La déclaration de guerre de la nation française, sur la proposition du roi, au roi de Bohême et de HongrieIl n'y eut aucune déclaration de guerre à l'archiduché d'Autriche, celui-ci n'étant pas alors un État souverain, mais une des possessions de la maison d'Autriche, faisant partie du Saint-Empire, ni à en tant qu'empereur du Saint-Empire car il ne fut élu empereur des Romains que le 7 juin 1792, puis couronné à Francfort-sur-le-Main le 14 juillet 1792. (cette expression désignant les possessions de la maison d'Autriche et excluant les États allemands du Saint-Empire romain germanique) a lieu le . Tout en relançant le mouvement révolutionnaire, elle entraîne la chute de et ouvre une période nouvelle dans l'histoire de l'Europe.
L'empereur élu, appartenant à la maison d'Autriche, règne sur le Saint-Empire. Il est également roi de Bohême et de Hongrie et a comme allié la Prusse, dont la partie située hors de l'Empire est un État indépendant.
Au mois de , , empereur du Saint-Empire romain germanique, roi de Bohême et de Hongrie, est averti par sa sœur, la reine de France Marie-Antoinette, de la préparation de la fuite imminente de la famille royale de France. Cette nouvelle situation met ce monarque dans l'obligation d'intervenir dans les affaires françaises. La fuite manquée de Louis XVI, arrêté à Varennes, est un des actes les plus importants de la Révolution française. Cette initiative malheureuse du roi précipite la guerre — déclarée au seul « roi de Bohême et de Hongrie », cette expression désignant les possessions des Habsbourg-Lorraine et excluant les États allemands du Saint-Empire — entre la jeune monarchie constitutionnelle et l'Europe dynastique. La présence, non loin des frontières, de l'armée des émigrés a également alimenté cette crise en Europe.
Contexte La révolution de 1789 et l'Europe
vignette|droite|La prise de la Bastille, par l'Anglais Henry Singleton (musée de la Révolution française). Dès le début, le développement des idées révolutionnaires inquiète certains rois européens, qui comprennent immédiatement que les fondements de 1789 détiennent en eux-mêmes un rayonnement suffisamment important pour saper leur pouvoir absolu. Par sa spécificité, la Révolution française véhicule le projet d'un bouleversement radical de l'Europe. Ces réformes démocratiques n'étaient toutefois pas neuves en Europe, l'empereur Joseph II et ses ministres éclairés avaient déjà tenté de les faire appliquer dans l'EmpireJules Delhaize, La domination française en Belgique, Bruxelles, 1908, tome I, : .. Quant à l'Angleterre, il y avait longtemps qu'elle était une monarchie parlementaire constitutionnelle. En Prusse, le monarque (depuis Frédéric II) se considérait comme serviteur de l'État. Plusieurs États européens, comme les Provinces-Unies, la Suisse, Venise ou Gênes, sont des républiques. Peu de pays se montrent insensibles aux événements de France. Certaines élites suivent avec intérêt les événements français, voire s'enthousiasment. Les réactions des souverains sont partagées. Y voyant une forme de décadence, les alliés du royaume de France s'en désolent, d'autres s'en réjouissent.. Dans l'ensemble, les souverains des anciennes monarchies gardent leur sang-froid. À l'égard de la France, il n'existe pas de réelle menace de guerre. La France a d'ailleurs, dès , dénoncé les anciennes alliances, et, un an après, l'Assemblée constituante décrète « que la nation française ne fera jamais la guerre dans le but de procéder à des conquêtes ».
