Le marché du travail est le lieu théorique de rencontre de l'offre de force de travail, de savoir-faire et de compétences et de la demande solvable de travail (par des personnes privées, par les entreprises publiques ou privées). Ce marché est le plus souvent régulé par le droit du travail qui opère la distinction juridique entre de multiples variantes de travail salarié et travail indépendant, régulier ou intermittent, intérimaires, à la tâche
Dans le cas du salarié, on peut dire qu'il affronte la concurrence des autres offreurs de travail, par la médiation d'un employeur. Dans le cas de l'indépendant, on dira qu'il affronte le marché du travail sans médiation.
Concernant l'offre de travail, elle est habituellement principalement constituée du travail salarié ou indépendant. Dans certains pays, une population labellisée inactive (par exemple durant les études) a aussi accès au marché du travail (par exemple : travail sous contrat étudiant, travail bénévole). Pour être complet dans l'analyse de l'évolution d'une offre de travail, on peut choisir d'inclure également le travail et les prestations fournies par des entreprises.
Ce marché est notamment étudié par la sociologie du travail.
Structuration et dynamique du marché du travail On peut distinguer différents marchés du travail selon les secteurs d'activité et le niveau de compétences métiers exigé (qualification). Cela peut être justifié objectivement par le faible degré de l'élasticité de l'offre de travail, qui est dans certains cas limitée par le temps nécessaire à l'acquisition humaine de compétences métiers ( une offre de compétences de laveurs de vitres ne peut pas répondre rapidement à une soudaine demande de virologues en cas d'épidémie). Tandis que la demande consommatrice de travail peut être très volatile selon le secteur. Un secteur en expansion peut consommer beaucoup de travail, un autre en voie de mécanisation ou hautement délocalisable peut s'en passer presque instantanément localement.
Durant les trente glorieuses, les économistes Doeringer et Piore (1971)Doeringer P., Piore M. (1971). Internal Labor Markets and Manpower Analysis, Lexington (Mass.). distinguent deux catégories très différentes au sein de ce marché :
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Durant les trente glorieuses, dans cette théorie de la segmentation (Dickens et Lang, 1988)Dickens W., Lang K. (1985a). "A Test of Dual Market Theory", American Economic Review, , ., les notions théoriques de « salaire d'efficience » et de « négociations salariales » suffisent à justifier le rationnement de l'emploi dans le secteur primaire, et le différentiel de salaire entre les deux secteurs, ainsi que la persistance du chômage.
Le contexte urbain ou rural et l'histoire locale d'industrialisation ou de désindustrialisation ou de délocalisation/relocalisation structurent aussi géographiquement fortement le marché de l'emploi (avec des contextes démographiques, en contribuant à l'exode rural parfois).
En fonction des contextes socioculturels et réglementaires, à la fin du , le marché du travail est considéré comme plus ou moins cloisonné selon les pays ( Selon l'INSEE, il est moins cloisonné au Royaume-Uni, et moins encore aux États-Unis qu'en France)Mercier M.A & Lee P (1999), Le marché du travail en France et au Royaume-Uni URL=http://www.epsilon.insee.fr/jspui/bitstream/1/637/1/ip670.pdf
Travail et emploi Quand le travail est rémunéré, il est souvent régulé par le droit et fait l'objet d'un contrat marchand de fourniture de service dont les conditions dépendent du marché ou d'un contrat de travail assorti d'un salaire qui correspond à des négociations collectives ou individuelles. L'emploi est la stabilisation juridique du travail rémunéré d'une personne, qu'il soit salarié indépendant par la succession de contrats pour un même type de prestation.
Le droit arbitre, via le législateur et la jurisprudence, les conflits entre partenaires sociaux, et à l'aide de la sécurité sociale (instaurée en France par Ambroise Croizat au sein du Conseil national de la résistance) entre la demande de l'employeur qui tend à demander toujours plus de flexibilité et l'employé, le travailleur qui a besoin d'une certaine sécurité dans l'emploiGautié J (2003) Marché du travail et protection sociale: quelles voies pour l'après-fordisme ?. Esprit (1940-), (299 (11), 78-115..
