Juan Domingo Perón (prononcé : Prononciation en espagnol d'Amérique retranscrite selon la norme API.), né le à Lobos et mort le à Olivos, est un militaire, homme d'État et écrivain argentin. Premier président de la nation argentine à être élu au suffrage universel, il fut le dernier à ce jour à avoir assumé la présidence à trois reprises, chaque fois à la suite d’élections démocratiques. Il est à l’origine du péronisme, qui est resté jusqu’à ce jour l’un des mouvements politiques populaires les plus importants dans l’histoire de l’Argentine.

Il fut l'un des fondateurs du Groupe d’officiers unis (GOU), une société secrète nationaliste argentine formée pour renverser le président Ramón Castillo et maintenir la neutralité de l'Argentine pendant la Seconde Guerre mondiale.

Il prit part à la Révolution de 1943 organisée par le groupe d’officiers unis, qui mit un terme à la dénommée Décennie infâme. Ayant su ensuite se construire une base de pouvoir par une alliance avec les courants syndicaux socialiste, les nationalistes argentins et syndicaliste-révolutionnaire, il fut amené à occuper tour à tour le département du Travail, le secrétariat au Travail et à la Prévoyance, le ministère de la Guerre, et la vice-présidence de la Nation. Dès les deux premières fonctions, il mena une politique favorable aux secteurs ouvriers et prit des mesures propres à rendre effectives les lois du travail : ainsi mit-il en place les conventions collectives, le statut de l’ouvrier agricole, les tribunaux de prud’hommes, et permit-il aux employés de commerce de bénéficier du système de retraites. Si ces mesures lui valurent l’appui d’une grande partie du mouvement ouvrier, elles suscitèrent aussi l’hostilité des milieux patronaux, des hauts revenus qui seront à l’origine, à partir de 1945, d’un ample mouvement anti-péroniste. En octobre de cette même année, des militaires opposés à son influence croissante dans le gouvernement provoquèrent une révolution de palais, contraignirent Perón à la démission, puis le firent mettre en détention, ce qui déclencha la journée du 17 octobre 1945, vaste mobilisation ouvrière qui réclama sa libération, jusqu’à l’obtenir. Cette même année encore, il épousa María Eva Duarte, qui jouera un rôle politique important sous la première présidence de Perón.

Il avait auparavant occupé plusieurs postes gouvernementaux, notamment ministre du Travail et vice-président sous les présidents Pedro Pablo Ramírez et Edelmiro Julián Farrell.

Candidat à la présidence lors de l'élection de 1946, il remporta le scrutin. Quelque temps plus tard, il fusionna les trois partis qui avaient soutenu sa candidature pour fonder d’abord le Parti unique de la révolution, ensuite le Parti justicialiste; après la réforme constitutionnelle de 1949, il fut réélu lors de l'élection présidentielle de 1951, la première dans l’histoire du pays à se tenir au suffrage universel, incluant cette fois les femmes aussi bien que les hommes. En plus de poursuivre ses politiques en faveur des couches sociales les plus démunies, son gouvernement se caractérisa par la mise en œuvre d’une ligne nationaliste et industrialiste, en particulier pour ce qui touche aux industries textile, sidérurgique et militaire, aux transports et au commerce extérieur. En politique internationale, il adopta, dans le cadre de la guerre froide, une troisième voie entre l’Union soviétique et les États-Unis. Dans la dernière année de son gouvernement, il affronta l’Église catholique, exacerbant ainsi l’opposition entre péronistes et antipéronistes, puis son gouvernement durcit ses persécutions non seulement contre des groupes terroristes et putschistes, mais aussi à l’encontre de l’opposition politique et des organes de presse de l’opposition. Dans la foulée d’une série d’actes de violence de la part de groupes civils et militaires antipéronistes, dont en particulier le bombardement de la place de Mai en , Perón fut renversé par un coup d’État en septembre de cette même année.

