris, 1988.. Devenue très proche de Philippe Berthelot, jusqu'à devenir son amie, c'est elle qui le baptisera « le Seigneur Chat »Colette, Prison et Paradis, 1932..
Après une brève liaison avec Auguste-Olympe Hériot, rencontré à la fin de 1909, elle fait la connaissance d'Henry de Jouvenel, homme politique et journaliste, qui l'engage à donner quelques billets et reportages au journal Le Matin, dont il est le rédacteur en chef. Ils se marient en 1912.
Mariage avec Henry et liaison avec Bertrand de Jouvenel (1912-1923) vignette|redresse|gauche|Colette vers 1912. Le naît une fille, Colette de Jouvenel, dite « Bel-Gazou » (« beau gazouillis » en provençal), le seul enfant de Colette.
vignette|redresse|Colette et sa fille « Bel-Gazou » caricaturées par Sem, 1919. À plus de quarante ans, trompée par son mari, elle devient la maîtresse de son beau-fils, Bertrand de Jouvenel, qui a alors seize ans. Cette relation qui dure cinq années nourrit les thèmes et les situations du Blé en herbe.. En ce qui concerne Chéri, c'est un fantasme devenu réalité, puisque ce livre publié en 1920 a été conçu en 1912, quelques années avant sa liaison avec Bertrand.
Jouvenel quitte le domicile familial en , alors que Colette est en tournée de conférence. Le divorce pour rupture de vie commune est effectif le . Comme elle le fera pour Willy dans Mes apprentissages, Colette se vengera de son ex-mari par un roman, Julie de Carneilhan.
L'entre-deux-guerres (1919-1939) En , Colette, devenue directrice littéraire du journal Le Matin, contacte Léopold Marchand, figure marquante du théâtre de l'entre-deux-guerres, pour contribuer à une nouvelle rubrique intitulée Mille et un Matins. C'est au Matin qu'elle embauche comme secrétaire Hélène Picard., qui devient par la suite son amie.
Colette invite Léopold Marchand dans sa maison bretonne de Rozven à Saint-Coulomb près de Saint-Malo..
En 1921, Léopold Marchand collabore avec Colette à l'adaptation théâtrale de Chéri. Il s'occupe de la mise en scène et joue même un rôle.. En 1923, il adapte pour le théâtre le roman de Colette La Vagabonde.. Colette a publié dans La Jumelle noire l'ensemble des critiques littéraires qu'elle a écrites sur les pièces de Léopold Marchand.
Mélomane avertie, Colette collabore avec Maurice Ravel entre 1919 et 1925 pour la fantaisie lyrique L'Enfant et les Sortilèges. Elle a été l'amie de la reine Élisabeth de Belgique, de Marguerite Moreno, de Renée Vivien, et a eu quelques brouilles avec la célèbre demi-mondaine de la Belle Époque, Liane de Pougy.
Colette préside dès la deuxième année le jury du prix de La Renaissance, créé par Henry Lapauze en 1921 en vue de distinguer « l'auteur du meilleur ouvrage ». Les lauréats de ce prix seront successivement : en 1921, Alexandre Arnoux pour Indice 33 ; en 1922, Henry-Jacques pour un volume de vers intitulé La Symphonie héroïque et Pierre Mac Orlan pour son roman La Cavalière Elsa ; en 1923, Paul Morand pour Fermé la Nuit et le romancier belge André Baillon pour la réédition de son livre En sabots. En 1928, elle préside toujours le jury de ce prix.
De 1927 à 1930, elle réside une première fois au Palais-Royal, à l’entresol du 9, rue de Beaujolais, dans un logement qu'elle nomme ..
vignette|redresse|gauche|Colette et son chartreux, vers 1932.
Au début de 1925, elle rencontre Maurice Goudeket en accompagnant son amie Marguerite Moreno chez Andrée Bloch-Levalois. Il va devenir son troisième époux.
thumb|redresse|Son appartement du Palais-Royal, voisin du théâtre du Palais-Royal, côté 9 rue de Beaujolais, sa et sa dernière demeure.
Colette fréquente assidûment la Côte d'Azur. Elle séjourne un temps dans sa villa de Guerrevieille, à Sainte-Maxime, puis elle s'installe plus longuement à La Treille-Muscate, à Saint-Tropez (auquel elle consacre de nombreux essais ou romans comme La Naissance du jour, Bella Vista, Prisons et paradis ou Journal à rebours), qu'elle quitte en 1938 en se plaignant de l'affluence trop importante de touristes à la suite de la promotion de son maire Léon Volterra. Elle vend alors sa villa à l'acteur Charles Vanel.
vignette|redresse|gauche|Colette dans son appartement de l'hôtel Claridge, du avenue des Champs-Élysées à Paris, en 1932Agence de presse Mondial Photo-Presse..
En 1932, Colette, qui a besoin de gagner sa vie, ouvre rue de Miromesnil à Paris un institut de beauté qui n'a pas le succès escompté et qu'elle ferme assez rapidement.
Le , elle reprend la critique dramatique de Gaston de Pawlowski dans Le Journal, publication conservatrice et nationaliste.
Elle retourne au Palais-Royal, toujours au 9, rue de Beaujolais, mais cette fois au , en 1938.
Période de la Seconde Guerre mondiale (1939-1945) En 1940, au moment de l'offensive allemande de mai-juin, elle participe en voiture à l'exode de nombreux Parisiens et se rend en Corrèze où elle rejoint sa fille au château de Curemonte, prêté par la famille Jouvenel.