L'Or du Rhin (titre original : Das RheingoldTitre complet : Das Rheingold, Vorabend zu dem Bühnenfestspiel Der Ring des Nibelungen (L'Or du Rhin, Prologue au festival scénique L'Anneau du Nibelung). ) est un opéra allemand en un acte de Richard Wagner. Il constitue le prologue des trois « festivals scéniques » qui composent avec lui Der Ring des Nibelungen (L'Anneau du Nibelung ou Tétralogie).
La première eut lieu au théâtre national de la Cour de Munich le sous la direction de Franz Wüllner avec August Kindermann dans le rôle de Wotan, Heinrich Vogl dans le rôle de Loge et Wilhelm Fischer dans le rôle d'Alberich.
Historique Inspiration
Comme l'ensemble du Ring, L'Or du Rhin est inspiré de la mythologie germanique et nordique. Selon Deryck Cooke, c'est la Völsunga saga (une source scandinave) qui a influencé en plus grande partie le Ring, cette saga couvrant toute la vie de Sigurd (Siegfried) décrit les relations entre Sigurd et Brünnhilde. Elle propose une histoire détaillée des origines du héros.. La source germanique, rédigé au , a également inspiré Wagner en grande partie pour L'Or du Rhin. ; c'est la seule source dans laquelle Elberich apparaît comme étant un nain très puissant qui possède un anneau magique qui le rend invisible.
Composition vignette|Illustration de la scène II par Ferdinand Leeke (1859-1925). En , Wagner rédigea une brève esquisse en prose de l’opéra destiné à servir de prologue aux 3 journées de L’Anneau du Nibelung. Il hésita sur le nom à donner à ce prologue, envisageant les titres suivants : Der Raub : Vorspiel [Le Vol : Prélude] ; Der Raub des Rheingoldes [Le Vol de l’Or du Rhin] ; Das Rheingold (Vorspiel) [L’Or du Rhin (Prélude)].
Le mois suivant, il jeta sur le papier quelques esquisses pour le premier des trois autres drames de L’Anneau : Siegmund und Sieglinde : der Walküre Bestrafung [Siegmung et Sieglinde : le Châtiment de la Walkyrie]. Entre mars et , à partir de ces esquisses, il développa des projets en prose, qu’il transforma en projets versifiés. D’ici là, il avait décidé de renommer les deux œuvres Das Rheingold et Die Walküre.
Bien que le projet en prose de L’Or du Rhin eût été écrit avant celui de La Walkyrie, le projet versifié de La Walkyrie précéda celui de L’Or du Rhin. De sorte que même s’il y a du vrai dans le fait maintes fois souligné que la composition littéraire de L’Anneau fut conçue à rebours, ce n’est pas totalement exact.
L’esquisse originale en prose de L’Or du Rhin se composait de trois simples paragraphes, chacun numéroté en chiffres romains. Cela semble confirmer qu’à l’origine Wagner imaginait bien L’Or du Rhin comme un opéra en trois actes. Ce qui est confirmé dans une lettre d’ à son ami Théodore Uhlig : « Grands projets pour Siegfried : trois drames, avec un prélude en trois actes. » En 1852, toutefois, L’Or du Rhin était devenu un opéra en un acte et quatre scènes. Néanmoins, il y a de bonnes raisons de considérer la scène (la scène ‘du Rhin’) comme un prologue (Le Vol de l’Or) à la partie principale de l’opéra (Le Walhalla). Ainsi, L’Or du Rhin et Le Crépuscule des dieux, panneaux introductif et conclusif du polyptyque L’Anneau du Nibelung, partagent-ils la même composition ‘prologue + trilogie’ qui caractérise le cycle de L’Anneau dans son ensemble.
La composition musicale de L’Or du Rhin occupa Wagner du au . Il commença par un avant-projet général préliminaire (Gesamtentwurf) à partir de ses propres notes. Ce projet de 77 pages, écrit au crayon, fut terminé le . Le , il se mit à un second avant-projet. Il semble que son intention première ait été un projet compositionnel à l’encre, comme il l’avait fait pour Lohengrin. Mais comme un tel projet pour le Prélude – qui n’est pas grand-chose d'autre qu’une longue succession d’arpèges de mi bémol majeur – aurait équivalu à écrire une vraie partition, il décida de sauter cette étape intermédiaire et d’écrire une partition complète à l’encre. Il se lança dans le Prélude, apportant quelques corrections de détail au passage.
