La Constitution de 1848 est la constitution votée en France le par l'Assemblée nationale, organe constituant, régissant la République, proclamée les et . Elle fut abrogée le par la promulgation de la Constitution de 1852, qui modifia profondément le visage de la République et servit de base au Second Empire qui fut officiellement proclamé quelques mois plus tard, le , par Louis-Napoléon Bonaparte.

Illusion républicaine du printemps 1848 En février 1848, une minorité de Parisiens, profitant de l'effet de surprise et de l'inertie du gouvernement, renverse le roi Louis-Philippe . Le gouvernement provisoire, issu du milieu politique parisien, hésite sur la nature du nouveau régime, tant que la province ne se sera pas prononcée. Lamartine obtient la proclamation de la République, mais fait rejeter le drapeau rouge comme nouvel emblème national et adopter le drapeau tricolore. Il est clair dès l'origine qu'une partie des républicains ne veulent pas d'une république sociale.

Nombreux sont les ralliements à la République. Les authentiques républicains (les républicains de la veille), assez peu nombreux, sont rejoints et submergés par les républicains du lendemain, qui se recrutent parmi les monarchistes légitimistes, jubilant de voir l'usurpateur orléaniste chassé du pouvoir. On y retrouve également les orléanistes d'opposition, qui sont heureux de la disparition du chef du gouvernement François Guizot, dont l'immobilisme politique a conduit à la révolution, mais ils ne sont pas prêts à accepter une république sociale.

Partout, les corps constitués (magistrats, enseignants, ministres des Cultes) se rallient au nouveau régime. Le gouvernement remplace les fonctionnaires d'autorité (préfets) par des commissaires de la République, qui lui sont favorables. Mais les ralliés investissent nombre de postes de contrôle de la vie provinciale en profitant du faible nombre de républicains.

Partout, de février à avril, un vent de fraternité souffle sur la France : on organise des banquets républicains (voir campagne des banquets), on plante des arbres de la Liberté sur les places publiques. Mais les difficultés économiques et sociales, qui sont les causes essentielles de la révolution de février, persistent et sont aggravées par les troubles révolutionnaires. À Paris, les ouvriers du bâtiment obtiennent (décret du ), après leur manifestation du , l'abolition du recrutement par marchandage et la réduction de la journée de travail, qui passe de 11 à 10 heures dans la capitale, et de 12 à 11 en province. Les ateliers nationaux, destinés à fournir du travail aux chômeurs, sont créés le . Des sociétés coopératives se forment (à Paris, tailleurs se regroupent dans une société fraternelle, qui reçoit des commandes du gouvernement). Il y a des affrontements violents entre les patrons et leurs salariés pour obtenir des hausses de salaires. Autour de Rouen, centre textile important, on signale des faits de luddisme (destruction de machines) par des paysans-artisans concurrencés par les grandes filatures et les tissages mécaniques. Le chemin de fer Paris – Le Havre est attaqué par des mariniers, des éclusiers et des voituriers ruinés par ce nouveau moyen de transport. Les campagnes connaissent des troubles agraires. L'administration des Eaux et Forêts, qui restreint le droit de pacage, est violemment prise à partie par les éleveurs de chèvres et de moutons dans les Alpes, les Pyrénées et le Jura. Dans l'Isère et dans le Var, les petits paysans et les ouvriers agricoles s'en prennent aux gros paysans qui ont interdit les droits d'usage (vaine pâture…). La peur du rouge, du partageux, du communiste s'installe progressivement.

La campagne pour les élections à l'Assemblée constituante met fin à l'unanimisme politique.

L'Assemblée constituante Les républicains de la veille sont conscients du danger que court la toute nouvelle république. Le suffrage universel masculin, institué le , va donner beaucoup de poids politique aux ruraux, les trois quarts de l'électorat. Ils ont peu été atteints par la propagande républicaine et sont sous l'emprise économique des notables (« not'maître »), dans les régions de fort métayage, et de la direction idéologique du clergé catholique concordataire soumis à ses évêques. Aussi, le , à Paris, une grande manifestation impose au gouvernement le report des élections de quinze jours (pour le ). Mais le , une nouvelle manifestation visant à un nouveau report est brisée par le ministre de l'Intérieur Ledru-Rollin, s'appuyant sur la Garde nationale, issue des quartiers bourgeois de la capitale.

De plus, le monde paysan bascule dans le camp défavorable aux républicains. Pour faire face aux difficultés financières, le ministre Garnier-Pagès institue, le , une augmentation de 45 pour cent des contributions directes, qui effraie les propriétaires, bien que le gouvernement accorde des dégrèvements aux moins fortunés et suspende la perception jusqu'aux élections. Le gouvernement tente d'influencer le vote des provinciaux en dépêchant dans les départements des commissaires spéciaux et des clubistes républicains de Paris. Mais cela convainc moins qu'indispose.

Les élections ont lieu le jour de Pâques et, dans de nombreux villages, les électeurs sont allés voter après la messe, en procession, curé en tête. La participation est massive, avec plus de 84 % de votants. Les nouveaux élus se recrutent presque exclusivement dans la bourgeoisie. Il n'y a aucun paysan, et les ouvriers-artisans ne sont qu'une quinzaine sur 800 élus ! La nouvelle assemblée compte près de 300 monarchistes, camouflés en républicains du lendemain. On y retrouve le légitimiste comte de Falloux ou l'avocat Berryer ; s'y côtoient des orléanistes tels Odilon Barrot ou Charles de Rémusat. Il n'y a que 285 républicains de la veille, et les radicaux et les socialistes sont une centaine (dont Ledru-Rollin et Louis Blanc). Les résultats électoraux sont mal acceptés à Rouen et à Limoges, où des affrontements ont lieu entre les partisans des listes républicaines et ceux des « camouflés ».

