Les matières premières stratégiques sont définies comme étant des ressources naturelles rares inéquitablement localisées dans le monde ou partagées, ou coûteusement ou difficilement accessibles, mais indispensables pour l'activité industrielle, les technologies de l'information et de la communication et la sécurité intérieure d'un pays.
Concept Les matières premières stratégiques sont souvent disponibles en faible quantité (rareté) et posent des enjeux d'ordre scientifique, économique, environnementaux, géostratégiques, et donc politiques. Elles font l'objet de travaux de recherche pour une utilisation plus durable et soutenableGoffé B, Christmann P & Vidal O (2012) La recherche pour l'utilisation durable des ressources minérales. Geosciences, (15), 80-89.. Elles sont traitées par des études prospectivesBihouix, P., & de Guillebon, B. (2010). Quel futur pour les métaux. EDP Sciences, Paris, 299.Bihouix, P., & De Guillebon, B. (2013). Quel futur pour les métaux?: raréfaction des métaux: un nouveau défi pour la société. EDP sciences.Andriamasinoro, F., & Levorato, V. (2014, October). Appréciation de l'intérêt du secteur minier pour les SMA pour l'analyse prospective du marché des métaux stratégiques. In JFSMA'14: 22èmes Journées Francophones sur les Systèmes Multi-Agents (pp. N-A). Cépaduès. et des études de vulnérabilitéStalker, K. W., Clark, C. C., Ford, J. A., Richmond, F. M., & Stephens, J. R. (1984). An index to identify strategic metal vulnerability. Metal progress, 126(5), 55-65 (résumé)..
Les matières premières stratégiques sont diverses et se trouvent à différents endroits du globe. On compte parmi elles, notamment, les terres rares, métalloïdes et métaux stratégiques dont l'approvisionnement est compliqué et coûteux. Ces métaux sont de plus en plus utilisés ; comme le fait remarquer Eric Besson en 2011, Claude, B., & Christian, K. (2011). Les enjeux des métaux stratégiques: le cas des terres rares. Rapport du Sénat, (782).. Les industries des technologies de l'information et de la communication ont aussi très tôt alerté au sujet des risques stratégiquesDrezet E (2014) Les matériaux impliqués dans les TIC..
Ces ressources sont stratégiques parce qu'inégalement réparties dans le monde. La croissance forte de certains pays, comme celle de la Chine, provoque une hausse de la demande et donc une augmentation brutale des prixZajec O (2010) Comment la Chine a gagné la bataille des métaux stratégiques. Le Monde Diplomatique, (11), 14-14.. D'un point de vue géopolitique, certains pays qui disposent d'un monopole ou d'un quasi-monopole peuvent utiliser leur propriété de ressources stratégiques comme moyen de pressionBondaz A (2012) Les terres rares en Chine: une politique de plus en plus contestée. Note d’actualité de l’Asia Centre, 1.. La Chine, qui contrôle 97% de la production mondiale de terres rares et 60% des réserves exploitables connues, a par exemple ordonné fin 2010 une diminution de 72% des exportations de terres rares, et interdit leur vente au Japon en rétorsion du conflit territorial des îles Senkaku. De plus, la Chine représente seulement 1 % des réserves mondiales de cobalt, mais en raffine plus de 50 %. En 2018, 8 des 14 plus importantes mines de cobalt en RDC étaient aux mains des Chinois. Selon la Direction générale du Trésor à Kinshasa, 90 % du cuivre et du cobalt produit en RDC est exporté vers la Chine.
Les industries de la défense ont été parmi les premiers acteurs à définir des ressources comme stratégiques. Le plomb, parce qu'il était vital pour les munitions et parce qu'il est utilisé dans les batteries et pour les blindages contre les rayonnements X ou radioactifs, est ainsi depuis longtemps classifié comme stratégique.
De nombreux pays cherchent à mieux sécuriser leur accès à ces ressources. La sécurisation des approvisionnements énergétiques est un volet majeur des politiques publiques liées aux matières premières stratégiques Jégourel, Y. (2011). La sécurisation des approvisionnements en métaux stratégiques : entre économie et géopolitique. Revue internationale et stratégique, (4), 61-67 (résumé)..