Lorsqu’il en arriva à la Scène 1, il se rendit compte que le reste de l’œuvre nécessitait encore trop de révisions et de réécritures pour qu'il pût rédiger une véritable partition à l’encre, sans en passer par un second projet intermédiaire. Il abandonna alors la rédaction à l’encre pour reprendre l’écriture au crayon, dans laquelle il mit au point la plupart des détails vocaux et orchestraux des quatre scènes. Cette Instrumentationskizze (ébauche d’instrumentation), comme Wagner la nomma lui-même, fut terminée le .
Deux choses à noter au sujet du deuxième projet complet : la partition complète du Prélude (à l’encre) et le projet d’instrumentation du reste de l’opéra (au crayon) constituent ensemble un seul et unique manuscrit (WWV 86A Musik III). Dans le catalogue WWV, ce manuscrit est nommé Partiturerstschrift, terme ordinairement réservé aux partitions définitives de Wagner. Stricto sensu, seule la seconde partie de la partition, à l’encre, est une Partiturerstschrift. Le manuscrit est fragmentaire : 33 mesures manquent, qui incluent les dernières mesures du Prélude et les premières de la Scène 1. Comme c’est le crayon qui est utilisé avant cette lacune, et l’encre après, il est généralement considéré que Wagner passa d’un moyen d’écrire à l’autre à l’entrée des voix (i.e. la mesure de la Scène 1) ; mais à moins que les feuilles manquantes ne soient retrouvées, cela ne reste qu’une supposition.
La phase finale du processus compositionnel fut l’écriture intégrale d’une copie définitive de la partition in extenso (Reinschrift der Partitur). Wagner commença ce travail le , alors même qu’il travaillait encore sur le projet d’instrumentation. L’achèvement de cette copie définitive fut toutefois interrompu et remis à plus tard par sa décision de commencer à travailler sur La Walkyrie, le . Dans le courant de l’été 1854, il engagea un copiste pour compléter la copie définitive de L’Or du Rhin, en utilisant comme modèle son propre travail inachevé. Mais le travail du copiste fut tellement criblé d’erreurs que Wagner le renvoya et dut se remettre lui-même à l’ouvrage. Il y travailla, par à-coups, pendant des mois, tout en poursuivant la composition de La Walkyrie. Le , la copie définitive de L’Or du Rhin était prête. Wagner l’envoya au copiste dresdois Friedrich Wölfel, qui refit une belle et précise copie à l’encre achevée le . Cette copie de Wölfel servit de source de base (Stichvorlage) à la première impression publique de l’opéra entier en 1873.
Wagner fit don de sa propre copie définitive à son mécène, Louis II de Bavière, comme cadeau d’anniversaire le ; ce document fut inclus aux archives royales. Plus d’un demi-siècle plus tard, le manuscrit fut acheté par la Chambre allemande d’industrie et de commerce, pour être offert à Adolf Hitler lors de son anniversaire le . Hitler le conserva jusque dans son bunker de Berlin, où le manuscrit fut détruit en , peu avant la chute de Berlin, en même temps que les partitions autographes des Fées, de La Défense d’aimer et de Rienzi (bien qu’un certain nombre de théories du complot continuent à prétendre le contraire).
Création Créé le au Hofoper (Opéra de la Cour, aujourd'hui le Bayerische Staatsoper, Opéra d'État de Bavière) de Munich sous la direction de Franz Wüllner - puis création dans le cycle entier à Bayreuth le sous la direction de Hans Richter, avec les distributions suivantes :
RôleVoixMunich(Chef d'orchestre : Franz Wüllner)Bayreuth(Chef d'orchestre : Hans Richter) DieuxWotanbaryton-basseAugust KindermannFranz BetzLogeténorHeinrich VoglHeinrich VoglFrickamezzo-sopranoSophie StehleFriederike GrünFreiasopranoHenriette MullerMarie HauptDonnerbarytonKarl Samuel HeinrichEugen GuraFrohténorFranz NachbaurGeorg UngerErdacontraltoEmma SeehoferLuise Jaide NibelungenAlberichbarytonKarl FischerKarl HillMimeténorMax SchlosserMax Schlosser GéantsFasoltbasseToni PetzerAlbert EilersFafnerbasseKaspar BauseweinFranz von Reichenberg Filles du RhinWoglindesopranoAnna KaufmannLilli LehmannWellgundesoprano ou mezzo-sopranoTherese VoglMarie LehmannFlosshildemezzo-sopranoWilhelmine RitterMinna Lammert
Présentation Structure Un prélude orchestral - voir Prélude de L'Or du Rhin . Quatre tableaux, séparés par trois interludes.
