La villa d'Hadrien, ou villa Hadrienne, (en latin villa Hadriana, en italien Villa Adriana), est une villa antique bâtie par l'empereur romain Hadrien au . Située sur le territoire de la frazione de Villa Adriana à Tivoli (l'ancienne Tibur), à une trentaine de kilomètres de Rome, elle figure parmi les ensembles monumentaux les plus riches de l'Antiquité. Elle est répartie sur une surface de , dont environ 40 sont visibles de nos jours.
Selon l'Histoire Auguste, Hadrien « orna d'édifices admirables sa villa de Tibur : on y voyait les noms des provinces et des lieux les plus célèbres, tels que le Lycée, l'Académie, le Prytanée, Canope, le Poecile, Tempé. Ne voulant rien omettre, il y fit également représenter le séjour des ombresHistoire Auguste, Vie d’Hadrien, 24. ». On peut déduire de cette citation que la villa évoque par son architecture les ouvrages et les sites qu'Hadrien a vus lors de ses nombreux voyages dans l’Empire romain.
Histoire Édification
Amateur d'art, Hadrien est passionné par l'architecture et dessine lui-même des bâtiments, manifestant même une prédilection toute particulière pour les édifices à coupole. Aussi fait-il preuve d'un soin particulier pour choisir le site de la nouvelle résidence impériale qu'il a décidé de bâtir à l'écart de Rome : il sélectionne un plateau situé sur les pentes des monts Tiburtins, situé à romains depuis la Porte Esquiline (environ ). La zone comprend de nombreuses carrières (travertin, pouzzolane et tuf) pour alimenter les travaux ; elle est approvisionnée en eau par quatre aqueducs, élément crucial pour les thermes romains et les fontaines. Le plateau est déjà occupé par une villa de l'époque républicaine, construite à l'époque de Sylla et agrandie sous Jules César, qui appartenait à la famille de son épouse Sabine et qui sera intégrée dans le Palais impérialHenri Stierlin, Hadrien et l’architecture romaine..
D'après l'étude du système de canalisations et des égouts, il semble possible que le complexe ait été conçu dans sa globalité dès le départ, malgré l’impression de libre improvisation provoquée par la répartition dissymétrique et disséminée des constructions.
La date la plus ancienne est donnée par une inscription marquant l'extraction d'une colonne de marbre jaune de Chemtou, qui correspond à l'année 118, début du règne d'Hadrien. L'ensemble est construit en deux ou trois phases très actives de 118 à 121, de 125 à 128 et de 134 à 138, entrecoupées de périodes de travaux moins soutenus, comme en témoignent des briques portant des dates consulaires, retrouvées dans près de la moitié des bâtiments. Après la mort d'Hadrien, ses successeurs continuent sans doute à venir à Tivoli comme en témoignent des aménagements au , mais par la suite la villa est progressivement abandonnée, et tombe dans l’oubli au Moyen Âge.
Redécouverte et exploration vignette|redresse|Buste d'Hadrien. Musées du Capitole. À partir de la Renaissance, l'humaniste Flavio Biondo est le premier à mettre un nom sur les ruines. Après la découverte de statues antiques entre 1535 et 1538, l'architecte napolitain Pirro Ligorio commence l'exploration des ruines de la villa et dresse un premier plan d'ensemble, qui sert de base aux explorations ultérieures et qui est mis à jour en 1751. À partir de 1724, le comte acquiert les terrains disponibles et mène des fouilles d'ampleur. Il aménage aussi le site en plantant des rangées d'arbres.
La villa est fréquentée dans la seconde moitié du par des artistes comme Piranesi et Gavin Hamilton, des architectes comme Sangallo ou Borromini et des amateurs d’antiquités qui la pillent de ses œuvres artistiques et de ses éléments d’architecture.. Piranèse publie en 1831-1836 un plan d'ensemble de la villa et du site. Du , la villa est explorée et les centaines d'œuvres découvertes partent enrichir les collections privées et les grands musées d'Europe.
