Mombasa est une ville portuaire du sud du Kenya sur l'océan Indien ; c'est le chef-lieu du comté de Mombasa. Elle se trouve à au sud-est de la capitale Nairobi.
Mombasa comprend la vieille ville, située sur une petite île de formée par la confluence de deux estuaires et dont la côte sud-est est bordée par l'océan. Cette île est flanquée d'une zone métropolitaine plus récente d'une superficie de plus de , qui s'est développée sur le continent. Cette nouvelle zone est reliée à Mvita par des ponts et des bacs.
Ce port a une importance croissante dans le commerce mondial et est une porte d'entrée vers le Kenya, l'Ouganda, la Tanzanie, le Rwanda, et la République démocratique du Congo. En 2009, la population de Mvita est de et celle de l'agglomération est de ce qui en fait, après Nairobi, la deuxième agglomération du Kenya au regard de la population.
Géographie physique L'île de Mombasa est située entre deux estuaires (Port Reitz Creek, à l'ouest, et Tudor Creek, au nord et à l'est) qui la protègent des rigueurs de l'océan et forment une passe dans la barrière de corail, permettant la circulation des bateaux. L'eau y est suffisamment profonde pour autoriser l'amarrage de navires d'un tirant d'eau de . alors qu'aucun des cours d'eau alimentant ces deux estuaires n'est adapté à la navigation commerciale.
vignette|alt=Carte des divisions administratives de Mombasa|Divisions administratives de Mombasa. Il est d'usage courant, dans les guides touristiques et les agences de voyages, de qualifier de la partie du littoral située au sud de l'île de Mombasa, c'est-à-dire à partir de Likoni (soit moins d'un cinquième de la côte kényane), et de tout le reste à partir de Kisauni. Ces appellations, qui n'ont absolument rien d'officiel, datent de l'époque où Mombasa était le point de départ obligé pour tout voyageur voulant accéder à la côte kényane au départ de Nairobi. Bien que Malindi et Lamu soient maintenant directement accessibles au départ des deux aéroports de Nairobi, ces dénominations sont restées ancrées dans l'usage.
Hydrographie vignette|alt=Carte hydrographique et géologique de Mombasa|Hydrographie et géologie de Mombasa. Si l'île de Mombasa, en elle-même, ne comporte aucun cours d'eau, l'agglomération englobe trois bassins versants de l'océan Indien : l'estuaire de Port Reitz alimenté par : le Mwachi qui s'écoule du comté de Kwale, le Shimba qui s'écoule du comté de Kwale ; l'estuaire de Tudor alimenté par : le Kombeni qui s'écoule du comté de Kilifi, le Tsalu qui s'écoule du comté de Kilifi ; l'estuaire de Mtwapa (rive sud) alimenté par : le Lwandani qui s'écoule du comté de Kilifi. Mombasa est l'une des villes les plus exposées d'Afrique à la montée des eaux due au réchauffement climatique..
Relief et géologie Dans l'océan Indien, le littoral est barré par les récifs coralliens d'Andromache sur la et de Leven sur la avec une passe récifale face à l'île de Mombasa et une autre face à l'estuaire de Mtwapa.
Précédé par une plage de sable blanc formé par les débris coralliens et de coquillages et n'allant jamais au-delà des soixante mètres de largeur, le littoral est une côte basse qui dépasse rarement les vingt mètres de hauteur. La côte de l'île, quant à elle, ne possède pas de plage et est constituée d'une falaise haute de d'origine corallienne.
Si l'altitude la plus basse est l'océan Indien, la plus élevée de l'île est de 18 m sur () et la plus élevée de l'agglomération est au lieu-dit Kisimani (dans la division administrative de Changamwe) à ().
