vignette|Annonce aux bergers, fresque de la chapelle Baroncelli, basilique Santa Croce, Florence.

Taddeo Gaddi, né à Florence vers 1300 et mort dans la même ville en 1366, est un peintre italien de l'école florentine.

Fils du peintre et mosaïste Gaddo di Zanobi, il a été, selon Cennino Cennini, baptisé par Giotto, dont il est le disciple pendant vingt-quatre ans. Du vivant de son maître, il reçoit ses propres commandes, notamment le décor à fresque de la chapelle Baroncelli de la basilique Santa Croce, commencée en 1328, consacré à l'histoire de la Vierge.

Il travaille ensuite pour les franciscains de Santa Croce, pour la crypte de San Miniato al Monte, pour Pistoia et pour Poggibonsi, et sert de conseiller pour la construction de la nouvelle cathédrale de Florence de 1355 à 1366. Un document antérieur à 1350 le place en tête des peintres florentins de son temps.

Longtemps considéré comme un simple continuateur de Giotto, il a fait l'objet d'une réévaluation critique à partir de 1959. Le Dizionario biografico degli italiani le présente comme le seul élève de Giotto encore actif dans les années 1360 et estime qu'il a transmis son héritage aux peintres de la fin du , d'Antonio Veneziano à Spinello Aretino et à Niccolò di Pietro Gerini.

Biographie

Origines

Taddeo Gaddi est le fils du peintre Gaddo di Zanobi, dit Gaddo Gaddi, mosaïste. Il naît vraisemblablement à Florence vers 1300. Le musée du Louvre le présente comme peintre, mosaïste et marbrier.

Formation

Selon Cennino Cennini, vers 1390, il « ». Vasari affirme qu'il fait d'abord son apprentissage auprès de son père ; la personnalité artistique encore mal cernée de Gaddo di Zanobi ne permet pas de vérifier cette indication. Les œuvres attribuées à ses débuts, dans les années 1320, témoignent en tout cas d'une formation proche de Giotto.

La Vierge à l'Enfant de la pinacothèque de Santa Verdiana à Castelfiorentino, vers 1325, se caractérise par l'étude des modèles giottesques, en particulier la Maestà d'Ognissanti, réinterprétés dans un sens gothique. Le site Cavallini to Veronese signale à San Francesco de Castelfiorentino une Vierge à l'Enfant presque copiée de la Maestà d'Ognissanti, souvent considérée comme la plus ancienne œuvre conservée du peintre et datée du début ou du milieu des années 1320. Le Dizionario biografico juge problématique sa participation à des chantiers giottesques vers 1325, comme le polyptyque Stefaneschi.

Premières mentions

Taddeo Gaddi est documenté pour la première fois vers 1330, époque de son inscription à l'Arte dei Medici e Speziali ; les relevés des registres florentins effectués par Pierantonio Dell'Ancisa en 1649 portent la date de 1327 à côté de son nom. Larousse le dit documenté à Florence de 1327 à 1366.

Un document de 1332 concerne l'exécution du panneau destiné au maître-autel de l'église de l'Annunziata à Florence.

Chapelle Baroncelli

La chapelle Baroncelli, à l'extrémité du transept sud de Santa Croce, est commencée en février 1328 à la demande de Bivigliano, Bartolo et Silvestro Manetti et de Vanni et Piero Bandini, de la famille des Baroncelli, d'après l'inscription de leur monument funéraire, placé à l'entrée. Selon cette inscription, elle est fondée pour le salut de l'âme de ses fondateurs et de celles de leurs ancêtres. Taddeo Gaddi en peint le décor après 1328.

LEncyclopædia Universalis souligne que ce chantier lui est confié du vivant de Giotto : il exerce alors une activité indépendante et reçoit ses propres commandes.

Années 1330

Son premier tableau daté et signé est un triptyque portatif de 1334, conservé à la Gemäldegalerie de Berlin. Longhi a relevé la proximité de son œuvre avec celle de Maso di Banco entre 1334 et le début des années 1340.