Situation politique de l'Europe en 1791 Les principales puissances européennes ne se désintéressent pas des affaires françaises, mais, impliquées dans leurs propres problèmes, elles font passer la Révolution française au second plan de leurs préoccupations . L'Angleterre, qui sort d'une guerre avec l'Espagne, trouve cette situation avantageuse : une France en pleine désorganisation ne peut que faciliter son commerce, et l'affaiblissement de Louis XVI ne déplaît pas à Léopold II. Dans l'immédiat, les embarras de l'empereur, chef naturel de l'Europe autocratique, ne viennent pas de la France, mais de l'Empire ottoman et de la Pologne. Si Catherine II, impératrice de Russie, soutient les émigrés et prône la croisade contre les « anarchistes » de Paris, ses manigances pour s'emparer et occuper la Pologne paraissent catastrophiques au roi de Prusse, Frédéric-Guillaume II, et à l'empereur du Saint-Empire, Léopold II, ce qui les a contraints à un rapprochement définitif. Le , une entrevue, suivie d'une déclaration, ont lieu à Pillnitz, en Saxe.
Les suites de Varennes Les et , la fuite de Louis XVI et son arrestation à Varennes provoquent le durcissement du mouvement populaire. Dès le , l'Assemblée constituante décide de suspendre le roi. La république devient tout à coup, dans l'esprit de certains, un régime possible, bien que les sociétés populaires jugent les principes républicains inapplicables dans un pays aussi grand que la France. Pour beaucoup, la déchéance de Louis XVI et une régence paraissent encore préférables . Face à l'agitation républicaine, la Constituante dans son ensemble reste monarchiste, et le club des jacobins se cantonne dans une stricte légalité. Puis, pour faire face à la succession de pétitions réclamant la déchéance du roi, l'Assemblée, sur une idée de Barnave, déclare que le roi a été enlevé et, de ce fait, se trouve innocent.
vignette|gauche|Retour de Varennes - Arrivée de Louis Seize à Paris, de Jean Duplessis-Bertaux. Les tenants d'une monarchie constitutionnelle (les futurs Feuillants) comprennent que la chute du roi entraînerait l'écroulement de tout l'édifice fondé par la Constituante. Les modérés s'unissent pour soutenir le roi menacé. Ils prennent prétexte, le , du dépôt d'une pétition, déclarée contraire à la Constitution, pour rétablir l'ordre. Cette reprise en main tourne à une répression sanglante, contre les républicains et les démocrates, lors de la fusillade du Champ-de-Mars. Désormais, un fossé s'est creusé entre les constitutionnels et les mouvements populaires les plus avancés.. La veille, Louis XVI a été rétabli sur son trône par les décrets des 15 et votés par la Constituante, dominée par les députés constitutionnels et royalistes, qui veulent terminer la Révolution.
La révision de la Constitution, achevée le , est acceptée le 13 par le roi, qui formule quelques critiques sur l'organisation des pouvoirs, mais prête serment de fidélité le 14. Léopold II, déjà peu enclin à une intervention en France, n'est pas foncièrement opposé aux réformes constitutionnelles, et approuve le choix de Louis XVI, ce qui ôte à Marie-Antoinette, du moins dans l'immédiat, toute illusion de retour à l'ordre ancien. , dira-t-elle. Le , l'Assemblée constituante se sépare, pensant avoir achevé l'union de la royauté et de la bourgeoisie censitaire contre la poussée populaire et la contre-révolution aristocratique.
La scission des Jacobins (16 juillet 1791) La fuite du roi, le , a fait voler en éclats l'unité de la Révolution et mis au jour les divisions profondes qui existent entre les monarchistes constitutionnels, Jacobins de la première heure, pressés de terminer la Révolution, et les Jacobins démocrates, qui considèrent que celle-ci n'a pas atteint ses objectifs. Le décret du innocentant après sa fuite, est contesté le par une pétition demandant sa mise en accusation. Cette pétition fournit le prétexte permettant à une importante partie des députés de rompre avec un groupe qui s'éloigne de la ligne modérée prônée par le triumvirat : Antoine Barnave, Alexandre de Lameth, Adrien Duport.
Les partisans de la Constitution de 1791 décident de créer leur club rue Saint-Honoré, dans l'ancien couvent des Feuillants, dont ils prennent le nom. Cette scission, aggravée le par la fusillade du Champ-de-Mars, constitue la première grande division interne du mouvement révolutionnaire. Dans un premier temps, cette rupture paraît favorable aux Feuillants. Pourtant, dès la séparation de l'Assemblée constituante, les Jacobins ont reconquis le terrain perduFrançois Furet, Mona Ozouf (dir.), Dictionnaire critique de la Révolution française - « Événements », Flammarion 2007, .. Après le , la plupart des nouveaux élus de gauche à la Législative affluent naturellement au club des Jacobins.
