Paul Jamot, né le à Paris et mort le à Villerville (Calvados), est un conservateur, archéologue, collectionneur, critique d’art et peintre. Il côtoie les grands artistes de son temps – tels que Maurice Denis – et se rapproche progressivement de l’Église dans les dernières années de son existence.

Bien qu'étant né à Paris et qu’y ayant effectué une grande partie de sa carrière, Paul Jamot reste très attaché à la ville d’origine de sa famille, Reims, où une place porte son nom. Celui-ci exerce ainsi un rôle important dans la vie culturelle rémoise – au musée des beaux-arts de Reims en particulier –, après une carrière de plusieurs dizaines d’années au musée du Louvre.

Paul Jamot laisse à la postérité une importante production littéraire, à la fois critique et poétique. Par ailleurs, de nombreuses œuvres peintes ou collectionnées par ce dernier se trouvent aujourd'hui réparties dans plusieurs musées français, dont le musée du Louvre, le musée d'Orsay et le musée des beaux-arts de Reims.

Jeunesse

Enfance et adolescence Paul Jamot naît le dans le arrondissement de Paris.. Issu d’une famille rémoise., il est le fils du négociant Auguste Eugène Jamot et de Clémentine David.

Paul Jamot grandit entre Reims et Paris. Dès son enfance, il se plaît à lire, sur le linteau du grand portail de la cathédrale Notre-Dame de Reims, les capitales romaines de la dédicace.. À Paris, il fait ses études au collège Sainte-Barbe puis au lycée Louis-le-Grand.

Formation À vingt et un ans, Paul Jamot intègre l’École normale supérieure, où il retrouve Étienne Michon, qu’il connut au lycée Louis-le-Grand. Paul Jamot y fréquente également le philosophe et germaniste Charles Andler, l’helléniste et historien politique Victor Bérard, l’historien géographe Émile-Félix Gautier, ainsi que l’historien du Moyen Âge Édouard Jordan. Licencié ès lettres en 1885, il obtient l’agrégation de Lettres en 1887. Toutefois, ce n’est que bien plus tard que Paul Jamot prend goût aux conférences, dans le cadre de la Société de Saint-Jean pour le développement de l'art chrétien ou de conférences données à l’étranger. Au sortir de l’École Normale Supérieure, en 1887, Paul Jamot devient membre de l’École française d'Athènes.

Missions archéologiques Paul Jamot joue un rôle majeur dans l'archéologie classique à la fin du . Il séjourne à l'École française d'Athènes de 1887 à 1891. Il y dirige plusieurs campagnes de fouilles, notamment en Argolide, en Thessalie, en Béotie, dans la vallée du Permessos, sur l'Hélicon, et dans l'antique Thespies.

Fouilles du Val des Muses à Thespies Entre 1888 et 1891, Paul Jamot entreprend deux campagnes de fouilles dans le but de rechercher des monuments liés au culte des Muses Héliconiennes. L'archéologue y met notamment au jour un autel consacré aux Muses, les ruines du théâtre du sanctuaire et deux blocs appartenants à la base des Muses, dans l'église Hagia Trias.. Ces découvertes, bien que sur un site en mauvais état de conservation, ont permis d'enrichir la connaissance des cultes locaux et du rôle des Muses dans la mythologie grecque antique.

Jamot a publié ses résultats de fouilles dans différents numéros du Bulletin de correspondance hellénique.. Il y étudie notamment un fragment de statue en bronze. ainsi qu'une stèle votive..

Carrière muséale

Activités au département des Antiquités orientales et de la céramique antique du musée du Louvre Paul Jamot débute au musée du Louvre en 1890 en tant qu’attaché de conservation au département des Antiquités orientales et de la céramique antique. En 1902, il est nommé conservateur adjoint au sein du même département.

