Estelí ou La Villa de San Antonio de Pavia de Estelí est une ville du Nicaragua qui a donné son nom à l'un des 15 départements du pays.
Haut lieu du sandinisme toujours bien présent dans les esprits. La ville fut longtemps marquée par la guerre civile qui opposa la junte sandiniste aux contre-révolutionnaires soutenus par les États-Unis. Épuisé par des années de combat, le peuple vota contre le Front Sandiniste de Libération Nationale en 1990.
Estelí est traversée par la Panaméricaine. Elle est renommée pour ses cigares et son club de football est le Real Estelí.
Histoire Toponyme Le nom Estelí a plusieurs interprétations. Les arguments en faveur d'une relation supposée avec un site en Espagne sont les suivants : Il existe une ville du nom d'Estelí dans les Asturies, en Espagne. ; Estelí a autour d'elle des villes, des régions, des municipalités avec des toponymes espagnols tels que San Pedro, Santa Cruz, San Nicolas, La Trinidad, San Juan (Limay), La Concordia, San Sebastian (Yali) ; Une grande partie des noms des familles à Estelí vient du nord du Nicaragua et du nord de l'Espagne, y compris la Cantabrie et du Pays basque.
Un chercheur interprète la signification de ce nom comme suit :
Estelí est également connu sous le nom de , un nom créé par Oscar Corea Molina dans son programme radio "El Trampolín 43" sur Radio Ondas Segovianas en 1960.
La devise de la ville est , sa sainte patronne Notre-Dame du Rosaire est fêtée le .
Période préhispanique Selon les historiens, la ville a connu trois implantations, dans la région archéologique de Las Pintadas, sur les rives de la rivière Agüesgüespala et dans la vallée Michigüiste.
Au début du , elle était habitée par les Sumos ou Mayangnas, les Matagalpas, les Nahuas et les Chorotegas, qui étaient dirigés par des caciques comme Mixcoatl (l'homme aux mille batailles).
Période coloniale
Première fondation Au début de 1654, des pirates anglais ont occupé le village existant de Ciudad Antigua à Nueva Segovia et les colons espagnols ont été forcés de quitter ces terres, ainsi Estelí, Condega et Pueblo Nuevo sont apparus.
Vers le , les Espagnols arrivés de Ciudad Antigua expulsent les autochtones et fondent la ville de San Antonio de los Esterillas (ou de Pavia). Cette colonie est également connue sous le nom de Villa Vieja (vieux village) et fut plus tard appelée Villa de San Antonio de Estelí, lorsqu'ils s'installèrent dans la vallée du Michigüiste, sur les rives de l'actuelle rivière Estelí fuyant les pirates anglais et les Indiens Xicaques. Ils ont ensuite adopté le nom de Villa de Estelí et s'y sont installés jusqu'à aujourd'hui.
A la périphérie de la ville, on trouve les vestiges de ce qui était la chapelle du village à l'époque coloniale, qui a été visitée par l'évêque Pedro Agustin Morell de Santa Cruz (1752). Ce qui tend à prouver que la fondation du village est le fait d'habitants espagnols, métis et mulâtres originaires de Nouvelle-Ségovie. La ville était principalement peuplée de métis qui travaillaient dans les haciendas. Malgré le fait que la législation de l'époque leur permettait d'ériger des haciendas, ils ne les constituaient pas, mais les Espagnols le faisaient, car ils n'étaient pas soumis à cette législation.
Le transfert vers la plaine du Michigüiste Au début du , le , les autorités de León, dont Estelí dépendait à l'époque, parviennent à déplacer la ville en raison des attaques des matagalpas, de l'abondance des animaux sauvages qui s'attaquent au bétail et de la faible productivité des terres. Le lieu choisi pour le nouvel emplacement était la plaine de Michigüiste, qui appartenait à l'aumônerie de San Diego del Guarumo ou Guaruma depuis 1772. Le déménagement s'est fait sur le terrain donné par les propriétaires de l'aumônerie, à côté de la rivière qui s'appelait alors le Río Grande. À cette époque, la structure urbaine était définie par l'emplacement de la place principale, de la cathédrale (à l'époque une simple église) et de l'hôtel de ville. Le syndic Don Leandro Lanuza avait ainsi demandé au maire de la ville de :
En 1795, la ville a été incluse dans la sous-délégation de Nueva Segovia..
