, officiellement Constantin comme nom de règne (en latin : Flavius Constantinus Augustus, en grec : ), né le et mort en juillet ou à Syracuse, en Sicile, fils de et de Gregoria Anastasia, est un empereur byzantin de 641 à 668.

arrive jeune sur le trône, après la mort précoce de son père, au terme de plusieurs mois de succession difficile à la mort d'Héraclius. Petit-fils de ce dernier, il gouverne dans le cadre d’une régence dont l'organisation exacte nous échappe mais qui lui permet progressivement de prendre les rênes de l'Empire. Confronté au choc profond des conquêtes musulmanes, le début de son règne voit la perte de l'Égypte et le début de la conquête de l'Afrique byzantine, laquelle paraît de plus en plus éloignée de Constantinople. Surtout, en Anatolie, il peine à consolider des défenses byzantines de plus en plus assaillies, sur terre mais aussi sur mer par un califat en pleine expansion.

En dehors de ces efforts militaires réels, Constant tente de stabiliser un empire en crise. Dans les Balkans, il se distingue par des tentatives énergiques mais incomplètes pour freiner la pénétration slave. Mais c'est surtout en Italie qu'il mène la politique la plus audacieuse. Comme bien d'autres empereurs, il tente de trouver une solution de compromis aux divergences théologiques de son temps, au travers de la défense du monothélisme. Il s'oppose alors frontalement à la papauté, allant jusqu'à faire arrêter le pape . Vers la fin de son règne, confronté à son impopularité à Constantinople, il se lance dans une tentative de recentrage du pouvoir politique byzantin, au travers d'une campagne militaire inédite en Italie. Il se rend d'abord à Rome, ne réussit pas à repousser durablement les Lombards puis s'installe à Syracuse de 663 jusqu’à sa mort, dont les circonstances restent mystérieuses, laissant le trône à son jeune fils .

Empereur vilipendé par les chroniqueurs pour ses prises de positions théologiques, parfois mal connu en raison du manque de sources et régulièrement contesté lors de son règne, les historiens modernes lui reconnaissent l'énergie dont il fait preuve pour tenter de stabiliser un empire en crise. Son règne apparaît ainsi comme une phase de transition décisive entre l'Antiquité tardive et le monde byzantin médiéval, marquée par la survie résiliente de l'Empire face à des menaces systémiques.

Les sources vignette|upright|Icône représentant Théophane le Confesseur, principale source byzantine du règne de , qu'il critique vivement.|alt=Photographie d'une icône d'un vieil homme en tenue religieuse.

Perspectives byzantines Le règne de se déroule dans une période de bouleversements profonds pour l'Empire byzantin, marquée par la perte de l'Égypte, la fragmentation des provinces orientales, la réorganisation militaire en Asie Mineure et le repli stratégique en Méditerranée centrale. Cette époque est également caractérisée par une rareté relative des sources historiques contemporaines, phénomène qui rend difficile une reconstruction continue et précise de la politique impériale, autant qu'une vision claire de la personnalité de , 3..

La Chronique de Théophane le Confesseur, rédigée au début du , demeure la principale source narrative pour appréhender les événements du règne de . Bien que postérieure de plus d'un siècle, elle s'appuie sur des matériaux aujourd'hui disparus, notamment la Chronique de Théophile d'Édesse et d'autres annales intermédiaires non identifiées. Son récit est cependant teinté d'une lecture moralisatrice, parfois hostile à , en particulier sur sa politique religieuse et son transfert de résidence à Syracuse, perçu comme un abandon de Constantinople.

Parmi les autres sources byzantines de la période iconoclaste, le Breviarium du patriarche Nicéphore est notamment particulièrement lacunaire sur le règne de Constant. Georges le Moine, dans sa chronique ultérieure, reprend et amalgame les récits de ses prédécesseurs, sans toujours permettre de trancher sur les événements critiques comme l'usurpation de Mezezius ou la mort de .

Si la postérité de dans le monde byzantin est globalement marquée par son impopularité, voire son rejet, certains historiens postulent que des écrits plus ou moins contemporains sont le signe d'une propagande impériale en sa faveur. Gian Luca Potesta voit ainsi en lui le mentionné dans une légende liée à la Sibylle tiburtine. Celle-ci, rapportée dans le Vaticinium de Constant, évoque l'arrivée d'un souverain capable de triompher des ennemis de l'Empire et de la chrétienté. Dans le contexte des crises du et des conquêtes musulmanes, ces discours aux accents eschatologiques sont alors particulièrement développés, à l'instar de l'Apocalypse du pseudo-Méthode. Si les historiens ont parfois associé le Constant mentionné dans ces légendes à l'empereur du , Potesta estime plus probable qu'il s'agisse de , dans la continuité d'autres légendes comme celles associant Héraclius à un nouvel Alexandre le Grand.. Cela expliquerait également l'importance de l'implication de l'empereur dans les questions religieuses à cette période, pour tenter de trouver la formule qui permettrait de parer aux défis de son temps, quitte à s'opposer à la papauté.

