vignette|Osiris, et Isis allaitant

Le mythe d'Osiris est le récit religieux le plus élaboré et influent de la mythologie des Anciens Égyptiens. Il relate l'assassinat d'Osiris ainsi que ses conséquences politiques. Fils aîné de Geb et de Nout, Osiris règne sur le pays avec Isis, sa sœur et son épouse. Inventeur de l'agriculture et de la religion, son règne est bienfaisant et civilisateur. Seth, son frère, organise un banquet avec un jeu consistant à se mettre dans un coffre et le remplir parfaitement. Quand ce fut le tour d'Osiris, Seth referma immédiatement le coffre et le jeta dans le Nil. Sa vie prend tragiquement fin quand il meurt assassiné sous les coups de Seth, son frère cadet. Le meurtrier usurpe le trône et pendant ce temps, Isis restaure le corps démembré de son mari en le momifiant. Le martyre d'Osiris lui vaut de gagner le monde de l'Au-delà dont il devient le souverain et le garant suprême des lois de la Maât. Dans son nouveau royaume, son autorité s'appuie sur une armée de démons capable de gagner le monde terrestre et d'infliger des épidémies mortelles.

La suite du récit se concentre sur le personnage d'Horus, né de l'union posthume d'Isis avec Osiris. Le jeune dieu est d'abord un enfant vulnérable protégé par sa mère. Par la suite, adolescent, il est le rival de Seth pour le trône. Le conflit, souvent très violent, se termine par le triomphe d'Horus. En rétablissant l'ordre dynastique après le règne injuste de Seth, l'intronisation d'Horus parachève le processus de la résurrection d'Osiris. Le mythe, avec son symbolisme complexe, justifie les conceptions égyptiennes de la royauté et de la succession. Il permet aussi d'appréhender le conflit entre l'ordre et le désordre, entre la vie et la mort.

Historique du culte osirien

Le culte osirien, actif depuis le avant notre ère, perdure sur une période dépassant les trois millénaires. Il apparaît durant l'Ancien Empire, lorsque les rois de la mettent en place sa dévotion. Les croyants se tourneront ensuite vers Osiris et son épouse Isis jusqu'au de notre ère ; le dernier temple païen d'Égypte à fermer étant le temple d'Isis de l'île de Philæ. Au Moyen Empire, le culte d'Osiris s'enracine à Abydos en supplantant la divinité funéraire locale, le canidé Khentamentiou. Cette ville qui fut l'antique nécropole des premiers rois du pays devint alors la cité du dieu Osiris, renommée pour posséder une sainte relique, la tête du dieu, attirant à elle de nombreux fidèles en quête d'éternité.

Jusqu'au Nouvel Empire, le culte d'Osiris est essentiellement funéraire ; chaque défunt s'identifiant à sa destinée post-mortem. Durant le premier millénaire avant notre ère, Osiris conserve son statut de juge des âmes. Cependant, ses aspects de dieu des flots du Nil et par là même de dieu de la fertilité se mettent en avant, augmentant ainsi sa popularité auprès de la population nilotique. Des colons grecs installés à Memphis adoptent son culte dès le sous sa forme locale de Osiris-Apis, le taureau sacré mort et momifié. Les souverains lagides importent ce culte dans leur capitale Alexandrie sous la forme de Sarapis, le dieu syncrétique gréco-égyptien.

Après la conquête de l'Égypte par les forces romaines, Osiris et Isis s'exportent vers Rome et son empire. Ils s'y maintiendront, avec des hauts et des bas jusqu'au pour finalement être évincés par le christianisme.

Sources textuelles

Textes égyptiens

vignette|Les Textes des pyramides sont le plus ancien corpus d'écrits religieux de l'humanité. Ils assimilent le roi défunt à Osiris. Chambre funéraire du roi Ounas de la .

Les prêtres égyptiens n’ont pas rédigé un récit suivi et cohérent du mythe d'Osiris car un tabou entourait la mort du dieu. Ils ont voulu garder un pieux silence sur tout ce qui touche à son décès brutal. Cependant, les écrits funéraires et magiques fourmillent de données éparses et les allusions au mythe sont de ce fait nombreuses. Les plus anciens textes, datés de l’Ancien Empire (-), sont les Textes des pyramides. Ils sont inscrits, à partir du pharaon Ounas, sur les parois des chambres funéraires royales autour du sarcophage. Le roi défunt, assimilé à Osiris, recherche l’ascension céleste pour rejoindre Rê et les étoiles considérées comme des entités immortelles. Par la suite, la ferveur osirienne se développe et prend de l’ampleur durant le Moyen Empire. Les références à Osiris sont alors omniprésentes dans les Textes des sarcophages. Ce matériel funéraire n’est plus destiné au souverain mais plus aux élites locales de la Moyenne-Égypte. Le Nouvel Empire puis la Basse époque ont laissé un important matériel d'écrits funéraires ; le culte d’Isis et d’Osiris étant alors à son apogée. Dans les hypogées de la vallée des Rois, le mythe s'expose dans les Livres du monde souterrain qui sont des sortes de cartes de l'au-delà. Les fouilles archéologiques, dans les tombes des particuliers, ont livré de nombreux rouleaux de papyrus, à présent conservés dans les musées contemporains. Le Livre des Morts et le Livre des respirations sont particulièrement instructifs.

Les scènes pariétales du temple de Dendérah gravées à l'époque ptolémaïque ont livré de précieuses données concernant les célébrations osiriennes du mois de Khoiak (Rituel des Mystères). D'autres temples ont livré des indications comme ceux d’Edfou, d'Al-Kharga, de Behbeit el-Hagar et les chapelles osiriennes de Karnak..