Il y travaille en collaboration avec le conservateur Edmond Pottier ainsi qu’avec Léon Heuzey. Son rôle exact est impossible à saisir complètement en raison d’absence d’archives concernant cette période de sa carrière. Nous savons cependant qu’il procède notamment au recollement et à la mise en ordre des objets en céramique. En parallèle, Jamot fait preuve d’une grande rigueur scientifique et mène des travaux de recherche sur certaines œuvres « monuments » des collections. En 1893, par exemple, il publie ses travaux sur la Minerve à la Ciste. Son étude approfondie de la statue conservée au musée du Louvre permet d'inscrire la sculpture dans la tradition des figures pacifiques d'Athéna..

L'année suivante, l'archéologue français entre en confrontation avec son homologue allemand Adolf Furtwängler sur l'identification de l'Athéna Lemnia.. La statue est attribuée à Phidias et décrite par Pausanias et Lucien. Fürtwangler pense en avoir retrouvé une copie, en associant un buste de femme du musée de Dresde à une tête antique conservée à Bologne. Jamot conteste toutefois cette hypothèse, en démontrant que l'assemblage proposé n'est pas justifié par les sources textuelles disponibles. Il précise également que l'Athéna Lemnia correspond à un type iconographique de Minerve pacifique dont la Minerve à la Ciste du Louvre est un autre exemple.

Par ailleurs, son approche comparative de l'iconographie antique lui a permis d'établir des parallèles entre différentes œuvres sculpturales et picturales de l'Antiquité grecque, ce qui constitue une avancée importante dans l'étude des types statuaires. Ses recherches sur le type de la Vénus pudique et de la Vénus à la coquille lui ont permis d'analyser les évolutions stylistiques et influences culturelles qui ont façonné ces représentations.. Il analyse ainsi une statuette en bronze de Vénus conservée au musée du Louvre, qu'il utilise pour définir la typologie des Vénus pudiques, qu'il caractérise comme une création de l'époque hellénistique, . De la même manière, il raisonne sur une tête archaïque en terre cuite du Louvre, découverte en Sicile. Il tente dans son article d'en expliquer la fonction, le style ainsi que la technique..

Jamot s'attache également à l'étude des conditions matérielles de production des œuvres, en s'intéressant aux matériaux, aux techniques de sculpture et aux traces d'outils observables sur les pièces conservées. Il étudie ainsi les célèbres terres cuites de Tanagra dans un article publié dans le Bulletin de Correspondance Hellénique, où il analyse deux types de figurines conservées au musée du Louvre. Il y observe avec précision les techniques utilisées et les évolutions stylistiques, tout en comparant les figurines du musée du Louvre avec celles d'autres musées, notamment celui d'Athènes.. Paul Jamot se distingue par sa rigueur scientifique et son souci de contextualisation historique des œuvres. Il s'attache ainsi à comprendre les conditions matérielles de production des artefacts qu'il étudie.

Sauvegarde des collections pendant la Grande Guerre Paul Jamot se trouve toujours au département des Antiquités orientales et de la céramique antique du musée du Louvre lorsque lui est confiée la mission de superviser l’évacuation des collections nationales pendant la Grande Guerre, celles du musée du Louvre au premier chef. Face à l’impossibilité pour Paul Leprieur. – conservateur au département des Peintures, des dessins et de la chalcographie – de convoyer et de surveiller les œuvres du musée du Louvre à Toulouse, Paul Jamot est en effet chargé de le remplacer. Celui-ci est alors nommé délégué des musées nationaux à Toulouse. Accepter cette tâche est pour lui une manière de servir la France, son âge – Paul Jamot a alors cinquante et un ans – ne lui permettant plus de porter les armes. Paul Jamot s’acquitte avec une grande conscience de son devoir, ce dont Edmond Pottier rend témoignage à l’issue du conflit :Sa faction dura quatre ans et fut accomplie avec la rigidité d’un soldat qui ne quitte pas son poste, même au détriment de sa santéCité dans ..En raison de son dévouement, mais aussi des conditions difficiles auxquelles il est soumis – l’église des Jacobins de Toulouse, où le dépôt des œuvres est aménagé, n’étant pas chauffée par crainte des incendies –, Paul Jamot finit en effet par tomber malade en 1918. Sa détermination à protéger les collections nationales semble être le reflet de son patriotisme, mais aussi de ses origines rémoises : comme l’ensemble des intellectuels de son temps, Paul Jamot est très affecté par la destruction de la cathédrale de Reims en .

