Robert Desnos Prononciation en français retranscritedɛ.no selon la norme API d'après Meyers Grosses Universallexikon. est un poète surréaliste et résistant français, né le dans le et mort du typhus le au camp de concentration de Theresienstadt, en Tchécoslovaquie, un mois après sa libération par l'Armée rouge le dernier jour de la guerre.
Autodidacte en rupture avec sa famille et l'école, Robert Desnos est introduit au début des années 1920 dans les milieux littéraires modernistes et rejoint en 1922 le mouvement surréaliste. Il participe de manière éclatante aux expériences d'écriture automatique et publie ses premiers textes sous le nom de plume « Rrose Sélavy », emprunté à un personnage féminin créé par Marcel Duchamp. Rédacteur de La Révolution surréaliste à partir de 1924, il travaille comme journaliste pour plusieurs journaux, réinventant la critique comme un acte littéraire. En 1929, André Breton, qui s'engage dans la voie du communisme, l'exclut du mouvement surréaliste. Grand amateur de musique, Desnos écrit - à l'instar de Max Jacob - des poèmes aux allures de chansons qui renouent avec l'enfance. Le , la diffusion par Radio-Paris de La Complainte de Fantômas, qui annonce un nouvel épisode de la série Fantômas, est un succès radiophonique retentissant.
Devenu rédacteur publicitaire, Desnos se préoccupe de la montée du fascisme en Europe et rejoint dès 1934 le mouvement frontiste. Il adhère à l'Association des écrivains et artistes révolutionnaires puis, après les élections de , au Comité de vigilance des intellectuels antifascistes. En 1940, la France défaite par l'Allemagne nazie, il est compté parmi les artistes dégénérés honnis de Vichy et survit avec Youki, sa compagne depuis neuf ans, grâce à des complaisances au sein du quotidien collaborationniste Aujourd'hui, qui publie sous pseudonyme ses dessins. De jusqu'à son arrestation, le , il participe au réseau de résistance AGIR. Depuis Compiègne, il est déporté le vers Flöha, via Auschwitz, Buchenwald et Flossenbürg. Épuisé par deux semaines d'une marche de la mort qui l'a amené fin à Theresienstadt, il meurt dans un Revier un mois après l'abandon du camp par les agents de la Sipo. Reconnu peu avant sa mort par un étudiant tchèque mobilisé, son corps est rapatrié en octobre et enterré au cimetière du Montparnasse.
Son œuvre comprend un certain nombre de recueils de poèmes publiés entre 1923 et 1943 et de textes sur l'art, le cinéma ou la musique, regroupés dans des éditions posthumes.
Biographie Années de jeunesse Robert Desnos naît à Paris au 32, boulevard Richard-LenoirM.-C. (dir.), Robert Desnos, Les Cahiers de l’Herne, « Chronologie », .. Il est le second enfant de Lucien Desnos et Claire Guillais. En 1902, la famille s'installe dans le quartier populaire des Halles où son père est mandataire pour la volaille et le gibier, mais également adjoint au maire de l'arrondissement. Ils habitent 11, rue Saint-Martin, dans « ce coin de Paris qui sent le soufre » où, jadis, les alchimistes et autres « sorciers » se livraient à d'étranges métamorphoses. Gérard de Nerval avait d'ailleurs trouvé là une source à ses voyages imaginaires. En 1913, la famille déménage pour le 9, rue de Rivoli, un autre universMarie-Claire Dumas, « Vie de Robert Desnos », dans Robert Desnos, destinée arbitraire, Paris, Gallimard, 1975.. Mais ce Paris interlope des artisans et des commerçants marque profondément l'enfant et apparaîtra abondamment dans son œuvre. Ses rêveries sont nourries par le spectacle insolite des rues, entre cloître Saint-Merri et tour Saint-Jacques-la-Boucherie, et le monde varié des images que lui offrent aussi bien les affiches que les illustrations de L'Épatant et de L'Intrépide ou les suppléments illustrés du Petit Parisien et du Petit Journal. gauche|vignette|180px|Robert Desnos premier communiant, 1911. À six ou sept ans, Desnos dessine d'étranges formes sur ses cahiers. À douze ans, il