Auteurs gréco-romains

Avant le déchiffrement des hiéroglyphes en 1822 par le français Jean-François Champollion, la connaissance en Europe du dieu Osiris, de son mythe et de son culte s’est surtout appuyée sur les auteurs grecs et latins de l'Antiquité. Quelques-uns ont visité l’Égypte durant la Basse époque. D’autres se sont contentés de compiler les savoirs de leur temps. Après vérifications, quelques-unes de leurs affirmations se sont montrées fausses. On peut mentionner le Livre des Histoires d’Hérodote, le Livre de la Bibliothèque historique de Diodore de Sicile et le livre de la Géographie de Strabon.

L'ouvrage majeur est le traité Sur Isis et Osiris, extrait des Œuvres morales de Plutarque, où apparaît pour la première fois un récit suivi et cohérent du mythe d'Osiris. Ses dires sont très tardifs car à son époque, la civilisation de l'Égypte antique connaît ses derniers feux. Certains détails de la version de Plutarque se sont vus confirmés par des sources égyptiennes découvertes par les égyptologues ; les relations sexuelles d'Isis et d'Osiris dans le sein de leur mère Nout, l'adultère d'Osiris avec Nephtys, le meurtre d'Osiris le 17 du mois d'Athyr, la mort d'Osiris à 28 ans..

Martyre d'Osiris

Règne civilisateur

vignette|alt=peinture rupestre|Récolte du grain - tombe de Menna - .

D'après une allusion issue des Textes des pyramides, quatre enfants sont issus du couple formé par Nout et Geb. Il s'agit des dieux Osiris, Isis, Seth et Nephtys. Plutarque en ajoute un cinquième, Haroëris. Cette lignée remonte à Atoum-Rê, le créateur du monde.. Prenant la suite de son père, Osiris règne sur l'Égypte. Selon le Grand Hymne, Geb a transmis le trône à son fils de son vivant car .. Son épouse est Isis tandis que Nephtys est celle de Seth. Les sources égyptiennes ne livrent que peu d'informations sur le règne d'Osiris ; l'accent est bien plus mis sur sa revivification par son épouse après sa mort. Le Grand Hymne indique toutefois que .. Osiris incarne le pouvoir politique bienfaisant qui suit les préceptes de justice enseignés par les Sages. : .. Cet ordre naturel idéal est la Maât dont l'entretien est un objectif fondamental dans la culture égyptienne. Au contraire, Seth est étroitement associé à la violence et le chaos ; il est le Rebelle, l'ennemi à terrasser.. Par conséquent, le meurtre d'Osiris symbolise la lutte entre l'ordre et le désordre, la perturbation de la vie par la mort.. En suivant les auteurs gréco-romains, Osiris a enseigné aux hommes l'agriculture et l'élevage et a interdit l'anthropophagie : (Plutarque, Sur Isis et Osiris, ).. Son épouse Isis leur a inculqué la fabrication du pain, le tissage des vêtements et les principes de la bonne justice :

Assassinat

upright=0.8|vignette|gauche|alt=photo d'une statuette|Statuette de Seth - période ramesside - Ny Carlsberg Glyptotek.

Certains passages du mythe évoquent les raisons du meurtre d'Osiris par Seth. Selon les Textes des pyramides, le geste de Seth est la vengeance pour un coup qu'Osiris lui a porté. D'après Plutarque, le grief de Seth est qu'Osiris a entretenu des rapports sexuels adultérins avec Nephtys.. Seth, jaloux de son frère, met au point un piège. Lors d'un banquet divin, il promet d'offrir un magnifique sarcophage à celui qui sera couché le plus à l'aise à l'intérieur. Tous les convives l'essayent. Naturellement, fabriqué aux dimensions d'Osiris celui-ci s'y sent particulièrement bien.. Aussitôt, Seth l'enferme et le jette au fleuve (Sur Isis et Osiris, ).. Le plus souvent, l'assassinat n'est évoqué que par allusion. Aussi n'est-il jamais clairement décrit dans les textes pharaoniques. Les Anciens Égyptiens pensaient en effet que les mots écrits avaient le pouvoir d'influencer le cours réel des évènements. Donc, ils évitaient de mentionner explicitement les évènements profondément négatifs tels que la mort d'Osiris. Parfois, ils niaient sa mort en des périphrases alambiquées.. Malgré cela, la majeure partie des traditions suggèrent qu'il faille comprendre qu'il a été assassiné. Dans certains cas, les textes suggèrent que Seth a pris l'apparence d'un animal sauvage, comme un crocodile ou un taureau, pour tuer Osiris. Dans d'autres, il est rapporté qu'Osiris a été jeté dans les eaux du Nil et qu'il s'est noyé. Cette dernière tradition est à l'origine de la croyance égyptienne que les noyés sont des êtres sacrésDonald B. Redford, ed. (2001), The Oxford Encyclopedia of Ancient Egypt, Oxford University Press, , , vol. ..

Durant le Nouvel Empire, se développe la tradition du démembrement du corps d'Osiris. Fou de rage, Seth s'est acharné sur la dépouille de son rival et a dispersé les lambeaux de chair à travers toute l'Égypte. Plusieurs villes affirment ainsi que des morceaux du cadavre ont été retrouvés sur leur territoire. La cité d'Abydos réclame posséder la relique la plus sacrée ; la tête, tandis que le temple de l'île de Philæ dit posséder la jambe gauche d'où sourdent les eaux du Nil.. Le nombre de ces reliques varie selon les versions du mythe ; de douze à quarante-deux. Le plus grand nombre correspond aux quarante-deux provinces du royaume et fait du dieu l'incarnation de la vallée du Nil..

Osiris dans l'arbre vignette|gauche|upright=1.5|alt=dessin|Osiris-Sokar dans l'arbre - relevé d'un bas-relief tynthirite.