Marie Darrieussecq est une écrivaine française née le à Bayonne. Elle est aussi traductrice et psychanalyste.

Son premier roman, Truismes, publié alors qu'elle est âgée de et qui relate la métamorphose d'une femme en truie, rencontre un succès mondial. Vendu à plus d'un million d'exemplaires en France et à l'étranger, il est traduit dans une quarantaine de langues. En 2013, elle reçoit le prix Médicis et le prix des prix littéraires pour son roman Il faut beaucoup aimer les hommes.

Biographie Née le à Bayonne, Marie Darrieussecq grandit dans un village du Pays basque. Sa mère est professeure de français et son père technicien. L'ombre d'un frère aîné décédé obscurcit la vie familiale..

En 1997, elle épouse un mathématicien dont elle divorce rapidement. En 2000, elle se remarie avec un astrophysicien..

En 1983, elle apprend qu'elle est une « fille Distilbène ». ; mère de trois enfants, sa vie en est profondément marquée.

Formation Marie Darrieussecq suit des études secondaires à Bayonne et obtient un baccalauréat section A en 1986. Elle poursuit ensuite au lycée Montaigne de Bordeaux puis au lycée Louis-Le-Grand à Paris une formation littéraire en classe préparatoire. Elle intègre l'École normale supérieure de la rue d'Ulm à Paris en 1990. En 1992, elle est reçue à l'agrégation de lettres modernes à la sixième place.. Ensuite, elle obtient une maîtrise à l'université de la Sorbonne-Nouvelle en travaillant sur Hervé Guibert, puis un DEA de à l'université de Paris-VII, puis en 1997, un doctorat de littérature à l'université de Paris-VII après avoir soutenu une thèse sous la direction de Francis Marmande sur les Moments critiques dans l'autobiographie contemporaine. Ironie tragique et autofiction chez Georges Perec, Michel Leiris, Serge Doubrovsky et Hervé Guibert.

Après sa thèse, elle entame une psychanalyse et devient en 2006 elle-même psychanalyste...

Autre En 2019, Marie Darrieussecq est nommée présidente de l'avance sur recettes au Centre national du cinéma. La même année, elle est titulaire de la chaire semestrielle d'écrivain en résidence de Sciences Po..

Œuvre littéraire À propos de son roman Clèves, la journaliste Raphaëlle Leyris écrit : Le titre du roman Il faut beaucoup aimer les hommes est extrait d'un aphorisme de Marguerite Duras dans La Vie matérielle :

À propos de son roman Le Pays, Nathalie Crom écrit dans La Croix qu'elle soulève

Dans Clèves, elle décrit la transformation d'une adolescente avec l'arrivée des premières règles et la découverte de la sexualité. Virginie Despentes écrit dans Le Monde des livres :

Style Son style minimal, chargé d'anecdotes et de métaphores scientifiques ou géographiques, sert une « écriture physique ». Chaque livre produit par Marie Darrieussecq entretient un style différent, supposant que Cependant, ce sont les mêmes questionnements qui traversent les œuvres de l’auteure, alors que

L'énonciation animale Marie Darrieussecq fait souvent usage de la focalisation interne et du discours indirect libre pour s'immiscer dans l'esprit et le corps de ses personnages. L'auteure s'intéresse ainsi « aux états mentaux non linguistiques provoqués par des états de conscience limite ou des expériences mentales infra-verbales dominées par les émotions et les sensations ».. Ce n’est pas seulement la perception humaine que Marie Darrieussecq tente de déchiffrer par l’écriture, mais également la perception animale, qui est un type d’expérience non linguistique par définition : « S’imaginer dans la peau d’un animal ne se limite pas à la mise en récit de fantasmes de métamorphose comme Darrieussecq s’y était essayée dans Truismes, son premier roman. L’expérience relève plus généralement d’une sorte d’exercice mental ». Cet « exercice mental » est perceptible dans le roman Le Pays, qui représente des tentatives de projection imaginaire dans une subjectivité animale :Effectuer ces incursions mentales dans des esprits et des corps non humains représente donc un paradoxe énonciatif, là où l’écriture permet de mettre en mots ce qui est de l’ordre de l’indicible. Le point de vue animal se manifeste en partie par le désir des personnages d’échapper à la vie humaine, ce qui donne lieu à « un questionnement et des hypothèses sur leur être-au-monde, imaginé avant tout comme une existence purement physiologique ».

Sophie Milcent-Lawson, dans « Énonciations animales dans l’œuvre de Marie Darrieussecq », repère plusieurs manifestations du devenir animal à travers l’énonciation linguistique. La première technique « consiste ainsi à donner à lire des pensées verbalisées tout en laissant entendre qu’il pourrait s’agir de celles de l’animal ». Le roman Bref séjour chez les vivants exemplifie bien ce processus de la pensée verbalisée :Ainsi, il devient difficile pour le lectorat de clairement déterminer qui est l’énonciateur de cette pensée : le personnage qui rapporte la pensée verbalisée ou s’agit-il vraiment de la pensée de l’animal ? Ces remarques sur la verbalisation de la pensée animale supposent différents procédés linguistiques et discursifs de la pensée verbalisée partagée : « discours indirect libre, fusion transpécifique dans le vous empathique, énallage du pronom je, esquisse de discours rapporté formel mais dépourvu de contenu propositionnel. Ainsi, la verbalisation des pensées imaginées se trouve-t-elle prise en charge par un locuteur-relais humain ».

