vignette|redresse=1|Obus-flèche français OFL 120 F1, une forme de pénétrateur à énergie cinétique (APFSDS). vignette|redresse=1|Obus-flèche soviétique 3BM-15 en acier maraging contenant un noyau en tungstène. vignette|redresse=1|Obus-flèche soviétique 3BM-42 « Mango » formé de deux barreaux en tungstène.

Une munition antiblindage (ou munition anti-char ou antichar) est une munition spécialisée contre les blindages.

Se déclinant sous de nombreuses formes, elle est adaptée aux armes d'épaule, aux obus d'artillerie ou aux ogives de missiles.

La munition antiblindage est basée sur les mêmes principes que ceux généralement adoptés pour les obus, répartis en deux catégories : les obus perforants (aussi appelés obus de rupture) ; les obus explosifs.

Types Munitions de la Seconde Guerre mondiale Si les munitions pleines, sans charge explosive, sont apparues avec l'artillerie, les obus dits « de rupture » le sont avant la création des blindés. À côté des obus brisants, explosant à l'impact ou par délai, ils sont conçus pour percer les ouvrages d'art ou les blindages des fortifications et des navires cuirassés. Durant la Première Guerre mondiale qui voit l'apparition et l'usage massif des chars de combat, peu de munitions spécifiquement antichars voient le jour : les blindages des tanks demeurent assez minces pour être vaincus par des obus classiques. Seuls les calibres les plus petits, accueillant une charge explosive trop faible sont dotés de munitions antiblindages, sans être des créations originales : par exemple, le Tankgewehr allemand utilise une balle renforcée pour la lutte antichar, reprenant le principe des contre les blindages de tranchées ; les canons français de et peuvent tirer des obus de rupture créés avant la Grande Guerre (respectivement les modèles 1892 et 1910 « non coiffés », ce dernier modifié en 1916 et 1918, dits André Lefevre selon leurs fusées.). Durant l'entre-deux-guerres, le développement des blindés entraine celui des munitions destinées à les vaincre. Celles utilisées durant le second conflit mondial sont toutes issues de recherches effectuées avant 1939.

Boulets perforants non coiffés sans_cadre|redresse

La plus simple des munitions dites de rupture selon la nomenclature française est un obus plein (AP pour dans la nomenclature internationale. La plupart (comme pour les autres types mentionnés plus bas) comportent en leur sein une cavité (schématisée ici en rouge) contenant une charge explosive (armor piercing high explosive ou APHE / AP-HE), explosant quelques millisecondes après pénétration dans l'intérieur du véhicule pour accroitre les dégâts antipersonnel, ou incendiaire (Armor Piercing Incendiary ou API). De plus, de nombreuses munitions comportent un traceur marquant la course du projectile ; il est alors marqué -T (tracer). La désignation internationale complète d'un obus peut donc être APCBC-HE-T dans le cas d'un PCOT traçant explosif.

Seuls les Britanniques durant le conflit utilisent des obus totalement pleins, dits shot par opposition aux obus shell.

Les munitions AP ont laissé place à des modèles plus élaborés.

Boulet perforant coiffé sans_cadre|redresse

Le boulet plein est doté d'une coiffe de pénétration pour réduire les chances de ricochet lors d'un impact sur un blindage incliné (APC pour ).

Boulet perforant avec fausse ogive sans_cadre|redresse

L'obus plein est coiffé d'une fausse ogive (APBC ou armor-piercing-ballistic-capped) favorisant sa pénétration dans l'air, sa vitesse et par conséquent son énergie cinétique. Les Soviétiques l'utilisent en particulier pour la munition BR-350 A du T-34/76..

Boulet Perforant Coiffé à fausse Ogive (PCOT) sans_cadre|redresse

L'obus antichar APCBC (armor-piercing capped ballistic capped en nomenclature internationale) comporte une coiffe pénétrante et une ogive balistique. Il s'agit du type « classique » le plus usité durant le conflit, par exemple avec la panzergranate 39 allemande.

