La basilique Sainte-Praxède (en italien : Basilica di Santa Prassede) est une basilique mineure romaine située dans l'antique regio V (Esquiliae), ou au Moyen Âge dans le rione de Monti, dans la via di Santa Prassede, près de la basilique Sainte-Marie-Majeure. Elle est dédiée à la sainte romaine Praxède.

Historique De nombreuses églises ont été construites autour de la basilique Sainte-Marie-Majeure, parmi lesquelles un titulus de Praxidas, attesté en 491 par une épitaphe au texte lacunaire : tit. Prax..., qu'on a complété en Praxedis alors qu'il valait sans doute mieux restituer PraxidaeOrazio Marucchi, Christian Epigraphy, 1912, réimpr. 2011, p. 200, : épitaphe d'Argurius ou Argyrius.. L'appellation originale de cette paroisse, attestée dans le synode romain du , était en effet titulus Praxidae, du nom d'un personnage, Praxidas (certainement son fondateur) sur lequel on ne sait rien. Le nom de cet inconnu fut féminisé et remplacé par celui de Praxède, qui n'apparaît, hors de l'hagiographie, qu'à partir du synode romain de 595 (titulus sanctae Praxedis). La figure légendaire de Praxède avait été associée, dès le début du , au très probablement réel fondateur de titulus qu'était Pudens ( ou ?) qui, d'après les Actes pseudépigraphes de Pastor (BHL 6988-6989), aurait été aussi un « ami des Apôtres », certainement en vertu d'un rapprochement avec un passage de la Seconde lettre à Timothée (4, 21) où l'auteur – saint Paul selon une tradition fort contestée aujourd'hui – salue, parmi d'autres amis résidant à Rome, un homme du nom de Pudens. Ce Pudens composite est devenu, dans la légende tardive, le père des deux saintes Pudentienne (Potentienne chez l'hagiographe) et Praxède.

Selon les Actes pseudépigraphes BHL 6988-6989 (probablement rédigés dans les premières années du ), Pudens possédait à Rome une maison où il accueillait les étrangers de passage ; les restes de cet édifice se trouveraient aujourd'hui (mais cette localisation n'est pas certaine) à neuf mètres sous l'actuelle basilique. Il y aurait hébergé – bien que la légende, pourtant inventive, n'en souffle mot – l'apôtre Pierre, du moins si l'on en croit qui ne citent jamais à ce sujet la moindre source antique. Après sa mort, ses filles Praxède et Potentienne, avec le consentement du pape Pie , font construire un baptistère pour baptiser les nouveaux chrétiens. Potentienne et Praxède seraient mortes l'une sous le règne d'Antonin le Pieux, l'autre sous celui de son successeur Marc Aurèle, sans être martyres ni l'une ni l'autre, contrairement à ce qu'on lit parfois dans les ouvrages de piété mal informés ou souvent dans la mauvaise littérature de vulgarisation.

À la mort de Potentienne, Praxède utilise le patrimoine de sa famille, conjugué aux thermes que Novatus lui lègue à sa mort, pour construire une église qui est consacrée par le pape Pie et placée sous le vocable de Sainte-Potentienne (Sainte-Pudentienne). Dans cet édifice, Praxède cache de nombreux chrétiens persécutés. Elle recueille les corps de ceux qui ont été trouvés et martyrisés, et les ensevelit dans la catacombe de Priscille sur la Via Salaria (où elle sera elle aussi enterrée avec sa sœur et son père).

Pour ce qui concerne l'origine de l'église Sainte-Praxède, nous ne tirons rien de l'hagiographie antique, sinon le fait que la légende prépara la transformation du titulus Praxidae (fondé par un obscur Praxidas) en titulus sanctae Praxedis, dénomination qui pérennisa cette sainte fictive, probablement créée par le parti de l'antipape Laurent dans le contexte du schisme laurentien (498-506) pour contrer les prétentions du pape SymmaqueCécile Lanéry, « Hagiographie d'Italie (300-550) –. I. Les Passions latines composées en Italie », dans Guy Philippart (éd.), Hagiographies. Histoire internationale de la littérature hagiographique latine et vernaculaire en Occident des origines à 1550, tome 5. Turnhout, Brepols, 2010, p. 15-369, spéc. p. 168-176..