Réunie le , l'Assemblée porte à sa tête le « socialiste » chrétien Buchez, qui y restera environ un mois. Dès le , elle forme un Comité de Constitution. Mais avant d'entreprendre la fondation du régime, la majorité souhaite se débarrasser de l'hypothèque de la « république rouge ». Un nouveau gouvernement (la Commission exécutive) permet d'éliminer les hommes les plus à gauche du précédent gouvernement. Étienne Arago, Garnier-Pagès, Pierre Marie et Lamartine sont conservés, mais Ledru-Rollin ne doit son maintien qu'à l'intervention de Lamartine, mettant en garde contre l'affront fait aux républicains s'il est évincé. Le , l'assemblée refuse la proposition de Louis Blanc de créer un ministère du Travail et se contente d'une commission d'enquête sur le sort des travailleurs. Elle interdit les délégations des clubs à l'Assemblée pour y déposer des pétitions (vieille pratique de la révolution de 1789). Le , elle profite d'une manifestation républicaine en faveur de la Pologne, qui se bat pour s'affranchir de la tutelle russe, pour faire arrêter les chefs républicains (Auguste Blanqui, Raspail, Huber, Armand Barbès, Albert).

Aux élections complémentaires du , le parti de l'Ordre progresse. Adolphe Thiers est élu dans 4 départements, Louis-Napoléon Bonaparte est élu dans 4 départements mais renonce à siéger. Par contre, les démocrates et les socialistes ont des élus à Paris (Joseph Proudhon et Pierre Leroux). Ainsi confortée, la majorité ferme les ateliers nationaux le . Les classes populaires de Paris se soulèvent. Ce sont les journées de Juin 1848. Elles sont écrasées dans le sang par l'armée, la Garde nationale et la Garde mobile sous les ordres du général républicain Louis-Eugène Cavaignac. Les survivants sont déportés en Algérie. Aux élections complémentaires du , le parti de l'Ordre se renforce de nouveau : il y a 15 monarchistes sur 17 élus (dont Louis-Napoléon Bonaparte, qui décide de siéger).

Élaboration de la Constitution

thumb|Promulgation de la Constitution, place de la Concorde, le 12 novembre 1848, par Jean-Charles Geslin, musée Carnavalet.

Le , l'Assemblée décide, à l'unanimité, la création, en son sein, d'une commission de Constitution, commission spéciale chargée de préparer un projet de constitution, « Séance du 11 mai 1848 », (lire en ligne ).. Le lendemain, , elle décide qu'elle sera composée de dix-huit membresAssemblée nationale, , « Séance du 12 mai 1848 », (lire en ligne ).. Les 17 et , elle procède à leur élection. Sont élus, le , Cormenin, Marrast, Lamennais, Vivien, Tocqueville et DufaureAssemblée nationale, , « Séance du 17 mai 1848 », (lire en ligne ). puis, le , Martin, Woirhaye, Coquerel, Corbon, Tourret, Beaumont et DupinAssemblée nationale, , « Séance du 18 mai 1848 », (lire en ligne ). ainsi que Vaulabelle, Barrot, Pagès, Dornès et ConsiderantAssemblée nationale, , « Séance du 18 mai 1848 », (lire en ligne ).. À côté du socialiste Victor Considerant, on y trouve Odilon Barrot, orléaniste, Jules Dufaure, orléaniste, Alexis de Tocqueville, conservateur, Cormenin, un républicain modéré, qui est le président, et Armand Marrast, qui est le rapporteur. Ces trois derniers sont partisans d'un régime présidentiel à l'américaine. Un projet est envoyé devant les commissions de l'Assemblée dès la fin mai, mais ces dernières ne commencent la discussion qu'après les journées de Juin. Les discussions sont vives et permettent au Comité de Constitution d'amender son projet, qui est déposé pour la discussion générale le . L'examen article par article a lieu du au . Le texte est de nouveau envoyé devant le Comité de Constitution du au . La discussion finale se déroule du 2 au .

La discussion de la déclaration des Droits montre l'orientation conservatrice que les constituants veulent imprimer à la nouvelle république. C'est le droit au travail qui déchaîne les passions. En référence à l'Article 21 de la Constitution de l'An II, les républicains et les socialistes veulent que la Constitution en intègre le principe, disposition très attendue en cette période de fort chômage. Adolphe Thiers s'oppose, argumentant qu'il est dangereux de promettre que l'on pourra toujours offrir du travail. Par ailleurs, il pense que cela démobilisera l'effort d'épargne des salariés (bien mince, il est vrai, en raison des faibles salaires de l'époque). Tocqueville y voit l'introduction du communisme en France, cette « nouvelle forme de servitude ». Le droit du travail est remplacé par un vague droit à l'assistance, bien moins contraignant. La devise républicaine Liberté, Égalité, Fraternité est encadrée par les principes Famille, Travail, Propriété et Ordre, sur la proposition de Théodore Ducos.