Le rapport 2026 de l'Agence internationale de l'énergie (AIE) sur les métaux critiques relève une nouvelle hausse de la concentration de l'offre, notamment dans le raffinage : sur la vingtaine de métaux critiques étudiés par l'AIE, la part moyenne de la Chine est passée de 70 % en 2023 à 72 % en 2025. En dehors du nickel, dominé par l'Indonésie, la Chine est systématiquement le premier raffineur mondial. Cependant, la part de la Chine dans les capacités de séparation des terres rares est passée de 90 % en 2023 à 85 % en 2025. D'ici à 2035, la part de la Chine dans le raffinage des terres rares pourrait même reculer à 70 %, selon l'AIE. Cette dépendance envers la Chine n'entraine pas un risque de prix, mais un risque de volume. Le prix des métaux critiques (lithium, graphite, nickel, manganèse…) nécessaires à une batterie ne représente en effet que 3 % du prix final d'une voiture électrique. Les terres rares, ne pèsent qu'à peine 0,2 % du prix final d'un véhicule électrique. Un triplement des cours n'entraînerait qu'une augmentation de 5 % seulement des systèmes de stockage par batterie ou des voitures électriques. L'enjeu pour les industriels et les pays membres de l'OCDE n'est donc pas de contrôler les cours des matières premières, mais de sécuriser les volumes physiques de leurs approvisionnementsEtienne Goetz, Métaux critiques : l'AIE alerte sur les risques d'une production encore trop concentrée en Chine, Les Échos, 16 juillet 2026..
Impact de la transition énergétique L'IFP Énergies nouvelles (IFPEN) a modélisé en 2021 les besoins futurs en matériaux nécessaires pour limiter le réchauffement climatique à 2 degrés : les métaux non ferreux traditionnels, comme le cuivre ou le nickel, seront autant contraints, voire plus, que les métaux dits technologiques, comme le lithium ou les terres rares. Le monde pourrait consommer entre 60 % et 90 % des ressources en cuivre connues aujourd'hui d'ici à 2050. Pour la bauxite, ces chiffres se situent entre 50 % et 85 %, pour le cobalt autour de 80 %, 60 % pour le nickel , 30 % pour le lithium et 4 % pour les terres rares. Or les investissements nécessaires pour 2035-2040 ne semblent pas être engagés, alors qu'il faut en moyenne compter plus de 10 ans pour l'ouverture d'une mineEn trois décennies, nous allons consommer 60 % des ressources de cuivre connues, Les Échos, 6 janvier 2022..
En , l'Agence internationale de l'énergie publie un rapport sur les métaux critiques de la transition énergétique : elle redoute que la spectaculaire baisse des prix du lithium , du nickel ou du cobalt en 2023 ait pour effet de ralentir les investissements miniers nécessaires pour limiter le réchauffement climatique conformément à l'Accord de Paris. La consommation de métaux devrait être doublée d'ici 2030 et multipliée par quatre d'ici à 2040 dans le cadre du scénario net zéro de l'AIE pour atteindre 40 millions de tonnes par an. Or les mines en cours d'exploitation et les projets qui vont entrer en production ne permettront de couvrir que 70 % de la demande de cuivre en 2030 et 50 % pour le lithiumÉtienne Goetz, L'Agence internationale de l'énergie alerte contre des pénuries de cuivre et de lithium, Les Échos, 17 mai 2024..