La dictature civico-militaire subséquente, dite Révolution libératrice, proscrivit le péronisme de la vie politique et abrogea la réforme constitutionnelle, y compris donc les mesures de protection des secteurs sociaux les plus défavorisés et l’égalité juridique entre hommes et femmes. À la suite de son renversement, Perón s’exila au Paraguay, puis successivement au Panama, au Nicaragua, au Venezuela, en République dominicaine et finalement en Espagne. Veuf depuis 1952, il convola en troisièmes noces durant son exil avec María Estela Martínez de Perón, mieux connue sous le nom d’Isabel. En son absence, un mouvement, nommé Résistance péroniste, composé de divers groupes syndicaux, religieux, culturels, de bandes de guérilleros, d’associations de quartier, de mouvements de jeunes et d’étudiants etc., surgit en Argentine, avec pour objectif commun le retour de Perón et la tenue d’élections libres et sans exclusives.

Perón tenta de revenir en 1964, mais la dictature brésilienne, sur les instances du président argentin Illia, y fera obstacle. Il revint finalement en Argentine en 1972, pour s’y fixer définitivement en 1973. Nonobstant que Perón fût toujours frappé de proscription, le péronisme, en la personne d’Héctor José Cámpora, désigné délégué personnel de Perón, remporta les élections de mars 1973, qui marqueront le début de la période dite troisième péronisme. Des factions internes au mouvement péroniste se mettront alors à se combattre, politiquement mais aussi au travers d’actions violentes ; à la suite de l'assassinat de son proche ami José Ignacio Rucci par l'extrême gauche, Perón apporta son appui aux fractions « orthodoxes » (péroniste d'extrême droite) de son parti, dont certaines créeront clandestinement le commando para-policier connu sous la dénomination Triple A, destiné à poursuivre et assassiner les militants qualifiés comme étant « de gauche », péronistes ou non. Un mois et demi après son investiture, le président Cámpora démissionna et de nouvelles élections furent convoquées, cette fois sans proscriptions. Perón, aux côtés de son épouse, s’y présenta en comme candidats respectivement à la présidence et à la vice-présidence et, ayant obtenu une nette victoire, installa son gouvernement en octobre de la même année. Toutefois, il mourut au milieu de l'année 1974, laissant la présidence aux mains de la vice-présidente, qui fut renversée sans avoir pu achever son mandat. Le péronisme cependant continuera d’exister, et remportera ultérieurement plusieurs scrutins électoraux.

Origines familiales

Juan Domingo Perón naquit à la fin du à Lobos, petite ville pampéenne de la province de Buenos Aires. Ses père et mère n’étant pas mariés au moment de sa naissance (ils ne se marieront que plus tard), il fut enregistré comme « enfant naturel ».

En raison des insuffisances documentaires de l’époque, du haut degré de métissage interethnique de la société coloniale et post-coloniale argentine, ainsi que des distorsions induites par le système racial espagnol traditionnel autour de la « pureté de sang », les ascendances familiales et ethniques de Juan Perón sont encore mal élucidées et font l’objet de controverses entre historiens, notamment en ce qui concerne la date et le lieu précis de sa naissance. En 2000, le médecin et historien Hipólito Barreiro publia les résultats de ses recherches sur la naissance et l’enfance de Perón dans un livre intitulé Juancito Sosa: el indio que cambió la historia., tandis qu’en 2010 et 2011, l’avocat et historien Ignacio Cloppet faisait paraître les siens à propos des registres généalogiques relatifs à Juan Perón et Eva Duarte, dont il avait remonté les traces, dans certains cas jusqu’à des centaines d’années en arrière... Ces deux recherches ne se recoupent guère, étant donné que les travaux de Barreiro sont centrés sur des faits non enregistrés officiellement et ceux de Cloppet sur les données des registres officiels.

Père, mère et fratrie

La mère de Juan Perón, Juana Salvadora Sosa (1874-1953), Argentine née dans la zone de Lobos (province de Buenos Aires), avait eu son premier enfant, le frère aîné de Juan Domingo, Mario Avelino, à l’âge de 17 ans, alors qu’elle était encore célibataire. Le père de Juan Perón était Mario Tomás Perón (1867-1928), Argentin né à Lobos, qui exerçait la profession de magistrat..