En France, la rencontre entre offre de travail, salarié et employeur, est régie et régulée par le droit du travail dont l'application est surveillée par l'inspection du travail et sanctionnée par juridictions spécialisée (le conseil de prud'hommes).
Son étude est faite sur le plan théorique par l'économie du travail et, sur un plan plus pratique — sinon plus politique — à l'échelon international, par l'Organisation internationale du travail (OIT), organisation spécialisée de l'ONU.
Marché de l'emploi Dans le marché de l'emploi, on peut distinguer un « marché manifeste » qui correspond l'ensemble des demandes et annonces diffusées par les entreprises, et un « marché fermé » et/ou « marché caché » (à ne pas confondre avec le travail dissimulé) qui recouvre l'ensemble des emplois qui ne font pas l'objet d'annonces dans les grands médias par les entreprises, mais qui peuvent par contre apparaître dans des réseaux sociaux de la vie quotidienne ou des médias sociaux numériques. À titre d'exemple, en 1984, Catherine Paradeise pose l'hypothèse qu'en France, la marine marchande est un marché du travail autrefois fermé, mais qui pourrait être amené à s'ouvrir. Dans la marine de guerre, les appels à recrutement sont publics ou passent par les écoles spécialisées.
Dans les marchés du travail fermés, le recrutement se fait généralement chez des jeunes qui commencent au bas de l'échelle et peuvent espérer par le jeu des formations, grades, atteindre des postes de plus en plus élevés et mieux rémunérés. Ce marché du travail dit « caché » est généralement aujourd'hui accessible à qui dispose d'un riche réseau de relations (notamment professionnel et/ou familial par exemple), à qui diffuse des candidatures spontanées ou à qui dispose de compétences lui permettant d'être actif dans différents réseaux professionnels du « Web 2.0 ».
Un autre secteur (de l'emploi précaire et/ou du travail saisonnier, par exemple dans les secteurs du tourisme, de l’évènementiel, de la restauration, de l’hôtellerie, de l'agriculture, vulnérable à la conjoncture économique et à certaines stratégies industrielles telles que la robotisation, la sous-traitance et l'appel au travail intérimaire), présentant ses spécificités. Concernant l'intérim : après la fin des trente glorieuses, quelques grands groupes (Adecco, Manpower et Vediorbis) se sont fortement développés en se partageant la majeure partie de ce marché, dans les années 1980/1990Lefèvre, G., Michon, F., & Viprey, M. (2002). Les stratégies des entreprises de travail temporaire, acteurs incontournables du marché du travail. Travail et emploi, (89), 45. URL=https://travail-emploi.gouv.fr/publications/Revue_Travail-et-Emploi/pdf/89_1638.pdf, et tendant souvent à remplacer la sous-traitance, voire à remplacer le service de gestion des ressources humaines de certaines entreprises qui y externalisent ainsi cette fonction à peu de fraisBelkacem, R. (1998), L'institutionnalisation du travail intérimaire en France et en Allemagne : une étude empirique et théorique, Éditions L'Harmattan..
Dans le Grand marché du travail, au sein des entreprises, les tests d'aptitude et/ou les experts en recrutement (dont chasseurs de têtes) jouent un rôle important, mais leurs interprétations sont critiquées par certains chercheurs qui mettent en cause l’idée d’une rationalité parfaite de ces recruteurs, démontrant des biais de Eymard-Duvernay F & Marchal E (2000) Qui calcule trop finit par déraisonner: les experts du marché du travail. Sociologie du travail, 42(3), 411-432. URL=https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-02137495/document.
