est une chanson des Beatles parue le . Composée pour Ringo Starr, il s'agit d'une chanson pour enfants dans laquelle la mélodie du couplet est composée par John Lennon et celle du refrain par Paul McCartney. Les Beatles l'ont travaillée en studio les et , la deuxième séance faisant appel à de nombreux amis du groupe, pour les chœurs et divers effets sonores.
Elle paraît, le même jour, sur l'album et en single « double face A », avec Eleanor Rigby. En dépit de sa forme peu conventionnelle et de son ton enfantin, la chanson parvient en tête des hit-parades. Elle devient une des chansons les plus connues du groupe, bien qu'elle soit parfois décriée.
Elle donne son nom au , qui sort sur les écrans en 1968, et figure sur sa bande sonore sortie l'année suivante. On la trouve également sur plusieurs compilations. De nombreuses reprises ont été enregistrées, notamment en français sous le titre Le sous-marin vert.
Historique Conception vignette|droite|Une représentation du sous-marin jaune, à l'aéroport de Liverpool. Lennon compose et enregistre en démo la mélodie du couplet avec les paroles dans une ambiance triste et mélancolique. Seule la première partie de ce vers sera retenueLivre de la réédition de l'album Revolver, p. 50-51, Apple Records, 2022. Paul McCartney élabore les paroles et accélère le rythme pour en faire , une chanson pour enfants, dans le but de la confier à Ringo Starr, puisque la « tradition » était que le batteur du groupe chante un titre par album. Les mots utilisés sont simples, et le fameux refrain , facile à retenir et à chanter. Cette chanson marque en effet la période où les Beatles renversent le code établi voulant que seules des chansons d'amour arrivent dans les charts : après qui initiait ce courant, cette nouvelle chanson fait également figure d'OVNI dans le monde de la pop britannique.
, la maison de la famille de ma petite amie de l'époque, Jane, raconte Paul McCartney,
Comme l'explique McCartney, si la trame venait de lui, les paroles et le fond ont été approfondis en studio durant l'enregistrement, chacune des personnes présentes apportant sa pierre à l'édifice. Peu avant d'achever la chanson, Paul a également rendu visite à son ami le musicien Donovan, qui l'a aidé à terminer les paroles en lui suggérant le vers . Lennon explique ainsi son point de vue :
Enregistrement vignette|gauche|Donovan a aidé à l'écriture d'un vers.|alt=Donovan avec une guitare verte, en 2007 L'enregistrement débute le aux studios EMI d'Abbey Road. Le producteur habituel du groupe, George Martin, absent à cause d'une intoxication alimentaire, envoie donc celle qui doit devenir un mois plus tard son épouse, Judy, pour s'assurer que la séance se passe bien et que les Beatles disposent de tout ce dont ils ont besoin. L'ingénieur du son Geoff Emerick raconte : . Il en découla beaucoup de facéties — que George Martin n'aurait pas tolérées — et les répétitions prirent donc plus de temps que la séance elle-même. La journée est consacrée à l'enregistrement d'une piste rythmique avec les guitares et la batterie, qui est bouclé en quatre prises. Le chant de Ringo Starr et les harmonies vocales des trois autres Beatles sont ensuite enregistrés en superposition. Une maladresse du batteur, appréciée par les autres membres du groupe, est conservée durant l'enregistrement ; c'est ainsi que le vers () devient ().
