La Rance est un fleuve côtier de l'Ouest de la France, au nord de la Bretagne. Elle prend sa source dans les monts du Mené à Collinée, dans le département des Côtes-d'Armor, et se jette dans la Manche entre Dinard et Saint-Malo dans le département d'Ille-et-Vilaine.

Hydronymie et toponymie Elle est attestée sous les formes Renc au , Rinctus, Rinctius au -, Rentia au , Rentius au , Rentie au , Re(n)cem au , Rence et Rance au également : .

Les linguistes ont anciennement attribué à Rinctius, un radical Rinc- issu du gaulois (autrement dit celtique continental) « bruit strident ».

Cependant cette hypothèse est incompatible avec la forme primitive du nom de la Rance désormais identifié dans Reginca. Il s'agit d'un dérivé formé avec le suffixe -inco sur la racine indo-européenne reg- « arroser, baigner », dont il existait probablement un produit en celtiqueLoïc Langouet et Guy Souillet, op. cit.Bernard Tanguy, « Toponymie, La Rance qui arrose », article de Bretagne Magazine nov.-déc.1998 - jan. 1999. ..

Son nom participe à la toponymie du canal d'Ille-et-Rance, à la communauté de communes Rance - Frémur, au SAGE Rance Frémur Baie de Beaussais. et à de nombreuses communes : Le Minihic-sur-Rance, Plouër-sur-Rance, Pleudihen-sur-Rance, Langrolay-sur-Rance, La Vicomté-sur-Rance, Saint-Samson-sur-Rance.

En breton, les formes ar Rañs et ar Renk sont attestées par écrit et répertoriées toutes deux par le Grand Dictionnaire de Francis Favereau. C'est la seconde, ar Renk, qui est conseillée par l'Office public de la langue bretonne.

Géographie vignette|gauche|Localisation de la Rance en France. La Rance est donc un fleuve côtier de Bretagne, elle prend sa source dans le village du Cas de la Plesse (monts du Mené) à d'altitudeCette source est alimentée, selon la légende collectée par Paul Sébillot, par les larmes versées par la sœur de Gargantua après son veuvage. Cf . et se jette dans la Manche sur la côte nord. Elle est longue de .

Le cours de la Rance peut être divisé en trois sections : la Rance fluviale de la source jusqu'à hauteur d'Évran où le canal d'Ille-et-Rance la rejoint ; la Rance canalisée entre Évran et l'écluse du Châtelier ; la Rance maritime à partir de l'écluse jusqu'à la mer, son estuaire est barré par le barrage de la Rance ; auxquelles vient s'ajouter le canal d'Ille-et-Rance.

Départements et communes traversés La Rance traverse 28 communes et deux départements : Côtes-d'Armor : Calorguen, Caulnes, Les Champs-Géraux, La Chapelle-Blanche, Le Mené, Dinan, Éréac, Évran, Guenroc, Guitté, Lanrelas, Lanvallay, Mérillac, Plouasne, Plumaugat, Le Quiou, Saint-André-des-Eaux, Saint-Carné, Saint-Jouan-de-l'Isle, Saint-Juvat, Saint-Launeuc, Saint-Maden, Saint-Samson-sur-Rance, Saint-Vran, Taden, Tréfumel , La Vicomté-sur-Rance ; Ille-et-Vilaine : Quédillac.

Rance fluviale vignette|La source de la Rance. La Rance prend sa source dans les monts du Mené, à d'altitude, sur la commune nouvelle du Mené, dans l'ancienne commune de Collinée, dans les Côtes-d'Armor.

Elle se dirige vers l'Est jusqu'à Lanrelas, puis vers le Sud-est. Sur cette portion elle traverse les communes de Le Mené (Collinée) — Saint-Vran — Mérillac — Saint-Launeuc — Éréac — Lanrelas — Plumaugat — Saint-Jouan-de-l'Isle — La Chapelle-Blanche — Caulnes — Guitté — Guenroc — Plouasne — Saint-Maden — Tréfumel — Saint-Juvat — Le Quiou puis Saint-André-des-Eaux.

Elle reçoit le Guinefort (une rivière de , en provenance de l'Ouest) et le canal d'Ille-et-Rance, au niveau de la commune d'Évran.

À la hauteur de Guenroc, le barrage de Rophémel crée une retenue de de m. Celle-ci alimente en eau potable la ville de Rennes. Le barrage mesure de haut, pour une longueur de à son sommet, il abrite, en outre, une usine hydroélectrique.

