Dans l'Antiquité, et jusqu'à la fin du Moyen Âge, l'orfèvrerie a été inséparable de la richesse et de la monnaie : en effet, la richesse se calculait en poids de métal, et en cas de besoin, on n'hésitait pas à refondre une pièce d'orfèvrerie, tout comme les orfèvres refondaient des monnaies pour fabriquer leurs œuvres. D'autre part, le travail des sculpteurs en monnaie est quasiment un travail d'orfèvre.
Préhistoire et protohistoire On considère généralement que l'homme connaissait l'or au Paléolithique. Cependant, il était peu travaillé : l'homme de cette époque ne connaissait pas encore les techniques de fusion du métal, et se contentait de le sculpter.
L'orfèvrerie en elle-même est née durant l'âge du cuivre (chalcolithique), dans les Balkans. Près de Varna, dans l'actuelle Bulgarie, a été découverte une imposante nécropole contenant des objets en or décorés au repoussé du Article sur la nécropole de Varna. Il s'agissait principalement de parures (colliers, bracelets...). On a même retrouvé des étuis phalliques en or. C'est aussi à cette époque qu'apparurent clairement des différences de classes sociales et de richesses.
Antiquité
L'orfèvrerie en Asie antérieure Époque d'Uruk et de Djemdet Nasr (-3500 av. J.-C. à -2800 av. J.-C.) : premiers cylindres sceaux. La plupart étaient en pierre, et on en a retrouvé certains faits de cuivre.
Les cités-États archaïques de Sumer (-2800 av. J.-C. à -2400 av. J.-C.) : l'orfèvrerie représentait une grande richesse et un grand savoir technique. La couleur était omniprésente, et comprenait des incrustations de lapis-lazuli, de cornaline, d'ivoire et de coquillages. Dans les tombes d'Ur, on a retrouvé des instruments de musique d'une grande richesse, des armes, des bijoux et des objets décoratifs comme des boucs dressés. À Mari, on a trouvé la représentation d'un aigle à tête de lion. L'or employé durant cette période était de l'électrum, un alliage naturel d'or et d'argent.
Époque d'Akkad : 2400-2185 et néo-sumérienne (-2185 av. J.-C. à -2016 av. J.-C.) : on a retrouvé très peu d'objets d'orfèvrerie datant de ces époques. Il faut observer les statues d'hommes et de femmes pour se rendre compte de l'existence des bijoux.
Dynasties amorrites et babyloniennes (-2016 av. J.-C. à -1595 av. J.-C.) : petits objets comme des statuettes d'adorants ou des bouquetins.
Époque kassite : formes plus rudes, tradition continuée.
L'art des Phéniciens au : la technique était parfaite et les motifs utilisés de manière décorative. Des objets retrouvés à Byblos et à Ougarit nous montrent toute la richesse de cet art. On y a trouvé notamment des armes et de la vaisselle précieuse, souvent destinées aux sanctuaires.
Les Assyriens (-1245 av. J.-C. à -612 av. J.-C.) : on connaît principalement le , qui comprend principalement des bijoux reprenant des motifs d'animaux et d'arbres sacrés, qui contrastent avec l'art militaire habituel.
Époque néobabylonienne (-625 av. J.-C. à -539 av. J.-C.) : Babylone a été pillée, rien n'a donc été retrouvé
Époque achéménide : on connaît principalement les trésors de l'Oxus et d'Hamadan. Il s'agit de bracelets et autres bijoux en or, décorés d'animaux, ainsi que de vaisselle précieuse. L'art achéménide fait un peu la synthèse de toutes les influences d'Asie antérieure.
Orfèvrerie de l'Égypte ancienne Pour les anciens égyptiens, l'or avait un caractère sacré et divin, analogue au soleil. En raison de sa brillance et de son inaltérabilité, il était le métal des rois et des dieux. Au-delà de son utilisation décorative, il conférait un pouvoir magique associant à l'éternité celui qui le portait. C'est pourquoi il est une composante essentielle du mobilier funéraire.
La principale caractéristique de l'orfèvrerie égyptienne tout au long de son histoire, est l'importance donnée à la couleur. Chaque couleur ayant une fonction spécifique, généralement protectrice, la plupart des objets en or sont ornés et incrustés de pierres semi-précieuses ou de leurs imitations (verre coloré et faïence).