Constitution en tant que ville et département vignette|José Santos Zelaya.|alt=|266x266px La ville d'Estelí appartenait à la juridiction de León mais, en 1821, elle est devenue dépendante de celle de Matagalpa avant que sa propre juridiction ne soit constituée, bien que la création d'un département d'Estelí ait déjà été proposée dès 1788.
La ville est décrite en 1858 comme , et comme ayant un moulin à grains avec précision que
Le , sous le gouvernement du président Roberto Sacasa, est créé le département d'Estelí et la cité est promue au rang de ville. Cependant, elle perd le statut de chef-lieu du département le pour avoir participé à un soulèvement contre le gouvernement du général José Santos Zelaya. Elle ne récupère ce statut que le , bien que le décret date du .
Au Au début du , Estelí était déjà prospère et connaissait une croissance rapide. En 1910, il y avait 66 exploitations (finca) de café dans le département et au milieu de ce siècle, le nombre de plantations de café était déjà de 369. Toutefois, en 1958 il n'y en avait plus que 14, à cause d'une concentration dans les grandes propriétés.
En 1917, l'éclairage public (par lampes à pétrole), a été inauguré et en 1922, le premier véhicule automobile est arrivé dans la ville.
En 1944, la construction de l'autoroute panaméricaine est réalisée, ce qui révolutionne les communications de la ville et de tout le département et donne une formidable impulsion à l'économie, qui continue de croître avec l'établissement des premières banques et sociétés financières.
Dans les années 1960, la culture du tabac commence aux mains d'hommes d'affaires cubains exilés qui apportent des semences de l'île et lancent une agro-industrie qui prévaut encore aujourd'hui.
Les insurrections anti-somoza En , Estelí se soulève contre la dictature de Anastasio Somoza Debayle. La lutte dure une semaine et oppose la Garde nationale du dictateur à une colonne du Front sandiniste de libération nationale soutenue par un groupe de combattants du peuple Estelíen. Les habitants de la ville, honorant leur histoire, participent activement aux combats en érigeant des barricades dans les rues. La ville est lourdement bombardée, mais l'organisation de la population lui fait conserver sa position pendant 13 jours.
La deuxième insurrection contre le régime Somoza a lieu pendant la semaine sainte de 1979. Une colonne du FSLN entre dans la ville le dimanche , sous les ordres du commandant Francisco Rivera surnommé "le renard" (El Zorro) et de son lieutenant, Juan Alberto Blandón (Froylán). Le soulèvement dure jusqu'au , date à laquelle l'armée du dictateur entoure la ville avec plus de hommes et un matériel de guerre abondant, dont des avions. Dans ces combats, Blandón perd la vie. Plus d'un millier d'Estelíens doivent battre en retraite. Des hommes, des femmes et des enfants, acccompagne la guérilla dans un exil massif des habitants. vignette|gauche|232x232px|Insurrection à Estelí, où les troupes de la Garde nationale affrontent les révolutionnaires sandinistes. Lors des bombardements par l'armée du dictateur Somoza, Estelí a perdu une partie de son centre historique, dont des bâtiments tels que l'hôtel de ville ou le Palais Municipal, le théâtre du Monténégro, le centre des travailleurs, le bâtiment de la Croix-Rouge et d'autres qui avaient orné la ville pendant des décennies. Plus de cinq mille personnes ont été tuées à Estelí pendant cette guerre civile. En , la révolution triomphe. Le 16, les troupes révolutionnaires reprennent la ville et le 19, la dictature est vaincue au niveau national.