Le travail se poursuit le , avec la participation de Brian Jones, Mick Jagger, Marianne Faithfull et Pattie Boyd. Parmi les chœurs et les percussions, on retrouve notamment Mal Evans et Neil Aspinall, deux employés et proches du groupe.. La séance de cette journée a pour but d'ajouter les effets sonores divers et variés sous la houlette de George Martin. Le tout se déroule dans une ambiance particulièrement débridée, avec tous les instruments sortis des placards, ainsi que diverses bandes, tandis que les musiciens fument en cachette de la marijuana. Alf Bicknell, le chauffeur des Beatles, agite de vieilles chaînes, tandis que Brian Jones des Rolling Stones tapote sur un verre. John Lennon fait des bulles avec une paille dans un seau d'eau et Paul et lui improvisent, dans le plus pur esprit nonsense, des mots comme . Un très grand nombre d'effets sont ainsi enregistrés, même si beaucoup n'apparaissent pas dans la version définitive de la chanson, par exemple un passage parlé de Ringo Starr qui devait ouvrir la chanson. De même, Geoff Emerick raconte comment, pour donner un air sous-marin à la voix de Lennon, ils ont tenté de placer un micro étanché avec un préservatif dans une bouteille remplie d'eau, sans grand succès, et au risque d'électrocuter le chanteur, ce dont ils n'ont pris conscience que bien après.
Les techniciens des studios Abbey Road assistent à une scène délirante, une fois l'enregistrement achevé : Mal Evans, tapant sur une grosse-caisse en bandoulière, marchant à la tête d'une joyeuse troupe en rang qui s'époumone en chantant .
Tirée de la compilation d'effets sonores volume 46 des studios Abbey Road, un court extrait de la pièce musicale militaire française Le rêve passe, d'un style brass band, a été intégré à la chanson. La bande a été ralentie et éditée afin qu'elle s'intègre bien à la tonalité et au rythme.
Le lendemain, tandis que le groupe enregistre , George Martin, Geoff Emerick et son assistant Phil McDonald réalisent un mixage mono de la chanson. Ce travail se poursuit dans les jours qui suivent, et est achevé en version stéréo le . Par erreur, McDonald supprime les chœurs des débuts de couplets. La fureur de Lennon n'est évitée que par un mensonge de Martin qui parvient à compenser le problème.
Parution et réception vignette|Le 45 tours américain publié par Capitol Record avec son étiquette caractéristique. sort au Royaume-Uni en single double face A avec , le . Il s'agit ainsi de la seule face A des Beatles chantée par Ringo Starr. Le même jour sort également l'album , sur lequel la chanson figure en sixième position. Il s'agit de la première fois que les Beatles publient le même jour un album et un single issu de celui-ci Graham Calkin, « Revolver », Graham Calkin's Beatles Pages. Consulté le 28 août 2011. Les deux disques atteignent le sommet de chacun des charts courant août Graham Calkin, « Eleanor Rigby », Graham Calkin's Beatles Pages. Consulté le 28 août 2011. Avec Michelle la même année et All You Need Is Love l'année suivante, c'est l'une des trois chansons du groupe qui atteindra le sommet des ventes en France..
Aux États-Unis, les deux disques sortent trois jours plus tard, le . Bien que l'album présente une configuration différente, la chanson y est toujours présente. La montée dans les charts est légèrement moins glorieuse qu'en Grande-Bretagne, puisque le single n'atteint que la deuxième place, derrière des Supremes. Un argument parfois avancé, pour expliquer ce recul des ventes, concerne la phrase de John Lennon au sujet de Jésus-Christ qui avait entraîné une importante vague de protestation dans le pays Robert Fontenot, « Yellow Submarine », About.com. Consulté le 28 août 2011. vignette| est la seule face A d'un single des Beatles à avoir été interprétée par Ringo Starr.|alt=Ringo Starr en 1964 Du point de vue critique, c'est l'auteur Mark Lewisohn qui explique le mieux l'opposition qui se crée autour de la chanson, entre ceux qui l'admirent et ceux qui la détestent : Comme ce fut le cas pour de nombreuses autres chansons atypiques des Beatles (, , etc.), le public et la presse se sont aussi interrogés sur d'éventuelles références à la drogue. En effet, peu après la sortie de la chanson, des capsules de nembutal, un barbiturique, commençaient à être connues sous le nom de . Paul McCartney, s'il n'a jamais nié sa consommation de drogues à l'époque et l'aide créative qu'elle a apportée au groupe, a toujours réfuté cette idée : .