En 1870, le domaine revient au gouvernement italien qui y fait entreprendre des fouilles et des restaurations : celles-ci révèlent la stupéfiante architecture de ces bâtiments et parfois même des stucs et des mosaïques. Des fouilles méthodiques ont été effectuées avec des techniques modernes, principalement vers 1950 dans le « Théâtre maritime » et le « Canope », et à la fin des années 1970 à la « piazza d’Oro ». Néanmoins la plus grande partie du site reste à explorer.
La Villa d’Hadrien a été ajoutée en 1999 à la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. vignette|upright 2.5|center|Reconstitution du domaine impérial, maquette de la villa d'Hadrien, réalisée par Italo Gismondi. Au premier plan, l'esplanade dite de l'Académie, qui domine le lit d'un petit cours d'eau.
Plan de masse vignette|Une vue paysagère de la villa Hadriana. Pour une dimension du nord au sud d’environ et d’est en ouest de , le périmètre actuel de la villa s'étend sur environ 40 hectares et comprend une trentaine d'édifices de différentes natures : trois complexes thermaux, bâtiments administratifs, édifices de loisir (théâtre, promenades ). Le tout s'insère dans un ensemble de jardins et d'espaces verts agrémentés de fontaines et de plans d'eau.
Mis à part certains locaux aux caractéristiques aisément reconnaissables comme les thermes, l’interprétation de nombreux bâtiments est problématique et incertaine : partant de la biographie d’Hadrien rédigée par le pseudo-auteur Spartianus, on a proposé d’identifier à tel ou tel ensemble les évocations de monuments de la Grèce antique et de l’Égypte antique : le Pœcile, l’Académie, le Lycée et le Prytanée d’Athènes, le sanctuaire de Sarapis et le canal reliant la ville de Canope à Alexandrie. Seuls le Canope et le temple de Sérapis sont identifiés avec certitude, par les sculptures de style égyptien trouvées en cet endroit. D’autres parties de la villa reçurent des appellations arbitraires comme le Théâtre maritime, la piazza d’Oro, la salle des Philosophes, l’Hospitalia, les bibliothèques. Ces dénominations conventionnelles et parfois contestées ont été adoptées dans la plupart des descriptions de la Villa.
vignette|Plan-masse de la villa d'Hadrien. La partie dégagée de la villa s’organise en fonction du terrain, légèrement vallonné et compris entre deux petits cours d’eau. Selon le relief, on peut distinguer ainsi quatre complexes de vestiges avec chacun une orientation propre : la terrasse de l’Académie occupe au sud de la villa la partie la plus élevée du site, qui surplombe un petit cours d’eau ; le vallon de Canope : au nord-est de cette terrasse part un léger vallonnement où s’alignent plus ou moins le Canope, les thermes et diverses constructions étirées en longueur ; le complexe du Pœcile : fermant ce vallon au nord, un complexe de vastes bâtiments orienté selon les quatre points cardinaux, dont le Pœcile, un jardin stade, un vivier ; le complexe nord-est au-dessus d’un autre cours d’eau, groupe l’ancienne villa républicaine, les « bibliothèques », la « Piazza d’Oro » et d’autres constructions comme le « Palais impérial » ; à la charnière entre ce dernier complexe et le Pœcile, une formation ronde dite le Théâtre maritime et divers bâtiments (« salle des Philosophes », vestiges de thermes, « caserne »).
D’autres édifices isolés sont répartis à la périphérie de la Villa : un odéon au sud, au nord un théâtre et un sanctuaire de Vénus dont la tholos abritait une copie de l’Aphrodite de Cnide sculptée par Praxitèle.
Théâtre maritime vignette|gauche|Théâtre maritime La construction dite « Théâtre maritime » commence dès 118, à proximité de l’ancienne villa d’époque républicaine. Son architecture complexe est sans équivalent dans le monde romain, et sans rapport avec un théâtre romain habituel. Dans les années 1950, ce théâtre a fait l’objet de fouilles et d’une reconstitution par l’archéologue Pietro Romanelli et l’architecte Italo Gismondi.