La surface de bassin versant de la Rance est de en amont de Guenroc. Le module y est de . Le débit spécifique est de par km et la lame d'eau écoulée dans son bassin versant de . Ce sont des valeurs très faibles. Le débit journalier maximal a été mesuré le et était de . À l'étiage, le débit peut descendre jusqu’à en cas de période quinquennale sèche.

Rance canalisée et canal d'Ille-et-Rance

Le canal rejoint la Rance à la hauteur d'Évran, après avoir suivi le Linon (une rivière de ) à partir de sa confluence avec le Donac. La Rance coule ensuite, canalisée, jusqu'à l'écluse du Châtelier à Saint-Samson-sur-Rance. Sur sa rive ouest : Calorguen — Saint-Carné — Dinan — Taden et sur sa rive est : Les Champs-Géraux — Lanvallay — Saint-Hélen — La Vicomté-sur-Rance. Le fleuve s’élargit au niveau de Taden, formant un bassin appelé « plaine » localement, inutile cependant d'espérer y faire paître du bétail, c'est un site de repos pour les mouettes et autres canards. La route départementale 57, passant par l'écluse du Châtelier, relie les lieux-dits « La Hisse » (rive ouest) et « Lyvet » (rive est).

Rance maritime vignette|Carte touristique de la Côte d'Émeraude figurant la Rance maritime.

La Rance quitte sa partie fluviale telle qu'elle est définie dans le Sandre et devient la Rance maritime en aval de l'écluse du Châtelier, sur la commune de Saint-Samson-sur-Rance, la limite de salure des eaux jusqu'à l'océan Atlantique où elle s'y jette, entre les communes de Saint-Malo et Dinard. Après l'écluse la Rance s'élargit pour former la "Plaine de Mordreuc", puis la "Plaine de Saint-Suliac".

On y trouve : en rive gauche : Plouër-sur-Rance et Langrolay-sur-Rance dans le département des Côte d'Armor, puis Pleurtuit, Le Minihic-sur-Rance, La Richardais et Dinard, en Ille-et-Vilaine ; en rive droite : Pleudihen-sur-Rance, La Ville-ès-Nonais, Saint-Suliac, Saint-Jouan-des-Guérets et Saint-Malo.

Entre les villes de Dinard et Saint-Malo, le barrage de la Rance barre l'estuaire. Cet ouvrage a été construit entre 1961 et 1966, il définit aujourd'hui le régime hydrologique de la Rance maritime.

Affluents Les principaux affluents de la Rance sont, d'amont en aval : le Frémeur (rgrd pour rive droite et rg pour rive gauche), ; le Néal (rd), ; le Hac (rd) ; la Vallée (rg) ; le Guinefort (rg), ; le Linon (rd), ; le ruisseau de Coëtquen (rd) .

Rang de Strahler

Hydrologie Son régime hydrologique est dit pluvial océanique. Climat

Ouvrages d’art Barrages et écluses thumb|L'écluse du Châtelier (La Vicomté-sur-Rance). La Rance est barrée près de son embouchure par le barrage à écluses de l'usine marémotrice de la Rance qui exploite les ressources des fortes marées s'engouffrant dans son estuaire pour produire de l'électricité. L'écluse du Châtelier marque la limite entre la Rance fluviale (eau douce) et la Rance maritime (eau saumâtre), soumise aux marées décalées de l'usine marémotrice. D'autres écluses permettent aux bateaux de rejoindre le canal d'Ille-et-Rance. Le barrage de Rophemel sur la commune de Guenroc, près de Caulnes, retient de m d'eau.

Ponts

La Rance est traversée par de nombreux ponts, notamment, en remontant son cours de Saint-Malo à Léhon : le barrage de la Rance qui porte la route départementale D 168 depuis le ; le pont Châteaubriand (1991) portant la route nationale 176 ; le pont Saint-Hubert (1928, reconstruit en 1959), à quelques dizaines de mètres du précédent, portant la route départementale 366 ; le viaduc ferroviaire de Lessard (1879, reconstruit en 1950) portant la ligne de Lison à Lamballe (reliant Cherbourg à Brest) ; l'écluse du Châtelier ; le vieux pont de Dinan ; le viaduc de Dinan (1858) ; le vieux pont de Léhon.