Le Liber Pontificalis indique que vers 780 le pape Adrien rénove complètement ce qui restait du titulus Praxedis. L'église actuelle, en revanche, est due à la rénovation effectuée dès le début de son pontificat par le pape Pascal , qui fait construire un nouveau bâtiment à la place du précédent devenu vétuste (dédicace le ). La nouvelle église, décorée d'importantes mosaïques, est destinée à abriter les ossements des martyrs enterrés dans le cimetière de Priscille. À partir du , l'église est tellement intégrée dans la structure des bâtiments environnants que la façade n'est pas visible de la rue, situation qui a persisté jusqu'à nos jours.

Au milieu du , l'église est confiée aux chanoines réguliers de Santa Maria del Reno de Bologne, qui, cependant, gèrent très mal l'ensemble du complexe architectural, de sorte que le pape Célestin III, à la fin du siècle, est contraint de leur en enlever la responsabilité. Son successeur, le pape Innocent III, la cède en 1198 aux moines de l'abbaye de Vallombrosa, qui en sont toujours les propriétaires. Dans la première moitié du , les structures de la nef ont été renforcées par l'insertion de trois grands arcs et de six grands piliers. Un campanile est adjoint à la même époque, occupant alors une partie du transept gauche. À la fin du siècle, probablement à cause du manque de symétrie du transept, la chapelle qui s'appelle aujourd'hui cappella del Crocifisso a été insérée dans le transept opposé.

D'autres interventions, à l'intérieur de l'église, ont eu lieu au cours des siècles suivants, à la demande des différents cardinaux titulaires de la basilique, dont celles des cardinaux Antonio Gentile Pallavicino, qui a reconstruit la zone du presbytère ; Charles Borromée, qui a reconstruit l'escalier d'accès, le portail central et la sacristie, posé la voûte dans les nefs et ouvert les huit grandes fenêtres de la nef centrale (il y en avait 24 à l'époque de Pascal Ier) ; Alexandre de Médicis, qui commande la décoration de la nef ; et enfin, le cardinal Lodovico Pico della Mirandola, qui dans la première moitié du , suivant la suggestion du synode romain de 1725, fait rechercher les anciennes reliques, occasionnant une nouvelle intervention dans le domaine presbytéral et la reconstruction de la crypte.

Au cours du et du , diverses interventions ont été effectuées pour retrouver les structures médiévales par la destruction des ajouts ultérieurs : ainsi, en 1918, le sol a été refait dans le style cosmatesque, et en 1937, l'enduit de la façade a été retiré pour restaurer l'ancienne structure.

Le titre cardinalice de Sainte Praxède a été établi par le pape Évariste vers 112 et assigné à cette église plusieurs siècles plus tard.

Architecture et décoration vignette|upright=2.0|Plan de la basilique : : 1) Prothyrum, 2) Atrium, 3) Nef, 4) Chapelle Saint-Pierre, 5) Chapelle Saint-Charles-Borromée, 6) Chapelle Olgiati, 7) Chapelle du Saint-Sacrement et Saint-Benoît, 8) Sacristie. 9) Clocher, 10) Sanctuaire et chœur monastique, 11) Entrée de la crypte, 12) Chapelle du Crucifix de Sainte Brigitte de Suède. 13) Porte latérale, 14) Tombeau du cardinal Alano, 15) Tombeau de Mgr Santoni, par Bernin, 16) Chapelle Saint-Zénon, 17) Sanctuaire de la colonne de la Flagellation des Seigneurs, 18) Chapelle Saint-Pie X, 19) Chapelle Saint-Bernardo Uberti.

L'architecture extérieure de cette église est de nos jours quasi invisible en raison de ses restructurations successives au fil du temps et de son intégration au sein de différents immeubles et échoppes sur ses flancs. L'entrée principale se fait par une porte latérale à droite, et la façade n'est visible que d'une petite cour accessible par l'intérieur de l'église. La basilique est riche de très nombreuses mosaïques réalisées sous le pape (817-824). La chapelle latérale dite de Saint-Zénon (San Zenone) est particulièrement intéressante, car elle accueille une représentation du Jardin du Paradis. Comme beaucoup de basiliques du Haut Moyen Âge, cette église possède un ciborium.