Les franciscains de Santa Croce lui confient à la même époque le décor de la chapelle Saint-Louis de la famille Bardi, dont le seul élément conservé est un médaillon de la voûte, représentant probablement le Christ couronnant saint Louis, roi de France, datable d'avant 1335. Il réalise peu après les panneaux de la sacristie de Santa Croce.

Vers 1340, il peint le polyptyque de la Vierge à l'Enfant entre saint Laurent, saint Jean-Baptiste, saint Jacques le Majeur et saint Étienne, aujourd'hui au Metropolitan Museum of Art de New York.

San Miniato al Monte et Pise

Il est payé en 1341 pour les fresques de la crypte de San Miniato al Monte à Florence, un chantier commencé en 1338, puis en 1342 pour la dorure des chapiteaux des colonnes. Il en subsiste des bustes de saints dans des polylobes de la voûte et des fragments d'une Nativité et d'une Présentation au Temple.

Vasari le dit occupé en 1342 à peindre à fresque la chapelle majeure de San Francesco à Pise, d'après une inscription aujourd'hui perdue. Une lettre envoyée de Pise à Tommaso di Marco Strozzi le 7 septembre, peut-être de 1342, mentionne « », famille qui avait le patronage de cette chapelle.

Années 1350

Un document pistoiais des environs de 1350 lui accorde la primauté sur les peintres florentins de son temps. L'''Encyclopædia Universalis mentionne un document antérieur à 1350 qui le cite en tête des peintres florentins, avant Orcagna, Nardo di Cione et Stefano Fiorentino.

En 1353, il est payé pour le polyptyque de l'église San Giovanni Fuorcivitas de Pistoia, toujours sur le maître-autel. Il peint, peut-être vers 1354, le polyptyque de Santa Felicita à Florence, puis signe et date en 1355 une Vierge à l'Enfant en majesté pour Poggibonsi.

Cathédrale de Florence et dernières œuvres

De 1355 à août 1366, il est consultant pour la construction de la nouvelle cathédrale de Florence. En 1365, il est payé pour des peintures à l'hôpital de Santa Maria Nuova, dont subsiste une Résurrection à fresque.

Mort et famille

La date de 1366 inscrite à côté de son nom dans le livre de la Compagnie de Saint-Luc conduit à situer sa mort cette année-là ; Pierantonio Dell'Ancisa mentionne en 1366-1367 sa veuve, Francesca di Albizzo Orimanni. Il meurt à Florence.

Il a cinq fils, Giovanni, Niccolò, Agnolo, Zanobi et Francesco, dont les trois premiers sont peintres. Selon Larousse, Agnolo oriente la manière giottesque vers une narration pittoresque et naïve.

Œuvre

Chapelle Baroncelli

Le cycle de la chapelle Baroncelli retrace l'histoire de la Vierge, de sa conception miraculeuse à la naissance du Christ et à l'Adoration des mages ; les voûtes et la fenêtre géminée accueillent des personnifications des Vertus. Les dessins du vitrail et les fresques, très endommagées, de Jésus parmi les docteurs et de la Résurrection, au-dessus de l'entrée de la chapelle, sont aussi de Taddeo Gaddi.

Selon l'Opera di Santa Croce, le peintre y reprend le style de Giotto en en adoucissant l'austérité au profit d'une approche plus anecdotique, attentive aux étoffes et aux détails à la mode. Il y expérimente des solutions nouvelles, étudiées par les générations suivantes : des architectures en raccourci sous différents angles, l'espace illusionniste de niches garnies de mobilier liturgique et quelques-unes des premières scènes nocturnes de l'art italien, où l'obscurité contraste avec des éclats de lumière symbolisant la révélation du Christ.

LEncyclopædia Universalis estime que l'histoire de la Vierge peinte par Giotto à l'Arena de Padoue inspire visiblement le style et l'iconographie du cycle, dont Gaddi donne une version tantôt alourdie, tantôt renouvelée. Elle juge les figures souvent disproportionnées, plus lourdes et plus « gonflées » que monumentales, comme dans le Mariage de la Vierge, mais relève des innovations de détail : dans la Visitation, Élisabeth est agenouillée devant la Vierge.

