Antium est une des principales villes du Latium antique. Elle est située sur le littoral tyrrhénien. Elle est la capitale des Volsques jusqu'à ce que les Romains s'en emparent une première fois en 468 av. J.-C. Elle correspond, à l'époque archaïque, au quartier Le Vignacce de l'actuelle ville italienne d'Anzio. Son territoire s'est ensuite agrandi jusqu'à correspondre, à l'époque romaine, aux actuelles villes italiennes d'Anzio et de Nettuno et à certaines zones adjacentes, y compris Campoverde, jusqu'au cours de la rivière Astura à l'estH. Solin, Arctos: Acta Philologica Fennica, vol. 36, 2002, pp. 210-211. La ville est réputée durant l'Antiquité pour le culte rendu à la Fortune et pour les oracles que la divinité dispense.
Localisation Antium est située sur le littoral tyrrhénien, au nord-ouest des territoires pontins, à environ au sud-est de Rome, dans les limites du Latium vetus selon Pline et StrabonPline l'Ancien, Histoire naturelle, livre III, 9, 4Strabon, Géographie, V, 3, 4. La régularité de la côte s'étendant entre l'embouchure du Tibre et le mont Circé est rompue par un cap (voir la carte)Adriano La Regina, Porto d'Anzio dans Enciclopedia dell' Arte Antica, 1965, le Capo d'Anzio, sur lequel s'étend Anzio. Le territoire de la ville primitive, située sur ce promontoire (l'agglomération de Le Vignacce), a pu, selon une thèse, atteindre à l'est le quartier Cretarossa (hauteur située à l'est de la rivière Loricina, dans l'actuelle Nettuno) et à l'ouest l'agglomération de Colle Rotondo dans Anzio.
Alors qu’une colonie latine fondée en 467 av. J.-C. se trouverait à côté de la ville primitive, à l’époque romaine, dans la position de Nettuno, serait installée la nouvelle colonie de 338 av. J.-C.; un règlement avec lequel ils coexisteraient, à partir de 60 ap. J.C., la colonie militaire et le grand port voulus par Néron à Capo d’Anzio. Une thèse cependant a exclu une installation romaine à Nettuno.
Histoire Période légendaire Denys d'Halicarnasse rapporte dans le premier livre de ses Antiquités romaines que selon l'historien grec Xenagoras, la ville est fondée par Anteias, fils d'Ulysse et de CircéDenys d'Halicarnasse, Antiquités romaines, livre I, 72. Antium est peut-être le site choisi par Homère pour situer le tumulus où a été inhumé Elpénor, jeune homme dont il fait le récit des aventures dans les chants X à XII de son Odyssée. Elpénor, après s'être reposé sur le toit de la demeure de Circé, fait une chute mortelle et rejoint le royaume d'Hadès. Alors qu'Ulysse s'approche de l'entrée des Enfers, Elpénor lui raconte sa fin malheureuse et lui demande de brûler son corps et de lui élever un tumulus au bord de la mer. Ulysse s'exécute, brûle le corps à l'extrémité « de la langue de terre qui s'avance dans les flots » et lui élève un tombeau. La tradition plaçant la demeure de la magicienne Circé dans les environs du Mont Circé, la situation d'Antium, seul cap entre l'embouchure du Tibre et la montagne relevé par les géographes antiques, semble correspondre au récit homériqueL. Bayard, Elpénor à Antium ? dans Mélanges d'archéologie et d'histoire, T. 40, 1923, .
