Alexandre-Pierre-François Boëly est un compositeur, pianiste, organiste et professeur français, né à Versailles le et mort à Paris le .
Biographie Né au 21 rue des Bourbonnais à Versailles, Alexandre est issu d'une famille de musiciens. Son père, Jean-François (1739–1814), est haute-contre à la Sainte-Chapelle de Paris, compositeurDont huit recueils d'arrangements pour voix et harpe d'ariettes qui eurent un succès commercial (parus de 1768 à 1781). et professeur de harpe à la cour de VersaillesDe 1779 à 1792, mais il dut perdre bon nombre de ses élèves dès 1789. Le 25 février 1792, la famille est déjà installée à Paris, rue Sainte-Anne, jour de la naissance de la dernière née, Alexandrine (1792–1870), sœur cadette d'Alexandre. et théoricienJean-François Boëly est l'auteur d'un Traité d'harmonie et d'un Traité de composition restés à l'état de manuscrits, mais destiné à briguer un poste au Conservatoire qu'il n'obtint jamais. L'interruption des études d'Alexandre s'explique d'ailleurs par un conflit avec Gossec quand Charles-Simon Catel imposa son propre Traité d'harmonie pour l'usage des Conservatoires, paru en 1802 et que Jean François considère comme très insuffisant. Ce séjour de deux années en province, empêche une brillante carrière pourtant réservé au jeune homme. Les véritables causes dévoilées de l'état d'ignorance des siècles reculés, dans lequel rentre visiblement aujourd'hui la théorie pratique de l'harmonie, notamment la profession de cette science. Paris, Masson, 1806. Le titre ajoute : .. Sa mère, Catherine-Louise Levesque (1755-1804), femme de chambre d'un enfant de la Comtesse d'Artois de 1778 à 1783, a pour père Pierre-Louis Levesque (1724-1797) chantre et auteur d'un Solfège d'Italie (1772) assez célèbre, qui connut cinq rééditions jusqu'en 1830. Son oncle, Pierre-Louis Levesque (1760-?) est aussi Page du Roi. Enfin, il a quatre sœurs qui suivent toutes de rapides et brillantes études à l'ouverture du conservatoire.
Formation Dès sa cinquième année Alexandre reçoit sa première éducation musicale parmi les pages de la musique du Roi, dirigés par son grand-père. À Paris, il a d'abord pour maître son père, doué d'une solide culture, puis dès l'ouverture du Conservatoire de Paris en 1796 – Alexandre est alors dans sa onzième annéeAlexandre entre au Conservatoire le 10 octobre 1796. – il commença le violon avec Henri Guérillot (1749–1805), sans grand succès apparemment, et surtout le piano. L'hypothèse a été émise qu'il avait commencé avec Madame Hélène de Montgeroult (1764–1836) jusqu'en Date à laquelle elle n'enseigna plus dans l'institution (cf. ). Il n'existe aucun document permettant d'éclaircir ce point. H. de Montgeroult, disciple de Hüllmandel (lui-même élève de CPE Bach) est l'auteur d'une monumentale méthode de piano de plus de 700 pages, étalées sur trois volumes : Cours complet pour l'enseignement du forte piano conduisant progressivement des premiers éléments aux plus grandes difficultés (1816). À noter que H. Jadin eut pour professeur ce même Hüllmandel et que les Jadin sont des amis de la famille Boëly, tous versaillais., puis avec le pianiste-compositeur et pédagogue tyrolien Ignaz Ladurner (1766-1839). Ladurner, fils d'organiste et organiste à ses heures., formé à Munich et fixé à Paris depuis 1788, devient professeur au conservatoire de jusqu'à son éviction en 1802 (comme le violoniste Guérillot, écarté lui aussi lors d'un remaniement professoral). Début 1798, Boëly s'initie, entre autres, à Bach, Haydn et Clementi. Mais il ne termina jamais ses études au conservatoire à cause d'un déménagement en province, ce qui lui ferma le concours du Prix de Rome, ou un poste de professeur dans l'établissement. Il avait quinze ans. À son retour, deux ans plus tard, il est possible qu'il reprît des cours particuliers avec Ladurner, ce que la dédicace de son opus 1, publié en 1810 semble confirmer..