apparaît également sur plusieurs compilations officielles du groupe, ainsi que sur l'album de la bande originale du film du même nom, qui paraît début 1969. On la trouve notamment sur l'album rouge, qui retrace les hits du groupe de 1962 à 1966 « 1962 - 1966 », AllMusic. Consulté le 31 août 2011, ainsi que sur , qui reprend tous les singles numéro un des Beatles « 1 », AllMusic. Consulté le 31 août 2011. Aucune version alternative de la chanson n'apparaît sur les albums de la série parus en 1996, mais une prise est cependant sortie à la même époque sur le CD single de la chanson , présentant de nouveaux effets, notamment la partie parlée de Ringo Starr.
Deux bandes de travail de la chanson sont incluses dans Sessions Two, un des disques de suppléments de la réédition de l'album Revolver paru en 2022, dont la première sur laquelle on entend John Lennon chanter l'introduction de la chansons dans une ambiance triste avec des paroles différentes; . La prise 4, celle entendue sur l'album, est aussi incluse sans les effets sonores en plus d'un remixage avec les effets sonores plus en évidence sur laquelle on rajoute l'introduction parlée de Starr.
Analyse musicale adopte une forme assez classique, d'un point de vue strictement musical. Comme le note le musicologue Allan Pollack, la structure des parties de guitare tend au simplisme, avec des suites d'accord majeurs basiques : sol, ré, do sur les couplets, ré et la pour les refrains. Les guitares sont accordées de façon à sonner un demi-ton en dessous de la note jouée « The Beatles - Yellow Submarine », Hartwood Guitar Instruction. Consulté le 6 juin 2014. Selon lui, c'est une force de cette chanson que d'avoir utilisé cette forme basique pour mettre en valeur le reste. Après un début où Ringo Starr commence à chanter seul, les instruments se joignent progressivement à lui, ainsi que des bruitages comme celui de la mer, puis des bruits de fête et de fanfare, pour finir par un dernier refrain repris en chœur accompagné d'une forte grosse caisse et d'une avalanche d'effets « Notes on Yellow Submarine », Soundscapes. Consulté le 31 août 2011.
Geoff Emerick, qui a assisté d'un bout à l'autre à la naissance de la chanson, explique à quel point le processus créatif a été totalement anarchique, donnant lieu à un amas de différentes sections, même si le résultat final semble particulièrement organisé. Il explique ainsi que le passage joué par une fanfare de cuivres a été placée pour combler un vide entre deux mesures destinées à un solo de guitare. Le producteur George Martin n'ayant pas envie de passer trop de temps à attendre que George Harrison ait élaboré son solo, a décidé de le remplacer par autre chose. Paul McCartney a suggéré l'idée d'une fanfare. Martin et Emerick ont alors, selon ce dernier, découpé en morceaux la bande d’enregistrement des cuivres copiée d'un disque de marches militaires, puis les ont recollés aléatoirement, afin de ne pas avoir à payer de droits d'auteurs. Le producteur raconte pour sa part qu'une réelle fanfare a joué pour l'enregistrement.
Le morceau entier est porté par son refrain repris en chœur, accompagné de sons divers évoquant un moteur de sous-marin, et notamment Lennon criant des ordres d'une voix lointaine comme dans la marine ancienne, ainsi que des bruits de repas festif et de vagues. Le tout donne un ensemble qu'Allan Pollack juge particulièrement audacieux : Avec les chansons innovantes de ce single et de l'album les Beatles quittent en effet les codes du rock'n'roll de leurs débuts et poursuivent la percée dans le monde de l'art et des expérimentations musicales qu'ils avaient initiées avec l'album .
Reprises vignette|Maurice Chevalier est l'auteur d'une des reprises de la chanson.|alt=carte dédicacée de Chevalier