passe à la couleur, et son monde secret se teinte de fantastique. L'enfant se rêve « enfant libre ». Desnos fait sa première communion en 1911 en l'église Saint-Merri. À l'école, il n'est pas bon élève. Il s'ennuie beaucoup et ne supporte pas le discours patriotique qui s'y développe. Il préfère lire Les Misérables de Victor Hugo et s'embarquer avec les Marins de Baudelaire. Il se passionne aussi pour la culture populaire : romans — Émile Gaboriau, Eugène Sue, Jules VerneCf. Alexandre Tarrieu, « Résonances verniennes chez Robert Desnos », dans Bulletin de la Société Jules Verne, , 2007. ou Ponson du Terrail —, et bandes dessinées, avec une affection particulière pour l'insaisissable Fantômas, dont les exploits sont relatés au cœur d'ouvrages bariolés. Il apprécie particulièrement ce romantisme de gare engendré par Les Mystères de New York, ou de Chicago, voire de Paris. Les surréalistes se retrouvent plus tard sur ce point en baptisant le merveilleux dans la naïveté populaire « Poésie involontaire »Pierre Berger, « Robert Desnos », dans Poètes d'aujourd'hui, Seghers, 1949.. Avec le cinéma, ses aventures livresques deviennent presque réalité. Desnos en témoigne dans ses récits et ses critiques de films.
Il est encore adolescent lorsqu'en 1916, après l'obtention du certificat d’études en 1913 et du brevet élémentaire, il décide de quitter l'école Turgot. Face à un père désireux de l'encourager à poursuivre ses études pour embrasser une carrière commerciale, il oppose son désir farouche de devenir poète. Mis en demeure de se débrouiller tout seul, relégué – mais il le « veut » aussi – dans une chambre de bonne, il multiplie les petits boulots. Il est pendant un temps commis dans une droguerie de la rue Pavée, mais Desnos se forge une solide et vaste culture autodidacte. Pendant que la Première Guerre mondiale s'éternise, il fréquente des jeunes gens en commune révolte contre cette boucherie des tranchées. Dès 1918, il commence à écrire quelques poèmes, dont certains sont publiés dans la Tribune des jeunes, une revue de tendance socialiste. Ses influences se nomment peut-être Apollinaire ou Rimbaud ; plus sûrement Laurent Tailhade, Germain Nouveau et, très certainement, ces anonymes « putains » des nuits de Saint Merri, que le garçonnet avait contemplées du haut de son sixième étage, au croisement de la rue des Lombards et de la rue Saint-Martin…
Ce Fard des Argonautes, daté de 1919, et publié la même année dans la revue d'avant-garde Le Trait d'union, oscille entre illuminations d'un certain Bateau Ivre et grand fourre-tout mythologique issu des magazines à sensation. Le jeune homme n'a pas de culture savante. , répète-t-il devant les langages obscurs et les amphigouris des poètes sérieux… Il ne connaît pas d'amours adolescentes ni d'ombres de jeunes filles en fleurs : c'est en plein hiver à seize ans, dans les bras d'une imposante matrone, que tout cela s'est joué.
Dans cet immédiat après-guerre, Desnos devient secrétaire de Jean de Bonnefon et gérant de sa maison d'édition. Il fréquente des gens infréquentables, des anticonformistes du côté de l'hôtel de ville. Vers 1920, grâce au poète Louis de Gonzague-Frick, il est introduit dans les milieux littéraires modernistes. Chez Georges-Elzéar-Xavier Aubaut, homosexuel notoire et singulier personnage qui se farde comme Pierre Loti, se pare de bijoux et se dit ancien secrétaire de HuysmansCe personnage insolite se faisait en fait appeler Georges-Elzéar-Xavier Aubault de la Haute Chambre du Lemoléon de La Gachère et penchait plus vers la folie que vers la noblesse. In "Robert Desnos", par Pierre Seghers, op.cit., il rencontre Benjamin Péret et l'aventure Dada. Mais, malgré ses efforts, Desnos ne parvient pas à pénétrer ce milieu. En outre, l'heure de son service militaire a sonné. Il part pour Chaumont puis au Maroc. Lorsqu'il reviendra, un an plus tard, les tempêtes dadaïstes auront déjà fait long feu.
