Le château de Caen est un ensemble fortifié du centre-ville ancien de Caen, qui se dresse sur un éperon rocheux sur le territoire de la commune française de Caen, dans le département du Calvados, en région Normandie. Fondé vers 1060 par le duc Guillaume de Normandie, il est remanié au fil des siècles. Avec ses , c’est l’un des plus grands châteaux forts d’Europe..
Le château, à l'exception des bâtiments construits au , est classé aux monuments historiques.
Depuis la deuxième partie du , le château accueille deux musées (musée des Beaux-Arts de Caen et musée de Normandie). Plusieurs œuvres d'art ont été installées à l'intérieur de l'enceinte du château.
Localisation Le château est établi dans la plaine de Caen, sur le bord sud d'un plateau de médiocre élévation qui s'interpose entre cette plaine et la côte de la Manche, dominant d'assez loin l'Odon, et la basse vallée de l'Orne., dans laquelle s'est développée la ville ancienne de Caen. La place forte crée par Guillaume de Normandie se situait au centre des terres occidentales de son duché, près du point de passage le plus favorables pour les routes transitant de l'est à l'ouest du duché.
Historique Occupations antérieures au
Peu de traces d'occupations antérieures au ont été trouvées. Des fosses d'habitat de l'époque gauloise ont été fouillées en 2024-2025. Le mobilier céramique découvert date d'environ 150 à 50 avant notre ère.
Sous les fondations du mur roman nord de la nef de l'église Saint-Georges, une fosse contenant des squelettes a été retrouvée. L'église aurait donc pu être fondée dès le , voire plus tôt pendant le haut Moyen Âge, sans que l'on puisse l'affirmer avec certitudeLucien Musset, Les actes de Guillaume le Conquérant et de la reine Mathilde pour les abbayes caennaises, Caen, Mémoires de la Société des antiquaires de Normandie, 1967, , ..
Château ducal (vers 1060-1204) vignette|droite|L'entrée primitive côté université. Origines du château À partir du , la croissance agricole caractéristique de cette période entraîne la création de nombreux marchés locaux. Les seigneurs, désireux de contrôler le développement des villes et villages, érigent des châteaux et souvent accompagnent ces établissements par la fondation d'un établissement religieux. Caen est un bon exemple de ce qu'on peut appeler un « bourg castral ». Situé dans une riche plaine agricole, Caen n'échappe en effet pas à la règle et connaît un rapide développement le long de la rive gauche de l'Odon .. Il est donc possible qu'un premier élément fortifié, une enceinte linéaire de fossés et de palis, ait existé vers 1025, date à laquelle Caen est qualifié de burgus (bourg) dans une charte de .. Toutefois aucun élément archéologique ne vient conforter cette théorie.
En 1057, l'armée du roi des Francs, , revenant du Bessin franchit l'Orne à Caen : Quoi qu'il en soit, c'est le duc de Normandie Guillaume II faisant de Caen la capitale de son duché, alors simple agglomérat de villages, sans forteresse ni fortification, qui met en place une véritable citadelle à partir de 1058/1060 sur un éperon calcaire, qu'il isole par un fossé, dominant la basse vallée de l'Orne. Il s'agit sûrement d'un moyen de contrôler cette agglomération qui prend de l'ampleur ; l'absence de lien entre le château et la ville à cette époque semble confirmer cette thèse. Mais le duc mûrit un plus grand dessein. Marqué par la rébellion des barons du Cotentin pendant sa jeunesse, il souhaite disposer d'un point d'appui sûr en Basse-Normandie. Le site de Caen, à proximité de la mer et à équidistance de Rouen et du Cotentin, est donc choisi par Guillaume afin d'y construire sa forteresse. La construction du château, au même titre que la fondation des deux abbayes caennaise, l'abbaye aux Hommes et l'abbaye aux Dames, montre la volonté du souverain d'établir une deuxième capitale dans la partie occidentale du duché de Normandie.
vignette|droite|Salle de l'Échiquier ().