Le Dizionario biografico y souligne l'engagement narratif, la conscience iconographique et les capacités d'organisation du peintre dans l'exécution de vastes cycles, qui lui valent par la suite une relation privilégiée avec les franciscains. Les inclinations gothiques, les scènes nocturnes et les architectures complexes y témoignent d'un esprit d'expérimentation, dont les éléments de nature morte peints dans la chapelle sont un exemple célèbre. Le succès de ce décor se prolonge au siècle suivant jusque dans les Très Riches Heures du duc de Berry enluminées par les frères de Limbourg.

Dessin du Louvre

Le cabinet des dessins du musée du Louvre conserve une Présentation de la Vierge au Temple, vers 1330, en rapport avec le cycle de la chapelle Baroncelli. Exécuté au pinceau et à la détrempe verte et bleue, avec rehauts de blanc et traces d'or sur les auréoles, sur papier préparé en vert, il mesure .

Attribué à Pietro Lorenzetti par Filippo Baldinucci, il est identifié par F. Reiset, en 1866, comme un dessin original de Taddeo Gaddi pour ce décor. Robert Oertel l'a attribué en 1940 au Maître de la chapelle Rinuccini, et Charles de Tolnay y a vu en 1943 une copie d'après le cycle par un artiste anonyme. Selon G. Giura, dans le catalogue de l'exposition Giotto e compagni présentée au Louvre en 2013, ses nombreuses variantes relèvent d'un dessin préparatoire, mais son style et son degré de finition suggèrent plutôt un dessin de présentation destiné au commanditaire. Le Dizionario biografico y voit, à la suite de Ladis, une copie de la fresque plutôt qu'un modèle préparatoire, peut-être exécutée dans l'atelier du peintre.

La feuille, qui a appartenu à Baldinucci puis à la famille Pandolfini, est vendue au musée Napoléon en 1806 par l'intermédiaire de Filippo Strozzi.

Panneaux de la sacristie de Santa Croce

Pour la sacristie de Santa Croce, Taddeo Gaddi peint vingt-six panneaux illustrant l'histoire du Christ et celle de saint François, conservés pour vingt-deux d'entre eux à la Galleria dell'Accademia de Florence, pour deux à la Gemäldegalerie de Berlin et pour deux à l'Alte Pinakothek de Munich ; l'Accademia conserve aussi deux demi-lunettes figurant l'''Ascension et l'Annonciation. Traditionnellement tenus pour les volets d'une armoire à reliques, ces panneaux proviendraient plutôt, selon une hypothèse que soutient l'analyse des sources et du mobilier liturgique contemporain, du dossier d'un banc de sacristie.

La Galleria dell'Accademia indique que la scène des Stigmates de saint François correspondait à la Crucifixion du Christ et constituait le pivot du programme iconographique, destiné à nourrir la prière et la méditation des frères réunis dans la sacristie, qui servait aussi de salle capitulaire. Lors de la suppression du couvent, en 1810, les panneaux sont démontés et transférés dans les dépôts de San Marco, puis à l'Académie des beaux-arts.

Réfectoire de Santa Croce

Dans l'ancien réfectoire du couvent de Santa Croce, Taddeo Gaddi peint un grand Arbre de vie, inspiré du traité de saint Bonaventure, entouré de quatre histoires de saints, qui forme une sorte de faux triptyque au-dessus d'une Cène projetée de façon illusionniste vers l'espace réel. Parmi les scènes figurent Saint François recevant les stigmates, Le Repas chez le pharisien et Saint Louis de Toulouse servant les pauvres à table.

Vierge à l'Enfant de 1355

La Vierge à l'Enfant en majesté avec des anges, peinte à la tempera sur bois (), porte sur la marche du trône la signature « » et, sur le tapis, la date 1355. Selon l'inscription, elle a été commandée par Giovanni di ser Segna pour le salut de son âme et de celles de ses ancêtres, pour la chapelle dont sa famille avait le patronage dans l'église San Lucchese à Poggibonsi.

Les Offices y relèvent la reprise du modèle de la Maestà d'Ognissanti de Giotto, rendu plus somptueux par la richesse décorative, et, dans les anges offrant des fleurs et l'encens, un motif inspiré du tableau de Bernardo Daddi du tabernacle d'Orsanmichele.

Attributions architecturales