Sources extérieures à l'Empire Les sources extérieures à l'Empire sont particulièrement utiles pour compléter le tableau d'un règne mal couvert par les écrits byzantins. Le Liber pontificalis, complété par le récit de Paul Diacre et celui d'Agnellus de Ravenne, fournit un éclairage précieux sur les relations entre et la papauté, notamment l'arrestation de , les tensions avec Vitalien, et la question de l'autocéphalie de Ravenne. Le récit de la Vie grecque de et les lettres de Maxime le Confesseur permettent également d’aborder la controverse du monothélisme dans une perspective doctrinale et politique. Ces sources se montrent généralement hostiles à , du fait de sa politique agressive à l'égard de la papauté. Des historiens ont aussi mis en évidence des chroniques plus tardives, comme celle de Frédégaire, qui est également défavorable à Constant, qui incarne la décadence religieuse de Constantinople.

Les chroniqueurs arabes, comme Al-Tabari et Al-Baladhuri, bien que postérieurs, évoquent les grandes étapes des conquêtes musulmanes et permettent de reconstruire la chronologie des campagnes militaires, même si leur attention reste concentrée sur les succès arabes et la diplomatie du califat. À cela s'ajoutent les chroniques maronites et arméniennes (Ghévond, Movsès Kaghankatvatsi), qui proposent des vues alternatives sur la situation au Levant, en Arménie et en Anatolie orientale. La chronique attribuée à l'Arménien Sébéos, qui se termine en 661, présente notamment l'avantage de sa contemporanéité.

Sur un sujet encore plus obscur comme la situation dans les Balkans, les historiens doivent s'appuyer sur des textes parfois bien postérieurs aux événements comme la Chronique de Monemvasia ou des textes religieux dont la fiabilité est sujette à caution, comme les Miracles de Saint Demetrios..

Enfin, les sources numismatiques, longtemps négligées, sont devenues des instruments d'analyse majeurs pour comprendre la communication impériale et l'évolution administrative du règne. Les études de David Woods, Marcus Phillips et Salvatore Cosentino ont mis en évidence l'importance des frappes provinciales (Alexandrie, Chypre, Ravenne) et leur rôle dans la transmission d'un message idéologique, notamment dans le contexte des conquêtes et des réformes militaires..

Perspectives modernes Les interprétations modernes du règne de sont variables et dépendent pour partie des sources ou de leur absence. Ainsi, Walter Emil Kaegi le qualifie d'énigmatique, tant il peut paraître complexe d'appréhender certains aspects de son règne, comme son départ pour la Sicile. Au , Edward Gibbon reprend l'interprétation des chroniqueurs byzantins qui vilipendent Constant. Il met notamment l'accent sur le fratricide qu'il commet, apparenté à un sacrilège et faisant du départ de Constant pour la Sicile une fuite face au peuple et à un châtiment dont il ne peut échapper : . Finalement, il écrit qu'il meurt, .. Les historiens plus modernes sont plus favorables à son égard, soulignant souvent son énergie et sa volonté, à l'instar de John Bagnell Bury. Dans le volume qu'il lui consacre, Andreas Stratos le décrit comme énergique et plutôt juste, tout en ayant des penchants autoritaires et bornés. Il lui reconnaît ses efforts face aux défis de l'Empire, même s'il n'est pas doté des talents de son grand-père et apparaît pénétré des valeurs impériales romaines. De même, Warren Treadgold reconnaît l'énergie qu'il met à gouverner l'Empire, avec un sens de l'urgence qu'il souligne.

Le règne de Constant est surtout caractérisé par les bouleversements de fond qui frappent alors l'Empire byzantin, au point de faire du début de son règne une des grandes bornes chronologiques de l'histoire byzantine. C'est alors la fin de l'Empire romain tardif, période dans laquelle l'Empire d'Orient garde de nombreux aspects de la romanité traditionnelle tandis que les décennies et les siècles à venir ouvrent vers une adaptation des structures impériales à un contexte nouveau. participe de cette transition mais également de ces hésitations, à l'instar de son essai de relocalisation à Syracuse, illustration d'un empire en quête de nouveaux équilibres.

Premières années Jeunesse et personnalité , né sous le nom d'Héraclius Constantin le , est le fils aîné de l'empereur , lui-même fils d'Héraclius, et de son épouse Gregoria Anastasia. Sa naissance en 630 intervient dans un contexte dynastique fragile, marqué par la vieillesse d'Héraclius et les tensions entre les différentes branches de la famille impériale. À la mort d'Héraclius en , l'Empire est confié conjointement à et à son demi-frère Héraclonas, fils d'Héraclius et de sa nièce et seconde épouse, Martine. Cependant, cette co-régence tourne rapidement à l'affrontement. meurt dès Vraisemblablement aux alentours du 24 mai, bien que d'autres sources évoquent le 20 avril ()., probablement de la tuberculose, alors que des accusations d'un empoisonnement orchestré par Martina circulent largement, ce qui fragilise la position du jeune Constant, âgé d'à peine onze ans. Malgré tout, un papyrus semble attester qu'il a été nommé césar lors du bref règne de son père, consolidant ainsi sa prétention au trône..

S'il est réputé de petite taille, d'où potentiellement son surnom de Constant, rien n'est connu de sa vie privée ou de son caractère. Les récits laissés par des chroniqueurs qui lui sont souvent hostiles en font un homme cruel, détesté de tous et profondément seul, parfois décrit comme le nouveau Caïn.

Accession au trône et régence vignette|L'Empire byzantin en 650. La province byzantine d'Espagne est alors perdue pour l'Empire depuis deux décennies.|gauche