Du point de vue géologique, le sous-sol est divisé en trois zones à partir du rivage océanique : sur une largeur variant entre un kilomètre, au nord de l'agglomération, et trois kilomètres, au sud, le sous-sol est composé du récif corallien fossile formé au Pléistocène sur une profondeur pouvant atteindre les cent mètres. Celui-ci est par ailleurs exploité par la société au nord de l'agglomération, en bordure du parc Haller ; une plaine côtière sableuse molassique large d'entre un et cinq kilomètres, formée au Crétacé, offre ses plus grandes largeurs en bordures des trois estuaires ; une zone de schiste argileux formé au Jurassique, recouverte d'une couche sableuse d'origine éolienne, se trouve dans la division administrative de Changamwe ; c'est au nord de cette couche que les plus hautes élévations du relief se trouvent.
Climat La ville est soumise à un climat tropical de savane (Köppen: As, Trewartha: Asha) avec une courte saison sèche de janvier à mars et une longue saison humide d'avril à décembre.
Toponymie La ville tient son nom de celui de l'île sur laquelle elle se trouve. L'explorateur marocain Ibn Battûta appelle cette île dans un rihla datant de 1330 (ou 1331). Les Portugais l'ont traduit par . au ou vers la fin du . Ce serait la traduction arabe du swahili ..
En swahili, elle était appelée , ce qui peut signifier « Île des guerres des peuples »kisiwa = « île », cha = « de » (accord grammatical de possession), m- = préfixe nominatif pour les êtres humains ou leurs activités, vita = « guerres » (kita au singulier)., en raison de son histoire mouvementée, due à sa position stratégique, mais aussi « Île de Mvita », se référant alors à la personne de Shehe Mvita qui, selon la tradition orale des de Mombasa.En swahilli, thenashara est la forme arabe de « douze ». La forme plus habituelle, et officielle, est kumi na mbili, d'origine bantoue., serait le fondateur de la première agglomération urbaine sur l'île..
L'orthographe française d'avant l'indépendance du Kenya et selon le dictionnaire Larousse utilisait le nom propre Mombassa.
Histoire Sa position d'île côtière sur la route maritime des Indes a tôt fait de Mombasa une place stratégique convoitée par tous, notamment comme port d'embarquement de l'ivoire, de l'or et des épices, ce qui fut à l'origine d'une histoire très agitée pour la ville pendant près de .
Période pré-coloniale Au , l'explorateur grec Diogène décrit, dans son récit Voyage en Afrique orientale, une bourgade qu'il dénomme « Rhapta » et dont la description topographique pourrait correspondre à celle de Mombasa. Cette mention est reprise par Claude Ptolémée, qui n'a jamais été sur place, dans son Traité de géographie et qui s'appuie sur les textes d'autres explorateurs tels Diogène ou Marinos de Tyr.. Le codex anonyme Périple de la mer Érythrée, datant du , mais copie d'un texte plus ancien généralement daté de la première moitié du , mentionne aussi « Rhapta » mais la situe plus au sud..
Selon la tradition orale des , la fondation de Mombasa remonterait aux environs de l'an 900 apr. J.-C. et serait liée au personnage de Shehe Mvita, un Mijikenda musulman qui aurait succédé à la dynastie de Mwana MkisiMwana Mkisi en swahili peut signifier « Enfant de Kisi » ou « Épouse de Kisi ». dont on ne connait rien sinon que la tradition le désigne comme de sexe féminin. C'est aussi cette date qui est reprise dans les manuels d'histoire au Kenya.
En 1151, l'explorateur et géographe arabe Al Idrissi en fait mention dans ses commentaires sur la carte VII de sa Tabula Rogeriana et mentionne que Mombasa Cité et traduit par ..
En 1330 (ou 1331), l'explorateur marocain Ibn Battûta visite Mombasa lors d'un de ses nombreux périples, qui le mène le long de la côte swahilie jusqu'à Kilwa Kisiwani. Cette visite est décrite dans un rihla traduit en anglais et en français. Il s'agit de la source primaire authentique la plus ancienne brossant tant une description de la localité que des activités et coutumes de sa population ; il y décrit .
Vers 1418 et 1422, l'explorateur chinois Zheng He, lors des et de la flotte des trésors, jette l'ancre à Mombasa..
Le , l'explorateur portugais Vasco de Gama y arrive et y reste six jours. En 1502, le cheikh local obtient l'autonomie territoriale vis-à-vis du sultanat de Kilwa.
