Alice Hamilton, née le à New York et morte le dans le district historique de situé dans l'État du Connecticut, est une pionnière américaine de la médecine du travail, une spécialiste des risques toxiques dans le milieu industriel, une réformatrice sociale et la première femme nommée maître assistante à la faculté de médecine de l'université Harvard. Après avoir été membre de la de l'État de l'Illinois, elle est recrutée en 1910 par le Bureau of Labor Statistics où elle conduit diverses inspections dans les entreprises industrielles. En 1915, elle adhère au Woman's Peace Party puis, avec cinquante autres Américaines, elle rejoint les rangs de la Ligue internationale des femmes pour la paix et la liberté. De 1924 à 1928, elle siège à la Commission de la santé de la Société des Nations (précurseure de l'OMS). De 1930 à 1932, elle est nommée par le président Herbert Hoover à la commission présidentielle de suivi des tendances sociales. En 1935, quand elle prend sa retraite de l'université Harvard, elle donne des conférences sur les risques toxicologiques au Woman's Medical College of Pennsylvania, puis en 1943 elle est élue présidente de la National Consumers League.
Biographie Jeunesse et formation gauche|vignette|320x320px|Les quatre sœurs Hamilton, Edith, Alice, Margaret et Norah. Des sœurs solidaires Alice Hamilton est la seconde des quatre filles de Montgomery Hamilton et de Gertrude Hamilton (née Pond), son frère unique est son cadet de dix sept ans. Elle est née en 1869 à New York, mais grandit à Fort Wayne (Indiana) dans la résidence de sa grand-mère paternelle. Ses parents sont issus de familles privilégiées. Son père, diplômé de Princeton et passionné par la littérature classique, membre du Parti démocrate, est actionnaire d'une épicerie en gros. En 1885, après la faillite de son affaire, il tente de rebondir, après des tentatives infructueuses dans le secteur bancaire, en 1887, il se retire dans sa bibliothèque et sombre peu à peu dans l'alcoolisme, ses états d'ivresse perturbent sa famille. Sa mère Gertrude Hamilton scolarise ses enfants à la maison et encourage ses filles à suivre leurs aspirations malgré les stéréotypes et les préjugés quant aux rôles sociaux des femmes de l'époque. Alice Hamilton est proche de sa mère, elle retient d'elle que la liberté personnelle est le bien le plus précieux. Durant son éducation à la maison, elle et sa fratrie, apprennent l'histoire, la littérature, les langues mortes et des langues étrangères. Elle a pour camarade de jeux ses cousins et les enfants qui fréquentent comme elle la First Presbyterian Church de Stamford dans le Connecticut. Parmi ses sœurs on connaît l'helléniste Edith Hamilton, directrice de la de Baltimore, , professeure de science à la Bryn Mawr School dirigée par sa sœur Edith et enfin , qui animera les cours de beaux arts à la Hull House ; les quatre sœurs seront inséparables.
La formation médicale gauche|vignette|Sarah Porter. De 1886 à 1888, Alice Hamilton termine ses études secondaires à l'école d'entrée préparatoire aux collèges universitaires, la de Farmington (Connecticut), fondée par où elle se passionne pour la littérature grecque et latine et classique, plus particulièrement Dante. À la grande surprise de son entourage, elle décide de devenir médecin, quand on lui demande , elle répond Aussi s'inscrit-elle à l'École de médecine de Fort Wayne (devenue l') pour recevoir un enseignement scientifique complémentaire afin de pouvoir être admise à la de l'université du Michigan. Elle y obtient son diplôme de doctorat de médecine en 1893. vignette|Frederick George Novy en 1903. En 1893, Alice Hamilton qui désire pratiquer la médecine hospitalière se heurte au peu d'opportunités d'emplois offertes aux femmes médecins ; les places disponibles de médecins hospitaliers qui sont ouvertes aux femmes le sont seulement au sein d'hôpitaux spécialisés, soignant des femmes et des enfants ; c'est ainsi qu'elle commence sa carrière médicale à l’hôpital de Minneapolis pour les femmes et les enfants, le et le de Roxbury. Elle y acquiert une compétence que peu de ses confères et consœurs ont, ce qui lui permet d’être recrutée par l'université du Michigan à Ann Arbor pour travailler comme assistante auprès de George Dock qui avait la réputation d'être un maître austère, avant de devenir assistante de recherche au laboratoire de bactériologie dirigée par .