Toutefois, Paul Jamot ne mène pas cette mission seul. Le dépôt des collections est en effet placé sous la responsabilité de l’administrateur du Mobilier national. Paul Jamot partage ainsi la charge de la garde des œuvres avec Pol Louis Neveux, inspecteur général des bibliothèques et suppléant de l’administrateur du Mobilier national. À l’exception de quelques brèves interruptions, tous deux assurent la sécurité des lieux jusqu’au retour des collections, en 1919.

Le conflit initialement pensé bref finit en effet par se prolonger. En 1915, Paul Jamot et Paul Leprieur – venu pour l’occasion – procèdent ainsi au contrôle des wagons abritant les œuvres d’art et à la réfection des emballages qui avaient été effectués dans l’urgence en 1914. Ces opérations aussitôt terminées, une polémique émerge autour des collections du musée du Louvre. Alors que des édiles toulousains sollicitent de l’administration centrale l’organisation d’une exposition d’une vingtaine de chefs-d’œuvre du musée, Paul Jamot est de ceux qui s’opposent fermement à ce projet. Un tel programme impliquerait en effet de défaire le travail minutieux de classement et de conservation récemment achevé, tout en mettant les collections en danger. La position défendue par Paul Jamot obtient finalement gain de cause après une année de débats dans la presse. Le public toulousain peut bénéficier d’une présentation de tapisseries et de meubles appartenant au Mobilier national, mais les collections du musée du Louvre sont maintenues à l’abri dans leur dépôt.

Entre 1916 et 1918, les collections nationales sont rejointes par quelques caisses issues des musées de province, qui avaient préalablement transité par le musée du Louvre. Les collections rémoises font partie de ces rares œuvres « dignes de voisiner avec le Louvre dans la chapelle des JacobinsCité dans . », selon les propres termes de Paul Jamot. Malgré ce nouveau transbordement, les œuvres parviennent en bon état, comme le souligne Paul Jamot : « les tableaux ont très bien supporté le voyage et la réclusion. Vu les conditions dans lesquelles les caisses furent fabriquées, surtout celles de Reims, on ne peut que féliciter les municipalités de ces villes si éprouvées par la guerre du soin apporté à leurs emballagesCité dans . ».

Au mois de , après la mort accidentelle de Paul Leprieur, Paul Jamot est rappelé à Paris, où il prend l’intérim du département des peintures du musée du Louvre et opère une nouvelle évacuation d’œuvres d’art en direction de Toulouse et de Blois. Néanmoins, en raison de la pénurie des matières premières, un bois trop vert est utilisé pour confectionner les caisses, tandis que la fibre de bois et la ouate sont remplacées par de la paille et du foin, entraînant ainsi la décomposition d’un certain nombre d’emballages. Découvrant la situation à l’odeur, Paul Jamot et Pol Louis Neveux procèdent en urgence à la vérification générale du dépôt toulousain. Les dégâts constatés sont finalement minimes.alt=|vignette|267x267px|Le Cloître des Jacobins (Toulouse), peint par Paul Jamot pendant la Première Guerre mondiale.En , alors qu’une commission militaire cherche à réduire les effectifs, Paul Jamot lutte pour que le poste affecté à l’église des Jacobins ne soit pas fermé et obtient de conserver quatre sentinelles. Tout au long du conflit, Paul Jamot s’attache également à dépeindre l’église des Jacobins et les wagons de stockage des œuvres, en alliant à la documentation historique un témoignage sensible et une part de symbolisme.