Le rapport 2025 de l'AIE s'inquiète d'une concentration grandissante de la production et transformation de métaux dans une poignée de pays, voire un seul, et le plus souvent en Chine. La part de marché moyenne des trois principaux pays pour le raffinage de métaux de la transition est passée d'environ 82 % en 2020 à 86 % en 2024 et sur les 20 métaux analysés, la Chine est le premier raffineur sur 19 métaux avec une part de marché moyenne de 70 % (plus de 90 % pour le gallium, le graphite et le manganèse). Dans l'extraction de minerai brut, les trois principaux producteurs représentaient en moyenne 73 % de l'offre en 2020 et 77 % en 2024. Une trop grande concentration augmente le risque de choc d'approvisionnement, qui peut se traduire par une hausse des prix de 40 à 50 %. La plupart des métaux critiques ont enregistré une volatilité des prix supérieure à celle du pétrole et du gaz. Malgré les politiques mises en place aux États-Unis ou en Europe, l'AIE prévoit que la part moyenne des trois principaux fournisseurs ne devrait diminuer que de manière marginale au cours de la prochaine décennie, revenant ainsi aux niveaux de concentration observés en 2020. Les efforts de diversification risquent de s'avérer décevants : ainsi, les batteries lithium fer phosphate, dont la part de marché atteint désormais 50 %, permettent de se passer de cobalt et de nickel, mais la Chine produit 75 % de l'acide phosphorique purifié mondial, essentiel à ces batteriesEtienne Goetz, Lithium, cuivre, terres rares : l'AIE alerte sur la toute-puissance de la Chine, Les Échos, 21 mai 2025..
Guerre des métaux Le , en riposte aux annonces américaines de hausse des taxes douanières visant les produits chinois, le ministère au Commerce Extérieur chinois annonce des mesures de rétorsion : les exportations de tungstène, de tellure, de bismuth, d'indium et de molybdène ainsi que leurs coproduits seront soumises à des contrôles pour . La Chine produit environ 80 % du tungstène et du bismuth dans le monde et est également le premier fournisseur des autres métauxEtienne Goetz, La Chine répond à la guerre commerciale par la guerre des métaux, Les Échos, 4 février 2025..
Minerals Security Partnership En , une coalition baptisée Minerals Security Partnership (MSP) se forme pour mettre en commun des financements et les agences de crédit export des membres afin de sécuriser leurs chaînes d'approvisionnement en métaux critiques. Elle se compose de quatorze pays, dont les États-Unis, le Canada, l'Australie, la France, l'Allemagne, l'Inde, la Corée du Sud et le Royaume-Uni, plus la Commission européenne. Les métaux jugés critiques par le MSP sont entre autres le lithium, le cobalt, le nickel, le manganèse, le cuivre, le graphite et les terres rares. Le MSP devrait se pencher sur une trentaine de nouveaux projets à financer pour sécuriser l'approvisionnement des membres de la coalition. Ces projets concernent toute la chaîne de valeur de ces métaux, de l'exploitation minière au raffinage en passant par le recyclageEtienne Goetz, Métaux critiques : l'Occident s'unit pour desserrer l'étau de la Chine, Les Échos, 23 septembre 2024..
France Les métaux stratégiques font l'objet de préoccupation de la part du SDECE, puis de la DGSE. Le dernier directeur du SDECE, Alexandre de Marenches, ordonne la création d'une liste de métaux stratégiques en temps de guerre comme de paix. Cette liste, révélée en 1986, comporte le germanium (nécessaire à l'électronique avancée), le titane (pour les sous-marins de chasse), le magnésium (pour les explosifs), le platine (qui sert de conducteur pour l'aviation, notamment), le mercure (pour la chimie nucléaire et en tant qu'instruments de mesure), le molybdène (pour l'acier), le cobalt (pour la chimie nucléaire), et le niobiumChristine Ockrent, comte de Marenches, Dans le secret des princes, Stock, 1986, ..
En , le Comité pour les métaux stratégiques (COMES) est créé afin de renforcer la vigilance française sur le sujetLiger, A. (2016, April). Le Comité pour les métaux stratégiques (COMES), un lieu de dialogue consacré à l’industrie. In Annales des Mines-Responsabilité et environnement (No. 2, pp. 29-33). FFE.. Au Sénat, l'OPECST recommande la mise en place d'une politique de collecte et recyclage de ces matières stratégiques, ce qui permettrait d'économiser les ressources primaires, de réduire la dette extérieure, mais aussi d'économiser de l'énergie et d'émettre moins de gaz à effet de serre. Ce recyclage pourrait être facilité par une généralisation de l'écoconception. La lutte contre l'obsolescence programmée pourrait aussi freiner les importations de ces ressources.