Période archaïque Au début du premier millénaire avant notre ère, époque supposée de la fondation d'Antium, la région est habitée par une population pré-indo-européenne dont des traces subsistent sur les îles du littoral. Il existe une nécropole assez étendue du début de l'âge du fer près de la côte. Dès sa fondation, Antium, profitant d'un emplacement favorable, est animée par une intense activité maritime. Intégrée dans la sphère d'influence des tribus latines venues s'installer autour du mont Albain, Antium rejoint la Ligue latine sous l'impulsion de Tarquin le SuperbeDenys d'Halicarnasse, Antiquités romaines, livre IV, 49, 1, mais dès la fin de la monarchie romaine, Antium tombe sous le contrôle des Volsques qui occupent la plaine pontine avoisinante à partir du , ce qui ne ralentit pas pour autant l'activité maritime. Caenon, une citadelle ou oppidum des Antiates avec son port, devient peu à peu le repaire de pirates qui l'utilisent comme base de départ pour des raids les conduisant jusque dans la mer Égée. Antium est mentionnée dans le premier traité conclu entre Rome et Carthage comme un des ports du Latium sous domination romaine.
En 495 av. J.-C., les Antiates, noms des habitants de la ville, se retournent contre Rome et soutiennent les Tarquins dans leurs tentatives de reconquête du pouvoir. Ils envoient une armée soutenir les troupes latines contre les Romains au lac Régille mais ces renforts n'arrivent qu'après la bataille et ne peuvent que constater la défaite des Latins et l'échec des Tarquins. Les troupes volsques quittent la région sans livrer bataille à une armée romaine déjà victorieuseDenys d'Halicarnasse, Antiquités romaines, livre VI, 30. Les Volsques sont chassés d'Antium peu après, en 492 av. J.-C., mais pour peu de temps puisque la cité retombe sous leur influence peut-être dès l'année suivante, lors de la campagne de Coriolan.
Période républicaine Caenon est attaquée par les Romains en 469 av. J.-C. Les troupes volsques sont défaites en 468. Rome établit une colonie à Antium en 467 sous la supervision de trois magistrats romains dont Titus Quinctius Capitolinus Barbatus, chef des armées romaines. La ville est alors peuplée de colons d'origines diverses avec des colons volsques, romains, latins ou encore herniques.
En 461, Antium abandonne de nouveau Rome. Les Antiates prennent alors la tête d'une armée coalisée composée d'éléments volsques et èques. Cette armée est défaite par une coalition entre Romains, Latins et Herniques en 459, néanmoins Antium demeure sous influence volsque.
Durant le , la plaine pontine est le théâtre de nombreuses opérations militaires. Entrainés par les Latins dans une guerre contre Rome, les Volsques, les Aurunces, les Campaniens et les Sidicins tentent de résister à l'hégémonie romaine et de recouvrer leur indépendanceFrançois Hinard (dir.), Histoire romaine des origines à Auguste, Paris, Fayard, 2000, . Mais alliés aux Samnites, les Romains remportent une victoire décisive à Trifanum en 340 av. J.-C. et seules les citadelles d'Antium et de Privernum les empêchent de prendre intégralement le contrôle de la plaine pontine. Malgré la défaite de leurs alliés, les Antiates lancent des incursions sur les territoires d'Ostie, d'Ardée et de SoloniumAnnette Flobert, Histoire romaine, Flammarion, 1999, . À Rome, Lucius Papirius Crassus est nommé dictateur afin de mener les opérations militaires pour soumettre la ville d'Antium, mais celui-ci ne fait rien de plus qu'occuper quelques mois le territoire antiate, 2-3. En 338, av. J.-C. , le consul Caius Maenius remporte une victoire sur les Latins et les Volsques qui venaient au secours d'Antium.