Selon la tradition légendaire, la basilique abrite un fragment de la colonne de la Flagellation du Christ (inventée par sainte Hélène, mère de l'empereur Constantin) en marbre noir veiné de blanc, contre laquelle il fut torturé avant la Crucifixion. Cette relique attribuée à Jésus a été apportée à Rome par le cardinal Jean Colonna en 1223. Dans la crypte se trouvaient deux sarcophages ayant contenu les restes supposés des saintes Pudentienne et Praxède (rapatriés de la catacombe de Priscille au temps de Pascal ) et l'on y voit encore une fresque ancienne représentant Praxède.

La basilique abrite également la tombe de l'évêque Giovanni Battista Santoni, décorées par un buste qui constitue la première œuvre du Bernin.

Intérieur La basilique possède trois nefs séparées par des colonnes et des piliers qui soutiennent les arcs de renforcement du XIIIe siècle.

Chœur

L'espace du chœur, tel qu'on le voit aujourd'hui, est le fruit des rénovations commandées par le cardinal Lodovico Pico della Mirandola, conformément aux directives du concile romain extraordinaire de 1725, convoqué par le pape Benoît XIV, et réalisées entre 1728 et 1734 d'après les plans de Francesco Ferrari. À cette occasion, de nombreuses reliques ont été découvertes sous le maître-autel, probablement celles transférées par le pape Pascal Ier en 817 depuis le cimetière de Priscille, notamment celles de Pudens, Praxède et Pudentienne.

Les travaux ont permis la construction de la balustrade, de trois volées d'escaliers (deux latérales menant au presbytère et une, centrale, à la crypte), du ciboire, du nouvel autel et des stalles en bois du chœur.

Elle est bordée par l'abside et deux ailes flanquées de trois colonnes et de deux portes chacune. Les colonnes grecques, datant du Ier ou IIe siècle, étaient incorporées aux murs ; les rénovations les ont mises au jour. Les chapiteaux, déjà modifiés au Moyen Âge, ont été adaptés pour soutenir l'architrave. Trois des quatre portes sont purement décoratives.

Au-dessus des ailes se trouve à droite la « Pala dell'Assunta » de 1880 de Francesco Gai, à gauche l'orgue de Filippo Tronci de 1884 et agrandi en 1942 par Giovanni Tamburini.

Afin de rendre l'autel visible, une balustrade abaissée a été construite au centre, avec deux escaliers latéraux menant au chœur et un escalier central descendant vers la crypte.

Le centre de l'abside est orné d'un tableau de Domenico Maria Muratori datant de 1753 , représentant sainte Praxède recueillant le sang des martyrs. La perspective révèle que le tableau est parfaitement encadré par les colonnes du ciboire.

Le ciboire, de plan carré, repose sur quatre colonnes de porphyre rouge provenant de l'ancien ciboire. La coupole est ornée de quatre anges en stuc, œuvres de Giuseppe Rusconi. L'intérieur de la coupole a été peint par Antonio Bicchierai en 1730. Cette nouvelle disposition du chœur remplace les plans initiaux du pape Pascal Ier ; de fait, le ciboire actuel devint le nouvel élément central, empiétant toutefois sur la mosaïque de l' abside située derrière lui.

Sur les piliers de l'arc délimitant le chœur se trouvent deux balcons aux balustres en laiton et aux vitrines à reliquaires. Les balustres sont le seul élément architectural du chœur datant de la précédente rénovation de 1575. Leur construction a nécessité le sacrifice d'une partie des mosaïques de l'arc.

Sur les faces internes des piliers de l'arc de triomphe, deux fresques représentant saint Pierre et saint Paul, peintes par Antonio Bicchierai vers 1730.

Sous le balcon de droite, une plaque de 1743 dédiée à Lodovico Pico Della Mirandola, sous celui de gauche la plaque commémorative d'Angelo Maria Querini.

L'élément le plus remarquable de l'église est le cycle de mosaïques, datant de la rénovation du IXe siècle effectuée par le pape Pascal Ier, et qui recouvrent l'abside, l'arc de l'abside et l'arc triomphal.

Abside

L'iconographie de l'abside est divisée en deux parties.