Les changements révolutionnaires ont contribué à faire progresser la ville. Les attaques de la contre-révolution pendant la guerre civile dans les années 80 ont paralysé l'avancée et la reprise de la ville jusqu'à l'arrivée du gouvernement de Violeta Barrios de Chamorro. Le commerce, gravement endommagé lors de la révolution, a lentement refait surface. Ainsi, le boom de l'industrie du tabac renaît, attirant à nouveau les investisseurs nationaux et étrangers qui font renaître les fameux cigares Estelíens.
Une période de grands troubles - 1990-1998 Dans les années 1990, la situation politique a été marquée par un gouvernement central faible (y compris un système judiciaire affaibli), des actions violentes menées par des groupes d'ex-contras réarmés et par d'anciens sandinistes, l'usage excessif et disproportionné de la force dans plusieurs cas en répondant à des groupes réarmés, à des grévistes et à des manifestants pacifiques, des épisodes majeurs de prise d'otages.. C'est dans ce cadre du règne général de l'impunité et de l'incapacité de l'État nicaraguayen à administrer la justice, qu'intervient à Estelí un épisode tragique de son histoire
À 15 heures le un groupe de 150 hommes du Frente Revolucionario Obrero y Campesino (FROC), prend la ville. Ce groupe armé de recompas commandé par un ancien major de l'Armée populaire sandiniste, Victor Manuel Gallegos (alias Pedrito El Hondureño), formule une série de demandes, parmi lesquelles; financement des petits et moyens producteurs agricoles, accès aux soins de santé, création de sources d'emploi, non-privatisation de l'éducation, légalisation des propriétés cédées par le gouvernement précédent, priorité à celles des membres retraités des forces armées, ainsi que d'autres demandes spécifiques aux retraités. vignette|gauche|Pedrito El Hondureño, qui a dévasté la ville d'Estelí. Les médias et diverses personnalités lancent un appel d'urgence au Centre nicaraguayen des droits de l'homme (CENIDH) pour une médiation pacifique et pour éviter les effusions de sang. Alors qu'il est annoncé que l'Armée populaire sandiniste envoie des troupes pour rétablir l'ordre dans la ville, les communications sont suspendues et la population privée d'eau potable puisque les services de base sont à l'arrêt pendant l'opération militaire. Les différentes organisations appellent au dialogue et à la création d'une commission pour résoudre les revendications, appel qui sont rejetés par l'armée qui est prête à contrôler la situation par la force et souhaite en découdre.
Le commandement des recompas ayant bloqué la circulation sur l'autoroute panaméricaine et s'étant emparé des installations de la police nationale, les combats avec les forces de l'ordre font un mort et deux blessés, dans la rue des banques où ils sont entrés par la force et ont pillé trois banques, dont la Banque nationale de développement, la Banque du Nicaragua et la Banque centrale.
Les troupes du FROC prennent également le Parc Central et même l'hôpital Alejandro Dávila Bolaños s'attirant ainsi la réprobation internationale. Pendant deux jours il y a des combats tendus entre l'armée et le groupe de combattants. Le matin du , une commission composée de différentes personnalités dont l'évêque Abelardo Mata, des représentants du CEPAD (Centro de Justicia para la Paz y el Desarrollo) et de la Croix Rouge, entretient un dialogue pour répondre aux demandes des insurgés avec la promesse d'être amnistiés par le pouvoir exécutif. Cependant, ils seront ensuite détenus et torturés par les autorités policières. Finalement cette agression armée des recompas a fait 48 tués, parmi lesquels des policiers, des militaires, des insurgés et des civils.
En 1998, le passage de l'ouragan Mitch au Nicaragua provoque une catastrophe totale à Estelí. La rivière Estelí qui retrouve soudain son débit, inonde et en détruit des milliers de maisons à cause des pluies incessantes qui l'alimente. L'école normale Mirna Mairena située à plus de de la rive est inondée, le pont Panama Soberano qui relie la partie centrale et orientale de la ville à la partie occidentale est emporté, montrant aux yeux de tous la vulnérabilité de la ville aux catastrophes naturelles.
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