Formations complémentaire et les obstacles à franchir gauche|vignette|Ludwig Edinger. L'année d'après, Alice Hamilton embarque pour l'Europe avec sa sœur Edith Hamilton. Elle y étudie la microbiologie et la pathologie auprès des facultés de médecine de l'université Louis-et-Maximilien de Munich et de l'université de Leipzig jusqu'en 1897. Ces deux facultés étaient fermées aux femmes, mais ont toléré la présence d'Alice Hamilton parce qu'elle était étrangère et à condition qu'elle ne se fasse pas remarquer. À Berlin, elle a souhaité travailler avec les bactériologistes Paul Ehrlich et Robert Koch, mais aucun d'eux n'ont voulu la rencontrer, quant à Leipzig, les femmes n'étaient pas autorisées à assister aux autopsies cliniques ; à Munich, quand elle veut mener des études sur le rôle des leucocytes dans la lutte contre les infections, le professeur lui interdit de mener les expériences nécessaires sur les animaux. En revanche, le professeur Karl Weigert l'a considérée comme son égal, lorsqu'elle a fait une vacation dans son laboratoire de Francfort, de même pour le professeur Ludwig Edinger qui deviendra son ami. Finalement, Alice Hamilton est déçue parce qu'elle n'a rien appris qu'elle ne connaisse déjà et elle est dégoûtée par le militarisme, l'antisémitisme et le mépris envers les femmes qui règnent dans l'Empire allemand.
À son retour aux États-Unis, Alice Hamilton accomplit des études post-doctorales auprès de la Johns Hopkins School of Medicine de Baltimore dans l'État du Maryland, où elle travaille avec deux des plus grands chercheurs américains de l'époque William Welch et William Osler.
En 1897, une fois ses études terminées, elle part pour Chicago, où elle est embauchée en tant que professeure de pathologie et directrice des laboratoires d'histologie et de pathologie à la dans le quartier de Streeterville, situé dans le secteur de Near North Side à Chicago.
Carrière La résidente de la Hull House vignette|320x320px|Julia Lathrop gauche|vignette|Henry Herbert Donaldson. Peu de temps après avoir déménagé à Chicago, Alice Hamilton réalise un projet qu'elle avait depuis longtemps, elle devient dès 1897, membre résident de la Hull House, un centre d'œuvres sociales fondé par les réformatrices sociales Jane Addams et Ellen Gates Starr. Ce choix la plonge dans le monde de la pauvreté, du syndicalisme, des revendications sociales bien loin du monde feutré et protecteur de Fort Wayne. La première année de son séjour est marquée par la mobilisation de Jane Addams pour éliminer du conseil municipal de Chicago , personnalité qui a mis en place un système de corruption pour asseoir un clientélisme et empêchant toute réforme sociale. Cette mobilisation plonge Alice Hamilton dans la réalité socio-politique de Chicago et de sa population durablement divisée depuis le massacre de Haymarket Square. Puis, Alice Hamilton cherche sa place, grâce à ses entretiens avec Jane Addams, Florence Kelley, Julia Lathrop, elle va s'intégrer en utilisant ses compétences propres, elle ouvre une clinique pour nourrissons et enfants, visite à domicile les enfants malades, conseille également les mères quant à l'hygiène alimentaire et les soins à donner à leurs enfants. Alice Hamilton, amène régulièrement des échantillons alimentaires à son laboratoire de la Northwestern University Woman's Medical School Elle découvre également les risques sanitaires liés aux conditions de travail des ouvriers et comprend leurs revendications à ce sujet, n'hésitant point à les rejoindre lors de piquets de grève. Pour parfaire ses connaissances médicales, en 1899, elle s'inscrit à l'université de Chicago pour suivre les cours de Henry Herbert Donaldson, un des pionniers de la neurologie, cela fin de découvrir comment des agents toxiques peuvent atteindre le cerveau. Face aux maladies infantiles qu'elle découvre, étudie, maladies liées à la pauvreté, elle se sent désespérée et inutile et demande à quitter la Hull House, après de présence, départ, qui pour elle, n'a rien de définitif, elle y fera des séjours réguliers pour y apporter son expertise de médecin du travail. Devançant la fermeture de la Northwestern University Woman's Medical School, Alice Hamilton écrit plusieurs articles pour le édité par Albert H. Buck et tient des conférences auprès de l' ce qui lui donne une notoriété et lui permet d'enseigner au Rush Medical College et devenir la doyenne du département de l'enseignement à destination des femmes de l'université du Michigan.