L'habitat rural dans la vallée de la Rance

Dans la vallée de la Rance, les maisons des paysans aisés du Pays des Faluns datant de la fin du ou du (Tréfumel, Le Quiou, Saint-Maden, Plouasne, Trévron, Guitté, Longaulnay, Saint-Juvat, etc..), riches laboureurs et marchands de toiles (analogues aux juloded du Léon) possèdent des lucarnes en pierre de taille (en calcaire des faluns) richement ornés (pilastres cannelés, frontons triangulaires ou en arc de cercle), par exemple à la Ville-Ferrer en Guitté, à la Cossuais en Langaulnais, au Tertre en Plouasne, à la Ville-Boudet en Saint-Juvat, à la Bigotais en Saint-MadenSous la direction de Catherine Tosser et Jean-Jacques Rioult, Architecture rurale en Bretagne, Lieux-dits Éditions, 2014 ., etc.

Environnement

La quasi-totalité de l’estuaire de la Rance est couvert par plusieurs zones naturelles d'intérêt écologique, faunistique et floristique (ZNIEFF) de type 1 et 2 : Bras de Châteauneuf de 298 hectares ; Île Notre-Dame de 4 hectares ; Anse de la Richardais de 83 hectares ; Anse de Gareau en Saint-Suliac et La Ville-es-Nonais, de 90 hectares ; Anse de Pleudihen de 223 hectares ; l’estuaire de la Rance de qui est également un site naturel classé sur depuis Liste des sites classés du département d’Ille-et-Vilaine ;

L'envasement de la Rance

L'envasement de la partie aval de la Rance est un phénomène naturel commun à tous les estuaires. Mais il s'est accentué depuis la construction du barrage de la Rance, l'estuaire n'étant plus soumis à l'effet « chasse-d'eau » engendré par le jeu des marées, qui sont de plus à fort coefficientL'envasement de la Rance. Une conséquence du barrage, http://www.geographie.ens.fr/l-envasement-de-l-estuaire.html.

« L’estuaire de la Rance, milieu maritime singulier et remarquable, se dégrade de jour en jour et s’envase » déplore l'association Rance Environnement« De Saint-Malo à Dinan : Avec l'envasement, l'estuaire risque de perdre son caractère maritime historique », journal Le Petit Bleu des Côtes-d'Armor, n° du 3 février 2020, https://actu.fr/bretagne/pleudihen-sur-rance_22197/la-rance-saint-malo-dinan-lenvasement-lestuaire-risque-perdre-caractere-maritime-historique_31049602.html .. Le chenal navigable en aval du port de Dinan devenant difficilement utilisable (7 bateaux échoués dans la vase pendant l'année 2017 https://www.ouest-france.fr/bretagne/saint-samson-sur-rance-22100/envasement-de-la-rance-un-bateau-nouveau-echoue-au-lyvet-5243390) , EDF a dû réaliser des travaux de désenvasement en 2018, principalement au niveau de l'écluse du Châtelier (entre Saint-Samson-sur-Rance et La Vicomté-sur-Rance), et procéder à des lâchers d'eau brutaux pour rendre le chenal à nouveau facilement navigable par effet de chasse-d'eau https://www.ouest-france.fr/bretagne/saint-malo-35400/l-envasement-de-la-rance-quelles-solutions-5656739.

En , un robot dragueur de 5 mètres de largeur, haut de 3,5 mètres, mis au point par EDF et Watertracks (une start-up spécialisée dans les travaux sous-marins robotisés), baptisé « Nessie », a été utilisé de manière expérimentale pour aspirer les sédiments, les diluer et les rejeter à marée descendante et valider ou non cette technique de désenvasementMark Moreau, « Un robot contre la vase de l'estuaire de la Rance », Le Télégramme de Brest et de l'Ouest, n° du 27 février 2021..

En , les maires des communes riveraines de la Rance maritime (Saint-Malo, Dinard, Dinan, Pleurtuit, etc.) ont créé officiellement un collectif qui existait en fait déjà de manière informelle depuis 2014. Ils reprochent à l'État son inaction et demandent que l'électricité produite par l'usine marémotrice de la Rance soit classée « électricité verte » ; la tarification plus avantageuse qui en découlerait permettrait de trouver un financement pour le désenvasement..

Aménagement et projets de territoire Le Parc naturel régional Vallée de la Rance - Côte d'Émeraude protège depuis 2024 66 communes, du Cap Fréhel à la Pointe du Grouin (Cancale), d'Ouest en Est, et de Saint-Malo à Guitté, au sud de Dinan, du Nord au Sud. La Rance est incluse dans ce périmètre.

Bateaux de la Rance right|thumb|Un misainier typique de la Rance.