Personnages
vignette|Illustration par Arthur Rackham, 1910. Loge rend visite aux filles du Rhin et apprend la disparition de l'Or du Rhin. Wotan, maître des dieux, baryton-basse Donner, dieu du tonnerre, baryton-basse Froh, dieu du printemps , ténor Loge, demi-dieu, maître du feu, ténor Fricka, déesse, épouse de Wotan, mezzo-soprano Freia, déesse de la jeunesse éternelle, sœur de Fricka, soprano Erda, déesse-mère de la terre, contralto Fasolt, géant, frère de Fafner, basse Fafner, géant, frère de Fasolt, basse profonde Alberich, maître des Nibelungen, frère de Mime, baryton Mime, Nibelung, frère d'Alberich, ténor Woglinde, fille du Rhin, soprano Wellgunde, fille du Rhin, soprano Flosshilde, fille du Rhin, contralto D'autres Nibelungen, rôles muets
Instrumentation Wagner a conçu le Ring pour un orchestre qui, en son temps, était exceptionnellement grand. Les orchestres exécutent par habitude l'œuvre avec moins d'instruments que Wagner l'a souhaité, soit par insuffisance d'espace dans la fosse d'orchestre, soit pour des raisons financières, ou encore par choix artistique du directeur musicalL'interprétation studio du Ring par Herbert Von Karajan est particulièrement représentative de ces choix artistiques s'écartant de la volonté du compositeur. Voir l'article Discographie de l'Anneau du Nibelung..
L'effectif orchestral comprend 6 harpes, 16 premiers violons, 16 seconds violons, 12 altos, 12 violoncelles, 8 contrebasses, 1 piccolo, 3 flûtes, 3 hautbois, 1 cor anglais, 3 clarinettes en si et en la, une clarinette basse en si, 3 bassons, 8 cors, 4 trompettes en ut, 1 trompette basse en mi, 4 trombones, 1 tuba contrebasse, des timbales, des cymbales, une grosse caisse, un tam-tam, un triangle et un glockenspiel.
Instrumentation générale du Ring.Cordes6 harpes, 16 premiers violons, 16 seconds violons, 12 altos, 12 violoncelles, 8 contrebassesBois1 piccolo, 3 flûtes, la troisième jouant le deuxième piccolo
3 hautbois, 1 cor anglais jouant le quatrième hautbois,
3 clarinettes si♭ et en la, 1 clarinette basse si♭,
3 bassonsCuivres8 cors, le cinquième, le sixième, le septième et le huitième jouant les tubas wagnériens en si♭ et fa,
4 trompettes en ut, 1 trompette basse en mi♭
4 trombones 2 ténors, basse et contrebasse, tuba contrebassePercussionstimbales, jouées par deux musiciens,
cymbales, grosse caisse, tam-tam, triangle, glockenspiel, enclumes
Argument
Scène 1 vignette|upright=1|Alberich vole l'or du Rhin devant les Filles du Rhin. Au fond du Rhin.Trois ondines, les filles du Rhin, appelées Woglinde, Wellgunde et Flosshilde, nagent dans le fleuve. Les deux premières s'amusant à se poursuivre avec insouciance, leur sœur les rappelle à l'ordre : elles ont mission de garder l'or du Rhin, et elles s'en acquittent bien mal. Alberich, un nain de Nibelheim, apparaît soudain des profondeurs de la terre et essaye de leur faire la cour. Frappées par sa laideur, les filles du Rhin se moquent de ses avances, ce qui désespère le nain. Il remarque un éclat doré qui provient d'un proche rocher, et leur demande ce que c'est. Les ondines lui disent que c'est l'or du Rhin, que leur père leur a dit de garder ; seul celui qui renonce à l'amour peut forger l'or en un anneau qui donnera à son porteur « der Welt Erbe », « la richesse du monde ». Elles pensent n'avoir rien à craindre de ce nain lubrique, estimant que cet être est en constante recherche de l'amour comme le prouvent ses avances. Mais elles confondent amour et désir sexuel ; Alberich, aigri par leurs moqueries, maudit l'amour et s'empare de l'or, jurant de forger « l'anneau vengeur ».
Scène 2