Le surréalisme et les premiers écrits Pendant qu'il joue les tirailleurs entre dattiers et palmiers en s'efforçant de tromper son ennui comme il peut, à Paris, les dynamiteurs de la pensée officielle comme de l'ordre social ont lancé leurs premières grenades. Entre 1920 et 1922, le peintre Francis Picabia ouvre la voie à la rupture et André Breton lance son célèbre Lâchez tout dans le second numéro de la revue Littérature. Dada mis au rancart, une nouvelle aventure commence. Benjamin Péret avait parlé de Breton à Desnos avant son départ pour l'armée. Il lui avait décrit les furieux éclats contre son temps de ce jeune homme de vingt-cinq ans. Sans doute est-ce au cours d'une permission que le troufion Desnos établit enfin le contact avec « ces compteurs d'étoiles », selon le mot de Victor Hugo. Tout se passe alors au Certa, un bar du passage de l'Opéra aujourd'hui disparu. S'y retrouvent Aragon, Breton, Radiguet (qui mourra en 1923), Tzara, Soupault, Cendrars, Vitrac- un ami - et quelques autres. Desnos monte dans la nacelle sans se faire prier, car il a déjà expérimenté à sa façon l'écriture automatique, forme d'expression aussi peu contrôlée que possible. En 1922, c'est certain, il a rejoint l'aventure surréaliste.
L'élève se révèle fort doué. Il trouve une famille parmi tous ceux qui se reconnaissent dans Les nécessités de la vie et les conséquences des rêves, ouvrage publié par Paul Éluard en 1921. Voir au-delà ou au-dedans… Desnos s'impose immédiatement par ses exceptionnelles capacités verbales (un flot de paroles intarissable où les mots s'appellent par affinités sonores) et met sa fougue à entrer dans les expériences les plus diverses. Il participe de manière éclatante aux expériences de sommeils hypnotiques, de récits de rêves ou de fantasmes. De fait, .
Le rêve, cette porte ouverte sur l'inconnu, Desnos l'a déjà entrebâillée. Durant l'hiver 1918-1919, il avait noté sur son carnet :
Lorsqu'en 1924 paraîtra le premier numéro de La Révolution surréalisteLa direction du premier numéro est assurée par Pierre Naville et Benjamin Péret. Breton se tient en retrait. La présentation de la revue fait l’objet de maintes discussions : Robert Desnos voulait qu’elle soit tirée sur des pages de format inégal. In 1924-1929 : une année mentale, par Marie-Claire Banquart, La Révolution surréaliste, op. cit., on pourra lire dans la préface signée Jacques André Boiffard, Paul Eluard et Roger Vitrac :
De fait, Desnos est un voyant : il est ce medium qui, endormi, répond aux questions des assistants, amorce des poèmes ou des dessins. Lors de ces séances des sommeils, (la première a lieu chez Breton le ) il est question d'aller retrouver la liberté première de la pensée ayant élu domicile dans cet état de somnolence/rêverie que Nerval avait nommé supernaturaliste. Il est aussi celui qui ira le plus loin dans l'amour de l'involontaire et du fabuleux. Fantômas revient, à la fois magicien et sorcier et pénètre les mots. C'est l'heure où Breton annonce :
Desnos s'installe alors dans l'atelier du peintre André Masson au 45, rue Blomet (voir la très grande plaque), dans le quartier Necker, pas très loin du cœur de Montparnasse et près du Bal Nègre qu'il fréquente assidûment. Il s'initie à l'opium. C'est le temps des trois forteresses surréalistes : Breton, rue Fontaine, Aragon, Prévert, Queneau et André Thirion, rue du Château et cette rue Blomet où Desnos compte Joan Miró et le dramaturge Georges Neveux parmi ses voisins. Clair, garni de bizarreries trouvées au marché aux puces et d'un gramophone à rouleaux, l'atelier de Desnos n'a pas de clé, seulement un cadenas à lettres dont il se rappelle la composition une nuit sur deux. De 1922 à 1923, il se livre là uniquement au travail de laboratoire dont doit résulter Langage cuit, ce que Breton appelle les mots sans rides, et à la recherche poétique. Les Gorges froides de 1922 en sont l'un des exemples marquants. Plus tard, c'est sans doute également dans cet antre qu'il écrira .