Projectiles à perforateur lourd sous calibré en carbure de tungstène sans_cadre|redresse

Aussi nommé HVAP (High Velocity Armour Piercing) dans l'Armée américaine ou Hartkern (HK, noyau dur) dans la Wehrmacht, l'obus APCR (armor-piercing composite rigid) est composé d'un noyau au carbure de tungstène sous calibré, enserré dans un métal léger tel l'aluminium.

Doté d'une forte vitesse initiale qui donne d'excellentes performances antichars à courte et moyenne distance, il demeure rare du fait de la matière stratégique et provoque une usure prématurée du tube. Chaque Sherman M4(76) n'en reçoit qu'un par mois en moyenne, en 1945 et la production des panzergranaten 40 allemandes est stoppée en 1943. Peu utilisé car inefficace, les Allemands ont aussi fabriqué un APCR-ersatz à cœur de fer doux (dit panzergranate ) qui a davantage un effet HESH..

Plus efficaces encore que le tungstène, des munitions à uranium appauvri ont été conçues durant le conflit () par les ingénieurs allemands pour une PzGr. 40 de . ; la matière a été plus tard largement utilisée pour des obus-flèches (voir plus bas) et médiatisée durant la guerre du Golfe.

Projectiles à noyau lourd montés avec des jupes déformables vignette|Schéma des APCNR du PaK 41 : obus sous-calibré au tungstène et ersatz en fer doux (Weicheisen).

Cette munition particulière (désignation internationale ou APCNR) ne peut s'utiliser sur un canon conventionnel : il s'agit d'un obus sous-calibré doté d'une enveloppe malléable qui se resserre dans le tube du canon « conique » spécialement conçu, à âme se rétrécissant selon le système Gerlich. Ce resserrement accroit la vitesse initiale ; combiné à une munition au tungstène, il permet une forte pénétration à courte et moyenne distance. La nécessité d'un tube spécial fait qu'il n'a été que relativement peu utilisé, par les Britanniques avec le système Littlejohn du 2 pounder (la munition étant nommée APSV pour Armour-piercing super velocity) et surtout les Allemands avec trois canons à âmes coniques, les s.PzB 41, le.PaK 41 et PaK 41. La France, avant la défaite de 1940, avait testé un prototype danois, le 29/ Larsen.

Obus perforant sous-calibré à sabot détachable

vignette|redresse=1|Obus perforant sous-calibré à sabot détachable de SV Mk.1 britannique avec son noyau en carbure de tungstène. sans_cadre|redresse

Semblable à l'obus APCR, la munition à sabot détachable APDS (Armor-piercing discarding-sabot) s'en distingue par son enveloppe enserrant l'obus. Elle s'en sépare au départ du coup, laissant le projectile sous-calibré doté de la forte puissance propulsive. Bien que testé par les ingénieurs allemands (obus TS ou Treibspiegel), seuls les Britanniques en firent usage pour leur OQF 17 pounder.

Obus à Charge Creuse (OCC) ou Obus Explosif à Charge Creuse (OECC)

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Développée d'après l'effet Munroe, les premières munitions à charge creuse HEAT apparaissent en 1940. Différentes des munitions précédentes utilisant l'énergie cinétique, la charge creuse est plus efficace à faible vitesse initiale, à toutes distances, de préférence pour des obus d'un calibre supérieur à . Schématiquement, il s'agit d'une charge explosive dont la pointe est creusée en entonnoir ; à l'explosion, celui-ci concentre un jet de métal en fusion perçant le blindage.

C'est le seul type de munition, en dehors des balles de fusils antichar (assimilées à des AP), à être utilisé individuellement par des soldats, sous la forme de grenades antichar à main et à empennage (tels les RPG-43 et panzerwurfminen), grenades à fusil (Grenade à fusil modèle 1941 antichar, Number 68 anglaise, panzergranaten de 30 et , la première étant le plus petit calibre usité pour une charge creuse, sans grande efficacité), roquettes (celles du bazooka américain, du Panzerfaust et du Panzerschreck allemand, du PIAT britannique), charges magnétiques (Hafthohlladung) ou de contact (première utilisation de charges creuses contre le fort d'Ében-Émael en 1940, arme-suicide japonaise mine lunge).