Résidence princière Toutefois, dès ses origines, le château de Caen semble être davantage une résidence princière où le duc-roi exprime sa puissance et son prestige qu'une forteresse au rôle militaire affirmé. L'élément le plus important du château est en effet le palais constitué d'appartements privés destinés à la famille princière (les camerae), d'une chapelle (la capella) et surtout d'une Grande Salle, salle d'apparat (l'aula). Certes, le château est protégé par les fossés et par l'escarpement rocheux, retaillé pour être plus abrupt, et dès la fin du règne de Guillaume le Conquérant, la simple palissade qui devait ceinturer le plateau a été remplacée par une muraille de pierre.
Mais le château souffre déjà de son archaïsme d'un point de vue militaire. L'enceinte d'une vaste emprise (), sur plan polygonal, inclut la paroisse et l'église Saint-Georges, pouvant constituer une gêne. Toutefois le château assurera un rôle de refuge tout au long du Moyen Âge. Plus grave, sa localisation à mi-pente le rend très vulnérable : il surplombe la ville qui se développe à ses pieds au sud, mais il est lui-même dominé au nord par les coteaux où s'élève aujourd'hui le campus 1, et il n'est protégé que par une simple tour-porte située au nord de l'enceinte, qui en est l'entrée principale carrossable, alors qu'il existe au sud une poterne piétonnière.
Renforcement du château au Robert Courteheuse, héritier de Guillaume pour la Normandie, n'intervient pas dans l'aménagement du site, contrairement à son frère , qui le supplante dans le duché en 1106. Il surélève le rempart, le renforce de onze tours quadrangulaires qui flanquent de manière irrégulière les du périmètre de l'enceinte et de deux tours circulaires, sans compter celles des portes. Il érige vers 1120/1123 un donjon-palais à proximité de la tour-porte, afin d'en renforcer la défense. Cette tour carrée, protégé par un mur d'enceinte large de plus de et doublé par un fossé, est un véritable château à l'intérieur du château. Il fait partie des nombreuses tours construites par le roi d'Angleterre après sa reprise en main du duché de Normandie.. Bernard Beck citant Robert de Torigni dit : .
Plus ou moins à la même époque, le roi d'Angleterre fait également construire une nouvelle « », aujourd'hui connue sous le nom de salle de l'Échiquier. Deux fois plus grande que la précédente, elle permet de répondre au faste de la cour royale. Cet usage survivra, puisque son successeur y accueille par deux fois, en 1158 et 1173, le roi de France , et avec ses fils (Richard Cœur de Lion et Jean sans Terre) y organisent en 1182 une fastueuse cérémonie pour les fêtes de Noël afin de démontrer la supériorité de sa cour et donc son prestige à ses adversaires, notamment le roi de France Philippe Auguste. Fait rare, une seconde salle d'apparat, plus petite, est semble-t-il construite à la fin du , probablement sous Plantagenêt, au sud-ouest du grand hall sur l'esplanade surplombant la villeVirginie Jamin, « Le château de Guillaume continue de livrer ses secrets » dans Ouest-France, édition de Caen, ...
Le rôle administratif et politique du château reste prégnant. Sa garde appartient au sénéchal de Normandie mais le château est placé sous l'autorité immédiate du connétable de Normandie. Le trésor royal, d'abord conservé à Falaise, migre au château de Caen qui est également le siège de la prévôté et la prison ducale. La place abrita deux conciles, dont l'un ayant pour objet de lever l'interdit déclenché à la suite de l'assassinat de Thomas Becket. L'étude des Grands rôles de l'Échiquier montre également que la résidence princière caennaise est l'une des plus visitées par les ducs-rois. Et surtout son rôle politique et administratif y est clairement identifié, surtout à partir de 1170 quand l'administration fiscale et judiciaire est partiellement sédentarisée à Caen.