Le Théâtre maritime est un ensemble situé en face du jardin des Bibliothèques. Un pronaos, dont il ne reste presque plus rien, permet de pénétrer à l'intérieur d'un atrium puis, dans le même axe, de rejoindre un portique circulaire à colonnes ioniques, couvert par une voûte en berceau. Au centre, un canal délimite une île sur laquelle se dresse un édifice circulaire de de diamètre, comprenant lui aussi un atrium et un portique. S'y ajoutent un petit jardin, un petit complexe thermal, quelques pièces, dont une chambre, et des latrines. Il s'agit là d'une véritable « demeure dans la demeure », destinée à offrir un espace d'isolement et de recueillement. Il est inspiré de l'architecture grecque. D'après l'historien de l'art Henri Stierlin, ce bâtiment constituait pour Hadrien une sorte de sanctuaire astrologique.
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Vallon du Canope Canope vignette|Le Canope, orienté au nord. Le Canope est un plan d'eau de de long pour de large, situé dans une petite vallée partiellement artificielle, orientée nord-ouest / sud-est. Il doit son nom à une ville égyptienne réputée pour ses cultes d'Isis et Sarapis et également dédié à Antinoüs, favori de l'empereur Hadrien et mort noyé dans le Nil. Ce bassin symbolise un antique canal qui reliait les deux villes égyptiennes d'Alexandrie et de Canope. Il est bordé par une double colonnade à l'est et une colonnade simple à l'ouest, complétées de quatre cariatides, copies de celles de l'Érechthéion d'Athènes et encadrées par deux statues de Silènes.
Le bassin s'achève au sud est par un édifice, le Sérapéum (édifice dédié à Sérapis), qui s’enfonce dans le vallon. Ce bâtiment se raccorde élégamment au Canope par un petit bassin rectangulaire (environ sur ). Les statues d’Antinoüs et de divinités égyptiennes trouvées dans ce bâtiment valident l’hypothèse d’un lieu dédié à la fois à Sérapis et au favori d’Hadrien. La salle principale est couverte d’une demi-coupole et comporte un immense lit incliné, triclinium destiné à accueillir, probablement en été, les convives de banquets. Ces statues sont actuellement conservées au musée grégorien égyptien, où elles ont fait l'objet d'une proposition de restitution de l'espace initialPage du musée grégorien égyptien .
À l’opposé, l’extrémité nord-est du canal est arrondie, la colonnade en partie reconstituée est surmontée d’architraves alternativement horizontales et en arc. Les espaces entre les colonnes s’ornent de moulages en ciment de statues d'Arès (Mars), d'Hermès (Mercure) et d'Athéna (Minerve). Sur deux socles émergeant dans l’axe du bassin se dressaient des copies de statues d'Amazones du temple d’Éphèse.
Interprétation : On s'est longtemps posé des questions sur la signification de cet endroit mystérieux qui constitue un hommage personnel d'Hadrien au défunt Antinoüs. Ce bassin qui allie les cultures latines et égyptiennes représenterait la mer Méditerranée qui de Rome aboutit à l'Égypte, et le petit bassin qui vient se greffer au grand bassin serait à l'image du delta du Nil. Selon une autre interprétation, ce lieu participerait du culte impérial, Hadrien s’y mettant en scène en Sérapis lors des banquets d’apparat.
Thermes vignette|gauche|Les grands thermes En descendant le vallon au-delà du Canope, on trouve les grands thermes et les petits thermes, à peu près alignés parallèlement à l’axe du Canope et séparés par un bâtiment qui semble former un vestibule d’entrée dans la villa.
D’autres bâtiments annexes sont constitués d’une série de pièces, et sont présumés être un prétoire pour le logement des officiers de la garde impériale, ou des logements du personnel.
Le vallonnement se ferme sur le Pœcile et d’autres bâtiments, tous orientés selon les points cardinaux.
Complexe du Pœcile vignette|Le bassin du complexe du Pœcile. À l’ouest du Théâtre maritime, l’immense portique qui entoure un grand bassin a été identifié comme une représentation de la Stoa Poikilè (ou Pœcile), portique d’Athènes décoré de peintures.