Après-guerre, de nombreux missiles destinés aux cibles terrestres sont pourvus de charge creuse. Les missiles antinavire sont dotés de charges brisantes.

Munitions explosives Le tableau serait incomplet sans la mention des munitions explosives (HE) dont la charge n'a aucun dispositif antiblindage, mais dont l'effet soufflant, ou « brisant », est susceptible de vaincre la paroi (faiblement) blindé d'un véhicule. La plupart des nations belligérantes de la Seconde Guerre mondiale usent de munitions antitank explosives, l'Angleterre dès 1940 (grenades numéros 73, 74 et 75 ; munition AT du Smith gun), le Japon (« mine tortue » Mine Type 99, mines humaines ou Hook charge), l'Allemagne (Tellerminen employées manuellement, grenades à manche multiples, charges concentrées geballte ladungen).. Il est à noter que si les obus explosifs (HE) de n'ont qu'un faible pouvoir perforant d'environ , les munitions plus lourdes telles celles des 122 et soviétiques occasionnent des dommages structurels aux chars les plus lourds comme le Tigre.

Le cocktail Molotov incendiaire demeure une arme antichar, mais non à proprement parler « antiblindage ».

Loin d'être obsolètes et visant les organes sensibles des chars (optiques de visée, chenilles, ouvertures ou grilles d'aération), ces charges sont toujours d'actualité sous la forme des Engins explosifs improvisés, et sont prises en compte dans l'élaboration des futurs MBT.

Munitions de l'après-guerre et contemporaines En dehors des munitions d'un calibre inférieur à , celles développées durant la guerre froide jusqu'à nos jours sont de types plus élaborés. Les APCR et APDS sont néanmoins toujours d'actualité, mais l'exception principale est le système HEAT, fortement amélioré jusqu'à faire croire dans les années 1960 à la fin du blindage lourd et la conception d'autres contre-mesure : la vitesse du véhicule par exemple pour l'AMX-30, la conception de blindages spécifiques (blindage composite et Chobham) ou ajoutés (blindage réactif). Pour les contrer ont été développées des charges creuses « doubles », en « tandem ».

Obus à tête d'écrasement Nommé aussi HEP pour High Explosive Plastic par les américains, il s'agit d'un obus explosif non rigide, s'écrasant à l'impact (HESH pour high-explosive, squash-head) et générant une onde de choc qui se répand au travers du blindage. Le réfléchissement de l'onde crée une tension détachant des éclats, voire une « galette » de métal sur la paroi interne (effet spalling). Il n'y a pas pénétration proprement dite. Apparu après-guerre, le principe de ces obus se retrouve néanmoins avec certaines munitions de la Seconde Guerre mondiale, telles la balle du Maroszek ou les obus EP italiens (effetto pronto), des charges creuses « primitives » (les réelles charges creuses italiennes étant les EPS, « spéciale »).

Obus-FLèche (OFL) sans_cadre

L'obus-flèche, développement de l'obus à sabot APDS, est un pénétrateur à énergie cinétique APFSDS (armor-piercing, fin-stabilized, discarding sabot). Ces munitions sont dotés d'un fin perforateur au tungstène, mais aussi à l'uranium appauvri, toutes stabilisées par des ailerons, permettant ainsi à l'obus de suivre une trajectoire plus droite. C'est avec les HEAT le principal type de munitions anti-blindage utilisé dans les années 2000.

Obus Obus perforants Pour percer les blindages épais, il fallut trouver un obus résistant, capable de transpercer la cible avant d’exploser. Lors de la Seconde Guerre mondiale, des obus dits « de rupture » ont été mis au point pour couler les navires fortement blindés (cuirassés ou porte-avions). Ils furent également utilisés pour détruire les batteries côtières ou bunkers.