On ignore précisément le déroulement de sa formation de compositeur ou celle de l'organiste. En composition, il doit beaucoup à la lecture directe des œuvres (la bibliothèque du Conservatoire est fort riche). Ce que Fétis confirme :
En tout cas, avant sa vingtième année, il signe des œuvres de chambre accomplies.
, écrit A. Farrenc en 1858. Sa carrière se précise seulement vers 1826. Il s'initia sérieusement à l'orgue semble-t-il à partir de 1830, date à laquelle il fait installer un clavier de pédale à l'allemande sous son piano personnel, ce qui constitue une grande première en France. Il fera de même en 1840 à sa tribune de Saint-Germain. Il est certain qu'il fréquente avec assiduité la tribune de Saint-Gervais, qui fut celle d'Armand Louis Couperin. et tenue par Jean-Nicolas Marrigues qu'Alexandre connaît de longue dateIl existe un dessin anonyme représentant les deux musiciens jouant à la tribune de Saint-Gervais. Il est reproduit dans .. Ceci explique sans doute le style particulier et personnel du compositeur : .
Les orchestres français après l'Empire, ne disposant pas des effectifs de vents nécessaires à l'interprétation du répertoire de Mozart ou Beethoven, Boëly se spécialise dans l'adaptation pour un second piano de ces pupitres. Dans les concerts organisé par Marie Bigot (1786-1820) qui est une a pour partenaires Baillot (créateur du Concerto de Beethoven en France), Lamare, Boëly et Auber. C'est souvent lui qui tient cette partie après avoir joué à l'alto d'autres œuvres. On dispose des parties de quatre concertos de Mozart ainsi arrangés pour l'orgue ou l'harmonium : Kv. 450, 459, 467 et 488.
Son goût pour le classicisme et sa prétention à faire de la bonne musique, son manque d'ambition mondaine, l'isolèrent de la scène musicale parisienne qui préférait des œuvres patriotiques ou italiennes, selon le goût de Napoléon, explique le peu de popularité de Boëly. Plus tard, des musiciens comme Cherubini, Rossini, Bellini, mais aussi, Meyerbeer, Paganini, connurent le succès, tandis que Beethoven en France, restait ignoré ou peu apprécié, Boëly lui, proclamait son admiration pour le compositeur de Fidelio ! Les premières sonates opus 1 ou les Trios opus 5 en portent la marque.
L'organiste En , il est nommé organiste à l'église Saint-Germain-l'Auxerrois. Âgé de cinquante-cinq ans, il est au sommet de son art et inspire le respect : c'est enfin un artiste heureux, confiant : . Il exécute des œuvres de compositeurs inconnus ou peu appréciés du public : Bach (considéré comme une vieille perruque, réputé injouable ou scolaire...), Frescobaldi, Couperin. Il contribua à la formation directement ou indirectement de l'école d'orgue de la génération suivante par l'intermédiaire d'Alkan, FranckCe que confirme Léon Valras : (L. Valras, La véritable histoire de César Franck, Flammarion, 1955), Lefébure-Wely, Saint-SaënsLe maître dédie à son élève sa Toccata op. 21., Ambroise Thomas ou ChauvetOrganiste de l'église de la Trinité, mort à trente-et-un ans (cf. ). qui viennent l'entendre à Saint-Germain l'Auxerrois jouer Bach.
Il fut congédié fin pour son « austérité », parce que le public et le clergé s'ennuient..., bien que ses amis et connaisseurs le soutiennent et en savent le talent. La paroisse avait perdu son qualificatif de « royale » depuis 1848.
Quant à l'œuvre pour orgue, elle est . Au moment même où l'orgue commence à renaître. Un de ses élèves, Eugène Vast, âgé de seize ans, prend le relais. Boëly se défait de son poste à la maîtrise de Notre-DameIl y enseignait le piano à pédalier qui préparait les élèves à occuper la tribune. Il en possédait un depuis 1830, fabriqué selon ses instructions. et reprend ses leçons.
Jusqu'à sa mort, il fut professeur particulier de piano, l'un des meilleurs de Paris selon ses contemporains et notamment Pierre Baillot, professeur de violon au Conservatoire, et coauteur de la méthode utilisée avec Rode et Kreutzer. On notera que Boëly assista à tous les concerts de musique de chambre organisés par le célèbre violoniste (soit 154 en tout), mais on n'y joua jamais ses œuvres. Il meurt au 27 de la rue Ponthieu à Paris, le lundi et repose au cimetière de Montmartre (division 2, chemin des Israëlites, ligne 3, tombe 6). Lors de ses obsèques à Saint-Philippe-du-Roule, Camille Saint-Saëns tint l'orgue.
