James Barry Munnik Hertzog (né le à Soetendal près de Wellington dans la colonie du Cap - mort le à Pretoria au Transvaal en Afrique du Sud), est un juriste, un général boer et un homme d'État, avocat, conseiller (émérite) du roi et chef de gouvernement d'Afrique du Sud.
D'abord juge dans l'État libre d'Orange, il est conseiller juridique des forces de l'État libre au début de la seconde guerre des Boers en 1899 puis chef militaire d'un Kommando boer. Signataire du traité de Vereeniging qui met fin à la guerre en 1902, Hertzog est ensuite député et ministre de l'Éducation du gouvernement de la colonie britannique de la rivière Orange (1907-1910) ainsi que délégué à la convention nationale constitutive de l'union d'Afrique du Sud (1909-1910).
Membre du parlement d'Afrique du Sud pour la circonscription de Smithfield (1910-1940), fondateur du parti national en 1914, il est ministre de la justice (1910-1912) et des affaires indigènes (1912 et 1924-1929), avant d'être premier ministre de l'union d'Afrique du Sud (1924 à 1939) ainsi que le premier ministre des Affaires étrangères du pays (1927-1939). Il est également cofondateur du parti uni en 1934.
Défenseur de la cause afrikaans, fondateur de l'académie sud-africaine pour la langue, la littérature et les arts, créateur du prix Hertzog, il est l'un des pères du nationalisme afrikaner.
Famille et études 180px|thumb|left|JBM Hertzog en 1889 à Amsterdam avec d'autres étudiants sud-africains 180px|thumb|left|James Barry Hertzog durant ses années d'études à Amsterdam James Barry Munnik (JBM) Hertzog était le de Johannes Albertus Munnik Hertzog, descendant d'immigrés allemands et de Susanna Maria Jacoba Hamman. C'est à Kimberley, où il passa son enfance, qu'il développa une certaine aversion pour les mineurs étrangers en particulier les britanniques.
En 1881, ses parents l'envoient avec ses 3 frères faire des études supérieures à Stellenbosh où il s'intéressa à la politique et prit fait et cause pour le recouvrement de l'indépendance de la république sud-africaine du Transvaal. En 1889, renonçant à sa première vocation qui était la théologie, il part étudier le droit à l'université d'Amsterdam aux Pays-Bas. En 1892, il passe sa thèse de doctorat et revient en Afrique du Sud. Inscrit comme avocat au barreau du Transvaal, il ne peut pratiquer dans la colonie du Cap et s'établit donc en 1893 à Pretoria. En 1894, il épouse Wilhelmina Jacoba (Mynie) Neethling, rencontrée à Stellenbosch, et a 4 enfants, une fille morte en bas âge et 3 fils dont Albert, futur ministre.
En 1895, il est nommé juge dans l'État libre d'Orange où il se lie d'amitié avec le président Marthinus Steyn.
Le général boer
Au déclenchement de la deuxième guerre des Boers, il est nommé conseiller juridique des forces de l'État libre à Kimberley. Nommé général le où, sur le front Sud de l'État libre d'Orange, des milliers de Boers déposaient les armes, il réussit à y rétablir la situation.
En , il est à la tête d'une force de combattants avec laquelle il attaque les garnisons britanniques. Puis il traverse le fleuve Orange le et avance jusqu'à la voie ferrée au nord de De Aar. Il lance ensuite un raid vers Calvinia. Le , il atteint la côte de l'océan Atlantique à Lamberts Bay. À cette époque, De Wet opère également dans la colonie du Cap et Hertzog décide de le rejoindre, mais il est contraint de repasser le fleuve Orange et d'abandonner son projet.
Lors des pourparlers de paix à Vereeniging, il réclame auprès des Britanniques une égalité de traitement entre les langues anglaise et néerlandaise dans la future administration, ce que refuse Lord Milner qui ne veut qu'une langue officielle, l'anglais. Hertzog est d'accord mais pour le néerlandais. En fin de compte, il sera quand-même un des signataires du traité de Vereeniging mettant fin à la guerre et à l'indépendance des républiques boers, désormais colonies britanniques.
Ascension politique (1907-1914) 180px|thumb|James Barry Hertzog, jeune avocat à Pretoria 180px|thumb|J.B.M. Hertzog En 1904, Hertzog commence à s'engager activement dans la vie politique de ce qui est devenu la colonie britannique de la rivière Orange.
En 1907, il est élu au parlement pour la circonscription de Smithfield qu'il représentera pendant 33 ans. Ministre de l'éducation de la colonie de la rivière Orange, il impose le bilinguisme anglais/afrikaans dans l'enseignement provincial.
Grand militant de l'afrikaans néerlandais il propose la création d'un organisme capable de « promouvoir la langue et la littérature néerlandais en Afrique du Sud ». Cet organisme, nommé Académie sud-africaine pour la langue, la littérature et les arts, se réunira pour la première fois le à Bloemfontein.
En 1908-1909, il est aussi délégué à la convention nationale chargé de proposer une constitution commune pour les 4 grandes colonies d'Afrique du Sud. Il fait partie de la délégation qui se rend à Londres pour suivre l'adoption du South Africa Act par le parlement britannique. Après la formation de l'union d'Afrique du Sud le , il est nommé ministre de la justice et des affaires indigènes dans le premier gouvernement du nouveau pays formé par Louis Botha. En , la coalition des partis afrikaners qui avait porté Louis Botha à la victoire fusionne en un seul mouvement, le Parti sud-africain. Sous la direction de Botha et de Smuts, le parti milite pour la réconciliation et l'union des communautés blanches, la coopération avec la Grande-Bretagne et le traitement de la population noire avec une bienveillance paternaliste. Hertzog se distancie très vite de cette politique. Pressé de libérer l'Afrique du Sud de ce qu'il estime être la domination des « aventuriers étrangers en quête de fortune », il veut que les Afrikaners et les Anglais soient autonomes les uns des autres mais égaux tout en maintenant à l'écart les populations noires. Il craint d'ailleurs une alliance entre la minorité anglophone et les populations de couleurs pour imposer leur domination sur les Afrikaners. Il se fonde notamment sur le fait qu'au Cap, où les noirs ont le droit de vote sous condition restrictive, ceux-ci ont toujours voté avec la minorité anglophone contre les aspirations des communautés afrikaans.