Certains, comme Samuel Churin (initiateur et de porte-parole de la Coordination des intermittents et des précaires), en 2020 vidéo d'une Interview de Samuel Churin, par Denis Robert du Journal Le Média, intitulée : Pourquoi laisse-t-on mourir les chômeurs ? (You Tube) URL=https://www.youtube.com/watch?v=I6ODWha9a_w considèrent qu'il ne faudrait pas parler de « marché » pour le travail, car dans un vrai marché les deux partis ont le choix de pouvoir refuser l'échange, alors que (hormis dans les pays riches et durant les trente glorieuses) dans le domaine du travail le travailleur, pauvre notamment, est souvent obligé d'accepter des salaires et conditions de travail ne correspondant pas à ses attentes, et imposées par l'employeur.
En France
Le marché de l'emploi serait en France, composé de 30 % de marché manifeste, et de 70 % de marché caché. De plus, 80 % des candidats se battent sur le marché ouvert, tandis que 20 % des candidats préfèrent le marché caché. Cette situation démontre combien le marché caché (recrutements en interne, post-stage ou via les réseaux de contact .) est encore méconnu des candidats, bien que plus important que le marché ouvert. En effet, le marché caché tient au fait que beaucoup d'entreprises recherchent des candidats parmi les personnes déjà actives chez leurs concurrents, ou dans les réseaux sociaux, et par ailleurs reçoivent régulièrement des candidatures spontanées. Diffuser une annonce constitue alors, soit un dernier recours, soit une communication publicitaire. Ces entreprises n'ont dès lors pas besoin de diffuser des annonces pour les emplois disponiblesPôle Emploi, « Comment aborder le marché du travail ? Guide pratique », novembre 2010, p. 13 .
La vie scolaire et les conseillers d'orientation (dans les collèges, les lycées et les Centre d'information et d'orientation (CIO)) préparent les jeunes à un métier et à la recherche d'emploi. Des structures ( Agences locales pour l'emploi (ALE), Association pour l'emploi des cadres (APEC) et ANPE devenue Pôle emploi, et des points d'accueil d'information et d'orientation (PAIO) et Missions locales ont été créés pour accompagner les chercheurs d'emploi, jusqu'au moment de la retraite.
Le cas des emplois intermittents Certains emplois sont par nature intermittents, avec selon les pays des systèmes plus ou moins poussés de socialisation du risque (cas des intermittents du spectacle en France, par exemple) et il existe aussi des dispositifs visant plus spécifiquement l'emploi des jeunesFondeur, Y., & Minni, C. (2004). L'emploi des jeunes au cœur des dynamiques du marché du travail. URL=http://www.epsilon.insee.fr/jspui/bitstream/1/23143/1/estat_2004_378_5.pdf, des femmes (pour contrer les inégalités d'accès aux métiers et aux postes, et pour un salaire égal à travail égal), des handicapés et/ou visant à réguler le marché du travail pour qu'il ne favorise pas la précarisation des travailleursGiret, J. F., Nauze-Fichet, E., & Tomasini, M. (2006). Le déclassement des jeunes sur le marché du travail. Données sociales, 307-314. URL=https://www.insee.fr/fr/statistiques/fichier/1372017/donsoc06yi.pdf.
Marché du travail et immigration/émigration Notamment depuis la révolution industrielle, le marché du travail a grandement influé sur les politiques d'immigration/émigration, avec cependant des inégalités d'accès à certains métiers ou postes, y compris pour la seconde ou troisième génération, dont en France.
Hors de la théorie économique classique ou néoclassique, le marché du travail n'existe pas La notion de marché du travail est Jean-Paul Pollin (2015) Le marché du travail est il vraiment un marché ? ; édition, des Rencontres Économiques d’Aix-en-Provencere (cercle des économistes) URL=https://www.lesrencontreseconomiques.fr/2015/sessions/marche-du-travail-il-vraiment-marche/ ; URL du PDF=https://www.lesrencontreseconomiques.fr/2015/wp-content/uploads/sites/3/2015/06/2015pollin.pdf.