Période portugaise vignette|alt=Le fort Jesus vu depuis la douve nord|Le fort Jesus, patrimoine mondial de l'UNESCO. Les Portugais, sous les ordres de Francisco de Almeida, pillent la ville en 1505 et, à nouveau, en 1528 avant de s'y établir en 1529. Ils raffermissent leur emprise en 1593 avec la construction du fort Jesus et de cinq autres fortifications plus modestes qui en font, ainsi, une place forte à vocation commerciale sur la route des Indes.
Dans les années 1600, le sultan Hassan est assassiné par les Portugais qui exilent son fils Yusuf, alors âgé de sept ans, à Goa où il est baptisé sous le nom de Dom Jerónimo Chingulia. Ramené à Mombasa, en 1626, par les Portugais, Chingulia est fait sultan mais dès le départ du premier capitaine de la place, Matheus Mendes de Vasconcellos, les relations s'enveniment rapidement entre son remplaçant, Pedro Leitao Gamboa, et le nouveau sultan. Ce dernier, qui a repris la foi musulmane et adopté le nom de Muhammad Yusuf, attaque le fort Jesus le et, pendant six jours, massacre les formant la population portugaise de l'île ainsi que .. Les Portugais envoient une expédition pour reconquérir la place mais abandonnent après deux mois d'un siège qui aura duré du au . Le de la même année, Muhammad Yusuf abandonne Mombasa pour devenir pirate. Le suivant, une petite troupe portugaise commandée par le capitaine Pedro Rodrigues Botelho, et venue de Zanzibar, atteint Mombasa et réoccupe le fort.. Cette occupation dure jusqu'en et permet aux occupants d'effectuer d'importants travaux de rénovation et d'aménagement en 1635 et 1648.
Période omanaise vignette|redresse|alt=Carte de l'empire colonial du sultanat d'Oman vers le milieu du |Extension maximale du sultanat de Mascate et Oman au . En , les troupes du sultan d'Oman, Sultan bin Saif , saccagent la ville mais sans oser s'attaquer au fort Jesus. Le , une nouvelle expédition omanaise, ordonnée par Saif bin SultanSaif bin Sultan (règne de 1692 à 1711) est le de Sultan bin Saif (règne de 1649 à 1688)., atteint Mombasa et entreprend le siège du fort. Malgré une tentative de rompre le blocus, entre septembre et , par les frégates portugaises Santo António de Tanna et Nossa Senhora do Vale, le siège perdure jusqu'à l'attaque décisive du alors que la garnison est réduite à un capitaine, neuf soldats et un prêtre. Les huit derniers défenseurs se rendent à du matin dès que le capitaine est tué par les assaillants. Le suivant, une flotte portugaise parvient au large de Mombasa mais il est trop tard. Avec la conquête de la ville et du fort, toute la côte de Zanguebar tombe sous la domination des sultans d'Oman. Hormis une brève période allant du au pendant laquelle les Portugais reprennent possession de la ville, grâce à une mutinerie des soldats africains du fort, ils sont chassés définitivement en 1832 sous l'impulsion du sultan Saïd ben Sultan al-Busaïd.
À la même époque, lEncyclopédie de Diderot et d'Alembert décrit ainsi :
À la mort de Saïd ben Sultan al-Busaïd, le , Majid ben Saïd — le benjamin des deux enfants masculins — prend le contrôle de la partie sud du sultanat de Mascate et Oman et, ainsi, de Mombasa.. Cette partie, le sultanat de Zanzibar, devient officiellement indépendante le .
En 1869, l'ouverture du Canal de Suez signe l'arrêt de mort de la route des Indes par le canal du Mozambique : en quelques décennies, les milliers de navires de commerce qui faisaient chaque année escale à Mombasa se déroutent vers l'Égypte, et la manne financière que représentait l'activité portuaire diminue brutalement, entraînant une importante récession économique pour tous les ports de la côte swahilie.
Période britannique vignette|alt=Le croisseur HMS Ceres à l'ancre dans le port de Kilindini|Le Ceres de la Royal Navy dans le port de Kilindini pendant la Seconde guerre mondiale.