Le , Hertzog en appelle dans un discours à Smithfield au nationalisme sud africain et à l'indépendance des afrikaners en dehors des frontières de l'Empire britannique. Sa version de l'égalité linguistique créait des crises dans le système éducatif de l'État libre d'Orange ce qui force Botha à présenter sa démission et à reconstituer un gouvernement sans Hertzog. Celui-ci n'est pourtant pas sans soutien prestigieux comme les généraux Christiaan de Wet, Koos de la Rey ou l'ancien président Steyn.
Le fondateur du Parti National (1914) 180px|thumb|DF Malan et JBM Hertzog en 1919 Dans le contexte de l'Afrique du Sud de l'époque marquée par les atrocités commises durant la guerre des Boers, un chef de file afrikaner était jaugé par ses compatriotes sur son discours à l'égard des Britanniques et sur les relations préconisé entre les Afrikaners et la minorité anglophone. Le fait que la population noire soit majoritaire dans le Dominion et exclue de tous les leviers de pouvoirs n'était pas alors un problème central. Pour Hertzog, les Afrikaners étaient « une nation distincte » avec une langue distincte et un caractère distinct et indépendant. Pour Hertzog, le destin de l'Afrikaner était défini par une lutte sévère et constante pour la domination de l'Afrique du Sud.
En , Hertzog rompt définitivement avec Louis Botha et avec le parti sud-africain. Il fonde avec plusieurs anciens généraux Boers le Parti national (NP) dont il prend la direction.
Le représentant des aspirations afrikaners (1914-1924) thumb|left|JBM Hertzog en couverture de Time Magazine en 1925 Au moment du déclenchement de la Première Guerre mondiale, il s'oppose à l'implication de l'Afrique du Sud dans le conflit et manifeste sa sympathie avec la cause allemande, avec les Allemands du Sud-Ouest africain et à la rébellion Maritz. Il mène une délégation en Angleterre pour plaider sa cause auprès du premier ministre Lloyd George mais sans mandat du premier ministre sud-africain, il ne peut s'exprimer sur les affaires internationales.
Aux élections générales sud-africaines de 1915, le Parti national remporte 27 sièges, devenant la troisième force politique du parlement. Puis, lors des élections de 1920, son parti devient la première force politique du pays, avec 44 sièges contre 41 pour le parti sud-africain de Jan Smuts qui profite de l'appoint de partis minoritaires pour se maintenir au gouvernement.
La rébellion des mineurs du Rand en 1922 dans le Witwatersrand débouche sur une alliance inattendue entre Hertzog et Frederic Creswell, le chef du Parti Travailliste sud-africain qui avaient tous deux soutenus les grévistes contre le gouvernement de Smuts. Cette alliance aboutit à un pacte de candidature unique lors des élections générales de 1924 qui débouchent sur la victoire d'Hertzog contre le parti sud-africain du premier ministre sortant Jan Smuts et à l'inclusion de 2 ministres travaillistes dans le nouveau cabinet formé par HertzogThe 1924 Pact Agreement, SA History.
Le chef de gouvernement nationaliste (1924-1933) 200px|thumb|left|Le nouveau drapeau national d'Afrique du Sud Devenu chef du gouvernement, la priorité d'Hertzog est d'arracher les quelque petits Blancs à leur misère en embauchent massivement des Blancs non qualifiés dans les services publics et en étendant la législation sur les emplois réservés (aux Blancs) dans l'industrie et le commerce. Une de ses premières mesures symboliques est aussi de remplacer le néerlandais par l’afrikaans comme langue officielle au côté de l'anglais. Il met également en œuvre une consultation populaire pour choisir un hymne national sud-africain et un drapeau national en remplacement du drapeau colonial aux couleurs britanniques. Le nouveau drapeau national d'Afrique du Sud qu'il fait adopter par le parlement en 1927 avec le soutien de Jan SmutsPaul Coquerel, L'Afrique du Sud des Afrikaners, Complexe, 1992, p 106 est relativement consensuel, symbolisant l'histoire blanche du pays. L'hymne national adopté est « Die Stem van Suid-Afrika » dont les paroles proviennent d'un poème de l'écrivain sud-africain Cornelis Jacobus LangenhovenHistorique de Die Stem van Suid Afrika. right|thumb|300px|Conférence impériale de 1926 : Le roi George V entouré des premiers ministres des dominions britanniques Debout (de gauche à droite) : Walter S. Monroe (Terre-Neuve), Gordon Coates (Nouvelle-Zélande), Stanley Bruce (Australie), J. B. M. Hertzog (Afrique du Sud), William T. Cosgrave (état libre d'Irlande). Assis au : Stanley Baldwin (Royaume-Uni), le Roi George V, William Lyon Mackenzie King (Canada). thumb|300px|Jan Smuts, Hertzog et Smuts et James Barry Hertzog En 1926, JBM Hertzog participe à la conférence impériale qui met au point la déclaration Balfour. Il renonce à demander un régime républicain pour l'Afrique du Sud estimant que le pays a atteint un degré suffisant d'indépendance concrétisé notamment par la création du ministère des affaires étrangères et l'ouverture de représentations diplomatiques aux États-Unis, en Italie et aux Pays-Bas (1928).