Dans la deuxième partie du , l'intérêt militaire que portent les souverains anglais au château de Caen s'amoindrit. Le duché n'est pas tiraillé par des troubles internes importants ; la menace provenant davantage de la frontière avec la France à l'est, Richard Cœur de Lion concentre ses efforts dans la vallée de la Seine. Après la mort de son frère, Jean sans Terre utilise le château comme prison dans le conflit qui l'oppose à son neveu Arthur de Bretagne en y enfermant ses partisans dont leur chef Hugues de Lusignan, comte de la Marche devenu son ennemi. Jean sans Terre avait à l'occasion même de leur mariage projeté à Angoulême enlevé Isabelle d'Angoulême à Hugues de Lusignan, pour l'épouser un peu plus tard, provoquant « la commise » des terres de Jean en France par Philippe Auguste. C'est dans le château que Jean, après que Philippe Auguste lui a déclaré la guerre, vient se mettre à l'abri avec sa jeune épouse Isabelle.
Château royal (1204-1789) Remaniements de Philippe Auguste vignette|Le donjon du entouré de sa chemise du sur une vue de 1702.
La ville et le château de Caen font leurs soumissions en 1204 à Philippe Auguste trois jours avant que ce dernier n'arrive à Caen, faisant marche sur la ville après avoir pris Falaise. Comme ailleurs dans le duché, le roi de France entreprend d'importants travaux afin de moderniser la forteresse. Dans le but de dégager la vue en cas d'attaque, il fait également raser un grand entrepôt qui se trouvait devant l'ancienne enceinte du donjon. Afin d'améliorer les défenses au nord, le donjon carré est entouré d'une vaste chemise flanquée à chaque angle par une puissante tour ronde, à l'image du Louvre bâti dix ans plus tôt, et isolée par un profond fossé. L'ensemble est doublé au nord par une autre tranchée tout aussi abrupte en fer à cheval qui forme ainsi une zone tampon appelée Roquette ou Garenne. L'accès au nord étant bouché par ces aménagements, l'accès se fait désormais à l'est par une porte fortifiée, la porte des Champs ou « de Secours », précédée de sa barbacane. Enfin deux tours circulaires sont érigées à l'est (tour Mathilde) et à l'ouest (tour Puchot) à la jonction avec les fortifications de Caen. Grâce à ses réalisations, le monarque dispose d'une citadelle plus sûre, mais il démontre également sa puissance dans l'une des principales villes de ce territoire nouvellement conquis.
Le commandement du château est alors donné à un « capitaine des chastel et ville de Caen », regroupant ainsi les deux fonctions jusqu'alors séparées. L'administration de la région confié au bailli royal, et tous deux résident dans la forteresse.
Une forge est construite entre les deux salles d'apparat. Jusqu'au , le quart nord-ouest du château est dévolu principalement au travail du fer..
De la résidence princière au pôle administratif Le château de Caen n'est plus une résidence princière et les visites royales se font rares. Saint Louis en 1256 et 1269, Philippe le Bel en 1307 et 1310, en 1315, qui y promulgue la Charte aux Normands. serait le dernier à y séjourner le , ses successeurs préférant loger en ville lors de leur passage à Caen. Le château accueille aussi parfois des hôtes de marque, comme Richard d'York, lieutenant général de Normandie et gouverneur de France et de Normandie, pendant l'occupation anglaise.
Mais le château conserve surtout un rôle administratif important. L'Échiquier de Normandie s'y réunit une fois par an jusqu'à sa sédentarisation de fait en 1302 à Rouen. Le bailli de Caen, représentant du roi dans cette partie de la province, réside au sein de l'enceinte du château dans le Logis du Roi, mentionné pour la première fois en 1338. Le Logis du Roi, aujourd'hui connu sous le nom de Logis du Gouverneur, abritait les appartements personnels du bailli, une chapelle privée, les bureaux du bailliage et une salle d'audience.. En 1450, le bailliage s'installe rue Catehoule (actuelle rue de Geôle). Le pouvoir royal est alors incarné par le gouverneur des villes et du château de Caen qui réside dans l'ancienne demeure du bailli. D'ailleurs la charge est souvent réunie à celle du bailli, quand elle n'est pas déléguée à un lieutenant général..