Les Romains s'emparent d'Antium la même année, à la fin de la Guerre latine, ce qui met fin à la piraterie le long de la côte tyrrhénienne. Contrairement à ce que la colonne rostrale érigée à cette occasion sur le Forum Romain laisse entendre, les Romains n'ont pas remporté de bataille navale mais se sont emparés de la flotte d'Antium avec une armée terrestreJean Pagès, Y a-t-il eu une pensée navale romaine ?, 2005. Certains des rostres sont fixés à la tribune aux harangues du Comitium qui prend par extension le nom de « Rostres », appellation qui servira dorénavant à désigner toute tribune ornée d'éperons. Avec la chute d'Antium, puis celle de Privernum, c'est toute la plaine pontine qui est finalement annexée par les Romains, 1-8. Une nouvelle colonie est fondée à Antium en 338, les Antiates se voient interdire l'accès à la mer mais reçoivent la permission de s'inscrire parmi les colons. La flotte est en partie incendiée, le reste des navires et de leurs équipages est intégré à la flotte romaine qui tient le port de Caenon, 5-8. Les tours de l'enceinte sont démantelées. Néanmoins, la piraterie ne cessent pas tout de suite puisque deux ambassades grecques viennent se plaindre à Rome des incursions des Antiates en mer Égée, celle d' entre 338 et 330, puis celle de Demetrios Poliorcète avant 283 av. J.-C.
Définitivement soumis à la suprématie romaine, les Antiates semblent tout de même avoir conservé une part d'autonomie dans leur gouvernement et possèdent leurs propres magistrats comme attesté pour l'année 317. Plus tardivement, on relève encore la présence de duoviri et de questeurs. Durant la première moitié du , Caius Lucretius, préteur en 171 et descendant d'une famille localeG. D. Farney, Osservazioni sul porto neroniano di Anzio e sulla tecnica romana delle costruzioni portuali in calcestruzzo dans Archeologia Subacquea, T. 1, 1993, , fait construire un aqueduc jusqu'à Antium depuis une source baptisée Loracina (identifiée avec la rivière Loricina ou avec la rivière Cacamele, les deux étant situées dans l'actuelle ville de Nettuno). Il fait également décorer le temple d'Esculape en y plaçant des tableaux. Il finance les travaux ex manubiis, c'est-à-dire avec l'argent du butin pris lors de campagnes militaires, en l’occurrence en Macédoine.
Fin de la République Lors de la seconde guerre civile opposant Marius à Sylla, la ville est occupée et endommagée par les partisans de Marius. Antium est plus tard reconstruite et une nouvelle colonie y est établie. À la fin de la République, des patriciens romains font bâtir de nombreuses villas le long de la plage de près de cinq kilomètres de long à l'est d'Antium et au nord de la ville, le long de la route qui relie Antium au mont Albain et à la via Appia. Ainsi, Mécène possède une villa à environ neuf kilomètres de la ville. Cicéron, qui apprécie la mer et la population tranquille et hospitalière, réunit dans sa propriété d'Antium une importante collection d'ouvrages reconstituée à partir des vestiges de son ancienne bibliothèque dévastée durant son exil. Plusieurs villas et domaines appartiennent à des membres de la gens Iulia depuis le milieu du On relève en fait la présence de nombreuses familles de l'aristocratie romaine dans Antium ou dans ses environs, comme la gens des dont certains membres gèrent la production de tuiles ou la gens Pompeia, certaines tuiles retrouvées portant le nom de Pompeius Maginus. Une inscription funéraire au nord de la ville (au le monument sépulcral appelé Torre del Monumento, dans le territoire de Nettuno) mentionne le nom d'Aulus Larcius Lepidus Sulpicianus, mari de Caecina Larga, membre de la famille d'un des consuls de 13, Aulus Caecinus Largus. Sulpicianus était un tribun militaire de la Legio X Fretensis et laTorre del Monumento, à laquelle il appartenait probablement, a été supposée remonter à l'époque flavienne (seconde moitié du ). Une autre inscription funéraire commémore un Caius Cassius Rufus, préteur d'Antium.
Période impériale
Auguste reçoit dans sa villa d'Antium, alors qu'il y passe la nuit, la délégation de la plèbe venue lui décerner le titre de pater patriae, 1. Quasiment tous les empereurs du séjournent dans une des villas à proximité d'Antium, fuyant pour un temps la chaleur et le bruit de Rome, et deux empereurs y sont nés, Caligula et Néron. D'après Suétone, Caligula aurait même songé à transférer la capitale de l'Empire à Antium, 1-5.