Avant de se marier, le couple avait eu trois enfants ensemble : Mario Avelino (Lobos, ― Sarandí, ) ; Juan Domingo, objet du présent article ; Alberto (né en 1899), décédé en bas âge.

Juan Domingo fut inscrit sous ce prénom à l’état civil de Lobos le par son père. Dans l’acte de naissance, il est indiqué qu’il était né le jour précédent et qu’il était l’« enfant naturel du déclarant », sans qu’il soit fait mention du nom de la mère. En 1898, plus de trois ans plus tard, il fut baptisé dans l’église catholique, sans indication du nom du père, et enregistré sous le nom de Juan Domingo Sosa.. La mère et le père de Juan Domingo finirent par se marier à Buenos Aires le .

Grands-parents et bisaïeuls

vignette|300px|Registre du recensement du , correspondant au district 01 (zone urbaine) de Lobos. Dans les lignes de 9 à 11 du feuillet apparaît consignée la famille de Juan Domingo, qui devait naître cette même année, cinq mois plus tard :9. Sosa Juana, m [mujer, femme], 20 [ans], s [soltera, célibataire], no [ne sait pas lire et écrire] ;10. Perón Mario, v [varón, homme], 27 [ans], s [soltero, célibataire], employé, si [sait lire et écrire] ;11. Perón Mario A, v [varón], 3 [ans], s [soltero]. Les grands-parents maternels de Juan Domingo étaient Juan Ireneo Sosa Martínez et Mercedes Sosa Toledo, tous deux Argentins. Le grand-père maternel, maçon de son état, était né dans la province de Buenos Aires, et la grand-mère maternelle à Azul, également dans la province de Buenos Aires.

Le grand-père paternel de Juan Domingo était Tomás Liberato Perón (1839-1889), Argentin né à Buenos Aires, médecin de profession ; il remplit un mandat comme député provincial mitriste, fut professeur de chimie et de médecine légale, membre du Conseil d’hygiène publique et conseiller de la faculté des sciences physico-naturelles de l’université de Buenos Aires. La grand-mère paternelle était Dominga Dutey Bergouignan (1844-1930), uruguayenne née à Paysandú.

Les parents de son grand-père paternel étaient Tomás Mario Perón (1803-1856), Génois né en Sardaigne, qui émigra en Argentine en 1831, et Ana Hughes McKenzie (1815-1877), Britannique née à Londres. Les parents de sa grand-mère paternelle étaient Jean Dutey et Vicenta Bergouignan, originaires de Saint-Étienne-de-Baïgorry et de Banca dans le Pays basque français.

Premières années

vignette|Acte de naissance de Juan Domingo Perón du 8 octobre 1895, constatant qu’il naquit le « jour d’hier ». vignette|Extrait de naissance de Perón établi en 1898. vignette|Le musée Casa Natal de Juan Domingo Perón, sis au de l’actuelle rue Presidente Perón (anciennement de la calle Buenos Aires), dans la ville de Lobos. vignette|L’enfant Juan Domingo Perón en 1899, alors âgé de 4 ans, aux côtés de son frère aîné Mario Perón et de sa mère Juana Sosa.

La position officielle, arrêtée dans la loi de 2001, considère que Juan Domingo Perón naquit le , quand même l’acte de naissance établi ce jour-là indique que la venue au monde avait eu lieu la veille. Le lieu de naissance officiel est Lobos, petite localité dans le centre-nord de la province de Buenos Aires, elle-même sise dans le centre-est de la république d’Argentine ; toutefois, quelques années encore avant la naissance de Perón, la localité n’était qu’un fortin militaire sur la ligne de démarcation entre les Provinces-Unies du Río de la Plata et le territoire des peuples tehuelche, ranquel et mapucheBiographie de Perón, sur le site de l’Instituto Nacional Juan Domingo Perón..