Culture de Nagada : dès la Préhistoire égyptienne, on trouve des palettes à fards, divers objets découpés dans du schiste ou de l'ivoire recouverts de feuilles d'or (Palette de Narmer).
Période thinite (-3000 av. J.-C. à -2635 av. J.-C.) : Des bijoux combinant or, lapis-lazuli, améthyste, cornaline ou turquoise sont exhumés des premières tombes royales. Des objets aussi élaborés qu'un collier en or composé de 24 coquillages creux sont trouvés dans les tombes non-royales, p. 32-34. Le hiéroglyphe de l'or fait son apparition.
Ancien Empire (-2635 av. J.-C. à -2040 av. J.-C.) : il reste très peu d'orfèvrerie à cause des pillages, mais on a retrouvé dans la pyramide de Sékhemkhet un coquillage en or. La tombe de la reine a révélé de précieux meubles dorés à la feuille et incrustés de faïence ainsi que des récipients d'or et des bracelets d'argent. D'autres colliers sont très larges, à plusieurs rangs de perles en or, turquoise et cornaline.
Moyen Empire : de nouvelles formes (amulettes en forme de scarabée, de cylindre, de poisson, pectoraux trapézoïdaux ornés de cartouches) et de nouvelles techniques (le cloisonné, la granulation et l'incrustation de métal) font leur apparitionL'Or de l'Égypte ancienne, ..
vignette|redresse=0.8|Masque funéraire en or de Toutânkhamon - Nouvel Empire. Nouvel Empire : la conquête de la Nubie entraine un afflux d'or pendant plusieurs siècles. L'orfèvrerie prend alors une importance particulière dans la culture égyptienne : les objets précieux servent à décorer les militaires et à récompenser les fonctionnaires tandis que les bijoux funéraires atteignent une splendeur incomparable : boucles d'oreille, colliers, pendentifs, bagues-scarabées et bagues-sceaux, colliers-ménats, diadèmes et parures de tête, mais aussi armes, vases et statues en or, trésor de Toutânkhamon dont le trône, le masque funéraire et le sarcophage en or massif continuent de fasciner le public. Preuve de son importance sociale, les ateliers d'orfèvres représentés dans les tombes du Nouvel Empire montrent les procédés de fabrication en usage à l'époqueL'Or de L'Égypte ancienne, ..
Basse Époque : loin de marquer une décadence, l'orfèvrerie de la Basse Époque connaît un vrai renouvellement : la fonte du métal atteint son apogée et de nouveaux modèles rajeunissent les traditions ancestrales : cloisonnés aux motifs verts ou bleus, lourds colliers de perles discoïdes en or, pectoraux ornés de fines chaînes terminées par des fleurs délicatement ouvragées, fermoirs à charnières ornés de pendeloques... La production se poursuit jusqu'à l'Égypte ptolémaïque où des motifs égyptiens fusionnent avec des motifs perses (antilope) ou grecs.
Orfèvrerie étrusque
Orfèvrerie grecque et romaine En Grèce, le travail de l'or est attesté depuis l'époque minoenne. Les fouilles des tombes mycéniennes ont révélé de nombreux objets de parure en or (tiares, diadèmes, disques, lis, épingles, bols, rhytons) façonnés au repoussé ou martelés. Les nombreux disques en or étaient vraisemblablement cousus sur les vêtements féminins. On pense que certains objets, de dimensions imposantes, ne pouvaient servir d'objets usuels et n'étaient conçus que pour servir lors de cérémonies rituelles ou être déposés dans les tombes.. Lors de la fouille des tombes royales, Heinrich Schliemann exhuma des masques faciaux grandeur nature en or martelé (masque d'Agamemnon), uniques dans le monde égéen.
L'orfèvrerie s'est ensuite développée à l'époque classique et hellénistique, le perfectionnement des techniques permettant de produire des objets raffinés aux motifs de plus en plus fins et complexes ( à Vergína, parures féminines, cratères en bronze d'aspect "doré", etc). Le trésor de l'Esquilin, découvert en 1793, est à ce jour un exemple unique d'orfèvrerie du Latium.. Cet ensemble d'argenterie remonte à la seconde moitié du av. J.-C.