Un autre procédé de l'énonciation animale repéré par Sophie Milcent-Lawson est d'imaginer des pensées non verbales : « si la contrainte de la verbalisation apparaît incontournable dans cet art verbal qu'est la littérature, certaines techniques permettent de représenter des procès mentaux non linguistiques tels ceux qu'on attribue aux animaux ». Lorsque le discours ne peut pas être rapporté à l’aide d’un « locuteur-relais humain », ce sera la syntaxe, la typographie et l'onomatopée qui permettront au lectorat de comprendre que l’énonciateur d’une pensée est un animal : « le chien renifle, zigzague, quatre pattes truffe au sol, odeur / pisser / ressac attention pattes / essorage clap clap clap oreilles / odeur où ça où ça / trace perdue / oubliée / maître : bâton, bâton lancé ! »Marie Darrieussecq, Bref séjour chez les vivants, Paris, P.O.L, 2001, p. 70.. Figurer une forme de conscience animale passe par la représentation du flux de conscience de l’animal : « le flux mental du chien s’énonce sous la forme de termes juxtaposés : infinitifs, substantifs sans actualisateur, onomatopées. […] L’artifice typographique des barres obliques matérialise une temporalité vécue comme successivité d’instants, sans dimension réflexive ». La syntaxe s’oppose volontairement aux normes écrites pour marquer la différence de l’énonciateur. Il s’agit donc moins de relater l’expérience animale, mais plutôt de donner l’expérience à vivre au lectorat par la syntaxe et la typographie.

L'italique et la parenthèse Marie Darrieussecq utilise amplement l'italique dans la majorité de ses romans. L'italique permet d'attirer l'attention du lectorat sur un mot, un syntagme ou une phrase en le signalant de manière matérielle. L'italique vient modifier le rapport entre le signe et son référent, représentant toujours un certain décalage vis-à-vis de la langue : « avec les italiques, le signe se désigne non plus ou non seulement comme représentation du monde, mais aussi comme monde en lui-même ».. Dans son texte « L'italique chez Marie Darrieussecq, signe de "l'entre-deux mondes" », Claire Stolz énumère les quatre principales modalités de l'italique : la non-coïncidence entre le mot et la chose, la non-coïncidence des mots à eux-mêmes, la non-coïncidence du discours à lui-même et la non-coïncidence entre les interlocuteurs. Il y a donc des non-coïncidences explicites (par exemple lorsqu’un interlocuteur rapporte les paroles des autres) et implicites (par exemple des mots qui ne vont pas de soi).

Toujours selon Claire Stolz, l’usage de l’italique s’apparente également à celui des guillemets, puisque ces deux marques typographiques peuvent signaler un discours rapporté. Cependant, « le signalement par les italiques de l’autonymie des citations s’accompagne d’une opacité des sources de ces citations. Les italiques disent l’hétérogénéité discursive mais ne donnent pas l’origine du discours ni le trajet de sa circulation, tandis que les guillemets sont réservés plutôt à des citations attribuées». Dans Notre vie dans les forêts, la narratrice déclare que « la société maternante que nous avons fuie avait parfois ses bons côtés, principe de précaution et chirurgie de pointe. Bref. Le boîtier est toujours dans ma tête. Robot comme les autres »Marie Darrieussecq, Notre vie dans les forêts, Paris, P.O.L, p. 95.. Le mot « parfois » est souligné pour signifier qu’il ne doit pas être compris dans son sens premier : « les italiques peuvent aussi servir à signaler la non-coïncidence à lui-même d’un mot considéré comme banal ». En soulignant ce mot, la narratrice exprime plutôt de l’ironie ou de l’ambivalence, puisque la « société maternante » qu’elle évoque est en fait une société totalitaire : elle remet ainsi en question les « bons côtés » de la société dystopique à laquelle elle vient tout juste d’échapper. L’expression « robot comme les autres », pour sa part, est dite par un autre personnage plus tôt dans le romanMarie Darrieussecq, Notre vie dans les forêts, Paris, P.O.L, p. 88.. Il devient difficile de retracer la source de la citation lorsque les mots sont simplement soulignés par l’italique. De plus, lorsque la narratrice reprend cette expression, qui en est véritablement l'énonciateur ? Reprend-elle les mots d’un autre personnage, ou est-ce que celle-ci se les approprie ? Se place-t-elle en opposition avec cette expression, ou bien pense-t-elle ces mots ? L'italique brise le rythme de lecture, permettant au lectorat d'appréhender les différents sens associés à cette écriture de la marge, de s'interroger sur la non-coïncidence explicite du signe et de son référent : « Ces caractères destinés à attirer l’attention du lecteur sur un mot, une expression, une phrase, voire un énoncé ou un texte, signalent de façon matérielle, sémiotique, le signe verbal, et c’est pourquoi ils sont notoirement utilisés pour des emplois autonymiques dans lesquels, peu ou prou, le signe est à soi-même son propre référent ».

La parenthèse, de la même manière que l'italique, est présente dans presque tous les romans de Marie Darrieussecq. Cependant, l'œuvre dans laquelle l'utilisation de ce procédé graphique est la plus abondante est Naissance des fantômes, qui comporte 132 parenthèses au total.. Le roman est fondé sur le point de vue de la narratrice, dont le mari est disparu subitement et sans laisser de traces une journée comme toutes les autres.