Le Memorial Institute for Infectious Diseases de Chicago vignette|Ludvig Hektoen Les travaux sur la fièvre typhoïde En 1902, Alice Hamilton accepte l'offre de bactériologiste que lui propose le Memorial Institute for Infectious Diseases de Chicago qui vient d'ouvrir ses portes. Grâce au directeur de l'institut , Alice Hamilton peut partir étudier auprès de l'Institut Pasteur de Paris durant l'été 1903. De retour, grâce à son séjour parisien, elle fait partie de la pointe de la recherche en matière de bactériologie et pathologie du Memorial Institute for Infectious Diseases, recherche supervisée par Ludwig Hektoen. Par ses compétences acquises, Alice Hamilton est reconnue par les chercheurs de Chicago. Elle publie différents articles pour le Journal of Infectious Diseases, dirigé par Ludwig Hektoen. Elle mène des travaux sur l'épidémie de fièvre typhoïde qui a frappé Chicago à la fin de 1902, enquête qui lie son poste de chercheuse aux résidents de Hull House dont l'entourage a été victime de cette épidémie. Son enquête montre la corrélation avec le traitement des eaux usées, l'état des plomberies des sanitaires et le choléra. La grande majorité des cas est située dans des zones de la ville où le traitement des eaux usées est défaillant. Elle montre aussi le rôle des mouches pour la propagation de l'épidémie. Ses diverses hypothèses ont été confirmées par les laboratoires du Memorial Institute for Infectious Diseases. Alice Hamilton présente le fruit de ses recherches auprès de la en 1903, pour enfin les publier au sein du Journal of the American Medical Association.
La lutte contre la drogue En 1904, alertée par des résidents de la Hull House sur augmentation des personnes en situation d'addiction à la cocaïne, Alice Hamilton se lance dans une lutte contre la consommation de cocaïne, elle mène plusieurs démarches auprès de l'Assemblée générale de l'Illinois pour augmenter les amendes infligées aux vendeurs de cocaïne et plus généralement pour tous les vendeurs de drogues. Sur ses recommandations, en 1907, l'Assemblée générale de l'Illinois vote une loi punissant les vendeurs de drogues à une amende de assortie ou non d'une peine d'emprisonnement. Mais dans la pratique des avocats ont réussi à rendre la loi inapplicable et inefficace. Depuis cet échec, Alice Hamilton a perdu la confiance envers le système judiciaire américain.
La lutte contre la tuberculose De 1903 à 1908, Alice Hamilton concourt à l'organisation de la Commission sur la prévention de la tuberculose à destination de la (Association des infirmières à domicile) dont elle devient la secrétaire. Après des études épidémiologiques, elle sort en 1906 une étude qui montre la corrélation entre les bas salaires, des habitats insalubres, des conditions de travail épuisantes et la tuberculose. En , Alice Hamilton publie un rapport entre le travail à la pièce et l'incidence sur la tuberculose comme facteur prédisposant.
Les premiers travaux sur les maladies industrielles vignette|Thomas Oliver.|gauche vignette|John R Commons.