La corporation des orfèvres est attestée à Rome dès le Mais, les conquêtes romaines favorisent l'afflux de l'or et la fabrication d'objets pour les riches familles. Les principaux trésors ont été retrouvés dans les villas autour de Pompéi (trésor de Boscoreale). Ils témoignent du goût particulier des Romains pour l'argenterie (vaisselle, coupes, seaux, louches...). Si la technique du repoussé est parfaitement maîtrisée par les artisans, d'autres objets sont produits à partir de la fonte à la cire perdue et complétés par une ciselure à froid. Les motifs vont des scènes de la vie quotidienne liées à la fonction des objets jusqu'à des scènes complexes célébrant le pouvoir impérialPar ex. la coupe en argent du trésor de Boscoreale représentant le triomphe de Tibère.
L'orfèvrerie celte vignette|Le casque celte d'apparat d'Agris en fer, bronze, or, argent et corail, , Charente. Un exemple de l'orfévrerie des celtes Les celtes étaient connus comme d'excellent orfèvres.
De tous les arts pratiqués par les anciens Celtes, l'orfèvrerie représente probablement leur domaine de prédilection : celle-ci constitue en tous cas le domaine le plus riche de l'art celtique découvert jusqu'à aujourd'hui. Des motifs proprement celtiques, comme le triscèle, et leur combinaison en entrelacs ont été révélés par cet art.
Moyen Âge
Après la période des grandes invasions, les peuples barbares qui ont détruit l'Empire romain introduisent leur goût du luxe et leur maîtrise du travail des métaux précieux. Les Huns, les Wisigoths, les Francs, les Lombards produisent des bijoux et objets très variés (broches, bagues, boucles d'oreille, fibules, épingles, boucles de ceinture...). Mais, avec la christianisation des royaumes barbares, apparaissent les premiers objets de culte : reliquaires, croix, couronnes votives. Les techniques sont très élaborées. La damasquinure consiste à incruster un fil d'or ou d'argent dans une surface métallique. L'orfèvrerie cloisonnée est caractéristique de cette époque. L'orfèvre dessine un réseau d'alvéoles séparées par des cloisons à l'intérieur desquelles il insère de la verroterie, des grenats ou des émaux.
Les couronnes votives wisigothes combinent les influences romaines et byzantines. Serties de perles, elles se prolongent par des chaînes d'or auxquelles sont suspendues des lettres d'argent formant le nom du souverain qui les offre (trésor de Guarrazar}.
Les orfèvres mérovingiens ont une prédilection pour les motifs zoomorphes (cigales, poissons, aigles...).
Héritière de ses techniques perfectionnées, l'orfèvrerie s'est beaucoup développée en Occident pendant la renaissance carolingienne. Les ateliers d'orfèvrerie comme celui de l'abbaye de Saint-Denis ou ceux de Metz, Reims et Tours produisent des calices, ciboires, reliquaires et châsses ornés de perles et de pierres précieuses. Les orfèvres carolingiens cisèlent dans l'or des scènes tirées des Évangiles et l'orfèvrerie a tendance à s'étendre aux bas-reliefs des autels et aux reliures des manuscrits. Bien que ces chefs-d'œuvre aient été la cible privilégiée des pillards, on peut encore admirer quelques-unes de ces pièces dans les trésors de l'abbaye de Conques ou celui d'Aix-la-Chapelle.
La période romane est particulièrement marquée par le développement des ateliers mosans, l'essor de la dinanderie, la multiplication des fonts baptismaux de métal (voir Renier de Huy). La tendance à emprunter ses modèles à l'architecture et à la sculpture se renforce pendant la période gothique. Les pièces (reliquaires, châsses) prennent parfois des proportions monumentales, s'ornant de colonnes et de statuettes en or ou en métal doré (À Cologne, la châsse des rois mages de Nicolas de Verdun en forme de basilique à trois nefs est ornée de multiples figures d'apôtres et de prophètes). Les reliquaires et ostensoirs se multiplient et se diversifient, accompagnant l'essor de la dévotion (formes anatomiques, livres et croix-reliquaires).
L'orfèvrerie médiévale