Postérité Boëly fut et demeure inconnu du grand public, mais il n'en a pas moins joué un rôle déterminant dans la renaissance de la musique française au Stéphane Goldet, La musique française, le règne d'Eugène Scribe, dans : Histoire de la musique occidentale, Fayard 1988, ..
Œuvres Il laisse une œuvre abondante : musique de chambre, des œuvres pour piano, dont deux sonates et une centaine d'études, de la musique pour orgue (douze Cahiers de pièces de différents caractères, quatre Livres pour orgue à pédales) ainsi que quelques œuvres liturgiques, en particulier deux messes brèves.
Œuvres pour piano Musique de chambre Musique d'orgue Musique vocale Musique pour orchestre Arrangements
Piano Les compositions de piano embrassent la période de 1805 à 1857.
Deux Sonates pour piano, op. 1 (dédiées à Ignaz Ladurner – pub. 1810, I. Pleyel et NadermanLes liens sont nombreux entre les Boëly et l'éditeur. François-Joseph Naderman est éditeur, mais aussi harpiste, comme Jean François Boëly, qui y a fait republier le Solfège d'Italie de Levesque à la même époque. En outre, Naderman éditait aussi Ladurner, le professeur d'Alexandre. À noter que Naderman a publié quelques années plus tôt une partition que compléta Boëly : L'Art de la fugue...). La page de titre précise Boëly fils, le père de Boëly était encore vivant.
Trente Caprices ou Pièces d'études, op. 2 (dédiés à Madame Marie Bigot - pub. fin 1816 ou début 1817, Boieldieu jeune [Louis Armand]) Marie Bigot (1786-1820), avait suivi son époux en 1804 à Vienne, bibliothécaire du Prince Rasoumovski... Elle y avait été élève de Beethoven, avant son retour en France fin 1809. À Vienne elle avait aussi rencontré Haydn et Salieri. À l'époque de la publication de ce cahier, outre ses activités de composition pour son instrument, elle donnait des cours, entre autres, aux enfants Fanny et Felix Mendelssohn qui résidaient à Paris. C'est chez Marie Bigot qu'eurent lieu, dès son retour, bien des séances de quatuors avec Baillot et Boëly (). Brigitte François-Sappey (note 38 ) fait remarquer que Choron et Fayole citent les Essercizi de Scarlatti sous le nom de Trente caprices.
Trente Études pour le piano, op. 6 (dédiées à Frédérik W. Kalkbrenner - comp. 1818-28BNF, m. 3791. Il s'agit du manuscrit ayant servi pour la gravure à quelques amendements près. Le manuscrit contient les doigtés qui ne se retrouvent pas chez Pleyel, Boëly ayant précisé (). On trouve des brouillons datés de 1823 à 1828, dans les ms. 192 et 192 bis à Versailles. – pub. 1830, Ignaz Pleyel) Le recueil est conçu dans son ordre chronologique, sans ordre tonal ou didactique. en mi-bémol majeur, poco allegro sostenuto e legato (jusqu'au : entre 1816 et 1823) en si mineur, allegretto en fa majeur, allegro moderato en fa mineur, allegro moderato en la majeur, allegretto leggieramente en ut majeur, allegro en mi-bémol majeur, allegro en si mineur, larghetto sostenuto en mi mineur, allegretto en sol-bémol majeur, andante con espressione () en mi mineur, allegro vivace () en mi majeur, allegro moderato () en ut-dièse mineur, allegretto () en fa majeur, presto ma non troppo () en la-bémol majeur, cantabile sostenuto () en ut-dièse majeur, allegro con bio en la majeur, andante con molto espressione en la mineur, vivace () en sol majeur, a tempo giusto. Se retrouve dans le cahier d'orgue op. 43 en ut mineur, con fuoco () en la-bémol majeur, allegretto en si majeur, allegro () en ré mineur, allegro un poco agitato en mi-bémol majeur, poco adagio en mi majeur, romanza con espressione en sol majeur, allegro canone all'unisono () en mi-bémol majeur, poco agitato con espressione en la majeur, allegro con brio. En canon () en mi mineur, allegro moderato ma con fuoco