Les Feuillants
Issus de la scission des Jacobins, les Feuillants, ou monarchistes constitutionnels, sont aux Affaires, et prétendent conseiller la Cour. Ce sont des modérés représentant une certaine bourgeoisie et la noblesse aux idées avancées. Profitant du soutien et des suffrages du centre, indécis mais modéré comme eux, ils sont, pour la plupart, opposés à la politique anticléricale et belliciste des GirondinsLe mot « Girondin » doit être pris ici dans le sens large du terme, c'est-à-dire comprenant les Brissotins, les Buzotins, les Rolandins, etc.. Parti de l'ordre, après Varennes, ils prônent une politique de collaboration avec la Cour. Cette politique est vouée à l'échec dès le début, car seuls les Feuillants sont sincères. Le , déjà, la reine explique à Mercy-Argenteau, à Breteuil, à l'empereur : il faut « qu'au moins, pendant un temps encore », ils croient qu'elle est « de leur avis »… jusqu'au moment où les Alliés pourront intervenir et venir la sauver ; et, le , elle écrit à nouveau à Mercy : « Nous n'avons plus de ressources que dans les puissances étrangères, il faut à tout prix qu'elles viennent à notre secours… ».
Les points d'achoppement entre Jacobins et Feuillants vignette|droite|redresse=1.4|Estampe satirique monarchiste représentant le ministre Narbonne avec une tête de linotte, accompagné par trois personnages à tête de hannetons, venant annoncer au club des jacobins la guerre contre le roi de Bohême et de Hongrie en . Remués jusqu'aux entrailles par cette annonce, les Jacobins ont leurs culottes bas et sont assis sur des chaises percées tandis qu'à la tribune, quatre orateurs débattent de la question. Paris, BnF, département des estampes et de la photographie, 1792. Un des principaux points d'achoppement, jusqu'à l'insurrection du 10 août, tourne autour d'une question constitutionnelle : le veto suspensif attribué au roi par la Constitution de 1791Albert Mathiez, Le 10 août, éditions de la Passion, 1989, .. Ce dispositif n'est pas accepté par la plupart des Jacobins et des sociétés populaires. Ainsi, dès le , soit quelques semaines après sa divulgation, la Constitution est attaquée à l'Assemblée, au travers de la personne du roi, accusé de vouloir protéger les ennemis de la Révolution avec ce veto. L'accusation est reprise, le , par Robespierre, qui, aux Jacobins, dénonce le veto que Louis XVI met le en faveur des prêtres insermentés et des émigrés contre le décret de l'Assemblée. L'Incorruptible considère le veto contraire à la Constitution, et envisage l'épreuve de force . La Constitution se trouve, en conséquence, gravement contestée. L'ambition de Barnave et des Feuillants de stabiliser la situation politique en faisant d'abord accepter la Constitution au roi, puis en établissant de bons rapports entre les pouvoirs législatif et exécutif, se révèle vite impossible .
De plus, la question de la guerre divise fortement leur parti, qui s'en trouve très affaibli ; ses modérés redoutent un conflit qui réduirait à néant les acquis de la Révolution . Comprenant le danger qui menace la monarchie, ainsi que l'ordre libéral et bourgeois, ils luttent pour sauvegarder la paix. Mais, en leur sein, les militaires vont évoluer et se rapprocher des vues du général La Fayette, qui se persuade progressivement qu'une guerre limitée et une victoire rapide permettraient aux généraux victorieux d'affermir le roi et d'arrêter définitivement la Révolution. Les illusions de ceux-ci et la trahison de la Cour auront raison de leurs bonnes intentions. Ainsi, la politique qu'ils essayent de mener se révèle sans prise sur l'Assemblée comme sur l'opinion. Dès lors, à terme, leur abaissement et leur disparition deviennent inévitables .